mardi 28 août 2012

Introduction à la psychopathologie de l'adulte, d'Evelyne Pewzner



 Egalement cooautrice d'une Histoire de la psychologie, et autrice de Naissance et développements de la psychopathologie, Evelyne Pewzner fait figurer dans cette ouvrage différentes approches de la psychopathologie, en soulignant bien que cette discipline n'est pas à l'heure actuelle une science exacte ("la passion classificatrice des psychiatres des XXièmes et XXIième siècles ne le cède en rien à celle des aliénistes du XIXième siècle" , "il en résulte une inflation des catégories diagnostiques", ...) et qu' "au-delà des querelles nosographiques et des divergences théoriques, c'est à la clinique que la priorité doit toujours être donnée".  Différentes approches vont donc cohabiter : il est expliqué clairement et synthétiquement ce que sont et ne sont pas névrose, psychose et hystérie, et un chapitre est consacré aux personnalités pathologiques (même si des distances sont prises avec cette notion : "l'intérêt d'individualiser ces différentes catégories semble devoir être relativisé, regardé en tout cas d'un œil critique!"), mais des pathologies bien plus spécifiques sont également présentées (anorexie mentale, alcoolisme, différents types de dépression, ...) avec une liste de symptômes qui évoquent le DSM.

 L'originalité principale de l'ouvrage réside dans les rappels historiques fréquents qui, au-delà des éléments qui peuvent tenir de l'anecdote (l'homosexualité était criminalisée en France du moyen-âge à 1791, puis de 1940 à ... 1982!, l'hystérie était considérée comme résultant d'une insatisfaction sexuelle féminine avant que la morale chrétienne ne déplace son étiologie vers le cerveau, où elle restera jusqu'au XVIIème siècle, c'est Gilles de la Tourette qui a fait remarquer que, comme son étymologie ne l'indique pas, l'anorexie mentale ne supprime pas la sensation de faim, ...) ou en tout cas dont l'intérêt clinique immédiat n'est pas flagrant, permettent de prendre une distance que n'offrira pas forcément un ouvrage focalisé sur une approche plus spécialisée de la psychopathologie. Une autre originalité est qu'Evelyne Pewzner, intérêt pédagogique supplémentaire, partage la vedette avec d'autres auteur·ice·s : des citations sont régulièrement proposées sur plusieurs pages, soit de premières descriptions de telle ou telle pathologie (extraits de livres de Freud ou Kraepelin), soit de vignettes cliniques, princeps (syndrôme de Korsakoff) ou non (articles de presse spécialisée).

 L'ouvrage se lit rapidement et parvient a être plutôt exhaustif en regard de sa longueur. Toutefois, comme son nom l'indique, il s'agit d'une introduction, qui de plus ne fait pas mention de la psychologie de l'enfant et de l'adolescent, et on pourra toujours trouver des manques (je pense en particulier à l'addiction, complètement absente alors qu'une place importante est consacrée à l'alcoolisme et à la toxicomanie -le catalogue des substances pourra intéresser certain·e·s lecteur·ice·s- et que depuis quelques années est développée une psychiatrie de l'addiction sans substances -jeux vidéo , sexualité, jeux d'argent,... - et que cette approche constitue une tentative d'explication d'autres pathologies, je pense par exemple aux troubles du comportement alimentaire -cette explication est présente dans plusieurs ouvrages résumés ici-).

 Si ce "manuel" est très différent de celui dirigé par Jean Bergeret, il partage avec ce dernier l'avantage d'un chapitrage très clair qui incite à le garder sous la main pour retrouver un élément précis en cas de besoin. L'histoire n'étant pas plus une science exacte que la psychopathologie, les ouvrages de référence sont indiqués séparément dans la bibliographie, les spécialistes pourront donc éventuellement décider avant la lecture avec quelle distance ils l'aborderont.

vendredi 10 août 2012

Psychologie pathologique, théorie et clinique, dirigé par Jean Bergeret




 L'ouvrage, écrit à plusieurs mains, est très fortement orienté sur la théorie analytique, ce qui est revendiqué dès l'introduction par l'auteur principal ("Aux non-analystes qui estimeraient hasardeux de manifester un attachement trop exclusif aux hypothèses psychanalytiques, nous pensons pouvoir répondre que les données analytiques (théoriques, et non techniques) auxquelles nous nous sommes cantonnés correspondent à ce qui se trouve admis comme très classique par le plus grand nombre des psychopathologues contemporains et ne constitue, en définitive, qu'une connaissance bien générale, indispensable à l'honnête homme du début du XXIème siècle"). Il sera donc énormément question de structures psychiques (névrotique, psychotique, …), d'Idéal du Moi ou de conflit pré-Œdipien, plutôt que d'un dictionnaire (un bottin, diront les mauvaises langues) des différentes pathologies type DSM.

