mercredi 15 mars 2017

De quelques mythes en psychologie, de Kotaro Suzuki et Jacques Vauclair



  Saviez-vous qu'un message subliminal invitant à manger du pop-corn, diffusé pendant un film, suffit à augmenter les ventes de popcorn alors même que les spectateur·ice·s n'étaient pas conscient·e·s d'avoir perçu cette image? Que les Inuit·e·s ont une centaine de mots différents pour désigner la neige? Que des jumeaux·elles monozygotes (les "vrais" jumeaux·elles) élevé·e·s séparément ont un QI très semblable, ou encore qu'il arrive que des jumeaux·elles qui ne se sont jamais rencontré·e·s aient à l'âge adulte des similitudes troublantes comme le nom de leurs enfants ou leurs habitudes vestimentaires? Qu'un missionnaire anglican a dans les années 20 adopté, dans son orphelinat de la campagne indienne, deux enfants élevées par des loups?

 Vous avez probablement déjà entendu l'une de ces affirmations... elles sont pourtant toutes fausses, ou du moins à nuancer considérablement. Ce livre prend le temps, au cours de 8 chapitres, de lister les éléments qui vont à l'encontre de ces mythes, mais surtout d'en reprendre la genèse et d'expliquer comment ils ont pu se diffuser, auprès du grand public mais aussi, souvent, parmi les chercheur·se·s. La démarche permet de mieux comprendre plusieurs mécanismes psychiques dans les domaines évoqués (rentrer dans le détail implique d'expliquer les présupposés, de présenter l'état actuel de la recherche), mais aussi la complexité de la recherche scientifique du fait des nombreux biais à prendre en compte, ou encore la puissance de l'envie de croire (parce que le·a chercheur·se qui publie est prestigieux·se, parce que les résultats proposés sont dans l'air du temps, ou alors parce que, quand même, qui serait assez rabat-joie pour enquêter à charge contre un chimpanzé qui parle?).

 Le fait de comprendre comment les mythes ont pu se diffuser est en effet parfois plus intéressant que le démenti des mythes en soi. Savoir que le révérend Singh écrit dans son journal que les "enfants-loup" Amala et Kamala ont des yeux qui "brillent bizarrement d'un éclat bleuâtre dans l'obscurité", et qu'elles utilisent ledit éclat pour éclairer des objets, suffit aujourd'hui à écarter d'un ricanement l'ensemble de ses propos : s'arrêter là serait pourtant négliger le fait que Zingg, anthropologue, n'étant pas parvenu à rencontrer les fillettes, a trouvé l'ensemble des informations cohérentes... parce qu'elles correspondaient à ses propres connaissances sur les enfants-loups, ce qui était en fait inévitable, puisque lesdites connaissances provenaient de récits, qui eux-mêmes ont inspiré celui du révérend Singh. De façon circulaire, le fait qu'un universitaire, après des vérifications aussi minutieuses que possible, ait accordé du crédit à l'histoire d'Amala et Kamala, a donné à l'histoire en question une crédibilité sérieuse auprès du grand public. 

 Le lien fait très laborieusement entre les images subliminales et l'inconscient freudien, des mécanismes pourtant bien distincts, sert plus à expliquer que la supercherie sur la vente de pop-corn a eu lieu à une époque où il était déjà culturellement admis qu'une idée pouvait traverser l'esprit à l'insu de la personne concernée qu'à expliquer comment un message subliminal pourrait fonctionner. C'est pourtant important de rappeler que le message subliminal est quelque chose de très spécifique, car 1) on peut en effet percevoir un stimulus sans en être conscient 2) toute publicité contient une grande quantité de messages implicites. Le message subliminal qui a fait tant de bruit, et qui aurait permis à son auteur (James Vicary) de mesurer une augmentation des ventes de popcorn et de coca, était lui un message très explicite, qui était, la science a permis de le mesurer correctement plus tard, beaucoup trop long pour être perçu, serait-ce inconsciemment, par les spectateurs avec une diffusion si courte (une diffusion tellement courte -1/3000ème de seconde – qu'elle était par ailleurs technologiquement impossible à l'époque, un détail...).

