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vendredi 25 avril 2025

Yoga, d'Emmanuel Carrère

 

 

  Ce livre devait au départ être un "petit livre souriant et subtil sur le yoga", pour pallier aux méconnaissances générales sur le sujet, et a fini par être "quelque chose qui était supposé être un livre sur le yoga et qui après beaucoup d'avatars en est peut-être un, au bout du compte."

  Le livre peut d'ailleurs être perçu comme... un exercice de yoga, une application du yoga, interprétation facilitée par l'ouverture, dans les premiers chapitres, sur une retraite de méditation intensive, dans un cadre strict. On observe alors la diversité des vécus de l'auteur, entre prises de distance par l'humour sur les aspects insolites de ce qui se déroule (oui, l'environnement rigide se prend très au sérieux, les participant·e·s sont nécessairement engagé·e·s, mais ça reste des inconnu·e·s qui se retrouvent dans un cadre improbable, avec par dessus le marché une interdiction de communiquer qui va faire que les stéréotypes sur telle ou telle personne seront la seule forme de rencontre) ou l'agacement (contre les bruits émis par le voisin, tel ou tel aspect du séjour, ...), tentatives plus ou moins heureuses de se prêter à l'exercice, bonnes et mauvaises surprises, ... 

 Il est beaucoup question des vritti, ces pensées automatiques, parasites, dont l'expertise en méditation permet en théorie de se débarrasser, et qui suivent leur chemin sans demander son avis à la personne qui médite. La méditation, elle-même, n'est pas d'une essence si simple à capturer, l'auteur en donne une douzaine de définitions au fur et à mesure du livre, qui semblent chacune émerger spontanément. Comme les vritti, la vie de l'auteur, donc la narration de ce livre autobiographique, suivra un chemin qui pourrait évoquer l'aléatoire. Comme la méditation, on pourrait définir le livre d'une douzaine de façons, à la fois vraies et insuffisantes.

 En plus de l'auteur, Alain et Alex (de la blague qui lui est chère "M. et Mme Térieur ont deux fils") seront des protagonistes importants. Alex fera une entrée en scène tonitruante quand Emmanuel Carrère sera appelé à quitter le stage de méditation (interdiction impossible à imposer mais répétée avec insistance par les organisateurs) suite au meurtre d'un de ses proches dans les attentats de Charlie Hebdo (un proche pas si proche, ce qui fera tiquer le responsable). Alors que toute la France est bouleversée, les autres stagiaires n'en entendront rien avant la fin de la retraite. Mais, comme le dit le chauffeur de taxi qui ramène l'auteur réalisant que lui-même est resté plusieurs jours sans en entendre parler : "si vous l'aviez su, ça aurait changé quoi?"

 C'est pourtant Alain qui sera, de loin, à l'origine de l'intrusion la plus violente : Emmanuel Carrère sera saisi par une dépression terrible, la première depuis environ 10 ans (il sera diagnostiqué bipolaire pendant son parcours médical), et hospitalisé longtemps à Saint Anne, pris dans une souffrance indicible non pas (mais peut-être aussi) parce qu'aucun mot ne peut retranscrire son intensité, mais parce qu'elle est telle qu'une fois qu'on en est sorti, c'est impossible de se la remémorer dans toute sa mesure. Il fera aussi l'expérience de la médication par la kétamine, un état modifié de conscience bien distinct de celui de la méditation dont il nous livrera aussi son vécu.

 Les tribulations sont mentales mais aussi physiques : la retraite dans un village isolé puis Saint Anne, donc, et ensuite l'Irak et la Grèce pour des reportages, le dernier moment passé avec son éditeur avant son décès, ... Il sera beaucoup question de rapide et de lent : faire des mouvements de tai-chi le plus lentement possible pour être d'autant mieux capable de les faire à la vitesse de l'éclair, jouer un morceau de piano le plus vite possible bien que le compositeur ait dit désapprouver cette interprétation puis, testament improbable de l'éditeur et ami proche, apprentissage intensif de la dactylo. En effet, Emmanuel Carrère a écrit ses nombreux romans et scénarii... avec un seul doigt, nouvelle qui a plongé ledit éditeur dans des abîmes de perplexité avant qu'il ne se donne la mission de le convertir, pour gagner du temps (l'argument n'a pas tenu une fraction de seconde, l'auteur estimant qu'on n'écrit pas pour gagner du temps) puis pour écrire différemment.

