vendredi 10 octobre 2014

Pratiquer la psychologie clinique auprès des adultes et des personnes âgées, dirigé par Silke Schauder


 Une quinzaine d'auteurs, dont une grande partie sont enseignant·e·s à Paris VIII (tiens, du coup je me demande bien pourquoi ce livre en particulier m'a été recommandé par la prof qui s'occupe des stages, c'est un grand mystère...), reprennent les bases à connaître pour exercer le métier de psychologue clinicien·ne, dans dix des contextes professionnels très divers qui peuvent se présenter. Le livre est clairement axé sur la pratique, puisqu'en plus des traditionnelles bases théoriques et vignettes cliniques sont donnés une bibliographie commentée (y compris web), un annuaire des associations qu'il peut être utile de connaître, une présentation des professionnels avec lesquels on peut être amené à échanger, les tests qui pourront s'avérer utiles, ou encore ce qu'on peut faire d'intelligent de son temps FIR (FIR pour Formation Information Recherche, et vous ne devinerez jamais à quoi le·a psychologue doit le consacrer!). Le Code de déontologie des psychologues est aussi souvent évoqué.

 Le·a psychologue en secteur psychiatrique adulte travaille au sein d'une équipe dans laquelle iel devra délimiter sa place, qui n'est pas toujours claire, même si ça veut dire aussi qu'iel pourra bénéficier de la richesse d'une approche pluridisciplinaire (psychiatres, psychomotricien·ne·s, assistant·e·s sociaux·ales, éducateur·ice·s spécialisé·e·s, ...). Les demandes sont variées et, entre l'adulte qui demande un suivi pour son enfant ou la personne qui a la joie d'être accueillie dans le service suite à une hospitalisation d'office ou sur demande d'un tiers, le·a patient·e ne sera pas nécessairement un·e interlocuteur·ice des plus coopératif·ve·s. Le chapitre se conclut sur la journée type d'un psychologue clinicien du secteur 98 XL (qui comprend CMP, hôpital de jour, maison de retraite, ...) qui inclut une formation pour laquelle il a pu négocier pour se faire payer les frais de trajet alors que son crédit formations était épuisé.

 Le·a psychologue qui travaille dans le cadre de la prévention du suicide devra certes être bienveillant·e, mais iel devra par contre être un peu moins neutre que ses confrères·sœurs  ("Le psychologue représente la personne vivante, qui s'engage personnellement, avec son désir, dans la lutte pour la survie du suicidant", "dans tous les cas, les tentatives de suicide servent bien à interpeller l'Autre", "les réponses psychothérapeutiques traditionnelles apportées par un thérapeute seul ne suffisent pas"). On s'en doute, la vigilance sera aussi une qualité centrale ("parmi les patients psychiatriques décédés par suicide, un sur deux avait été en contact avec les services de santé mentale dans la semaine qui précède le suicide et un sur cinq le jour même"), d'autant que l'événement déclencheur peut sembler anodin (pour le·a patient·e, c'est "le dernier d'une longue série de pertes et d'échecs", et c'est bien entendu l'ensemble qui sera à prendre en compte dans le processus thérapeutique). Enfin, il faut savoir respecter le rythme des patient·e·s ("Vouloir commencer une thérapie en temps de crise, où il serait question de survie, serait hors de propos"). Des éléments théoriques et des outils pour mesurer le risque de passage à l'acte sont aussi présentés.

 Le·a psychologue clinicien·ne en alcoologie est confronté·e aux représentations diverses, voire contradictoires, de l'alcool. Alors que la consommation peut être valorisée socialement dans certains contextes ("L'alcool, symbole de socialisation, est toujours présent lors de grands événements sociaux positifs et négatifs"), ce qui servira d'ailleurs d'argument à un patient présenté dans une vignette clinique pour continuer de boire au nom de l'efficacité professionnelle (avant de constater plus tard que personne ne remarque quand il ne boit que du jus de fruits aux événements), une consommation importante solitaire est stigmatisée, ce qui n'aide pas à admettre qu'il y a un problème, d'autant que "les sujets alcoolo-dépendants sont impatients de retrouver un état dans lequel ils ne se sentent pas concernés par le monde extérieur" (et, de fait, les sujets alcooliques consultent peu : moins de 20% dans un délai de 10 ans). Une consommation dangereuse (lors d'une soirée d'intégration ou suite à un défi Facebook par exemple -mais Facebook est très vigilant sur la nudité, alors c'est pas grave-) ne signifie par non plus que le sujet est alcoolique : "s'il n'y a pas de dépendance, il n'y a pas d'alcoolisme". Le·a clinicien·ne en alcoologie a aussi de bonnes chances d'être confronté·e à d'autres troubles ("40% des personnes dépendantes à l'alcool présentent un trouble mental", et cette cohabitation est "stable dans le temps"). Une approche pluridisciplinaire est parfois d'une grande aide (en particulier une assistance sociale lorsque l'alcoolisme met en danger la situation professionnelle et familiale).