 L'impossibilité matérielle est aussi ce qui a attiré l'attention sur les expériences de Cyril Burt concernant l'intelligence des jumeaux·elles... mais ses confrère·sœur·s ne se sont demandé·e·s, à juste titre, comment il avait pu disposer d'autant de jumeaux·elles séparé·e·s à la naissance pour faire ses mesures que quand quelqu'un a constaté que la similarité entre ses différentes statistiques étaient suspectes (les auteurs en profitent pour préciser que, si un arsenal de données intimide le non initié et augmente à ses yeux la crédibilité, les chiffres peuvent vite être considérés comme suspects par ceux et celles qui s'y connaissent effectivement en statistiques). C'est aussi pour des raisons pratiques que les chercheur·se·s ont de bonnes raisons de ne pas être trop pointilleux·ses sur la crédibilité des récits des jumeaux·elles qui ont été séparés jeunes : c'est rare d'en rencontrer, même en mobilisant beaucoup de moyens, mieux vaut donc tout faire pour s'assurer leur coopération. 

 Le livre contient même le cas d'un mythe qui a consisté à... démonter un mythe. Herbert Terrace, après avoir enseigné le langage des signes à un chimpanzé en utilisant un protocole élaboré basé sur la méthode behaviouriste, constate en regardant de plus près ses propres vidéos que le singe n'a pas appris tant que ça : il imite les gestes des entraîneur·se·s plutôt qu'il ne s'exprime spontanément, il utilise d'autres indices que les stricts indices verbaux (encouragements, …), et les expérimentateur·ice·s sont un peu trop prompt·e·s à interpréter dans leur sens les gestes ambigus. Terrace a l'honnêteté de faire part de ses erreurs mais, que ce soit dans son livre destiné au public ou dans des publications scientifiques... il ne le précise qu'à la fin. Et, surtout, il va s'empresser d'appliquer la même critique au travail des psychologues Allen et Beatrix Gardner, en oubliant de se demander si le fait qu'iels aient réussi, de leur côté, à apprendre des mots à un chimpanzé ne vient pas du fait qu'iels aient eu une méthode différente plutôt que du fait qu'iels aient commis les mêmes erreurs. Le fait que les Gardner aient forcément manqué de rigueur expérimentale est donc... un mythe (ce qui n'empêche pas en soi de s'interroger sur leur travail, mais les critiques de Terrace sont moins définitives que l'impression qu'elles peuvent donner).

 Là où on pourrait s'attendre à un simple travail de contre-enquête, ce qui serait déjà intéressant en soi, le livre éclaire sur la diffusion de l'information scientifique, ou encore la difficulté de faire de la recherche, sans compter les informations intéressantes sur la psychologie en général (mémoire, perception, …). Même les passages techniques sont plutôt clairs, il n'y a pas besoin d'avoir de connaissances particulières pour en profiter pleinement.  

mardi 7 mars 2017

Le ménage : la fée, la sorcière et l'homme nouveau, de Christine Castelain Meunier



 Emblème parmi d'autres des inégalités de genre, faisant partie pour chacun·e, qu'on le veuille ou non (certes pas toujours dans les mêmes proportions), du quotidien, le point de repère choisi par la sociologue Christine Castelain Meunier est à la fois pratique et central.

Si l'autrice rappelle, statistiques à l'appui, que sa répartition reste très inégalitaire et que, s'il s'agit d'un travail qui "souffre de sa double transparence : ni reconnu ni salarié", il s'agit bien d'un travail, n'en déplaise aux indicateurs économiques qui le prennent peu en compte ("comme si l'économie avait pu fonctionner tout ce temps sans le travail domestique féminin!"), et d'un travail qui demande du temps et de l'énergie (plus encore dans les pays économiquement en difficulté : "40 milliards d'heures par an pour aller chercher de l'eau les femmes d'Afrique subsaharienne"), le ménage est aussi pour certain·e·s un moyen de s'approprier le lieu de vie, voire dans une certaine mesure de se détendre, de se vider l'esprit. Le livre est précisément, même si des données quantitatives sont parfois rapidement fournies, constitué d'une série d'entretiens qui, au delà de la diversité des situations (couples de différents âges et niveaux sociaux, colocation, homoparentalité, …), montre que la répartition des tâches varie, mais que la perception de cette répartition varie également.

