jeudi 13 septembre 2012

Terminé! (pour l'instant, mais bon...)


 Retour des exams, avec cette fois-ci rien d'autre à faire (comme devoir d'informatique ou projet tutoré, au hasard... d'ailleurs j'ai plutôt réussi le projet tutoré, les lectures complémentaires que j'ai partagées ici m'ont été utiles) que d'attendre les notes (puis protester pendant une durée indéterminée, une fois les notes arrivées).

Bon, il faut aussi que je me réinscrive, et l'IED ayant tendance à partager (voire même dépasser, je ne pensais pas que c'était possible) mon efficacité pour l'administratif, ce ne sera pas nécessairement le moment le plus facile de l'année.

Même sans avoir les notes, je sais déjà que j'aurais un pied en 3ème année l'année prochaine, mais il est probable que j'ai un ou deux (ou trois) boulets accrochés à l'autre pied, avec des matières à re-rattraper. Et comme je fais un semestre par an, je suis en L3 pour au moins 2 ans, sauf épuisement de mes réserves de santé mentale, ou crise économique qui s'aggrave et m'empêche de payer l'inscription l'année prochaine.

samedi 8 septembre 2012

2ème service!



 C'est reparti pour un tour, départ demain pour la session de rattrapage... Pour diverses raisons (dont le mauvais timing sur la lecture du dernier livre de psychopatho... hum) la durée des révisions n'a pas été, contrairement à d'habitude, trop courte, mais beaucoup trop courte. Le moment où j'ai (re)mesuré à quel point je ne comprenais rien à la neurobio motrice (c'était cet après-midi) a été particulièrement douloureux... mais il paraît qu'on réussit beaucoup moins souvent quand on n'essaye pas, et chaque point supplémentaire est un point gagné, et surtout après c'est les vacances pour de vrai (vacances=je ne suis occupé que par mon activité professionnelle... et par la pile de magazines qu'il faudra finalement que j'attaque pour cause de manque d'excuses), donc j'y vais dans la joie et la bonne humeur (bon, pour la neurobio, j'y vais tout court...).

 Au niveau du blog, le prochain livre résumé devrait être un livre de psychologie sociale... mais je ne m'engage pas sur le délai!

jeudi 6 septembre 2012

Psychiatrie pour l'étudiant, de Michel Hanus et Olivier Louis



 Ce qui surprend le plus dans ce manuel, c'est de constater à quel point il est complet. Bien sûr, malgré les très très nombreuses abréviations (non, BDZ n'est pas un manga célèbre), en 350 pages on ne fait pas une encyclopédie, donc certaines pathologies sont traitées de façon plus complètes que d'autres, mais en règle générale on retrouve non seulement description mais aussi étiologie, épidémiologie, options thérapeutiques (qui incluent les options médicamenteuses, ce qui intéressera moins l'étudiant·e en psychologie) qui font la différence entre analyse et thérapie analytique et qui prennent les TCC au sérieux, évolution, ...

 L'approche revendiquée est dite classique, ne suivant à la lettre ni la conception analytique de la psychopathologie, ni celle du DSM (auquel il est reproché "de se vouloir athéorique, c'est à dire de faire table rase des acquis de la psychanalyse"). Les concepts psychanalytiques de base sont toutefois expliqués, et la notion de structure est très présente (sont même décrites les personnalités paranoïaque ou phobique!). Si le chapitre sur les addictions inclut les troubles du comportement alimentaire (la théorie de l'abus sexuel à l'origine de ces troubles, sur laquelle figurent... deux phrases dans les ouvrages que j'ai lus sur le sujet et dont les résumés sont disponibles sur ce blog, est évoquée), consacre une part importante à l'alcoolisme (ce qui se justifie - "environ un malade hospitalisé sur 5 est un alcoolique", et l'alcool peut être la cause ou la conséquence d'autres troubles-), et a un catalogue des drogues encore plus complet que celui du livre d'Evelyne Pewzner (même le prix est parfois inclus, bien que les cours puissent avoir changé depuis 2010), pas un mot sur l'addiction sans substance...