 Le·a psychologue clinicien·ne en victimologie devra avant tout respecter le rythme des patient·e·s, qui ne seront prêt·e·s à revivre leur traumatisme suffisamment pour l'intégrer dans leur histoire de vie et le surmonter que de façon très progressive, à une vitesse qui leur appartient. Il importe d'agir vite quand c'est possible ("il est aujourd'hui établi qu'une intervention précoce peut atténuer les troubles psychosomatiques"), parfois de devancer la demande ("certaines souffrances sont soigneusement masquées et détruisent d'autant mieux qu'elles sont tues") : la façon dont le·a psychologue peut être sollicité·e sont détaillées dans le chapitre et j'ai la flemme de tout reprendre ici les lecteur·ice·s intéressé·e·s pourront y retrouver toutes les précisions souhaitées. L'exercice est délicat : si "il est essentiel de garder la bienveillance et de nuancer la neutralité qui devient malveillance dans les situations traumatiques", la victime peut être demandeuse d'un·e psychologue dont le rôle se limitera à prendre parti, ce qui risque d'être néfaste sur le long terme, tout comme la situation où elle voit le soutien psychique comme une forme d'indemnisation et exige le mieux être. Une attention particulière est portée au moment difficile de la préparation au procès, autant à la confrontation à la partie adverse qu'à la prévention d'une trop grand attente (la conclusion du procès n'est pas la conclusion du traumatisme, d'autant que la sentence ne sera pas forcément celle qui est espérée).

 Le·a psychologue clinicien·ne en milieu carcéral (oui, le chapitre sur la prison suit immédiatement celui sur la victimologie) mettra les pieds dans un univers, c'est fait pour, plutôt ignoré du grand public. Les difficultés pour aller matériellement jusqu'aux prisonnier·ère·s ("le contrôle quotidien de son identité, le passage sous le portique détecteur de métal", "attendre parfois longuement que les lourdes grilles et portes s'ouvrent, selon la disponibilité des surveillants","négocier un bureau pour recevoir le détenu","attendre que le détenu soit appelé et qu'un surveillant aille le chercher") le distinguent de l'institution pénitentiaire aux yeux des patient·e·s, mais sont chronophages et ne facilitent pas la disponibilité (on peut pourtant imaginer, entre le choc de l'incarcération et le fait que les passages à l'acte puissent avoir été causés par des troubles ou des souffrances psychiques, que la disponibilité d'un·e psychologue soit particulièrement critique précisément dans ce contexte). Les détenu·e·s peuvent aussi être transféré·e·s brusquement, sans que le·a psychologue n'en soit informé·e (pour des raisons de sécurité), ce qui ne facilite bien entendu pas le suivi. Il est souvent nécessaire de recadrer la demande, les rôles des différents intervenant·e·s n'étant pas toujours clairs aux yeux des patient·e·s qui peuvent demander quelle peine ils risquent, des nouvelles des proches, un certificat pour dire qu'iels ne sont pas fou·olle·s, ...

 Le·a psychologue clinicien·ne à l'hôpital général, comme celui ou celle qui travaille en secteur psychiatrique adulte (et même plus), devra consacrer une partie de son travail à définir sa place ("les psychologues bénéficient d'une liberté quant à la faible hiérarchie les concernant, mais par là même, ont beaucoup de difficultés à inscrire leur pratique dans un monde qui ne les a pas prévus") : iel est "seul de son espèce au milieu des personnels médicaux et para-médicaux". La gestion de la demande est également difficile : si offrir un suivi à chaque patient·e est utopique et peut-être un peu exagéré ("mais si, on va donner du sens à votre fracture de la cheville... non, ne partez pas!"), "le psychologue peut très vite se retrouver isolé dans une sorte de tour d'ivoire, attendant en vain la demande". Le rôle du ou de la clinicien·ne consistera souvent à rester "vivant et contenant" face aux thématiques angoissantes rencontrées (la maladie, la mort, la douleur, l'entrée à l'hôpital, ...). Iel pourra aussi aider les patient·e·s à choisir avec plus de lucidité entre différentes options thérapeutiques, en collaboration avec les médecins.

 Les interventions des psychologues clinicien·ne·s en cancérologie peuvent prendre plusieurs formes : entretien individuel, rencontre informelle, travail de groupe, ... Il peut s'agir d'une réponse face à l'anxiété causée par la situation, ou d'une thérapie plus large ("les entretiens font souvent apparaître des souffrances antérieures à la maladie laquelle agit comme un révélateur : apparition de conflits auparavant masqués par l'activité professionnelle, exacerbation de conflits qui jusqu'alors n'étaient pas trop virulents..."). Il convient de porter une attention particulière aux différents temps de la maladie : l'annonce du diagnostic, le temps des soins, la rechute et l'arrêt des soins.

 Le·a psychologue clinicien·ne en gérontologie (ou plus exactement en institution gériatrique) intervient auprès des personnes âgées, mais également auprès de leurs familles. Iel accueille le nouveau résident dans ce moment de transition qui est loin d'être neutre, et accompagne le vieillissement et la fin de vie. Iel soutient également le travail des équipes dans ce contexte où "l'idéal professionnel des soignants qui est de faire vivre, soigner, guérir" est inaccessible (l'avancée de la science ne permet pas encore de soigner le vieillissement).

