Sans être vraiment, malgré le titre, la thématique extrêmement proche et, évidemment, la chronologie, la suite de ce livre du même auteur, les échos seront extrêmement nombreux.
Là encore, la diversité des profils saute aux yeux, diversité des motivations au moment de partir (parce que, a priori, revenir implique d'être parti), de l'état d'esprit après le retour... La motivation religieuse est encore bien présente (une mère, par exemple, pleure... de joie après le décès au front, où elle a déjà perdu son époux, d'un de ses fils adolescents), avec cette sensation d'être au service du seul Islam légitime, par opposition au salafisme quiétiste ou d'un Islam compatible avec la République (la démocratie est souvent explicitement rejetée, et selon l'auteur, les programmes de déradicalisation qui reposent sur la proposition d'une autre vision de la religion sont une aberration au niveau des chances de réussite). Cette vision succède souvent à un passé très peu compatible avec une religiosité aussi exigeante (drogue, délinquance, fréquentation assidue des boîtes de nuit, ...), une expérience très commune nommée jahilya (époque de l'ignorance). L'un des repentis ne supporte d'ailleurs pas le discours selon lequel le terrorisme n'est pas le vrai Islam, il estime avoir assez assidûment travaillé sur les textes pour le savoir. Son éloignement de cette idéologie implique donc qu'il n'est pas musulman du tout, pour le plus grand déplaisir de ses parents, religieux et conservateurs mais sans la moindre affinité avec l'organisation de l'État Islamique.
Cependant, contrairement à la plupart des personnes présentées dans le livre précédent, le déclic théologique, explicitement ou implicitement, n'est pas la seule motivation. Le "jihad LOL" de certains influenceurs qui bombardent les réseaux sociaux, en reprenant leurs codes, créent de l'engagement dans les deux sens du terme, promettant parfois un certain confort de vie (potentiellement d'autant plus attrayant que beaucoup de djihadistes viennent de milieu populaire, ce qui est parfois l'objet de plaisanteries comme l'usage du terme "djihad Segpa") entre deux pillages de cadavres ou décapitations avec le sourire. L'organisation de l'Etat Islamique attache d'ailleurs une grande importance à la mise en scène et à la propagande, avec un matériel audiovisuel de haute technologie et une maîtrise et une réutilisation des codes holywoodiens. Les personnes recherchant ce confort de vie sont parfois satisfaites au moins un temps, mais déchantent vite devant la réalité du front. Les défaites militaires (tues par l'EI dans sa propagande) ont un effet très négatif sur certaines vocations.
La sexualité est aussi très présente, dans l'au-delà (certains djihadistes ont la promesse des 72 vierges promises aux martyrs bien en tête, l'un proclame même avoir vu les traces d'une éjaculation sur une personne tuée sur le front) mais aussi de façon très terrestre. Les promesses de mariage se font par des échanges en ligne, mais aussi par des séances de speed dating. La polygamie est autorisée, les femmes ont souvent plusieurs époux du fait du fort taux de mortalité masculin (même si elles passent par une période de veuvage obligatoire particulièrement pénible car les femmes célibataires sont logées dans un même lieu où les conditions de vie, pour les pousser à se marier rapidement, sont éprouvantes), et le divorce est autorisé des deux côtés. Toutefois, les échanges laissent entendre que l'épanouissement est rarement au rendez-vous, et les femmes qui voulaient échapper au regard occidental qui les sexualise et les réduit à leur physique vivent souvent la même chose dans cet espace où la constitution de couples a une dimension industrielle.
Autre point commun avec le livre Les Français jihadistes, l'importance de l'actualité, de la situation concrète. L'une des personnes présentées est arrivée en Syrie au moment de la scission entre Al-Qaida et l'organisation de l'Etat Islamique. Du jour au lendemain, le lieu où il se trouve est le théâtre d'affrontements armés. N'ayant prêté allégeance à aucun des deux camps, son groupe, suspecté par chacun d'être du côté de l'ennemi, se fait tirer dessus par tout le monde. Le discours sur la nécessité de défendre les territoires occupés et de participer à leur extension, ou d'organiser des attaques terroristes en occident, varie aussi. Comme indiqué plus haut, les défaites militaires, l'exposition au risque au quotidien, le niveau de confort sur place, ont un impact sur les motivations et l'adhésion à l'idéologie (mais pas pour toutes les personnes concernées, puisque certaines recherchent la mort, on peut d'ailleurs choisir dans un formulaire d'être orienté en priorité vers des missions suicide).
L'auteur consacre aussi une place importante aux femmes djihadistes. Au moment de la publication, l'auteur observe que l'Etat français les prend moins au sérieux (l'une des personnes présentées en longueur, revenue car elle a assisté à un accouchement difficile là-bas et avait peur que le sien se passe mal, n'est absolument pas revenue sur son idéologie) et ce alors que, si elles n'ont pas le droit de combattre sur place (droit que certaines revendiquent), elles ne sont ni moins engagées, ni plus manipulées, que les hommes, et peuvent avoir un rôle important dans l'organisation des attentats.
David Thomson propose peut-être une grille de lecture plus précise, plus de réponses, que dans le livre précédent, mais montre encore à quel point le sujet est complexe et multifactoriel, et à quel point les réponses à apporter doivent être exigeantes et prendre cette complexité au sérieux.

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