 Des informations générales d'ordre plus pratique, utiles à tou·te·s, sont également fournies (je ne parle pas des "conduites à tenir devant...", qui contrairement à ce qu'on pourrait croire sont complexes, impliquent souvent des médicaments et sont donc à mon sens destinés à un·e psychiatre plutôt qu'à un témoin qui a des notions de secourisme). Des indications sont ainsi données pour trouver une méthode thérapeutique fiable parmi les "plus de 250 recensées", pas toutes recommandables. La psychanalyse est probablement celle qui est traitée de la façon la plus complète, sont très clairement énoncés ses intérêts mais également ses limites (ce qui est très impoli de la part de l'un des auteurs, psychanalyste, envers ceux et celles du Livre noir de la psychanalyste qui se donnaient tant de mal à suggérer un genre de complot des analystes pour maintenir les gens dans l'ombre). Sont également distinguées psychanalyse, thérapie de type analytique et thérapie de soutien, pour mieux expliquer dans quels cas l'une ou l'autre sont plus pertinentes. Comme mentionné plus haut, les TCC sont indiquées dans certains cas, et il est précisé que "le dogme psychanalytique du symptôme de remplacement est mis à mal par la réalité". Les méthodes de relaxation sont également prises au sérieux... enfin, celles qui sont sérieuses (le·a lecteur·ice est mis·e en garde contre l'abondance de produits relaxants -musique, mobilier, ...- qu'on trouvera -trop?- facilement dans le commerce, qui sont différents des pratiques validées scientifiquement et qui demandent généralement un exercice quotidien). Sans surprises, le chapitre important consacré spécifiquement au médicament demandera de l'absorption d'aspirine aux non spécialistes qui auraient quand même l'ambition de tout suivre, et ce serait très malhonnête de ma part de vous en dire grand chose. Les électrochocs sont également évoqués, même s'il ne faut surtout plus dire électrochocs (ni sismothérapie) mais électroconvulsivothérapie (entre nous, c'est bien dommage, parce qu'électrochoc c'est quand même plus facile à prononcer). Une parenthèse intéressante est aussi proposée sur l'hospitalisation sans consentement (risque, enjeux, conditions, ...), mais la loi changeant rapidement il est possible que l'ouvrage ne soit hélas pas suffisamment récent et que ce chapitre soit obsolète (comme la remarque sur le fait que le titre de psychothérapeute soit accessible à tout individu à qui l'envie prend de  l'afficher : c'était avant la proposition de réglementation de ce titre et la bataille épique entre professionnel·le·s et législateur qui fait rage depuis... le manuel n'a pourtant été réédité qu'il y a deux ans!). Dernier mot sur les aspects qui ne concernent pas strictement la psychopathologie : la bibliographie est étrange (presque à l'opposé de celle du manuel de Bergeret). Extrêmement courte, chaque ouvrage est présenté, mais elle porte presque exclusivement sur les patient·e·s bipolaires.

 Fait qui n'est pas indispensable mais dont il serait curieux de se plaindre : le souci d'éthique est présent tout au long de l'ouvrage. Concernant les médicaments (c'est important : l'industrie pharmaceutique sait entretenir les conflits d'intérêt), un avertissement est d'entrée fourni aux lecteur·ice·s, les informant que l'ouvrage ne suffit en aucun cas à remplir une ordonnance, la science avançant très rapidement sur ce sujet. D'autre part, le site Internet de la revue Prescrire (rendue célèbre à l'époque de l'affaire du Médiator pour avoir détecté son danger en avance) est proposé dans la bibliographie. Sur un autre sujet, et c'est peut-être l'information la plus importante du livre, il est précisé que les "qualités fondamentales" de tout·e thérapeute sont "l'honnêteté, la compétence et l'empathie". Ce sont deux qualités sur trois qui ne sont pas enseignées sur les bancs de l'Université et qui ne sont pas exigées même pour les diplômes les plus prestigieux, mais surtout ce sont deux qualités sur trois que le·a patient·e acteur·ice de ses soins est à même d'évaluer, ce qui est une excellente nouvelle.

