Affichage des articles dont le libellé est PNL. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est PNL. Afficher tous les articles

lundi 10 octobre 2022

Les frontières dans les relations humaines, d'Anné Linden

 


 Si le titre lui-même est peu engageant, le sous-titre ("pour être soi et ensemble, séparé et connecté") est plus rassurant mais garde une dimension paradoxale : des frontières pour être connecté, ça peu paraître à première vue être une drôle d'idée.

 L'autrice clarifie cette notion ("boundaries" en VO, que j'aurais spontanément traduit par "limites", mais l'autrice elle-même fait référence au terme français "frontières", ça a le mérite d'aider à trancher) en distinguant la situation idéale évoquée (séparé·e et connecté·e) d'une situation où les frontières sont hermétiques (elle parle alors de mur) ou de la situation opposée où elles sont absentes, où la distinction entre deux entités manque. Et le sujet est vaste, très vaste, tant les entités potentielles en question sont nombreuses. Elles peuvent concerner, comme le titre l'indique, les relations interpersonnelles (frontière entre soi et l'autre bien sûr, entre désirs propres, demandes de l'autre et injonctions sociales, ou encore entre les différentes sphères relationnelles -familiale, amicale, professionnelle, ...-) mais aussi les nombreuses dimensions du psychisme (frontière entre passé et présent -par exemple si un conflit anodin prend des proportions envahissantes, c'est probablement qu'il fait écho à un conflit du passé non résolu-, entre émotion et réalités sensorielle, matérielle et/ou rationnelle, entre deux valeurs contradictoires -ou plus si affinité-, entre attentes et réalités, ...).

 Le livre, vous l'aurez compris, couvre un éventail large, et pourtant, ma sensation à la lecture, plus que celle de subir un inventaire interminable, a été de percevoir à quel point le sujet était central. L'autrice est formatrice en PNL et son cadre théorique est clair, mais pour autant son travail m'a évoqué (ou a évoqué directement!) des domaines aussi divers que la théorie de l'attachement bien sûr (où l'attachement sécure s'oppose à une tendance à un attachement fusionnel ou à une fuite des relations), le traumatisme (le chemin vers sa résolution implique à la fois d'intégrer le souvenir traumatique comme autobiographique et de le situer dans le passé), l'ACP (la congruence est une cohérence intra-psychique), la Gestalt (qui permet à différentes instances psychiques de dialoguer), les TCC (en particulier les TCC 3ème vague où les exercices de tri tendent à être importants), ... Au delà des (nombreux) exercices proposés, que je n'ai pas testés, l'autrice propose donc une clef de compréhension du psychisme extrêmement riche, qui ouvre de nombreuses portes. En plus de potentiellement élargir la vision de n'importe quel·le thérapeute, le livre est accessible aux non spécialistes : les développements théoriques ne demandent pas de connaissances spécifiques et sont ancrés sur des situations concrètes.

vendredi 26 janvier 2018

La structure de la magie (volume 2 : communication et changement), de Richard Bandler et John Grinder



 Comme son nom l'indique, ce livre est la suite du volume 1. Il va très largement compléter (et complexifier) le méta-modèle effleuré dans le premier volume, ce qui fait la différence entre la carte dont dispose l'individu et le territoire ("la carte n'est pas le territoire" est une notion centrale, si ce n'est la notion centrale, de la PNL).

 Alors que le premier volume s'attardait sur des éléments qui appauvrissaient les représentations, celui-ci va explorer l'ensemble de ce qui, chez l'individu en tant qu'émetteur et récepteur, peut être source de malentendus et de souffrances. Un profil est ainsi déterminé selon que la personne est plutôt dans l'intellectualisation, dans le visuel, l'auditif ou le kinesthésique (sensations) dans sa façon de s'exprimer et de comprendre (ce qui est perceptible dans le champ lexical généralement employé), la cohérence entre le langage verbal et le langage non-verbal (voix, posture, mouvements des mains, regard, …), ou encore des catégories communicationnelles élaborées par Virginia Satir (thérapeute systémique) : le·a suppliant·e, le·a blâmeur·euse, l'ordinateur et le·a distracteur·ice (on peut constater qu'aucun de ces profils n'est particulièrement flatteur).