  Les concepts analytiques seront en revanche extrêmement détaillés, des plus basiques dont on a entendu parler en cours de philo en terminale, aux plus complexes. La complexité est d'ailleurs progressive, et une lecture très attentive des premiers concepts (ceux qu'on peut penser à tort bien maîtriser parce qu'un jour on a lu les Conférences d'introduction à la psychanalyse de Freud), voire une lecture très très attentive et des relectures, s'avère nécessaire pour comprendre de façon satisfaisante la totalité de l'ouvrage : synthétique ne veut pas dire simple. La table des matières est toutefois très claire, ce qui permet de s'y retrouver facilement si on veut revenir sur un concept en particulier. Dans la mesure où le livre fait 300 pages et non 3000, c'est surtout Freud qui sert de modèle théorique, les autres auteur·ice·s ne peuvent généralement qu'être évoqués. Et Freud sert de modèle théorique sans les explications longues et précautionneuses dont il a l'habitude, ce qui peut faire bizarre aux sceptiques ou aux non-initié·e·s (au XXIème siècle on ne sait pas dire pour qui un adulte va voter aux présidentielles malgré des enjeux financiers considérables, mais on sait avec certitude que, comme un chercheur l'avançait au début du XXème, le nourrisson ressent le boudin fécal comme faisant partie intégrante de son propre corps) et qui fera le plus grand bonheur des anti-psychanalyse (qui, en même temps, ont quand même du temps à perdre s'iels lisent ce livre).

  Un espace conséquent et spécifique est dédié à la psychopathologie de l'enfance et à ses particularités. Il est un peu plus DSM-esque que le reste de l'ouvrage (certaines pathologies particulières sont nommées) mais très peu. Les différent·e·s auteur·ice·s y ont une place un peu plus large, mais là encore le manque de place se fait sentir et mieux vaut lire les ouvrages des auteur·ice·s cité·e·s pour avoir un avis éclairé sur les théories mentionnées (certes, parler de l'autisme et de son étiologie à un public de psychologues ou qui s'intéresse à la psychologie est aussi périlleux que de dire "on donne trop d'argent aux chômeurs" à un repas de famille, et couvrir de manière exhaustive et impartiale les différentes théories qui concernent l'autisme suffirait à remplir un épais volume, mais rappeler par exemple en évoquant Bettelheim que sa stigmatisation des mères a fait énormément de dégâts aurait pu être souhaitable).

  Enfin, des indications plus pragmatiques sont données, concernant directement les soins. Jean Bergeret parle rapidement des thérapies d'inspiration analytiques et des thérapies d'inspiration non analytiques, en précisant qu'elles ne sont pas interchangeables (leur objectif et leur processus diffèrent) et ne peuvent être pratiquées que par des professionnel·le·s spécialisé·e·s (les thérapeutes ne sont pas plus interchangeables que les thérapies) et rigoureusement formé·e·s : pas question par exemple, même en ayant appris son livre par cœur, de pratiquer une analyse sans avoir été soi-même analysé·e puis supervisé·e. Les rééditions fréquentes (ce résumé concerne la 11ème) permettent d'être à jour sur la présentation des structures de soin existantes, même si ladite présentation ne concerne que la France, donc intéressera probablement peu le·a lecteur·ice canadien·ne ou belge.

  Exigeant et complet (en ce qui concerne les concepts de base), mais synthétique et clairement organisé, ce manuel est pratique à garder sous la main (même si pour débuter complètement la psychanalyse c'est peut-être un peu rude, les Conférences d'introduction et autres ouvrages de Freud permettent une entrée plus en douceur même si ça fait beaucoup plus de pages) pour affûter ses connaissances sur telle ou telle définition. Certains développements, moins basiques, spécifiques aux thèmes dont Jean Bergeret est spécialiste (la violence, l'homo-érotisme) ou non (travail de Michel Soulé sur la psychiatrie pré-natale) en augmentent l'intérêt.