 Sans parler de révolution, cette série d'entretiens dessine une évolution marquée, incarnée avec éloquence par l'hilarité de jeunes de 20 à 23 ans devant la vidéo d'archive, perçue comme une aberration, d'une émission de télé décrivant la maîtresse de maison idéale. L'homme qui revendique aujourd'hui le droit de ne rien faire à la maison sinon bien vouloir mettre les pieds sous la table aura du mal à trouver un·e interlocuteur·ice compréhensif·ve. L'emploi du temps respectif, la préférence (ou la répulsion moindre) pour certaines tâches, sont le point de départ de la répartition de la charge de travail, qu'elle soit explicite (planning, contrat, …) ou implicite. Ceux et celles qui ont grandi en regardant faire leurs parents ou des professionnel·le·s se font plus facilement secouer par leurs conjoint·e·s ou colocataires ("on sent bien le glissement des frustrations d'une génération vers les revendications des générations suivantes"). Participer au ménage n'est plus pour l'homme une atteinte à la virilité, mais est au contraire valorisé comme un atout de séduction, selon des études chiffrées dans des couples hétérosexuels . Si cette évolution est nette (sans tomber dans la caricature : la répartition n'était pas de 100%/0% dans les générations précédentes), l'optimisme ne doit pas faire oublier que la situation demeure très inégalitaire, comme le rappellent les chiffres bruts ou encore, comme l'observe l'autrice à propos des études évoquées plus haut : "reste à se demander pourquoi il n'existe pas d'étude sur le rapport entre le degré de participation des femmes aux tâches ménagères et la qualité des relations conjugales et sexuelles!".

 Si les enjeux sociologiques du livre sont clairs et explicités, il s'agit plutôt sur la forme d'un livre qui reprend des entretiens, la diversité et les similitudes entre les situations individuelles apparaissant surtout en filigrane : le résumé que je viens de faire est donc plutôt un résumé de la conclusion du livre, qu'il faut prendre le temps de lire pour faire connaissance avec Soon Mee, Adèle et Bertrand, Malika, Sandra, ...

mardi 28 février 2017

La fabrique des exclus, de Jean Maisondieu



  Comme le titre l'indique, Jean Maisondieu détaille dans ce livre la façon dont la société fabrique l'exclusion, en particulier ce que recouvre et implique le statut d'exclu. Par "exclu·e·s", l'auteur désigne ceux et celles qui sont contraint·e·s de vivre des aides sociales, qui n'ont pas accès à l'emploi ou alors de façon précaire, sans pour autant souffrir de pathologie psychique ou de handicap (bien qu'il rappelle qu'iels sont aussi exposés à la précarité!).

  Maisondieu constate par exemple que le terme d'inclu·e n'existe pas : les exclu·e·s sont implicitement hors norme, alors que les inclu·e·s n'ont pas de compte à rendre pour justifier leur inclusion. Par ailleurs, l'exclu·e, jusqu'à ce qu'on soit concerné·e, c'est l'autre, puisqu'iel est exclu·e de la société , du cercle des gens normaux... qui prendront soin de limiter les contacts avec elle ou lui, de peur de voir de trop près leur humanité, et ainsi percevoir le risque de finir exclu·e aussi, ou de culpabiliser d'être inclu·e, d'avoir ce privilège sur quelqu'un qui est tout aussi humain. Cette frontière est parfois perçue de façon particulièrement brutale : l'auteur rapporte le cas de deux patients qu'il a rencontrés suite à une tentative de suicide, un artisan qui avait été contraint par des difficultés économiques à fermer son commerce (et avait pris la peine de laisser la porte de son atelier entrouverte pour que l'huissier n'ait pas à la forcer!) et un autre, cadre supérieur, qui s'était brusquement retrouvé sans emploi et avait préféré le suicide à la confrontation à sa famille et à ses proches (mais aussi à ses propres préjugés sur les chômeurs) quand, après des recherches infructueuses, il n'avait plus les moyens financiers de dissimuler le fait qu'il était sans emploi. Une autre personne s'était, suite à un acte manqué (ou du moins une maladresse très surprenante de son propre aveu), gravement blessée à la main, supportant mieux le statut d'accidenté que de bénéficiaire bien portant d'aides sociales.