 Ce roman est une aventure particulière, un chemin qu'on a le sentiment de découvrir en même temps que l'auteur, ce qu'on peut on non apprécier (un regard sarcastique pourrait même amener à estimer que c'est bien pratique de mettre ce vernis du thème de l'incertitude sur ce qui ressemble à un exercice d'impro). Chaque lecteur·ice pourra poser dessus sa définition, ou pourquoi pas en trouver douze.

samedi 22 avril 2023

Les troubles bipolaires, de Marc Masson

 


 Explosifs, impactants fortement la vie des personnes concernées et de leurs proches, sujets, comme de nombreux troubles psychiques, à des idées reçues qui n'aident vraiment pas, difficiles à diagnostiquer (les récits autobiographiques de personnes bipolaires, ici ou ici par exemple, rapportent souvent une errance diagnostique douloureuse et dangereuse)... un livre destiné au grand public et synthétique sur le sujet des troubles bipolaires a, c'est le moins qu'on puisse dire, son utilité.

 Si l'auteur ne fait pas l'économie de termes techniques (en particulier dans la partie qui concerne l'origine du trouble), les chapitres sont courts donc les parties les plus complexes peuvent être relues plusieurs fois, et une version encore plus courte est proposée à la fin de chaque chapitre sous forme de points clefs (par exemple, si le jargon sur l'état de la science sur l'éventuelle origine génétique du trouble vous a fait fuir, vous pouvez lire quelques pages plus tard que "plusieurs facteurs (dont certains sont génétiques) sont impliqués dans son développement", explication qui n'implique pas de se plonger dans les subtilités de la méthylation du génome ou du volume de la substance grise amygdalienne).

 Un diagnostic correct est une nécessité, dans la mesure où des thérapies efficaces, même si elles se doivent d'être individualisées, existent (médicamenteuses, psychologiques -TCC et psychoéducation sont principalement recommandées-, ...) et où le danger, qui par ailleurs ne disparaît pas avec une prise en charge, est réel : le risque suicidaire est 20 fois plus important que dans la population générale (le début, les phases dépressives sévères, et les phases de transition d'un état à l'autre sont particulièrement à surveiller), avec un taux de tentatives dites réussies particulièrement élevé. Il est pourtant compliqué par différents facteurs. D'une part, les troubles bipolaires regroupent trois pathologies distinctes : de type 1 (au moins un état d'excitation sévère maniaque -euphorie, sensation de toute puissance, activité intense avec éventuellement prises de risques ou dépenses excessives, ...- et de possibles phases dépressives), de type 2 (états d'excitation modérés et épisodes dépressifs) et trouble cyclothymique (où les phases maniaques et dépressives sont plus modérées). D'autres part, certaines pathologies ont des manifestations proches (trouble borderline, schizophrénie -les périodes de crises peuvent être associées à des pensées délirantes- et TDAH) et d'autres ont tendance à être associées aux troubles bipolaires (addiction, troubles anxieux et troubles du comportement alimentaire).

 Sur ce sujet complexe et sensible, l'auteur parvient à faire une synthèse accessible mais dense, qui permet d'approfondir les points qui nécessitent une compréhension plus nuancée.

dimanche 29 janvier 2023

Goupil ou face, de Lou Lubie

 


 