 Le rôle des psychologue en soins palliatifs est pour le moins paradoxal : si leur présence est pertinente dans la mesure où les patient·e·s risquent particulièrement d'être en grande souffrance psychique, il serait malvenu d'avoir l'ambition de soigner quoi que ce soit ("aider à mourir, c'est permettre d'affronter la peur extrême et ultime" mais convaincre qu'il n'y a aucun problème, c'est un drôle d'objectif thérapeutique). En reprenant Jean-Luc Dubreucq (Manuel de soins palliatifs, de D. Jacquemin, chapitre "Le psychiatre, compétences et expérience de chacun des intervenants"), l'autrice va même jusqu'à dire que l'objectif du ou de la psychologue est de dépsychiatriser (ne pas considérer la détresse du ou de la patient·e et de l'entourage comme pathologique) et de dépsychologiser (ne pas délimiter un processus psychologique standard de la personne mourante) dans ce champ clinique où "nous serions tentés de dire que le savoir n'existe pas" (les différentes étapes décrites par Elisabeth Kübler-Ross -déni, colère, marchandage, dépression, acceptation, pas forcément dans cet ordre et pas forcément les cinq- sont toutefois rappelées). "Ce qui est d'abord demandé au psychologue, c'est un cheminement d'être". La conclusion va dans ce sens : "parfois, la poésie, la littérature, la danse, le cinéma, les arts plastiques ou la musique nous font parfois mieux penser la mort que des essais spécialisés". Bon, personnellement, cette conclusion me laisse quelques réserves (l'art est d'abord quelque chose qui touche personnellement, c'est selon moi un outil précieux mais certainement pas un aboutissement, et ça me paraît -certes, c'est plus facile de dire ça de l'extérieur- saugrenu de penser à faire partager notre perception de la mort aux patient·e·s, ou alors si c'est important il faut remplacer le·a psychologue par un·e philosophe... et puis, sérieusement, la danse?), mais l'autrice en a aussi puisqu'elle écrit "parfois" deux fois dans la même phrase.

 Le·a psychologue clinicien·ne en libéral s'expose à de nombreuses difficultés, les premières étant administratives ("les procédures sont nombreuses et pas toujours très conviviales") et financières ("l'expérience montre que "tourner en moyenne à une dizaine de séances par semaine" est, du moins pendant la première année d'exercice, un bon résultat pour le psychologue installé en libéral", "le rapport à l'argent du psychologue en libéral doit donc être particulièrement serein"). De plus, si l'avantage de travailler seul·e est qu'on n'a personne pour nous casser les pieds à discuter nos choix orienter la thérapie dans une direction qui ne nous paraît pas souhaitable, le manque de soutien technique quand on est pris au dépourvu par une situation thérapeutique peut poser problème. De nombreux conseils sont donnés dans ce chapitre qui clôt le livre pour s'en sortir dans les nombreuses démarches administratives ou pour constituer un réseau (pour envoyer ou se faire envoyer les patient·e·s... dans l'intérêt des patient·e·s! -le risque financier est un fait, pas une excuse-). On peut être surpris·e par une vignette clinique qui indique de façon très spécifique (traitement psychanalytique) ce qu'il faudrait faire alors que précisément le psychologue en libéral a l'opportunité de se spécialiser dans un type de traitement, mais l'ensemble est clair et utile.

 Le livre n'est pas exhaustif, ni dans les situations présentées (même si il y en a déjà beaucoup) ni, bien entendu, dans les informations données dans chaque chapitre (une quarantaine de pages maximum)... mais il y a à chaque fois de nombreuses pistes pour approfondir, et c'est un bon outil si on a l'intention de se spécialiser dans un des secteurs mentionnés, que ce soit pour un stage, un mémoire, un premier poste, ... Un autre volume concerne la clinique auprès des enfants et des adolescents.



dimanche 5 octobre 2014

Sois stage, ô ma Douleur, et tiens toi plus tranquille


 Oui, bon, j'en fais un peu des caisses dans le titre, en fait c'est juste pour dire que je démarre mon stage demain matin (après avoir travaillé de nuit jusqu'à ce matin -et, certes, avoir jugé indispensable de raconter ma vie ici cet après-midi... hum- , je vais péter la forme). Après 5 ans à faire de la psycho avec des livres et des pdf, je suis tout ému de faire enfin de la psycho -en Ehpad, pour ceux qui suivent pas- avec des vrais gens (le bruit court que c'est même le but), même si normalement je vais surtout observer faire de la psycho avec des vrais gens. Et je suis d'autant plus ému que j'ai passé un certain temps l'année dernière à faire de la recherche de stage, ce qui n'est pas tout à fait le meilleur souvenir de mon cursus, donc j'apprécie particulièrement d'enfin faire pour de vrai ce stage si convoité!

 Sinon, vous vous souvenez, il y a pas trop longtemps quand je disais, à propos des lecture préparatoires : "il va vraiment falloir que je trace, donc les mises à jour devraient être plus fréquentes à partir de mi-septembre (ou alors je suis dans la m...)". Vu que sur 6 livres à lire absolument, j'en ai lu un et demie, la conclusion est plutôt rapide à déduire (par contre il va aussi falloir que je trace, ce serait bien quand même d'avoir lu les livres de préparation du stage avant la fin du stage, mais même ça ça va pas être évident).

 Donc, on récapitule, à venir sur ce blog : les livres lus pour préparer le stage en Ehpad, le troisième livre de Rogers que j'ai pas eu le temps de lire et là c'est pas le moment et, surprise, un livre conseillé pour le cours de méthodo de l'entretien que même une célèbre enseigne de librairie par correspondance a galéré pour trouver et que je n'attendais plus.

mardi 30 septembre 2014

L'aide-mémoire de psychogériatrie en 24 notions, de Pierre Charazac


 Pierre Charazac, psychiatre et psychanalyste SPP (aidé, pour la partie sur le vieillissement cognitif, de M.-C. Gély-Nargeot et S. Raffard), fournit avec ce livre un guide clinique du vieillissement assez conséquent.