 L'utilité de tout ceci est clarifiée par des vignettes cliniques : une personne peut avoir l'impression que son ou sa conjoint·e ne fait pas attention à elle parce qu'iel ne la regarde pas, reproche qui ne sera pas compris par l'intéressé·e qui était en train d'écouter attentivement. Faire passer d'un mode d'expression et/ou de réception à un autre (en utilisant le champ lexical adapté, en faisant remarquer la différence verbal/non verbal et en demandant ce que le corps veut exprimer, ...) peut également permettre de formuler et de percevoir un problème différemment. Des confrontations entre les différents aspects du psychisme peuvent même être organisées en invitant le·a patient·e/client·e à passer d'une chaise à l'autre pour les incarner successivement, sur le modèle de la Gestalt thérapie (référence explicite).

 Les vignettes cliniques sont particulièrement bienvenues : l'accumulation des critères, le vocabulaire technique et les explications pas tellement limpides des auteurs (pensée particulière au chapitre sur les polarités où le mot "polarité" est répété environ trois fois par ligne... je pense qu'il va hanter mes cauchemars), donne parfois plus l'impression de lire des équations qu'un livre de psychothérapie... le dernier chapitre est d'ailleurs consacré à la mise en équation des données thérapeutiques! Si je dois admettre que, dans ce dernier cas, même la vignette clinique m'a laissé perplexe, l'application dans le chapitre précédent du méta-modèle à la thérapie familiale est plutôt claire (qui a dit "contre toute attente"? Je suis outré!).

 Beaucoup plus laborieux complexe que le premier volume, celui-ci reste intéressant pour mieux comprendre la communication en général ou pour avoir une idée de ce en quoi consiste la PNL. Il peut probablement aussi être un aide-mémoire pour quelqu'un qui est déjà formé... en revanche, l'application pratique immédiate sera beaucoup moins accessible qu'avec le livre précédent.

mardi 6 juin 2017

La structure de la magie (volume 1 : langage et thérapie), de Richard Bandler et John Grinder



 Dans ce livre considéré (du moins par l'éditeur français) comme le livre fondateur de la PNL (programmation neuro-linguistique), les auteurs vont s'attarder sur la partie linguistique de ceux et celles qui voudraient s'adonner à la magie ("la magie, tout comme les autres activités humaines complexes, a une structure") de cette méthode thérapeutique. Les auteurs mettent en lumière trois éléments dans le langage (la Généralisation, l'Effacement et la Distorsion) qui limitent les représentations de l'individu, et proposent un modèle d'entretien, le Méta-modèle (qui, les auteurs insistent là-dessus, est parfaitement compatible avec d'autres méthodes de psychothérapie), à même de lever ces obstacles, qui peuvent être source de souffrance ("quand les gens viennent nous voir en consultation en exprimant de la douleur et de l'insatisfaction, les limites qu'ils ressentent se trouvent le plus souvent dans leur représentation du monde, et non dans le monde en soi"). Le·a lecteur·ice/apprenti·e sorcier·ère est donc invité·e à assimiler, à travers des exercices pour que ça devienne des automatismes, les différents types d'intervention qui amèneront le·a client·e à modifier ses représentations douloureuses (en termes techniques, partir de sa Structure de Surface pour accéder à sa Structure Profonde).