mardi 28 août 2012

Introduction à la psychopathologie de l'adulte, d'Evelyne Pewzner



 Egalement cooautrice d'une Histoire de la psychologie, et autrice de Naissance et développements de la psychopathologie, Evelyne Pewzner fait figurer dans cette ouvrage différentes approches de la psychopathologie, en soulignant bien que cette discipline n'est pas à l'heure actuelle une science exacte ("la passion classificatrice des psychiatres des XXièmes et XXIième siècles ne le cède en rien à celle des aliénistes du XIXième siècle" , "il en résulte une inflation des catégories diagnostiques", ...) et qu' "au-delà des querelles nosographiques et des divergences théoriques, c'est à la clinique que la priorité doit toujours être donnée".  Différentes approches vont donc cohabiter : il est expliqué clairement et synthétiquement ce que sont et ne sont pas névrose, psychose et hystérie, et un chapitre est consacré aux personnalités pathologiques (même si des distances sont prises avec cette notion : "l'intérêt d'individualiser ces différentes catégories semble devoir être relativisé, regardé en tout cas d'un œil critique!"), mais des pathologies bien plus spécifiques sont également présentées (anorexie mentale, alcoolisme, différents types de dépression, ...) avec une liste de symptômes qui évoquent le DSM.

 L'originalité principale de l'ouvrage réside dans les rappels historiques fréquents qui, au-delà des éléments qui peuvent tenir de l'anecdote (l'homosexualité était criminalisée en France du moyen-âge à 1791, puis de 1940 à ... 1982!, l'hystérie était considérée comme résultant d'une insatisfaction sexuelle féminine avant que la morale chrétienne ne déplace son étiologie vers le cerveau, où elle restera jusqu'au XVIIème siècle, c'est Gilles de la Tourette qui a fait remarquer que, comme son étymologie ne l'indique pas, l'anorexie mentale ne supprime pas la sensation de faim, ...) ou en tout cas dont l'intérêt clinique immédiat n'est pas flagrant, permettent de prendre une distance que n'offrira pas forcément un ouvrage focalisé sur une approche plus spécialisée de la psychopathologie. Une autre originalité est qu'Evelyne Pewzner, intérêt pédagogique supplémentaire, partage la vedette avec d'autres auteur·ice·s : des citations sont régulièrement proposées sur plusieurs pages, soit de premières descriptions de telle ou telle pathologie (extraits de livres de Freud ou Kraepelin), soit de vignettes cliniques, princeps (syndrôme de Korsakoff) ou non (articles de presse spécialisée).

 L'ouvrage se lit rapidement et parvient a être plutôt exhaustif en regard de sa longueur. Toutefois, comme son nom l'indique, il s'agit d'une introduction, qui de plus ne fait pas mention de la psychologie de l'enfant et de l'adolescent, et on pourra toujours trouver des manques (je pense en particulier à l'addiction, complètement absente alors qu'une place importante est consacrée à l'alcoolisme et à la toxicomanie -le catalogue des substances pourra intéresser certain·e·s lecteur·ice·s- et que depuis quelques années est développée une psychiatrie de l'addiction sans substances -jeux vidéo , sexualité, jeux d'argent,... - et que cette approche constitue une tentative d'explication d'autres pathologies, je pense par exemple aux troubles du comportement alimentaire -cette explication est présente dans plusieurs ouvrages résumés ici-).

 Si ce "manuel" est très différent de celui dirigé par Jean Bergeret, il partage avec ce dernier l'avantage d'un chapitrage très clair qui incite à le garder sous la main pour retrouver un élément précis en cas de besoin. L'histoire n'étant pas plus une science exacte que la psychopathologie, les ouvrages de référence sont indiqués séparément dans la bibliographie, les spécialistes pourront donc éventuellement décider avant la lecture avec quelle distance ils l'aborderont.

vendredi 10 août 2012

Psychologie pathologique, théorie et clinique, dirigé par Jean Bergeret




 L'ouvrage, écrit à plusieurs mains, est très fortement orienté sur la théorie analytique, ce qui est revendiqué dès l'introduction par l'auteur principal ("Aux non-analystes qui estimeraient hasardeux de manifester un attachement trop exclusif aux hypothèses psychanalytiques, nous pensons pouvoir répondre que les données analytiques (théoriques, et non techniques) auxquelles nous nous sommes cantonnés correspondent à ce qui se trouve admis comme très classique par le plus grand nombre des psychopathologues contemporains et ne constitue, en définitive, qu'une connaissance bien générale, indispensable à l'honnête homme du début du XXIème siècle"). Il sera donc énormément question de structures psychiques (névrotique, psychotique, …), d'Idéal du Moi ou de conflit pré-Œdipien, plutôt que d'un dictionnaire (un bottin, diront les mauvaises langues) des différentes pathologies type DSM.