 En fait, s'il s'agit bien d'un livre sur la clinique du vieillissement, et que la personne âgée est au centre, elle est loin d'être seule concernée : dépendante ou non, une personnage âgée n'est pas coupée du monde, elle vit avec éventuellement un·e conjoint·e, une famille, un·e aidant, des aides-soignant·e·s (à domicile ou en institution), et l'auteur fait plus que clairement comprendre qu'il est essentiel d'être attentif à l'entourage ("en psychogériatrie, il est rare que le projet soit seulement individuel, pour la raison que le patient vit dans un milieu qui interagit avec lui", "l'effet de la plainte sur l'entourage fait partie de sa sémiologie", ...). Les enjeux et les risques des différentes relations sont d'ailleurs largement détaillées. En plus des personnes, les lieux ont également une grande importance : entrer en cantou ou en Ehpad, ou a fortiori à l'hôpital ("événement redouté qui constitue parfois un mode d'entrée brutal dans la vieillesse, par exemple pour une intervention sur une fracture du col du fémur"), quitter le domicile ou même y retourner, ce n'est pas anodin... et changer de chambre à l'intérieur de l'Ehpad non plus, l'imposer arbitrairement peut constituer une forme de maltraitance. Le milieu, c'est aussi un contexte économique, et même s'il ne faut pas non plus en faire l'unique enjeu ("Un certain discours tend à réduire le soin aux moyens, c'est à dire au personnel et à sa qualification, en en faisant un idéal réservé à une élite hospitalière. Il est indéniable qu'une prise en charge correcte nécessite un minimum de moyens médicaux mais en Ehpad, elle dépend aussi de la façon dont le directeur, le médecin coordonnateur et le cadre de santé assument les problèmes institutionnels et éthiques soulevées par la fonction soignante de l'équipe, y compris dans la façon dont cette dernière vit la confrontation à ses limites"), le sujet est loin d'être éludé ("la notion de vulnérabilité mise au point par les gériatres a des implications économiques majeures"). L'auteur explique par exemple que, pour des raisons très différentes, il est impensable de laisser la seule responsabilité de la dépendance (qui "n'est pas une maladie et elle ne se traite pas", "pour l'homme âge comme pour le nourrisson, la dépendance désigne un état évolutif") aux familles en Chine (parce qu'avec la politique de l'enfant unique beaucoup se retrouveraient avec quatre personnes dépendantes à charge) ou en France (les familles sont particulièrement flexibles -familles recomposées, ...-, la répartition des responsabilités n'est pas nécessairement limpide), et semble aussi parfois regretter entre les lignes que l'Etat ne prenne pas son rôle plus à cœur ("la suppression de la mission originelle de l'hôpital d'accueillir et d'héberger les personnes dont l'âge et les infirmités réclamaient un asile, n'a pas cessé de s'affirmer"). 

 La psychanalyse (kleinienne et winnicottienne) est l'outil de compréhension du psychisme privilégié dans le livre, "car elle offre la mise en place la plus complète du fonctionnement psychique normal et pathologique" (et aussi, peut-être, parce que l'auteur est psychanalyste). Malgré des rappels et un glossaire, des connaissances en psychanalyse (de préférence meilleures que les miennes) seront donc bienvenues pour comprendre certains passages, mais ce serait bien dommage de se priver de l'ensemble du livre pour cette raison. En ce qui concerne l'interprétation des différentes plaintes et souffrances, par exemple, on se rend vite compte qu'il vaut mieux être Sherlock Holmes que Sigmund Freud (les exemples choisis ne sont pas à comprendre comme une incitation au tabagisme). Une personne se plaint de son manque de mémoire? Les tests vont probablement la contredire, si sincère soit-elle, mais la souffrance a de fortes chances d'être réelle (déjà parce que la sensation de perdre la mémoire n'est pas des plus tranquillisantes!). Reste à déterminer si c'est un signe d'anxiété, de dépression, de stress, une perte qui concerne en fait les performances attentionnelles, ... Un·e résident d'Ehpad refuse de sortir de sa chambre? Avant de crier au caprice, on peut se demander s'il s'agit d'une mésentente avec un·e autre résident·e ou un·e soignant·e, une phobie, une difficulté à accepter ce nouveau domicile, la peur de chuter, ... Des accès d'agressivité peuvent simplement venir d'une douleur, un mutisme d'une inhibition (crainte de moquerie ou d'impatience des interlocuteur·ice·s) à cause de difficultés d'élocution (l'auteur déplore qu'alors que les séances d'orthophonie sont un tel enjeu pour les enfants, on les sollicite peu pour les personnes âgées alors que ça peut être essentiel). Si l'auteur ne transige à aucun moment avec le respect de la personne âgée, cela ne passe pas seulement par d'éventuelles injonctions à l'humanisme mais aussi par un aspect pratique : la communication, l'attention, l'échange, avec les moyens disponibles, sont indispensables ne serait-ce que pour comprendre ce qui ne va pas chez une personne qui n'a pas nécessairement tous les moyens pour s'exprimer ("le clinicien doit se mettre à l'écoute de ses réactions, y compris de celles qui lui paraissent le plus déraisonnables ou contraires à sa déontologie", "chez le même sujet, en fonction des circonstances et du milieu, un cri, une déambulation ou une conduite plus complexe prendront des significations différentes").

Il y a quand même un reproche qu'on peut faire au livre, c'est la grande abondance de coquilles (des mots et des lettres manquent ou sont en trop, des signes de ponctuation apparaissent intempestivement, ...), c'est encore pire que sur ce blog, c'est dire! Ce serait sympa de la part de l'éditeur de faire un nouveau tirage après que quelqu'un ait pris la peine de relire. Mais la plus grande frustration, alors qu'il y a une grande quantité d'informations dont chaque paragraphe paraît très important, c'est de ne pas disposer en lisant cet aide-mémoire d'un autre type d'aide-mémoire, genre une cure de magnésium ou une carte SD qui s'intégrerait à l'hippocampe (la partie du cerveau, pas le genre de poisson qui a une tête d'extra-terrestre).

dimanche 21 septembre 2014

Client-Centered Therapy, de Carl Rogers



 Carl Rogers revient, environ 10  ans après la publication de La relation d'aide et la psychothérapie, sur l'approche non-directive.