Psychopathologie au menu



 Dans mon enthousiaste préparation aux rattrapages (la perspective d'être enfin un peu en vacances me rendait tellement triste!), préparation qui devra être prise au sérieux dans la mesure ou, sur 8 épreuves passées, j'en ai 6 à repasser (il me semble que les chercheur·se·s en sciences de l'éducation, selon les modèles théoriques, appellent ça une hécatombe ou une fessée... et je n'ai pas encore la note du projet tutoré!), j'ai décidé de faire plus d'efforts que pour les autres matières pour rattraper mon 5/20 en psychopathologie. Non pas que ce soit ma note la plus basse (quand on se ramasse c'est plus sérieux de le faire correctement), mais c'est une matière qui touche à la psychologie clinique, importante (un peu plus que "projet professionnel" par exemple, même si j'aime beaucoup recopier mon CV de façon fantaisiste), qui n'est pas particulièrement scientifique (en langage "mon bac est un bac L", pas scientifique veut dire pas de maths ni de bio, et non manque de rigueur ou autre...), et dont l'enseignante a par mail précisé le barème, et aussi qu'elle avait relu chaque copie pour éviter toute étourderie. Je n'ai donc ni l'excuse de mon bac L et de ma mémoire plus auditive que visuelle, ni celle que de toutes façons je ne vais pas me spécialiser là-dedans, ni celle très convenable (surtout que c'est très laborieux d'obtenir les copies corrigées... avant c'était déjà laborieux de les demander par courrier, mais maintenant ils refusent tout envoi "suite à des abus" ?!?!?, ce qui est très adapté pour des études par correspondance) qu'il y a sûrement une erreur sur les notes, ou que l'enseignant·e a sûrement une drôle de façon de noter (pour certaines matières on peut avoir la sensation que le partiel tient plus d'un casting type "Nouvelle Star" -l'enseignant·e qui regarde la copie et fait "mmmmh, non!" ou "non, il manque un "je ne sais quoi" "- que d'un contrôle de connaissances).

  Dans un élan désespéré studieux, j'ai donc commandé 3 des références aimablement suggérées dans le livre de cours (un des gros trucs verts et violets aussi appelés PUFs envers lequel tout étudiant·e de l'IED a des sentiments ambivalents), en espérant que relire la même chose avec des formulations différentes m'aidera à mieux comprendre et retenir ce cours qui n'est pas long mais qui est dense. Donc, après un thème "troubles du comportement alimentaire", le blog va continuer sur le thème "psychopathologie", mais cette fois ce ne sera que jusqu'à septembre, sinon ça veut dire que je suis très en retard (comment ça "comme d'habitude"?). Certes, on pourra objecter que lire des livres en diagonale est une drôle de solution pour progresser justement dans une matière qui n'est maîtrisée que superficiellement. J'en ai bien conscience, mais ça ne m'arrange pas, donc jusqu'à septembre je vais faire comme si je n'y avais pas pensé, c'est le célèbre style shaolin de l'autruche (et dans le cas présent, c'est ça ou le style de l'homme saoul).

vendredi 27 juillet 2012

Au coeur des émotions de l'enfant, d'Isabelle Filliozat




  Psychothérapeute (et même psychologue-psychothérapeute, d'après son site web) mais aussi, ça aura de l'importance, mère de famille, l'autrice propose des moyens d'élever son enfant en respectant ses émotions plutôt qu'en les réprimant, cette seconde option étant pourtant parfois conseillée plus ou moins explicitement par des ami·e·s, de la famille, des passant·e·s, des professionnel·le·s qui trouvent vital d'établir une autorité ferme, le moindre signe d'obéissance à l'enfant risquant d'en faire un enfant-roi, un·e délinquant·e, ... Isabelle Filliozat, voyant plus les enfants comme des fleurs que comme des bonzaïs, démontre pas à pas que l'écoute des enfants et la prise en compte de leurs désirs est souhaitable pour tou·te·s, et ne mène pas aux catastrophes annoncées à travers des conseils "bienveillants" (ou un hochement de tête d'un air entendu et des propos nostalgiques d'un -il paraît- âge d'or quand l'enfant a l'excellente idée, pour le plus grand bonheur de ses parents, de faire une crise spectaculaire dans un lieu public).