  Les concepts analytiques seront en revanche extrêmement détaillés, des plus basiques dont on a entendu parler en cours de philo en terminale, aux plus complexes. La complexité est d'ailleurs progressive, et une lecture très attentive des premiers concepts (ceux qu'on peut penser à tort bien maîtriser parce qu'un jour on a lu les Conférences d'introduction à la psychanalyse de Freud), voire une lecture très très attentive et des relectures, s'avère nécessaire pour comprendre de façon satisfaisante la totalité de l'ouvrage : synthétique ne veut pas dire simple. La table des matières est toutefois très claire, ce qui permet de s'y retrouver facilement si on veut revenir sur un concept en particulier. Dans la mesure où le livre fait 300 pages et non 3000, c'est surtout Freud qui sert de modèle théorique, les autres auteur·ice·s ne peuvent généralement qu'être évoqués. Et Freud sert de modèle théorique sans les explications longues et précautionneuses dont il a l'habitude, ce qui peut faire bizarre aux sceptiques ou aux non-initié·e·s (au XXIème siècle on ne sait pas dire pour qui un adulte va voter aux présidentielles malgré des enjeux financiers considérables, mais on sait avec certitude que, comme un chercheur l'avançait au début du XXème, le nourrisson ressent le boudin fécal comme faisant partie intégrante de son propre corps) et qui fera le plus grand bonheur des anti-psychanalyse (qui, en même temps, ont quand même du temps à perdre s'iels lisent ce livre).

  Un espace conséquent et spécifique est dédié à la psychopathologie de l'enfance et à ses particularités. Il est un peu plus DSM-esque que le reste de l'ouvrage (certaines pathologies particulières sont nommées) mais très peu. Les différent·e·s auteur·ice·s y ont une place un peu plus large, mais là encore le manque de place se fait sentir et mieux vaut lire les ouvrages des auteur·ice·s cité·e·s pour avoir un avis éclairé sur les théories mentionnées (certes, parler de l'autisme et de son étiologie à un public de psychologues ou qui s'intéresse à la psychologie est aussi périlleux que de dire "on donne trop d'argent aux chômeurs" à un repas de famille, et couvrir de manière exhaustive et impartiale les différentes théories qui concernent l'autisme suffirait à remplir un épais volume, mais rappeler par exemple en évoquant Bettelheim que sa stigmatisation des mères a fait énormément de dégâts aurait pu être souhaitable).

  Enfin, des indications plus pragmatiques sont données, concernant directement les soins. Jean Bergeret parle rapidement des thérapies d'inspiration analytiques et des thérapies d'inspiration non analytiques, en précisant qu'elles ne sont pas interchangeables (leur objectif et leur processus diffèrent) et ne peuvent être pratiquées que par des professionnel·le·s spécialisé·e·s (les thérapeutes ne sont pas plus interchangeables que les thérapies) et rigoureusement formé·e·s : pas question par exemple, même en ayant appris son livre par cœur, de pratiquer une analyse sans avoir été soi-même analysé·e puis supervisé·e. Les rééditions fréquentes (ce résumé concerne la 11ème) permettent d'être à jour sur la présentation des structures de soin existantes, même si ladite présentation ne concerne que la France, donc intéressera probablement peu le·a lecteur·ice canadien·ne ou belge.

  Exigeant et complet (en ce qui concerne les concepts de base), mais synthétique et clairement organisé, ce manuel est pratique à garder sous la main (même si pour débuter complètement la psychanalyse c'est peut-être un peu rude, les Conférences d'introduction et autres ouvrages de Freud permettent une entrée plus en douceur même si ça fait beaucoup plus de pages) pour affûter ses connaissances sur telle ou telle définition. Certains développements, moins basiques, spécifiques aux thèmes dont Jean Bergeret est spécialiste (la violence, l'homo-érotisme) ou non (travail de Michel Soulé sur la psychiatrie pré-natale) en augmentent l'intérêt.