 Le livre s'ouvre sur une magnifique intro sur la limite des apports théoriques pour l'enseignement de la psychothérapie ("le privilège de participer à l'accouchement d'une nouvelle personnalité"), en particulier de la psychothérapie centrée sur le client. La pire crainte de Rogers est que la mise en concepts et en mots des expériences thérapeutiques "souffre la dégradation ultime de devenir un "savoir académique" - où les mots sans vie d'un auteur sont disséqués et versés dans les esprits d'étudiants passifs, pour que les vivants transmettent des parties mortes et disséquées de ce qui fût des pensées et expériences ressenties, sans même se rendre compte qu'elles ont été vivantes-" Si la théorie, bien entendu, est indispensable ("même si la science ne fait pas le thérapeute, elle aide à la thérapie"), la thérapie non-directive implique des attitudes, une façon d'être particulière ("la thérapie est l'essence de la vie, et c'est comme ça qu'elle doit être comprise"), et ce n'est pas forcément la voie recommandée pour tou·te·s les thérapeutes : faire confiance aux client·e·s, accepter profondément tous ses sentiments, ça ne peut pas s'enfermer dans des concepts (même si, précisément, les auteur·ice·s du livre ont "essayé de fabriquer des concepts qui contiendraient leur expérience"). Pour montrer qu'il est difficile de tricher, Rogers donne l'exemple du langage non-verbal. A un client qui explique à quel point la tendance de sa mère à le critiquer constamment l'énerve de façon épidermique et incontrôlable, la relance adaptée serait "Vous lui en voulez à cause de son attitude critique", ou, plus élaboré, "Si je vous comprends bien, vous lui en voulez beaucoup pour son attitude critique. C'est bien ça?". Sauf que pas mal d'étudiant·e·s utilisent cette (bonne) relance sur le même ton que s'iels disaient "vous avez la rougeole" ou "vous êtes assis sur mon chapeau" (les exemples sont de Rogers!). Bizarrement, même si techniquement la relance est adéquate, elle ne produit alors pas l'effet escompté.

 Dans une première partie, il développe ensuite ce qui était dit dans l'ouvrage précédent, revenant sur certains points (il qualifie par exemple la liste d'indications qu'il donnait alors pour démarrer une thérapie non directive de "less than helpful", ce qu'on pourrait traduire en ne gardant certes pas le niveau de langue mais en retranscrivant bien l'esprit par "c'est du caca"), présentant l'état de la recherche sur le sujet depuis cette publication, ou répondant aux questions que peut se poser le·a thérapeute. Je pense que cette partie bénéficiera bien plus à quelqu'un qui a déjà une certaine expérience de la thérapie non-directive. Il conclut sur trois questions souvent posées par d'autres thérapeutes qui voudraient intégrer l'approche centrée sur la personne à leur pratique ("Comment le transfert est-il géré?", "Comment la thérapie prend-elle en compte le diagnostic?" et "Dans quelles situations la thérapie centrée sur la personne est elle justifiée?") et dont les réponses, si elles ne sont pas développées (respectivement "On s'en fout", "Il n'y en a pas besoin" et "A priori c'est justifié dans toutes les situations") risquent de laisser perplexe quant au niveau intellectuel de l'interlocuteur·ice, et donc à l'intérêt de cette approche. En fait, les thérapeutes n'ont bien entendu pas de bouclier magique contre les effets de transfert (des exemples sont donnés, en particulier de transfert hostile), mais ils sont traités comme les autres émotions, c'est à dire restitués et acceptés, ce qui permet aux client·e·s de se rendre compte que ces sensations lui appartiennent, ne viennent que de lui ou d'elle. En ce qui concerne le diagnostic, ou les indications, dans la mesure où la thérapie non-directive aboutit plutôt à un changement général de la personnalité que le·a client·e effectue à son rythme qu'à la disparition d'un symptôme spécifique, ce ne sont en effet pas des préoccupations capitales.

 Suit la présentation de plusieurs domaines plus ou moins annexes, rédigés par des auteur·ice·s différent·e·s, dans lesquels l'approche non-directive a un intérêt.

 Elaine Dorfman parlera en détails de la "play therapy" (thérapie avec des jeux) non-directive, adressée aux enfants : le principe est le même que pour les adultes, sauf que l'enfant ne parle pas nécessairement, il peut à la place utiliser les différents jeux disponibles (rocking-chair, pâte à modeler, peinture, ...). Le temps de la séance appartient à l'enfant. Il y a bien entendu un cadre à faire respecter (par exemple, au hasard, ne pas ruiner la salle, ni taper sur le·a thérapeute, ni même uriner dessus). Les règles doivent être justifiées lorsque l'enfant le demande, et doivent être assumées par le·a thérapeute ("c'est la méchante école qui prête la salle qui m'oblige à rendre les murs dans la même couleur que je les ai récupérés" sera moins efficace que "je ne t'autorise pas à utiliser la peinture sur les murs, car je ne peux pas me permettre de nettoyer la salle après chaque séance"). Les colères des enfants, peut-être plus fréquentes, doivent être traitées de la même façon que celles des adultes. Les règles à respecter dépendent aussi de la sensibilité des thérapeutes : iels ne pourront pas travailler correctement s'iels se forcent à supporter quelque chose qui va au delà de leurs limites de tolérance. Dans certains cas, les séances donneront l'impression d'être une perte de temps (enfant qui passe ses séances assis à ne rien dire, éventuellement à regarder par la fenêtre) alors qu'elles seront extrêmement profitables (retours positifs de l'extérieur, voire de l'enfant -dans un exemple, le client ne comprend absolument pas pourquoi la thérapeute lui propose d'arrêter les séances- ). Si les enfants peuvent faire preuve d'une capacité d'introspection subtile et surprenante, ça doit avoir lieu, comme pour les adultes, à leur rythme, les interprétations doivent venir d'eux même quand la métaphore paraît transparente (par exemple, un client qui "opère" une saucisse en pâte à modeler alors qu'il est lui-même très angoissé par une opération qu'il va subir).