 Les aides sociales, qu'elles soient directement sous forme financière ou par des dispositifs d'aide au retour à l'emploi, de soins médicaux ou psychiques, rappellent que la société a une responsabilité dans cette situation... jusqu'à ce que la responsabilité ne soit celle de l'exclu·e. Maisondieu l'a perçu directement alors qu'il voulait faire une recherche comparant les performances intellectuelles des exclu·e·s avec celle des élu·e·s. L'idée provoquait souvent des ricanements, mais il a fini par rencontrer un élu de bonne volonté pour en parler plus sérieusement. L'élu a quand même fini par refuser par crainte que la recherche ne dévoile trop d'information personnelles (parce que, chez les politiques, on est intransigeant sur le sujet de l'intimité). Pour l'auteur, c'était l'occasion de constater une inégalité supplémentaire, tant l'intimité du ou de la demandeur·se d'aides sociales est fouillée sans aucune considération, pour bien s'assurer qu'iel ne touche pas plus qu'iel ne devrait et qu'iel fait bien tous les efforts nécessaires pour s'en sortir ("C'est tout le mal de la fabrication des exclus. Ils ne demandent pas à être exclus, ils sont exclus, et ensuite on leur demande pourquoi ils se sont exclus"). C'est là l'hypocrisie du statut d'exclu·e : l'exclu·e est exclu·e à cause de la société, jusqu'à ce qu'iel soit le·a fautif·ve. Que sa moralité soit insatisfaisante, qu'iel ne semble pas, l'espace d'un instant, faire assez d'effort pour retrouver le cercle des inclu·e·s, ou, pire, qu'iel remette en question la bienveillance de la société à son égard ou qu'iel soit réticent·e à une réadaptation trop brusque (tel ce SDF à qui il manquait un œil et qui devait se faire installer une prothèse pour avoir accès à un emploi de balayeur dans les jardins publics : l'offre avait ses avantages évidents, mais le contraignait à renoncer à une partie de son identité, alors qu'il avait pendant des années trouvé un avantage à sa mutilation qui lui permettait de gagner plus d'argent en faisant la manche, et qui avait un cercle d'amis lié à ce quotidien), idl passera de victime à coupable. Si la citation de La Boétie ("ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux") n'apparaît qu'en filigrane, à travers les multiples efforts, parfois inconscients et de bonne volonté, pour mettre les exclu·e·s à genoux, les derniers vers des Animaux malades de la peste, de La Fontaine ("Selon que vous serez puissant ou misérable / Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir"), figurent bien dans l'ouvrage.

 L'un des éléments qui renforce la frontière entre inclu·e·s et exclu·e·s est ce que l'auteur appelle la psychopathologie de l'exclusion. Si des psychothérapies sont proposées aux personnes souffrant d'exclusion, cette proposition semble parfois avoir pour but de sous-entendre que l'exclusion est le résultat de souffrances, alors même qu'elle tend plutôt à les causer. Si Maisondieu a bien reçu des patient·e·s effectivement dépressif·ve·s en consultation, la plupart de celles et ceux jugé·e·s dépressif·ve·s ont été bien mieux soigné·e·s par la perspective d'un retour à une meilleure situation que par des médicaments! L'auteur constate aussi que le stress, peut-être trop valorisant car souvent associé au monde du travail, est souvent dénié alors même que la situation de chômeur·se est particulièrement stressante. Il déplore qu'alors qu'à la Révolution la notion de malade mental·e a servi à reconnaître le statut d'humain à des individus qui ne l'avaient pas, elle est aujourd'hui utilisé pour exclure un peu plus les exclu·e·s ("il est vrai qu'il est plus facile de soigner des gens sous le prétexte qu'ils sont malades que de prendre soin d'eux").