Psychopathologie au menu



 Dans mon enthousiaste préparation aux rattrapages (la perspective d'être enfin un peu en vacances me rendait tellement triste!), préparation qui devra être prise au sérieux dans la mesure ou, sur 8 épreuves passées, j'en ai 6 à repasser (il me semble que les chercheur·se·s en sciences de l'éducation, selon les modèles théoriques, appellent ça une hécatombe ou une fessée... et je n'ai pas encore la note du projet tutoré!), j'ai décidé de faire plus d'efforts que pour les autres matières pour rattraper mon 5/20 en psychopathologie. Non pas que ce soit ma note la plus basse (quand on se ramasse c'est plus sérieux de le faire correctement), mais c'est une matière qui touche à la psychologie clinique, importante (un peu plus que "projet professionnel" par exemple, même si j'aime beaucoup recopier mon CV de façon fantaisiste), qui n'est pas particulièrement scientifique (en langage "mon bac est un bac L", pas scientifique veut dire pas de maths ni de bio, et non manque de rigueur ou autre...), et dont l'enseignante a par mail précisé le barème, et aussi qu'elle avait relu chaque copie pour éviter toute étourderie. Je n'ai donc ni l'excuse de mon bac L et de ma mémoire plus auditive que visuelle, ni celle que de toutes façons je ne vais pas me spécialiser là-dedans, ni celle très convenable (surtout que c'est très laborieux d'obtenir les copies corrigées... avant c'était déjà laborieux de les demander par courrier, mais maintenant ils refusent tout envoi "suite à des abus" ?!?!?, ce qui est très adapté pour des études par correspondance) qu'il y a sûrement une erreur sur les notes, ou que l'enseignant·e a sûrement une drôle de façon de noter (pour certaines matières on peut avoir la sensation que le partiel tient plus d'un casting type "Nouvelle Star" -l'enseignant·e qui regarde la copie et fait "mmmmh, non!" ou "non, il manque un "je ne sais quoi" "- que d'un contrôle de connaissances).

  Dans un élan désespéré studieux, j'ai donc commandé 3 des références aimablement suggérées dans le livre de cours (un des gros trucs verts et violets aussi appelés PUFs envers lequel tout étudiant·e de l'IED a des sentiments ambivalents), en espérant que relire la même chose avec des formulations différentes m'aidera à mieux comprendre et retenir ce cours qui n'est pas long mais qui est dense. Donc, après un thème "troubles du comportement alimentaire", le blog va continuer sur le thème "psychopathologie", mais cette fois ce ne sera que jusqu'à septembre, sinon ça veut dire que je suis très en retard (comment ça "comme d'habitude"?). Certes, on pourra objecter que lire des livres en diagonale est une drôle de solution pour progresser justement dans une matière qui n'est maîtrisée que superficiellement. J'en ai bien conscience, mais ça ne m'arrange pas, donc jusqu'à septembre je vais faire comme si je n'y avais pas pensé, c'est le célèbre style shaolin de l'autruche (et dans le cas présent, c'est ça ou le style de l'homme saoul).

vendredi 27 juillet 2012

Au coeur des émotions de l'enfant, d'Isabelle Filliozat




  Psychothérapeute (et même psychologue-psychothérapeute, d'après son site web) mais aussi, ça aura de l'importance, mère de famille, l'autrice propose des moyens d'élever son enfant en respectant ses émotions plutôt qu'en les réprimant, cette seconde option étant pourtant parfois conseillée plus ou moins explicitement par des ami·e·s, de la famille, des passant·e·s, des professionnel·le·s qui trouvent vital d'établir une autorité ferme, le moindre signe d'obéissance à l'enfant risquant d'en faire un enfant-roi, un·e délinquant·e, ... Isabelle Filliozat, voyant plus les enfants comme des fleurs que comme des bonzaïs, démontre pas à pas que l'écoute des enfants et la prise en compte de leurs désirs est souhaitable pour tou·te·s, et ne mène pas aux catastrophes annoncées à travers des conseils "bienveillants" (ou un hochement de tête d'un air entendu et des propos nostalgiques d'un -il paraît- âge d'or quand l'enfant a l'excellente idée, pour le plus grand bonheur de ses parents, de faire une crise spectaculaire dans un lieu public).