 Nicholas Hobbs prendra le relais avec la psychothérapie centrée sur le groupe. L'intérêt peut être la préférence de certain·e·s client·e·s (plus à l'aise avec d'autres personnes que seul·e·s avec un·e thérapeute), ou encore l'argument économique (ça fait plus de client·e·s par thérapeute, ce qui peut être bien pratique quand on manque de thérapeutes). Le·a thérapeute ne prend la parole que lorsque les client·e·s semblent le souhaiter, ou pour recadrer quand un·e interlocuteur·ice en juge trop un·e autre dans ses propos (ce qui, semble-t-il, n'arrive pas si souvent). La méthode semble efficace, même s'il faut parfois plusieurs séances pour que certain·e·s prennent la parole (mais un·e client·e silencieux·se n'est pas nécessairement un·e client·e inactif·ve). Les client·e·s qui en profitent le plus sont ceux·elles qui adoptent au plus près l'attitude de thérapeute non-directif·ve.

 Thomas Gordon décrira ensuite le management centré sur le groupe : dans ce cas de figure, "le leader le plus efficace est celui qui créera les conditions dans lesquelles il pourra en fait perdre son leadership". "Le leader centré sur le groupe croit à la valeur des membres du groupe et les respecte en tant qu'individus différents de lui". Contrairement aux dirigeant·e·s dans leur acceptation classique, iel ne prend pas de décision mais aide les autres à prendre les décisions ensemble, en ayant une attitude chaleureuse, en acceptant et en reformulant toutes les suggestions et en les remettant en perspective avec l'objectif... Dans ce cas de figure, c'est donc le·a leader qui a le moins de pouvoir, une sincérité dans la démarche est donc nécessaire (contrairement à l'exemple donné d'un·e dirigeant·e qui a une attitude de pote pour mieux se faire accepter, mais qui continue de détenir le pouvoir et y tient).

 Un certain Carl Rogers parle ensuite de l'enseignement centré sur le client. Ces principes rappellent ceux, en tout cas comme Franck Lepage les résume ici (oui, ça vous fait une belle jambe, un lien vidéo de 3 heures sans qu'il soit précisé à quelle minute il est fait référence, mais je suis paresseux ET en retard), du Centre universitaire de Vincennes, ancêtre de... Paris VIII! Rogers a expérimenté, en tant qu'enseignant, l'enseignement directif et non-directif, et peut donc parler des deux. Il précise régulièrement que ça change radicalement de l'enseignement traditionnel (déjà, imaginez, l'évaluation, même l'évaluation finale, est faite par les élèves! -sur ce point particulier, je peux vous confirmer de façon très sûre que Paris VIII ne le fait plus-). Les élèves décident de l'évaluation donc (qui n'est en fait pas forcément une auto-évaluation, mais les modalités d'évaluation sont décidées par les élèves), mais aussi du contenu et de la forme du cours : les élèves sont donc généralement les premier·ère·s à être pris·es au dépourvu, et passent généralement un temps certain à protester avant de commencer à prendre des décisions. Une fois mise en place, cette façon de faire a un certain nombre d'avantages (Rogers précise que même un cours magistral donné sur décision des élèves n'a rien à voir avec un cours magistral classique) : des élèves disent ainsi s'être beaucoup plus impliqué·e·s dans le travail complémentaire, et un·e élève qui au contraire ne s'est pas impliqué dit que c'est peut-être un mal pour un bien, son manque d'implication étant peut-être une preuve que l'orientation qu'iel avait choisie n'était pas nécessairement celle qui lui convenait le mieux.

 Enfin, Rogers parle de la formation des psychothérapeutes, en présentant la façon de faire initiale (les étudiant·e·s, déjà expérimenté·e·s, étaient encouragé·e·s à se documenter le plus possible et effectuaient parallèlement des thérapies : le groupe et l'enseignant·e revenaient sur ces thérapies en listant ce qui allait et ce qui n'allait pas... selon Rogers, les étudiant·e·s qui ont progressé l'ont fait malgré la formation) et différentes procédures utilisées maintenant. Là encore, les formations s'adressent à des thérapeutes expérimenté·e·s. Iels ont la possibilité d'exercer pendant la formation, d'être eux-mêmes patient·e·s, et les discussions informelles, particulièrement précieuses semble-t-il, sont encouragées (en logeant les élèves ensemble, ou au moment des repas en les plaçant par petits groupes, ...). Rogers précise que les procédures changent régulièrement, au fur et à mesure des apports de l'expérience.

 Les différentes sous-parties peuvent être lues séparément, mais l'ensemble du livre est probablement plus clair si on a déjà lu La relation d'aide et la psychothérapie. Je regrette quand même, et à vrai dire je ne comprends pas, que le livre ne soit pas traduit en français (c'est Rogers quand même, nom d'une inflation, et en plus il étend son approche originale à plusieurs domaines d'une façon qui est loin d'être fantaisiste).

mercredi 3 septembre 2014

C'est re-re-re-re-reparti!




