Né d'exercices proposés par sa psychologue, ce livre/carnet parle de la dépression post-partum vécue par l'autrice, son aspect envahissant, la multiplicité de ses dimensions.
Les dessins en apparence simples (la dépression post-partum, "être polymorphe", est nommée "bleu" et est le plus souvent représentée sous la forme d'un cercle), les phrases courtes, n'occultent pas l'extrême violence du vécu, avec ses moments d'envies suicidaires ("Je cherche toujours autour de moi les moyens de... bah, d'en finir. Comme des doudous, ça me rassure de les savoir autour de moi") voire d'envies que le bébé meure ("C'était tellement monstrueux. Honteux... J'ai admis ça, et du jour au lendemain, cette angoisse a disparu") et même un acte de violence ("J'étais désemparée. Je n'en pouvais plus. Je l'ai mordu. Jaune a pleuré de plus belle. Et moi, j'ai ri")
Les causes explorées sont multiples : en plus de l'épuisement physique et mental du quotidien, une colère trop longtemps enterrée ("Je n'avais pas conscience d'avoir autant de colère en moi. Peut-être parce que, jusqu'ici, je la dirigeais seulement contre moi-même"), un rapport au corps compliqué géré par l'évitement ("en y réfléchissant, ça fait longtemps que je cherche à l'oublier, celui-là..."), la difficulté de définir son identité entre injonctions, valeurs et réalité ("Comment voulez-vous que je me différencie avec, ou sans masque? A force de le porter, je ne sais même plus dire où il commence, ni où il s'arrête"). S'en sortir, c'est aussi pour l'autrice l'opportunité de faire une rencontre avec elle-même.
Le récit est bref mais dense et percutant. Si le style de dessin peut donner une sensation de douceur ou de légèreté vu de loin, ni la dureté, ni la complexité, ne sont édulcorées.
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