 Si c'est surtout son expérience de psychiatre (et d' "inclus de bonne volonté") qui a guidé l'auteur dans l'écriture du livre, il n'est pas sans rappeler des concepts de psychologie sociale comme la dissonance cognitive (réinventer la cause en observant la conséquence), ou encore l'expérience de Milgram (où le bourreau va estimer que la victime ou le donneur d'ordres sont les vrais responsables de l'acte qui le met mal à l'aise). C'est aussi, en plus d'un ouvrage politique au propos virulent, une redéfinition des conditions de l'humanisme.

jeudi 16 février 2017

Nouveau départ!



 C'est maintenant officiel! N'ayant pas été admis au Master initialement prévu, pour lequel il n'y avait supposément pas de sélection au moment où je me suis inscrit (oui, je suis toujours un peu aigri), c'est forcément plus compliqué de convoiter l'éventuel Master 2 qui s'ensuit, lui-même suivi de l'inaccessible étoile, le titre de psychologue (pour le coup très littéralement inaccessible). Et, comme je le prévoyais plus ou moins quand mon échec s'est officialisé, la thérapie à laquelle j'ai le plus envie de me former, moins universitairement mais plus directement, celle que j'ai le plus envie d'utiliser professionnellement, est l'Approche Centrée sur la Personne, de Carl Rogers. J'apprécie l'approche à la fois éthique (si le·a thérapeute ne respecte pas son ou sa client·e, cherche à lui imposer ses valeurs, serait-ce avec de la bonne volonté, ça ne peut pas fonctionner) et pragmatique (l'approche non-directive n'a pas été élaborée par Rogers parce que l'idée sonnait bien, mais parce que la méthode fonctionne, a des effets bien spécifiques, et Rogers insiste énormément sur l'importance de relever ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas, de chercher sans cesse à progresser, ...), la compréhension du psychisme liée à la théorie de cette méthode m'aide moi-même au quotidien, ... Certes, je vais avoir du mal à dire "client" au lieu de "patient" (je viens à l'instant de rectifier ce que j'avais écrit plus haut), mais ça tombe bien, je vais justement suivre une formation de plusieurs années, ça fait un premier axe de progrès.

 Je vais donc prendre le car demain matin à l'heure indécente de 6h40 pour me rendre à Conqueyrac (si si, ça existe) pour un premier week-end avec l'organisme ACP France. Si je ne vais pas cacher que ce n'était pas mon premier choix et que j'aurais préféré faire un Master normalement et être psychologue normalement, qu'une partie masochiste au fond de moi regrette le sprint de révisions paniqué en fin d'année à se débattre avec des cours pour certains incompréhensibles, ou encore la perspective de l'épreuve initiatique du mémoire de recherche (en plus j'avais trouvé un stage, grrrrr!), ça va être une bouffée d'oxygène, après 6 ans de fac (oui, j'ai mis 6 ans à avoir ma licence... oui, je sais) et en tout et pour tout 100 heures de stage comme présence sur le terrain avec des vrais gens, d'avoir une approche plus directe et concrète de la thérapie (sans parler, après 6 ans de fac par correspondance -oui, je sais, j'ai mis 6 ans à avoir ma licence-, d'être en formation avec des gens).

 C'est encore plus officiel que quand j'ai reçu le mail me disant d'aller me faire voir m'annonçant que ma candidature en M1 développement n'était pas retenue, je ne suis plus Iedien (je suis.. euh... ACP-Francien? ACP-Français?). Bon, je ne vais pas changer le nom du blog parce que c'est galère, et en plus mon (long) premier contact avec la psycho était, et restera, avec l'IED, mais surtout le contenu ne va pas profondément changer. Il est fort possible que la proportion de fiches de lecture sur l'approche rogerienne, voire plus généralement sur la psychologie humaniste, augmente, mais je ne compte pas me documenter exclusivement sur cette méthode, puisque des éléments d'autres approches peuvent enrichir la théorie de celle-ci, et puis ça peut toujours être utile de se renseigner sur un sujet en particulier (psychopathologie, neurologie, ...) quelle que soit la méthode concernée (et en plus, si j'avais trouvé pertinent depuis le début de ne me renseigner que sur une méthode en particulier, je n'aurais jamais entendu parler de l'approche rogerienne!). Certes, les livres présentés auront été lu avec en tête les concepts techniques et éthiques, la sensibilité de l'Approche Centrée sur la Personne, mais c'était déjà un peu le cas puisque si cette sensibilité ne m'avait pas parlé, je me serais dirigé vers une autre formation.