 La Généralisation consiste à considérer une règle comme absolue. Elle peut être remise en question dans un premier temps en amenant le·a client·e à réaliser qu'iel généralise, puis en lui proposant de trouver un contre-exemple ("Quand je veux négocier quelque chose, il faut toujours que ça finisse mal" "Toujours?" "En tout cas, en général, c'est comme ça que ça se passe" "Est-ce que vous pouvez donner un exemple d'une fois où vous avez négocié quelque chose, et où ça s'est bien passé?"). L'Effacement, vital au quotidien si on ne veut pas que dire bonjour à son prochain dure 3 heures à chaque fois, offre de nombreuses pistes au thérapeute pour mieux explorer les représentations du ou de la client·e : c'est le fait de laisser des éléments non identifiés dans la phrase. Dans l'exemple précédent, si le·a thérapeute avait préféré travailler sur l'Effacement plutôt que sur la Généralisation, iel aurait pu demander ce que le·a client·e voulait dire par "mal finir", ce qu'iel voulait négocier, avec qui, … La Distorsion est une représentation déformée de la réalité qui va avoir l'inconvénient de limiter les possibilités d'action du ou de la client·e : la lecture de pensée ("mon voisin me déteste", "cette inconnue est follement amoureuse de moi et m'envoie sans cesse des signaux", …), le fait de prêter certains pouvoirs à des éléments extérieurs ("le métro me fait tout le temps arriver en retard", "je vais passer un après-midi catastrophique à cause de ce temps pourri", "mon entraîneur me ruine la santé à me fixer des objectifs qui m'empêchent de dormir") sont des formes de Distorsion. Ces représentations peuvent être relativisées en interrogeant le·a client·e sur leur source ("que fait le métro pour vous empêcher d'arriver à l'heure? Qu'est-ce que vous pourriez faire pour remédier à la situation ?" "Votre voisin vous déteste? Vous êtes sûr que vous arrivez à lire dans ses pensées? Alors qu'est-ce qu'il fait pour vous donner l'impression qu'il vous déteste?").

 Pour éclairer tout ça, les auteurs nous fournissent la retranscription commentée de deux entretiens cliniques enregistrés. Dans le premier, Ralph est bien ennuyé car il ne se sent pas capable de donner aux autres une bonne image de lui. Dans le second, Beth en a doucement ras-le-bol que ses colocataires ne l'aident jamais : leur demander de l'aide directement, ça ne se fait pas trop, mais iels pourraient quand même de temps en temps prendre des initiatives. A la fin des entretiens, on sait que c'est surtout à sa collègue Janet que Ralph veut faire bonne impression (et que rien ne l'empêche, même si c'est moins confortable, d'aller lui dévoiler ses sentiments plutôt que d'attendre qu'elle lui tombe dans les bras), et Beth admet que ses colocataires, de bonne volonté ou non, ne peuvent pas deviner de quoi elle a besoin et quand, et réalise que demander des choses aux gens n'est peut-être pas si incorrect que ce qu'elle imaginait. En plus d'éclairer le fonctionnement de la liste de techniques présentées dans le chapitre précédent (le commentaire a en plus l'avantage de montrer que le·a thérapeute a souvent le choix entre plusieurs relances), les entretiens illustrent leur intérêt : une demande qui semble reposer sur des objectifs pratiques, terre à terre, dévoilent rapidement une souffrance personnelle, intime, qui sollicitera de fortes émotions. Ralph a du mal à concevoir qu'on s'intéresse à lui parce que, jeune, il a beaucoup souffert du manque de marques d'affection de sa mère (le thérapeute s'attachera à l'aider à différencier manque de marques d'affection et manque d'affection). Beth a, quel que soit le contexte, peur d'être blessante si elle demande quelque chose.

 Même si les termes de linguistique au début du livre peuvent faire peur, la méthode et ses enjeux sont simples à comprendre. Si l'entretien est beaucoup plus directif que dans l'Approche Centrée sur la Personne, les objectifs sont en grande partie similaires (prise de distance avec les représentations, autonomie, accès aux émotions, aller du général au personnel, …). Certains éléments rappellent aussi la Gestalt thérapie (amener à préférer la première personne dans les affirmations) ou les TCC (remise en question des différentes interprétations d'une situation, d'un comportement, …), et les auteurs sont les premiers à rappeler que le Méta-modèle est un outil utilisable dans diverses thérapie. La méthode permet l'exercice d'équilibriste de guider le·a client·a sans lui faire partager les représentations du ou de la thérapeute (encore que c'est parfois limite dans le deuxième entretien donné en illustration : la vigilance sur le langage non verbal doit être de mise), et est probablement efficace aussi pour pratiquer l'introspection.