  Me revoilà dans ma résidence secondaire (l'hôtel Campanile de Saint-Denis... enfin, une chambre de l'hôtel Campanile de Saint-Denis) pour la session de rattrapage de l'an de grâce 2014. Vu comme la session de juin s'est passée, il y avait pas mal à rattraper, et peu de temps pour ce faire (c'est pas juste de faire passer les 3ème année en premier, surtout quand je suis en 3ème année et sans réponse à attendre pour l'admission en Master).

 Mais bon, je râle, je râle, et j'oublie de révéler qu'entre juin et septembre a eu lieu non pas une révolte, mais une révolution : je me suis décidé à faire des fiches! Je n'en avais jamais fait parce que j'étais constamment en retard, que quand ça m'arrivait je ne les relisais pas d'une part parce qu'elles étaient moches (parce que je suis gaucher, c'est la faute de la menace du stéréotype tout ça... vilaine menace du stéréotype!) et d'autre part (et surtout) parce que j'avais peur d'oublier des trucs importants, qui se trouveraient justement être l'objet du partiel si ça se trouve. En fait, si ces inconvénients sont incontestables (je confirme, les fiches que j'ai eu le temps de faire sont très moches), ça a quand même pas mal d'avantages. Déjà, reformuler le cours force à une lecture attentive, et à clarifier ce qu'on a pas compris, plutôt que de passer au paragraphe suivant, ensuite le cours, c'est impossible de le relire la veille du partiel, contrairement aux fiches, et puis même quand on manque de temps, pendant qu'on sélectionne les infos pertinentes et qu'on les réécrit, on apprend le cours, peut-être même plus que juste en le lisant (et aussi, pendant qu'on écrit on a les mains prises, donc moins tentées de taper sur le clavier pour répondre à l'appel insistant de twitter ou youtube). Enfin bref, l'entreprise est plus rentable que de passer des heures à regarder le cours droit dans les yeux, serait-ce avec une grande intensité, genre "cette ville est trop petite pour nous deux" avec une musique d'Ennio Morricone en fond sonore. Oui, il m'a fallu 5 ans d'IED pour comprendre ça, c'est peut-être une bonne chose que j'aie raté le concours de professeur des écoles. A ma décharge, je viens de cursus où apprendre par cœur n'avait pas une grande utilité (bac L, puis fac d'anglais, puis, donc, concours de professeur des écoles), ce qui a forcément eu une influence sur ma façon de travailler (oui, bon, d'accord, de ne pas travailler aussi).

 Bon, je dis que c'est une révolution, mais c'est plus un souhait qu'un constat, parce que si vu mes notes depuis mon inscription en psycho la révolution est une nécessité, il faudrait des partiels pour le confirmer, et surtout des partiels que j'ai eu le temps de préparer, en n'ayant pas l'initiative révolutionnaire en plein milieu mais avant de commencer. Cette session, c'est comme les autres, j'y vais avec l'ambition optimiste de limiter les dégâts.

 Au niveau des résumés de livres comme pour les révisions, j'ai eu moyennement le temps cet été. Comme le stage si durement obtenu démarre début octobre et que j'ai pas mal de livres à lire pour l'occasion, il va vraiment falloir que je trace, donc les mises à jour devraient être plus fréquentes à partir de mi-septembre (ou alors je suis dans la m...).

 Sur ce, bonne chance et bon courage aux étudiant·e·s de l'IED qui passent aussi cette session de rattrapage, yes we can, on y croit, tout vient à point à qui sait attendre le bout du rouleau, tout ça tout ça, et surtout les vacances approchent \o/ \o/ \o/

lundi 18 août 2014

Ephémère et délétère



Hécate souffre de troubles du comportement alimentaire, et en parle depuis maintenant 6 années sur ce blog (elle tient un autre blog en parallèle, Mlle B). Elle fait donc partager aux lecteur·ice·s en temps réel ses souffrances, les moments où ça va mieux, la distance qu'elle peut prendre par rapport à son poids ou son impossibilité de penser à autre chose, les moments où elle mange à peine pendant des jours et les moments où elle subit des crises et se gave. La longue durée couverte par le blog, et le fait qu'il ait été publié en temps réel (et sans validation préalable par un·e éditeur·ice), fait précisément qu'il ne parle pas que des troubles du comportement alimentaire d'Hécate, mais d'Hécate en général : ses rapports avec sa famille, les soignant·e·s plus ou moins efficaces et compréhensif·ve·s (et le manque d'accès à des soins satisfaisants en quantité ou en qualité), les agressions qu'elle a subies (le courage de livrer des choses aussi personnelles, surtout dans un espace exposé aux trolls, force l'admiration!), …

 Ce blog contient donc quelque chose qu'on ne trouvera jamais dans une vignette clinique ou une étude de cas, même la plus pertinente, même la mieux rapportée : une parole à la première personne, à des moments différents de sa vie, dans différentes humeurs, dont le sujet principal est la personne et non la pathologie. Et, s'il paraît fantaisiste de se former sans entendre les thérapeutes parler des patient·e·s, il faut sans doute se poser des questions sur les thérapeutes (ou futurs thérapeutes) qui ne s'intéressent pas au point de vue des patient·e·s. Une méthode contre-intuitive (interdire de parler de nourriture dans le dialogue avec la psy) qui s'avère être intéressante, une méconnaissance des troubles du comportement alimentaire qui poussent à une solution de facilité alternative (on va dire que c'est une dépression, pis de toutes façons ça ressemble), entendre Hécate parler de ses thérapies peut donner des idées d'exemples à suivre ou à ne pas suivre.