 En tout cas, pour l'instant, I'M GOING ON AN ADVENTURE \o/

lundi 13 février 2017

La dette de vie, Itinéraire psychanalytique de la maternité, de Monique Bydlowski



  L'autrice, dans ce livre, nous fait profiter de ses expériences dans des services de périnatalité, bien loin (techniquement, sinon physiquement) du divan auquel les psychanalystes sont plus souvent accoutumé·e·s (pratique qu'elle juge toutefois nécessaire de continuer en parallèle, comme des gammes de piano). Même si le livre est centré sur le vécu des patient·e·s, la multiplicité des interlocuteur·ice·s est souvent rappelée : le·a psychanalyste peut en effet salutairement désamorcer des situations tendues quand des soignant·e·s, que ce soit par leur sensibilité personnelle ou par leur rôle, sont en difficulté avec certain·e·s patient·e·s ("on ne saurait trop insister sur l'importance de cette disponibilité aux équipes et du temps incompressible qu'il faut y consacrer"). Les thèmes abordés sont nombreux dans ce petit livre (200 pages) : représentation de l'enfant, du désir d'enfant et de la grossesse, appréhension de l'accouchement, stérilité, procréation médicalement assistée... Le livre est recommandé par Anne Ancelin Schützenberger, spécialiste de la psychogénéalogie, et ce n'est pas surprenant : la transmission de la vie n'est-elle pas le moment intergénérationnel par excellence? 

  Les liens abordés ne seront d'ailleurs pas uniquement entre la mère et l'enfant, la grossesse interrogeant, selon le propos de l'autrice, les représentations, inconscientes ou non, de l'enfance, de la parentalité, de la transmission de la vie, faisant parfois surgir des conflits ou des douleurs qui jusque là ne semblaient pas occuper de place importante dans le psychisme. L'autrice évoque de très nombreux cas où une stérilité, parfois pesante depuis de longues années, ne trouvant pas d'explication médicale, se trouve soudainement résolue après la prise de conscience d'un deuil, d'une angoisse ou d'une rancœur ancienne, … Le vécu de l'enfance et la relation aux parents seront principalement interrogés, et des liens faits entre le concept freudien d'envie du pénis (pour aller très vite, étape freudienne du développement psychique de la petite fille où elle réalise que, contrairement aux garçons, elle n'a pas de pénis) et la grossesse.

  Si une partie des propos sont appuyés sur des recherches scientifiques (dont l'une, un entretien semi-directif passé par des donneuses d'ovocytes dans le cadre d'une procréation médicalement assistée, a été menée par l'autrice elle-même) ou s'articulent avec des situations cliniques bien précises (dont des dates de naissances qui coïncident avec une date très significative dans la vie psychique de la mère, éléments qui rappellent furieusement le travail de Schützenberger), les éléments théoriques proposés, foisonnants, ne sont pas toujours justifiés ou expliqués en longueur. On ne comprend par exemple pas nécessairement pourquoi le fait qu'une mère ne s'inquiète pas pendant sa grossesse indique qu'elle refoule une appréhension, pourquoi une très forte angoisse après une expérience terrible lors d'un accouchement précédent (douleurs intenses, enfant mort-né ou souffrant de séquelles, …) viendrait d'éléments de l'inconscient plutôt que de la peur bien palpable d'une répétition (une sage-femme refusant d'appeler un médecin malgré les demandes insistantes voire terrifiées de la personne qui accouche, n'est-ce pas marquant en soi, sans aller chercher un enjeu œdipien?), ou encore comment l'autrice a conclu que "chez l'humain, à la différence de l'animal, les conduites sexuelles s'appuient sur l'identification aux aînés" (pensée émue pour les chameaux, ornithorynques, libellules ou autres hamsters passés sur le divan pour faire avancer la science). On pourrait aussi mentionner des affirmations contradictoires ("l'avortement peut être le prix du sang à verser pour devenir femme soi-même" mais "l'adolescence féminine ne s'achève qu'avec la première naissance, même tardive") ou au contraire le fait que l'autrice reprenne à son compte une phrase de Nietzsche ("plus actuelle encore aujourd'hui qu'à son époque") qui n'est que trop compréhensible et dont le sexisme mettrait mal à l'aise Jean-Marie Bigard ("Tout chez la femme est énigme et tout chez la femme a une solution unique, laquelle a nom grossesse").