  Depuis la fin de l'adolescence, Lou connaît des périodes sombres, très sombres. Dépression, pas dépression? Les avis des proches ("C'est dangereux de s'autodiagnostiquer" "Impossible, voyons! Elle est trop jeune") et même des professionnel·le·s ("Je ne vais quand même pas vous prescrire des antidépresseurs, si?") divergent. Toujours est-il qu'elle a besoin d'aide, vraiment, et que c'est compliqué d'en trouver ("-Vous êtes jeune, jolie et intelligente. Ça va vite s'arranger. -Et mes crises d'angoisse, comment on les prévient que je suis jeune et jolie?" "La prochaine fois, on va travailler sur le bonheur. CB?"). Certes, il y a des périodes où ça va mieux, et même beaucoup beaucoup mieux, mais la rechute, brutale, reste une menace constante. Une psychologue orientée TCC, la première, pense à un trouble de l'humeur de type cyclothymie (ce qui expliquerait l'échec des traitements précédents), et oriente vers un psychiatre, disponible 2 semaines plus tard, pour une médication appropriée. Entre temps, une nouvelle rechute survient, plus violente que les précédentes, au point qu'une pulsion suicidaire particulièrement forte pousse Lou à se faire hospitaliser en psychiatrie. Nouvelles frustrations ("J'espérais beaucoup de l'hôpital psychiatrique. J'allais avoir une horde de psychiatres à portée de main! En fait, la seule chose qu'on tuait là-bas, c'était le temps"), nouveaux avis contradictoires ("Mais enfin mademoiselle, tout le monde a des variations d'humeur! Les vrais bipolaires, on les remarque très vite. Leur comportement est excessif et risqué. Ils font des achats impulsifs sans en avoir les moyens, ils sortent nus dans la rue... Par exemple. Vous avez déjà acheté deux voitures d'un coup. Non? Vous voyez, vous n'êtes pas bipolaire" "Test infaillible élaboré par une psychiatre : Avez vous déjà acheté deux voitures d'un coup? Oui -->  Vous êtes bipolaire. Non --> Vous n'êtes pas bipolaire"), Lou a toujours urgemment besoin d'aide mais elle en a surtout marre, vraiment marre, des soignant·e·s ("VOS GUEULES! Nan mais c'est dingue! Je vous pose à tous la même question, et chacun me donne une réponse différente!").

 Le diagnostic se confirmera finalement... par un article du Nouvel Obs  sur la cyclothymie dans lequel elle se reconnaîtra fortement. Son problème, jusque là représenté par une sorte de loup terrifiant, sera désormais incarné par un renard ("-Tout ça... tout ça à cause d'un petit renard de rien du tout? -Tu voulais quoi, une baleine? -Mais tu faisais deux mètres de haut et t'étais tout noir et t'avais plein de dents! -Forcément, si tu t'intéresses à moi seulement quand je vais mal!"), pas facile à vivre et encore moins à contrôler pour autant. Le tempérament cyclothymique concerne 6% de la population, mais il peut être plus ou moins intense (le renard de Lou est "un gros relou" selon elle, "beau et vigoureux" selon lui), et constitue non pas seulement un tempérament cyclothymique mais un trouble cyclothymique, un type de bipolarité, aux côtés, dans la classification présentée dans la BD, de la bipolarité de type 1 (celle qui fait acheter deux voitures d'un coup) et de type 2. Au niveau neurologique, elle se caractérise par une instabilité de l'activité de la dopamine, qui alternativement grimpe en flèche, provoquant des crises d'hypomanie (très forte énergie, euphorie ou irritabilité, projets qui se multiplient, besoin intense de nouveauté, ...), ou chute brutalement, faisant basculer dans une période de dépression. Dans la liste des co-morbidités, ou des "(pas) super pouvoirs" du renard, peuvent figurer la boulimie, les troubles obsessionnels compulsifs, la phobie sociale ou les troubles anxieux, ainsi qu'un risque suicidaire extrêmement élevé. Il est a priori impossible de se débarrasser du renard, mais il peut être plus ou moins contrôlé, avec un traitement et une hygiène de vie (alcool, drogues, café, sommeil décalé, stress et antidépresseurs accentuent les symptômes) adaptés et surtout en le connaissant bien et en sachant expliquer aux proches à quoi s'attendre et comment réagir (ne pas prendre personnellement les moments de dépression où la personne se renfermera sur elle-même voire sera agressive, par exemple). Dans l'édition de 2021, 9 pages supplémentaires sont d'ailleurs consacrées aux proches de personnes souffrant d'un trouble cyclothymique.

 Le support de la bande dessinée et l'humour et la pédagogie de l'autrice, l'aspect très incarné de ce récit autobiographique permettent de rendre extrêmement claires certaines informations assez techniques, et alors que le livre rentre vraiment dans le détail des symptômes et de comment y faire face, on ne s'ennuie pas une seconde, aspects dont on mesure d'autant plus l'importance après l'errance diagnostique particulièrement dure décrite dans la première partie.

mercredi 16 mars 2022

J'ai choisi la vie. Être bipolaire et s'en sortir, de Marie Alvery et Hélène Gabert

  