 L'autrice insiste pour qu'on accepte le fait que les émotions des enfants ont un sens, qu'elles sont saines, même si des fois on est fatigué·e et on a pas envie ("nous aimerions que nos enfants ne soient pas des enfants!"). Il importe donc de laisser s'exprimer la colère, les larmes, même lorsqu'elles sont en réaction à une demande ou une interdiction justifiée, ou que l'argument facile que ce sont les petit·e·s qui pleurent nous tend la main. 
 Une émotion exprimée n'est par ailleurs pas nécessairement une demande, par exemple si un enfant n'a pas l'autorisation de rester debout après l'heure du coucher, l'autoriser à dire qu'il n'est pas d'accord ne remet pas pour autant la règle en question, on peut même lui dire qu'on comprend qu'iel ne soit pas d'accord (une anecdote est rapportée où, alors que la fille de l'autrice dit qu'elle a envie d'un gadget, elle lui répond qu'elle ne peut pas l'acheter - réponse réprobatrice: "Je sais que tu ne vas pas me l'acheter, mais j'ai quand même le droit d'en avoir envie!"). S'il est possible d'enseigner à ses enfants à ne pas exprimer leurs émotions, en particulier négatives, les émotions elles-mêmes ne disparaissent pas pour autant par un étrange tour de magie, et cette réprobation a un coût qu'iels payeront, ou feront payer à leur futur conjoint·e, leurs futurs enfants, ... 
 
 Le sens de telle ou telle effusion est par ailleurs parfois plus facilement accessible à l'adulte attentif·ve, qui prend le temps de questionner et d'écouter les réponses, qu'à l'enfant lui-même. Quand une réaction est disproportionnée, l'événement qui en est à l'origine n'est est probablement que le déclencheur, et une angoisse, une rancœur, une tristesse plus profondes ne peuvent que gagner à être identifiées à cette occasion. Il est donc conseillé de ne pas céder à la tentation de minimiser l'incident, mais de demander à l'enfant, une fois calmé (si vous avez déjà essayé vous savez qu'avant c'est pas la peine), ce qu'il a ressenti, comment l'incident a été vécu, ... en évitant la question "pourquoi", bien pratique mais trop vague et parfois porteuse de jugement car rhétorique.

 Les recommandations faites pour les enfants pourraient en fait en grande partie s'appliquer aux adultes... ce qui est précisément l'occasion de faire comprendre à l'adulte en question que, dans la mesure où iel a les clefs pour tourner les émotions négatives des enfants à leur avantage, iel doit s'en donner les moyens rationnels (ça en théorie c'est fait quand on a lu le livre, ou alors le but de l'autrice m'a un peu échappé) mais aussi émotionnels. Quand vient le moment de poser un interdit, quand l'exaspération monte, il peut être intéressant de respirer à fond et de se demander la raison de la règle énoncée, de l'impatience. Une règle dont les tenants et les aboutissants sont maîtrisés par celui ou celle qui l'impose (non, "parce que c'est comme ça", ce n'est pas maîtriser les tenants et les aboutissants) peut être comprise et négociée, donc mieux acceptée, par l'enfant (l'autrice a par exemple accepté de laisser manger une glace en entrée par sa fille après s'être renseignée et avoir constaté que ça n'avait pas nécessairement moins de sens que de la manger en dessert... l'intéressée, après un certain temps d'expériences de repas dans le désordre, a fini prendre l'habitude de manger ses desserts en fin de repas par conformisme, et n'en a à aucun moment déduit qu'elle avait le contrôle de ce qui se passait à table... à un autre moment, l'autrice, agacée que ses enfants ramassent des marrons plutôt que de monter dans la voiture pour rentrer, a réfléchi une seconde et réalisé que son projet de la journée était de passer un bon moment avec eux, que ramasser des marrons était donc plutôt une bonne initiative, et les a rejoints). Mais la raison peut également être plus profonde, le mal-être a un prix qu'on peut tendre à faire payer, volontairement ou non, aux autres. Il faut donc savoir reconnaître ses propres besoins, les écouter, et éventuellement les dire et les revendiquer... le bien-être, c'est aussi savoir apprécier les moments de bonheur, et s'en souvenir pour relativiser quand l'exaspération se fait sentir un peu trop vite. Plus délicats sont les conflits d'enfance avec les parents non résolus, les rancœurs gardées pour soi. Le premier pas pour s'en libérer est de les identifier et de les accepter, même s'il peut être difficile d'accepter d'en vouloir à ses parents, en particulier quand on a passé une grande part de sa vie à le refuser.