  Si les éléments avancés ne sont donc généralement pas assez développés, les pistes théoriques restent nombreuses et peuvent permettre, par exemple dans le cadre d'un stage dans le secteur de la périnatalité, d'être attentif·veà différents enjeux mis à jour par une pratique professionnelle riche et intense.

samedi 11 février 2017

Calme et attentif comme une grenouille, d'Eline Snel



 Enseigner la méditation aux enfants, ça peut sembler contre-intuitif. La méditation est une pratique qui a surtout des effets sur le long terme, qui demande de la patience et de l'assiduité, de rester de longues minutes à, délibérément, ne rien faire, ou du moins pas dans le sens où on l'entend habituellement... Soyons francs, même pour un·e adulte qui s'est motivé·e de lui ou d'elle-même, ce n'est pas forcément évident. Par exemple, la simple évocation de l'exercice du raisin sec me fait frémir (mon truc, c'est plutôt de manger une assiette de frites en 5 minutes). L'autrice a pourtant constaté que la méditation pouvait parfaitement être proposée aux enfants. Le livre vient d'ailleurs d'une demande d'adultes qu'elle a rencontrés dans ce cadre (parents, enseignant·e·s, …) : ce sont donc d'autres personnes qui ont constaté que non seulement les enfants étaient réceptifs aux exercices, mais aussi que l'autrice était compétente pour leur mise en place.

 C'est plutôt une bonne nouvelle : la méditation permet, la recherche scientifique l'a abondamment confirmé, d'être plus attentif·ve, de mieux maîtriser ses émotions, d'être moins procrastinateur·ice... autant de compétences que nombre d'enseignant·e·s et de parents rêveraient de voir maîtrisées par les enfants. Et, comme je l'ai dit plus haut, c'est une pratique de long terme : n'est-ce pas une bonne raison pour s'y mettre tôt?

 C'est classique pour un ouvrage d'initiation à la méditation, le livre est accompagné d'un CD (les méditations guidées sont aussi téléchargeables sur le net, avec un lien obligeamment fourni dans le livre, à côté de l'annuaire pour les lecteur·ice·s qui voudraient pratiquer avec un·e vrai·e enseignant·e). Je n'ai pas encore testé le CD en question, et c'est bien dommage parce que je me serais fait un plaisir de vous livrer une étude hautement scientifique en direct (groupe expérimental N=2, âge moyen 5 ans, âge médian 5 ans, groupe contrôle N=0). Je vais donc me contenter d'un témoignage de quelqu'un que j'ai croisé dans le métro me disant que ça marchait super bien avec sa fille de 4 ans qui pourtant avait souvent la bougeotte, et du commentaire du journal Le Monde rapporté par l'éditeur (à titre purement informatif) : "La voix douce de Sara Giraudeau aide les enfants stressés, dispersés ou anxieux à se recentrer et à s'apaiser". 11 méditations sont proposées, avec différents objectifs (s'endormir, contrôler les impulsions - "le bouton pause" -, les ruminations ou les émotions désagréables, …).