 Ce livre croise les récits autobiographiques, depuis l'enfance et même l'héritage familial (les premiers chapitres ne sont pas sans faire écho à la psychogénéalogie), de Marie et Hélène, respectivement atteintes d'un trouble bipolaire de type I (plutôt constitué de "crises violentes") et de type II ("un quotidien d'oscillations permanentes entre les hauts, les bas et les milieux acceptables"). Peut-être à cause de la confusion causée par les états extrêmes provoqués souvent brusquement par le trouble bipolaire (ou alors, de façon plus pragmatique, parce que les chapitres, écrits respectivement par l'une et l'autre, sont courts et se succèdent rapidement), difficile de ne pas parfois se mélanger les pinceaux entre Hélène et Marie, ce qui est aussi une façon de donner un aperçu de la difficulté de s'y retrouver lorsqu'on passe par tous ces états (sans compter qu'en plus des atteintes de l'humeur, les traitements peuvent diminuer cognitivement). "Une personne atteinte de troubles bipolaires pourrait faire un bon personnage de cirque. Tour à tout, et parfois même simultanément, le clown qui rit, le clown qui pleure. Le lanceur de torches qui joue avec le feu. Le magicien capable de faire apparaître ou disparaître soudainement les choses les plus extraordinaires. Le contorsionniste capable de se mettre en boule pour s'éclipser et mieux réapparaître. Le dompteur maîtrisant ses tourments, phobies, addictions ou troubles obsessionnels compulsifs, alimentaires ou de l'attention. Le trapéziste qui se lance dans le vide pour enfin rebondir. Le funambule en équilibre au péril de sa vie."

 Si les parcours sont différents, les échos sont nombreux, comme la vie d'adolescente ou de jeune adulte où un moment difficile implique le risque de s'effondrer, les études et la vie professionnelle où les performances ("s'intéresser à une personne malade, ce n'est pas la démunir de ses ambitions") alternent  avec le besoin de s'arrêter, parfois longtemps, la vie amoureuse ("Guillaume est resté... de même que je ne suis pas partie") et surtout parentale (l'inquiétude pour les enfants exposés au différents états... sans compter le risque d'hérédité de la maladie, mais aussi la gestion particulièrement délicate du traitement au moment de la grossesse), le diagnostic, tardif, à la fois coup de poignard ("le diagnostic me choque", "je déambule dans la rue comme une alcoolique titubante", "je pensais être au bout du combat. Et pourtant, ce jour là, je compris qu'il n'en était rien") et soulagement ("je m'accorde des circonstances atténuantes"), la difficulté de vivre avec le traitement ("trois régulateurs d'humeur, cela fait trois pages d'effets "indésirables", comme on dit") même quand il est bien ajusté ou encore, pour Marie, les hospitalisations particulièrement éprouvantes (" "Profite de ton temps pour lire et écrire!" me dit naïvement mon mari. Mais si j'étais dans cette forme, qu'irais-je faire dans un hôpital? Les médicaments m'assomment littéralement"). Sont aussi comparés les mérites respectifs, des TCC (qui permettent, complémentaires avec les médicaments, de mieux faire face aux symptômes) pour Hélène, et de la thérapie freudienne très orthodoxe pour Marie, qui lui a certes permis de mieux se connaître mais jamais d'évoquer sa maladie, bien que son psychanalyste soit également psychiatre.

 Ces récits secouent, à l'image des vécus évoqués, et s'ils ne nient pas les difficultés (les risques de suicide, d'invalidité professionnelle, sont mentionnés), montrent qu'on peut vivre avec le trouble bipolaire, tout en étant très clairs sur les épreuves à traverser, le poids au quotidien, que ça implique.

mardi 8 mai 2018

Personne, de Gwenaëlle Aubry




 Comme pour une reprise de contact avec son père décédé ("je ne fais rien d'autre, finalement, en écrivant ce livre, que prononcer son nom"), l'autrice nous le présente dans cette biographie à deux voix (son texte est accompagné d'extraits d'un autre texte - "près de deux-cent pages rédigées à la main d'une écriture soignée"), qui a la particularité d'être structurée par ordre alphabétique ("ordre sans signification où j'ai tenté d'enserrer son désordre et le mien"). Son père, avocat et professeur de droit, fils et petit-fils de médecin, amateur de jeux de mots enfantins ("comment tuer un caméléon ? -En le posant sur du tissu écossais"," "Un cheval croise Saint-Thomas sur son chemin et l'avale d'un coup ; le Christ qui passe par là lui dit "laisse Thomas dans l'étalon" : c'est idiot, hein ?" et il éclatait d'un rire ravi"), souffrait en effet de psychose maniaco-dépressive ("il m'a tendu une ordonnance sur laquelle étaient inscrites ces trois lettres : PMD"), et le poids de cette maladie a poussé l'autrice à diverses prises de distance avec son père ("quand mon père est mort il avait déjà disparu depuis très longtemps"), et même avec sa propre enfance ("je n'ai pas de souvenir d'enfance, la petite en colère qui a jeté les lunettes par la fenêtre, celle qui réveillait son père chaque matin en passant une brosse dans ses cheveux, celle qui un jour, sur le pas de la porte, lui a donné son jouet préféré en faisant semblant de ne pas comprendre qu'il ne reviendrait plus, cette petite là, je la connais de loin, je ne la reconnais pas ni ne saurait l'appeler par mon prénom").