 Si l'ensemble de l'argumentation se tient, sans être révolutionnaire (en même temps on peut vouloir être guidé dans l'art impossible d'être un parent parfait sans vouloir apprendre par cœur Freud, Rosenberg, Bowlby, Rogers ou le Traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens) mais abondamment illustrée de situations concrètes, certaines affirmations peuvent parfois faire sauter au plafond! Je ne me suis personnellement pas remis de l'odieux et absurde "tout se joue avant 6 ans" (à se demander l'intérêt d'écrire le livre, puisqu'il y a de fortes chances que le·a lecteur·ice moyen·ne ait dépassé cet âge), situé en intro pour donner envie de lire le reste, ni, pire encore, de quand l'autrice évoque (au moment où elle confond joyeusement pensée prélogique et inconscient) un enfant qui aurait développé une leucémie pour remettre ses parents ensemble (j'espère, j'espère, s'il s'agit d'une situation réelle, qu'elle n'a pas sorti sa connerie aux parents... elle n'y va d'ailleurs pas de main morte sur le psychosomatique, l'épouse insatisfaite qui ne prend pas l'initiative de divorcer risque de "faire (sic) un cancer", et elle affirme plus tard "Vous n'êtes pas heureux dans votre vie? Cancer, infarctus ou dépression ne vont pas soulager vos enfants"... vous allez être gravement malade ET être responsable des souffrances de vos enfants, vous voilà prévenu·e!). On peut également sourire quand elle dévoile en deux phrases le secret pour gagner les JO, rien que ça (l'éthique me force à partager un savoir si précieux - "qu'est-ce qui fait la différence entre celui qui deviendra un champion olympique et un autre? La fierté, la joie ressentie du succès"- les personnes intéressées n'ont plus qu'à préparer Rio 2016). Je me demande également s'il est si sain que ça de laisser exploser à fond sa colère devant ses enfants (ou d'aller ostensiblement -discrètement, c'est un peu compliqué- le faire dans une autre pièce), même en s'assurant après qu'ils aient bien compris qu'ils n'étaient pas responsables de cette colère, ou de dire à un enfant "j'ai envie de te frapper", même si c'est vrai et qu'on explique après que, pour de très bonnes raisons, on évite de le faire (le tout après avoir évoqué, constat d'origine inconnue, "les difficultés assez généralisées des adultes d'aujourd'hui à gérer leur colère de manière efficace et non-violente"... il y a de quoi être rassuré qu'elle ne donne pas de solution pour gérer la cupidité ou l'excès de libido). Elle développe également un point de vue (défavorable) sur les contes de fées qui devrait être passible d'une peine de mort lente et douloureuse que je désapprouve (on ne touche pas aux contes de fées, non mais!).

 C'est donc quelque peu frustrant de voir ce plaidoyer contre une tendance à voir l'éducation comme l'apprentissage de la soumission (pour le bien des enfants, cela va de soi), alors qu'apprendre la liberté c'est précisément apprendre à être responsable, fourni avec manuel pédagogique d'application (bilans des chapitres sous formes de listes, situations concrètes très, très nombreuses), parsemé d'étrangetés plus ou moins absurdes et plus ou moins graves. A moins qu'il ne s'agisse d'une invitation à appliquer ce conseil donné en début d'ouvrage : "faites-vous confiance", "quand on fait quelque chose par obéissance aux idées d'un autre, on peut se tromper". Oui, on va dire que c'est ça...

vendredi 13 juillet 2012

Le corps absent, de Maurice Corcos



 L'ouvrage a l'avantage de fournir un point de vue (extrêmement détaillé) purement psychanalytique sur les troubles du comportement alimentaire... l'auteur est particulièrement clair sur le sujet à travers une charge anti-TCC ("offre clé en main", "brèves, systématisables, peu chères, gérant le manifeste et ne s'empêtrant pas dans le témoignage d'une histoire de vie") un peu caricaturale quand même qui ouvre l'avant-propos à la seconde édition. La littérature et la peinture (si, comme moi, vous ne connaissez pas Magritte par coeur et si, contrairement à moi, vous n'êtes pas paresseux, il est souhaitable d'avoir Google Images à portée de main  en lisant) sont aussi utilisées pour enrichir et éclairer les propos avancés, ainsi que, bien entendu, des propos de patient·e·s (qui sont des moments cliniques, il paraît que ça n'a rien à voir avec des vignettes cliniques, et dont les lapsus sont conservés même quand ils ne sont pas l'objet de la citation, ce qui est appréciable).