 En ce qui concerne le livre lui-même, il présente très clairement les enjeux et les bénéfices de la méditation de pleine conscience, et de la pratique de la pleine conscience en général, comme par exemple le fait que simplement identifier ce qui se passe au niveau des pensées et des émotions a de nombreux bienfaits, ou encore la différence entre lâcher-prise et résignation. Un·e adulte qui veut s'initier directement à la méditation de pleine conscience (ou même simplement savoir de quoi il retourne) peut parfaitement le faire avec ce livre. Les explications sont accompagnées d'anecdotes vécues avec des enfants (parfois issues de la vie de famille de l'autrice), et d'exercices à proposer qui ne sont pas nécessairement des méditations guidées.

vendredi 3 février 2017

Les écrits techniques de Freud (Séminaire, Livre 1), de Jacques Lacan



 Adoré (voire vénéré) ou détesté, connu pour ses concepts aux noms... euh... originaux comme mal-à-dit, sinthome ou objet a ou encore pour sa pratique de la séance courte de la scansion, autant dire que c'est avec appréhension que j'ai ouvert ce premier livre de Lacan, mais aussi avec la curiosité de savoir ce qu'il pouvait bien raconter exactement.

 Dans cette série de séminaires, à travers à la fois ses propres apports théoriques et des analyses minutieuses et critiques de textes de Freud (y compris des éventuelles erreurs de traduction), mais aussi par exemple de Mélanie Klein ou d'Alice et Michael Balint (il est aussi question d'un texte de Saint Augustin, mais j'ai cru comprendre qu'il ne s'agissait pas à proprement parler d'un texte de psychanalyse), il sera avant tout question de représentation. Entre la communication entre analysé·e et analyste, le transfert ("de n'être pas reconnu, le transfert a opéré comme obstacle au traitement. Reconnu, il devient le meilleur appui du traitement"), le rêve ("chaque élément signifiant du rêve, chaque image, fait référence à toute une série de choses à signifier, et inversement, chaque chose à signifier est représentée dans plusieurs signifiants"), les manifestations de l'inconscient, nombreux sont en effet les concepts à préciser ("on distingue mal entre imaginaire, symbolique et réel") pour comprendre finement tout ce qui se joue. Le séminaire a la qualité d'être interactif : Lacan répond aux questions des participant·e·s et les invite surtout à commenter les textes (une partie non négligeable du livre est donc constituée de commentaires de commentaires).

 Il va sans dire que l'idéal est de relire les textes dont il est question avant de lire la partie qui leur est consacrée : je ne l'ai pas fait et ça a contribué au fait que j'étais souvent perdu, même si j'étais bien content d'avoir de vagues souvenirs, par exemple, des Cinq psychanalyses de Freud. Mais force est d'admettre que même en ayant lu chaque texte en temps réel comme ça paraissait logique de le faire, j'aurais été perdu la plupart du temps : entre les références à la philosophie du langage (il est question à un moment de la création par l'humain du mot "éléphant" qui si j'ai bien saisi aurait eu plus de conséquences pour les éléphants qui tout ce qui a pu se produire d'autre dans leur vie d'éléphant, l'idée viendrait de Hegel), la complexité d'une bonne partie des propos (j'avais renoncé à comprendre l'histoire du miroir convexe posé en face d'un pot de fleur renversé bien avant que Lacan n'aille considérablement complexifier le truc) ou le fait que, décidément, certaines affirmations sont trop exotiques pour moi ("Les enfants, on les prend beaucoup trop pour des dieux pour l'avouer, alors on dit qu'on les prend pour des animaux" -mais de quels parents il peut bien parler?-, ou encore "L'animal est soumis à la mort quand il fait l'amour, mais il n'en sait rien" -la phrase n'est pas de Lacan, mais il y répond sans être perturbé le moins du monde-), l'essentiel de l'ouvrage ne m'a pas été tout à fait limpide. Pour ne rien arranger, les vignettes cliniques auxquelles se raccrocher pour éclairer la théorie sont rares. Je suis donc toujours aussi incapable qu'avant d'ouvrir le livre d'arbitrer, de dire si la psychanalyse lacanienne est un tissu de sophismes jargonnant ou si elle procure des éclairages transcendants sur la clinique analytique.

 Je ne peux que conseiller de l'aborder, pour ceux qui voudraient tenter l'aventure, déjà avec de l'aspirine de la patience, en ayant une connaissance au moins basique de Freud (et d'autres psychanalystes si possible), et de préférence un bon niveau en philosophie, en particulier pour ce qui concerne le langage.