 Difficile en effet, même avec un manuscrit autobiographique sous la main, de concilier le professeur et avocat respecté, l'homme qui va parfois vivre quelques jours comme un SDF ("j'eus si faim un dimanche midi que j'allai à l'hôpital mendier un sandwich et reçus en outre une barre chocolatée") avant de rejoindre son appartement confortable, celui qui aime faire le clown, le "mouton noir mélancolique" qui a donné un titre à son manuscrit, celui qui se prend pour James Bond ou un aventurier similaire dans ses délires mais qui possède réellement une Mercedes donnée par l'ambassadeur de Bulgarie, la personne dont même la normalité inquiète car elle fait appréhender une rechute, le fils, le père de famille qu'on a brusquement retrouvé un rasoir à la main dans la salle de bain faisant une tentative de suicide, et d'autres encore, "tous logés de force en un seul corps".

L'autrice parle aussi, plus ou moins directement, d'elle-même, de ce que son père plus ou moins présent a représenté pour elle à divers moments de sa vie. Ce témoignage très personnel montre donc les blessures que peut causer la maladie aux malades eux-mêmes, mais également à leurs proches, envahissant la personnalité, l'identité, et rendant les relations difficiles, avec une approche qui peut difficilement s'intégrer de façon satisfaisante dans un ouvrage de psychopathologie, bien que ces éléments soient partie intégrante de la maladie mentale.

mardi 25 mars 2014

Je suis bipolaire – témoignage (sur madmoizelle.com )



 IrisKV a 22 ans, est fan de séries TV et a été diagnostiquée bipolaire depuis 5 ans. Comme elle en avait ras le bol du cliché du·de la bipolaire qui devient serial-killer du jour au lendemain ("au contraire, on compte un nombre incroyable d'artistes et de penseurs qui l'étaient (ou étaient suspectés de l'être) et le sont encore"), elle a pris l'initiative de décrire l'impact de la maladie, et des différentes médications qui l'ont accompagnée, sur sa vie. Je pense que l'avertissement est inutile, mais il ne faut surtout pas passer à côté de l'article sous prétexte qu'elle dit que "c'est long comme du How I met your mother, et aussi chaotique que l'intrigue des Fitzpatrick dans Veronica Mars, en beaucoup moins cool".

 L'article est magnifiquement écrit, et avec beaucoup d'humour malgré les aspects très sombres de ce que l'autrice a vécu (tentatives de suicide) et vit encore. Beaucoup de choses sont évoquées, dont les dangers et motivations de l'automédication (ce qui inclut "de l'alcool et un vaste rang de substances plus ou moins illégales"), le danger des relations thérapeutiques mal engagées ou des mauvais diagnostics, l'euphorie et le sentiment de toute puissance des phases maniaques qui manquent après coup, la part de la maladie dans l'identité, la peur de la grossesse et de la parentalité, … Je ne vais pas non plus en parler des heures (même si c'est un peu tentant) parce que c'est quand même absurde de faire un article sur l'article plus long que l'article lui-même (surtout que mon point de vue a infiniment moins d'intérêt que le sien), mais j'ajouterai quand même qu'il y a pas mal de conseils pratiques pour les patient·e·s et leur entourage (adresse de forums, conseils de films ou de lecture, …) et si ça ne suffit pas elle propose aux bipolaires qui le souhaiteraient de la contacter sur twitter ( @iriskv ) pour communiquer par mails (elle accepterait peut-être aussi de parler aux étudiant·e·s, mais d'un côté j'imagine qu'elle n'a pas que ça à faire).


 En fouillant un peu vous pourrez trouver d'autres articles du même type sur le site (sur les TDAH, la bisexualité, …), d'ailleurs si vous voulez vous-même témoigner j'imagine que ça les intéresse.