 Le livre est par moments très complexe, et des connaissances avancées ou du moins solides en psychanalyse et en psychopathologie sont indispensables pour en profiter pleinement (ce qui n'était pas mon cas, pour donner un exemple au hasard). Ainsi, le long développement qui explique comment addiction, dépression et alexithymie s'articulent dans les troubles du comportement alimentaire nécessite pour être compris la maîtrise parfaite des concepts de base, mais aussi les développements de Jean Bergeret (dont les ouvrages sont très enrichissants, d'ailleurs je suis impatient de les lire) sur ces concepts. Le trouble du comportement alimentaire est présenté comme une addiction, qui serait une solution à la fois pour combler un vide (à la fois sensation d'être vide soi-même, ce qui rappelle le Moi-Peau de Didier Anzieu ou l'hyperempathie de Gerard Apfeldorfer, et vide ressenti d'affection parentale, en particulier maternelle) -"ce vide est recherché pour faire taire la psyché, à éviter des représentations"- et pour exprimer une violente agressivité (conséquence du manque d'affection ressenti) sans déclencher de conflit ouvert ("l'anorexique figure l'absent à son propre interlocuteur (la mère) et ce faisant ("je me tue en te tuant") sollicite sa mère sans crainte de la tuer"). Parfois, cette sensation de vide se manifeste par une confusion par la patiente de son corps avec celui de sa mère ("être grosse c'est faire corps avec ma mère; ce n'est pas mon corps; j'ai osé vomir ma mère, avorter de ma mère, la recracher en bouillie..."), ce qui donne parfois lieu à des moments cliniques troublants ("Mes règles sont revenues et j'ai pleuré... Je me sens enfin entière... la voie est ouverte mais... ma mère est en ménopause"), voire avec celui de sa grand-mère maternelle (témoignage de la mère d'une patiente : "après le décès de ma mère, elle a porté longtemps ses vêtements et elle est devenue menue comme elle").

  Si l'auteur refuse très explicitement de montrer du doigt les parents ("il est difficile et contestable de se représenter la défaillance maternelle à partir d'éléments biographiques et anamnestiques fournis pour l'essentiel par le patient"), l'accent est mis sur le danger des relations mère-enfant insatisfaisantes dans les premiers moments de la vie ("pour l'enfant l'intégration dans le corps dépendra étroitement de la pensée d'une division effective d'avec le corps maternel, qui s'exercera ou pas au cours d'une libidinalisation "suffisamment bonne" de ce corps", "on sait les nombreuses observations cliniques rapportant des "phobies du toucher" chez les mères et les patientes", "nous ne souscrirons pas forcément à l'hypothèse d'un facteur traumatique central abrasant les capacités de satisfaction hallucinatoire, mais nous partageons l'option peut-être plus fréquente d'une continuité de micro-traumatismes ou de la permanence d'une discontinuité des soins qui imprègnent la psyché de l'enfant d'un vécu de carence ou d'emprise"). Sont particulièrement vulnérables à ce manque de possibilités de se construire par la relation avec la mère les personnes alexithymiques, c'est à dire qui ont des difficultés à verbaliser, élaborer leur psychisme, dont les rêves sont pauvres en contenu latent (mon objectif maintenant que j'ai découvert le terme : caser alexithymique dans une conversation). Dans la mesure où, dans les ouvrages plus pluridisciplinaires, il est conseillé de commencer par soigner le symptôme (ce qui, seul, ne suffit absolument pas pour éviter les rechutes) justement parce que cette difficulté à l'abstraction est un obstacle de taille à  une thérapie de type analytique, on peut toutefois se demander si l'alexithymie n'est pas un symptôme plutôt qu'un facteur de vulnérabilité. Certains aspects sociaux sont également évoqués (ce qui paraît logique étant donnée l'augmentation du nombre de cas dans les dernières décennies), non pas sur l'alimentation (fast-foods,  micro-ondes, repas debout ou devant la télé, ...) mais sur l'évolution des figures d'autorité (l'enseignant·e, le·a juge, le médecin, ...) qui précisément sont de moins en moins des figures d'autorités, au même titre que les parents, ce qui empêcherait l'enfant de construire son individualité par la confrontation à une opposition solide ("les désirs d'indépendance, les attitudes d'opposition et de négativisme ne se manifestent pas") et contribuerait à créer ce vide qui risque de se combler par l'addiction des troubles du comportement alimentaire. Cela semble plutôt paradoxal dans la mesure où anorexie et boulimie impliquent un ascétisme extrême (tentative de triomphe sur les désirs... et les besoins, d'où les graves conséquences somatiques, intolérance violente de l'écart à l'objectif fixé qui est à la fois échec et faute morale, Corcos parle d'ailleurs à ce sujet précis -"la moindre minute d'inactivité est ainsi vécue sur un mode aussi culpabilisant qu'un aliment avalé ou qu'une note scolaire qui baisse d'un demi-point"- de "l'échelle de l'ambition parentale vécue comme l'échelle de l'affection que lui portent les parents"), qui laisse plutôt imaginer des parents très exigeants, écrasants et autoritaires.