 On s'y attend, dans un blog qui parle de troubles du comportement alimentaire, à fortiori un blog dont l'autrice se livre autant, le contenu est extrêmement violent (le texte, mais aussi l'habillage du blog) : Hécate parle d'une violence intra-familiale parfois insidieuse, de son état suite aux privations, mais aussi des viols qu'elle a subis, de sa difficulté à réussir à nouveau à se faire vomir sans bruit après une période d'amélioration, ... Une réalité qui est ici racontée à la première personne, sans être accompagnée de développements théoriques.

 Bon, en vrai, je vais m'arrêter là, parce que je suis super mal à l'aise de parler d'un blog aussi personnel, j'ai l'impression de parler de la personne, et faire un post de blog sur une personne c'est moyennement élégant, du coup je fais rien qu'à m'embrouiller. Je récapitule pourquoi j'ai surmonté mon malaise :
-savoir que les troubles du comportement alimentaire sont une réalité violente et le ressentir sont deux choses différentes, et en lisant ce blog on ne peut que le ressentir
-l'avis de patient·e·s sur leurs psys est toujours très précieux, dans la mesure où on peut difficilement deviner à la place des patient·e·s, et que malheureusement un·e psy, même bien intentionné·e, peut faire des dégâts
-des informations exhaustives sur un·e patient·e, ou même une thérapie, c'est rarissime déjà parce que ça prend énormément de place (rien que les huit séances d'Herbert Bryan dans La relation d'aide et la psychothérapie ça occupe, et Psychothérapie d'un Indien des Plaines prend un livre entier) et ensuite parce qu'un·e thérapeute a généralement plusieurs patient·e·s, donc n'en sait pas forcément autant sur chaque patient·e
-le format blog permet une écriture en temps réel, et sans intervention d'un·e éditeur·ice (même si je ne me souviens pas avoir vu de coquilles... je déteste ce blog)... sachant que les gens changent avec le temps, je vois mal quel autre format peut offrir ce type de témoignage
-en plus c'est très bien écrit, et encore une fois le courage qu'il a du falloir pour partager autant son intimité force l'admiration  

lundi 4 août 2014

La Tristitude, version spécial IED


 Pour patienter entre deux fiches de lectures (sont chiants, ces psy, à écrire des trucs longs et même pas en BD!), cette version de La Tristitude écrite spontanément pendant les révisions de juin, à un de ces instants où il est impératif de faire une pause (disons que le cours d'Echelles et Tests était en train de me danser devant les yeux, en chantant le générique d'Happy Tree Friends). Bon, c'est un truc écrit à l'arrache, ça ne fait pas forcément référence à des trucs précis! Merci à http://fr.lyrics.wikia.com/wiki/WikiaParoles pour les paroles par écrit (surtout le refrain, c'est quand même plus pratique), et merci à Oldelaf bien sûr pour la chanson originale (et, tant que j'y suis, pour l'ensemble de son oeuvre).


La tristitude
C'est quand on reçoit jamais sa carte étudiant
Quand ce qu'on retient du cours de stats c'est du néant
Quand manger des PUFs ça commence à devenir chiant
Et ça fait mal
La tristitude
C'est quand personne ne répond aux questions même les tuteurs
Quand sur la plateforme on a pas le bon navigateur
Quand au lieu de réviser on traine sur twitter
Et ça fait mal
La tristitude
C'est moi, c'est toi
C'est nous, c'est quoi?
C'est un peu de détresse dans le creux de nos voix
La tristitude
C'est hum, c'est wouh!
C'est eux, c'est vous
C'est la vie qui te dit que ça va pas du tout
La tristitude
C'est un prof qui est injoignable toute l'année
Surtout quand il s'occupe du projet tutoré
C'est pas savoir comment on va être évalué
Et ça fait chier
La tristitude
C'est quand d'un coup nos notes disparaissent d'EP8
Quand les frais d'inscription se multiplient par huit
Quand le responsable scolarité s'enfuit
Et ça fait mal ma-mal ma-mal
La tristitude
C'est moi, c'est toi
C'est nous, c'est quoi?
C'est un peu de détresse dans le creux de nos voix
La tristitude
C'est hum, c'est wouh!
C'est eux, c'est vous
C'est la vie qui te dit que ça va pas du tout
La tristitude
C'est quand on passe toutes nos vacances à Saint Denis
Quand après les partiels on aime mieux être dans le déni
Quand on est bipolaire sans les phases de manie
Et ça fait mal
La tristitude
C'est lire 100 fois le même cours et rien se rappeler
C'est quand on se retape 3 fois la même année
Quand pour avoir un stage on est prêt à payer
Et ça fait mal ma-mal ma-mal
La tristitude
C'est moi, c'est toi
C'est nous, c'est quoi ?
C'est un peu de détresse dans le creux de la voix
La tristitude
C'est hum, c'est wouh!
C'est eux, c'est vous
C'est la vie qui te dit que ça va pas du tout
Non non non
La tristitude, la tristitude
La tristi, l'attitude, te donne, ta tristiti-titi-titititi-tititude
La tristitude te donne la triste attitude
La tristitude
Wow
La tristiti-titititititude
La tristitude, c'est un peu de tristesse et de solitude
C'est comme de la tristitude plus... rien
En tout cas c'est... la tri la tri la tri la tristitude
La tristitude te donne la triste attitude
La tristitude
Wow non
La tristiti-tititititude wow