dimanche 13 août 2023

Humanity's dark side, dirigé par Arthur Bohart, Barbara Held, Edward Mendelowitz et Kirk Schneider


 

 Réuni·e·s par des spécialistes se situant plutôt dans le champ des thérapies existentielles, treize auteur·ice·s d'horizons très divers commentent divers aspects de ce sujet extrêmement vaste. Des discussions très techniques sur les idées de certaines grandes figures (comme l'échange entre Carl Rogers et Rollo May sur l'aspect intrinsèque ou non de la bonté, ou une analyse de la nature humaine selon Freud et les conséquences que cette analyse doit avoir concrètement pour le·a psychanalyste dans sa pratique), des réflexions sur la notion de morale et l'impact que cette notion a sur le rôle du ou de la thérapeute, des considérations plus directes sur la pratique (l'aspect contreproductif de l'injonction au pardon chez les victimes de violences, une vignette clinique qui concerne un conflit intérieur dans un cadre de fondamentalisme religieux avec un thérapeute plutôt anticlérical, ...).

 Je pense et j'espère avoir montré avec ce blog que pour moi la pluridisciplinarité est précieuse, mais j'ai souvent eu la sensation que ce livre, dont pour autant j'ai apprécié la lecture, poussait la diversité des regards trop loin. Le thème lui-même ouvre sur un certain nombre de sujets qui peuvent en soi donner l'occasion de réflexions, du spécifique et technique au très théorique, amenant potentiellement assez loin (c'est même plutôt préférable si on veut éviter les généralités) : qu'est-ce qu'on considère effectivement comme le mal -on assimile le mal à la violence en général? on se réfère à la loi? le mal c'est ce qui provoque le malheur-? Comme la nature humaine? A partir de quel moment on considère qu'il y a un choix? Dans quelle mesure on estime que le rôle de la société ou des thérapeutes (deux questions très différentes en soi) est d'arrêter ou d'aider les personnes qui commettent des horreurs? Ici, chaque chapitre doit se repositionner, au moins implicitement, sur ces questions et bien d'autres que j'ai oubliées dans ce recensement rapide, avant de proposer un développement qui a son intérêt propre. Et la multiplicité de regards implique aussi une multiplicité de réflexes, de langages, avec lesquels le·a lecteur·ice doit recommencer le travail de se familiariser à chaque fois (oui, c'est peut-être une façon détournée de dire que le fait que j'ai lu ce livre a une période où j'étais super fatigué a probablement été pour quelque chose dans mon point de vue sur l'ensemble). Selon moi, le livre aurait énormément gagné à être mieux articulé, à faire plus communiquer les différentes contributions entre elles.

 Reste qu'au moins une partie des réflexions proposées (probablement pas les mêmes selon les lecteur·ice·s) vont forcément interpeller ou questionner, ou même nourrir l'espace thérapeutique, comme la vignette clinique où une mère, elle-même ancienne victime de violences intrafamiliales, change radicalement d'attitude quand elle prend conscience que son épisode de violence sur son fils relevait d'un choix, le chapitre de Maureen O'Hara sur les organisations portées par une cause nécessairement supérieure et bienveillante qui utilisent cette vertu affichée pour avoir un fonctionnement interne violent (silenciation des critiques, boucs émissaires, ...) en donnant entre autres l'exemple d'une structure consacrée à l'Approche Centrée sur la Personne qui harcèle moralement une étudiante par des injonctions répétées à être plus authentique, ou encore une analyse des interprétations de la psychologie positive qui peuvent constituer une injonction à être heureux·se.

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