 L'autrice insiste pour qu'on accepte le fait que les émotions des enfants ont un sens, qu'elles sont saines, même si des fois on est fatigué·e et on a pas envie ("nous aimerions que nos enfants ne soient pas des enfants!"). Il importe donc de laisser s'exprimer la colère, les larmes, même lorsqu'elles sont en réaction à une demande ou une interdiction justifiée, ou que l'argument facile que ce sont les petit·e·s qui pleurent nous tend la main. 
 Une émotion exprimée n'est par ailleurs pas nécessairement une demande, par exemple si un enfant n'a pas l'autorisation de rester debout après l'heure du coucher, l'autoriser à dire qu'il n'est pas d'accord ne remet pas pour autant la règle en question, on peut même lui dire qu'on comprend qu'iel ne soit pas d'accord (une anecdote est rapportée où, alors que la fille de l'autrice dit qu'elle a envie d'un gadget, elle lui répond qu'elle ne peut pas l'acheter - réponse réprobatrice: "Je sais que tu ne vas pas me l'acheter, mais j'ai quand même le droit d'en avoir envie!"). S'il est possible d'enseigner à ses enfants à ne pas exprimer leurs émotions, en particulier négatives, les émotions elles-mêmes ne disparaissent pas pour autant par un étrange tour de magie, et cette réprobation a un coût qu'iels payeront, ou feront payer à leur futur conjoint·e, leurs futurs enfants, ... 
 
 Le sens de telle ou telle effusion est par ailleurs parfois plus facilement accessible à l'adulte attentif·ve, qui prend le temps de questionner et d'écouter les réponses, qu'à l'enfant lui-même. Quand une réaction est disproportionnée, l'événement qui en est à l'origine n'est est probablement que le déclencheur, et une angoisse, une rancœur, une tristesse plus profondes ne peuvent que gagner à être identifiées à cette occasion. Il est donc conseillé de ne pas céder à la tentation de minimiser l'incident, mais de demander à l'enfant, une fois calmé (si vous avez déjà essayé vous savez qu'avant c'est pas la peine), ce qu'il a ressenti, comment l'incident a été vécu, ... en évitant la question "pourquoi", bien pratique mais trop vague et parfois porteuse de jugement car rhétorique.

 Les recommandations faites pour les enfants pourraient en fait en grande partie s'appliquer aux adultes... ce qui est précisément l'occasion de faire comprendre à l'adulte en question que, dans la mesure où iel a les clefs pour tourner les émotions négatives des enfants à leur avantage, iel doit s'en donner les moyens rationnels (ça en théorie c'est fait quand on a lu le livre, ou alors le but de l'autrice m'a un peu échappé) mais aussi émotionnels. Quand vient le moment de poser un interdit, quand l'exaspération monte, il peut être intéressant de respirer à fond et de se demander la raison de la règle énoncée, de l'impatience. Une règle dont les tenants et les aboutissants sont maîtrisés par celui ou celle qui l'impose (non, "parce que c'est comme ça", ce n'est pas maîtriser les tenants et les aboutissants) peut être comprise et négociée, donc mieux acceptée, par l'enfant (l'autrice a par exemple accepté de laisser manger une glace en entrée par sa fille après s'être renseignée et avoir constaté que ça n'avait pas nécessairement moins de sens que de la manger en dessert... l'intéressée, après un certain temps d'expériences de repas dans le désordre, a fini prendre l'habitude de manger ses desserts en fin de repas par conformisme, et n'en a à aucun moment déduit qu'elle avait le contrôle de ce qui se passait à table... à un autre moment, l'autrice, agacée que ses enfants ramassent des marrons plutôt que de monter dans la voiture pour rentrer, a réfléchi une seconde et réalisé que son projet de la journée était de passer un bon moment avec eux, que ramasser des marrons était donc plutôt une bonne initiative, et les a rejoints). Mais la raison peut également être plus profonde, le mal-être a un prix qu'on peut tendre à faire payer, volontairement ou non, aux autres. Il faut donc savoir reconnaître ses propres besoins, les écouter, et éventuellement les dire et les revendiquer... le bien-être, c'est aussi savoir apprécier les moments de bonheur, et s'en souvenir pour relativiser quand l'exaspération se fait sentir un peu trop vite. Plus délicats sont les conflits d'enfance avec les parents non résolus, les rancœurs gardées pour soi. Le premier pas pour s'en libérer est de les identifier et de les accepter, même s'il peut être difficile d'accepter d'en vouloir à ses parents, en particulier quand on a passé une grande part de sa vie à le refuser.

