Le colosse aux pieds d'argile, c'est l'association de lutte contre les violences sexuelles dans le milieu du sport crée par l'auteur, mais c'est aussi l'auteur lui-même, désigné ainsi par son avocat lors du procès de son agresseur, l'auteur qui, si rugbyman de 100 kilos qu'il soit, porte encore, même si elle se referme progressivement, la blessure ouverte des viols qu'il a subis, enfant puis adolescent, de la part d'un proche de la famille.
Il détaille la sidération au moment des premières violences, l'escalade dans les actes commis et les provocations de l'agresseur qui vient régulièrement passer un moment avec sa famille (il se mariera d'ailleurs avec la cousine de l'auteur, qui a été très tôt au courant et non seulement n'exprimera pas de remords mais l'attaquera en diffamation), la parole qui a été si essentielle à sa réparation (même si elle a aussi créé des divisions dans son entourage, source d'autant de violentes désillusions) mais dont il s'est privé si longtemps, ou encore l'importance du procès et de la condamnation pénale et la violence insupportable pour de la sortie de prison de son agresseur (pour une fin d'incarcération sous bracelet électronique) survenue plus tôt que prévu.
Moins commun, il détaille aussi, loin du stéréotype de la bonne victime qui est comme de nombreux stéréotypes sur le sujet nuisible à la lutte contre les violences sexuelles, ce qu'il appelle ses "dérives" : alcoolisation et sexualité compulsives (quand il le révélera à son épouse, entre autres car ça allait être révélé lors du procès, ça mettra à terme fin au mariage), violences physiques, ... Face à la violence du traumatisme et à sa solitude dans cette situation, l'auteur a eu, pendant et après, de nombreux comportements qu'il aurait de loin préféré ne pas avoir, et qu'il partage sans complaisance.
Le style direct de l'écriture est au service du besoin de transparence qui est exprimé, après un silence subi aussi longtemps. Il y a le besoin de partager la réalité des violences sexuelles de façon générale, dans la continuité des travaux de l'association, mais aussi de faire un récit profondément personnel, car le récit de chaque victime est, à de nombreux égards, y compris sur des aspects sensibles, unique.

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