 Si l'ensemble de l'argumentation se tient, sans être révolutionnaire (en même temps on peut vouloir être guidé dans l'art impossible d'être un parent parfait sans vouloir apprendre par cœur Freud, Rosenberg, Bowlby, Rogers ou le Traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens) mais abondamment illustrée de situations concrètes, certaines affirmations peuvent parfois faire sauter au plafond! Je ne me suis personnellement pas remis de l'odieux et absurde "tout se joue avant 6 ans" (à se demander l'intérêt d'écrire le livre, puisqu'il y a de fortes chances que le·a lecteur·ice moyen·ne ait dépassé cet âge), situé en intro pour donner envie de lire le reste, ni, pire encore, de quand l'autrice évoque (au moment où elle confond joyeusement pensée prélogique et inconscient) un enfant qui aurait développé une leucémie pour remettre ses parents ensemble (j'espère, j'espère, s'il s'agit d'une situation réelle, qu'elle n'a pas sorti sa connerie aux parents... elle n'y va d'ailleurs pas de main morte sur le psychosomatique, l'épouse insatisfaite qui ne prend pas l'initiative de divorcer risque de "faire (sic) un cancer", et elle affirme plus tard "Vous n'êtes pas heureux dans votre vie? Cancer, infarctus ou dépression ne vont pas soulager vos enfants"... vous allez être gravement malade ET être responsable des souffrances de vos enfants, vous voilà prévenu·e!). On peut également sourire quand elle dévoile en deux phrases le secret pour gagner les JO, rien que ça (l'éthique me force à partager un savoir si précieux - "qu'est-ce qui fait la différence entre celui qui deviendra un champion olympique et un autre? La fierté, la joie ressentie du succès"- les personnes intéressées n'ont plus qu'à préparer Rio 2016). Je me demande également s'il est si sain que ça de laisser exploser à fond sa colère devant ses enfants (ou d'aller ostensiblement -discrètement, c'est un peu compliqué- le faire dans une autre pièce), même en s'assurant après qu'ils aient bien compris qu'ils n'étaient pas responsables de cette colère, ou de dire à un enfant "j'ai envie de te frapper", même si c'est vrai et qu'on explique après que, pour de très bonnes raisons, on évite de le faire (le tout après avoir évoqué, constat d'origine inconnue, "les difficultés assez généralisées des adultes d'aujourd'hui à gérer leur colère de manière efficace et non-violente"... il y a de quoi être rassuré qu'elle ne donne pas de solution pour gérer la cupidité ou l'excès de libido). Elle développe également un point de vue (défavorable) sur les contes de fées qui devrait être passible d'une peine de mort lente et douloureuse que je désapprouve (on ne touche pas aux contes de fées, non mais!).

 C'est donc quelque peu frustrant de voir ce plaidoyer contre une tendance à voir l'éducation comme l'apprentissage de la soumission (pour le bien des enfants, cela va de soi), alors qu'apprendre la liberté c'est précisément apprendre à être responsable, fourni avec manuel pédagogique d'application (bilans des chapitres sous formes de listes, situations concrètes très, très nombreuses), parsemé d'étrangetés plus ou moins absurdes et plus ou moins graves. A moins qu'il ne s'agisse d'une invitation à appliquer ce conseil donné en début d'ouvrage : "faites-vous confiance", "quand on fait quelque chose par obéissance aux idées d'un autre, on peut se tromper". Oui, on va dire que c'est ça...