  Si l'aspect monodisciplinaire de l'ouvrage est marqué et doit encourager à d'autres lectures (au préalable de préférence : l'auteur ne définit ni la boulimie ni l'anorexie, alors que ces définitions ne vont pas nécessairement de soi), il constitue également une qualité tant les troubles alimentaires offrent de nombreuses interprétations analytiques, qui sont difficiles à confronter au réel du fait de la fréquente violence des transferts et de la difficultés de ces patient·e·s à prendre de la distance avec leur psychisme (fait surprenant, en particulier pour des patient·e·s qui parallèlement à leur pathologie poursuivent souvent avec succès les études les plus difficiles, donc par la force des choses manient des concepts, mais ça fait plusieurs auteur·ice·s qui le disent alors ça ne tient probablement pas du préjugé ni de la fiction...)... un ouvrage relativement long (350 pages environ), complexe et de plus récent (2ème édition en 2010) est par conséquent plutôt bienvenu.

mardi 3 juillet 2012

Le Moi-peau, de Didier Anzieu



 Ouvrage riche, parfois complexe, important et souvent cité, mais aussi j'imagine souvent commenté, re-re-commenté, contesté, approfondi, comme pour tous les classiques qui seront résumés ici les commentaires sont encore plus bienvenus que d'habitude pour exprimer un désaccord, apporter une précision, mentionner quelque chose d'important que j'aurais oublié (bon, j'oublie toujours quelque chose d'important, et à la limite c'est tant mieux, un résumé n'est pas un livre, alors disons si j'oublie quelque chose de beaucoup trop important pour être oublié) ou, plus vital encore, rectifier un éventuel contresens.

 Outil de perception s'étendant sur l'ensemble du corps, à la fois frontière et point de rencontre avec l'extérieur, élément constituant l'identité (l'incarnation d'un autre, par jeu par exemple, ne passe-t-elle pas par le déguisement, façon de revêtir sa peau?) mais aussi contenant, enveloppe qui permet de demeurer un tout, la peau a permis à Didier Anzieu d'enrichir sa (donc notre) compréhension du psychisme, de la conscience et de la thérapie. Neuf fonctions (liste non exhaustive que l'auteur invite à compléter) sont attribuées au Moi-peau.

 Le Moi-peau sert d'appui, de soutien au psychisme, de même que la peau soutient le squelette et les muscles. Il est également contenant, enveloppe. Ces deux éléments se construisent lors des échanges précoces avec la mère, plus ou moins solidement selon la qualité des interactions. On peut y ajouter une fonction de protection, écho au pare-excitation freudien mais aussi protection, par exemple, contre l'angoisse d'intrusion psychique. Il permet aussi le sens de l'individualité, de la singularité. C'est également un outil pour se ressentir soi-même, ressentir l'intérieur de son corps, protection contre l'angoisse de morcellement, mais aussi une enveloppe d'excitation érogène. Une autre de ses fonctions consiste à équilibrer la tension énergétique, interne comme externe. Enfin (ou pas enfin, Didier Anzieu précise que l'ordre des fonctions n'a pas d'importance), le Moi-peau est un moyen de perception de l'extérieur et de communication avec celui-ci, et il éclaire sur les attaques contre les contenants psychiques, comparables dans leur fonctionnement aux maladies auto-immunes.

 Comme son nom ne l'indique pas, le Moi-peau ne concerne pas seulement la peau elle-même, ni même le sens du toucher : en continuité avec la notion d'enveloppe, la notion de bain métaphorique (ou pas métaphorique du tout, comme cette patiente à qui il a été infligé des bains trop chauds -jusqu'à provoquer un malaise- dans son enfance, puis des douches froides pour l'endurcir dans son adolescence) recouvre, c'est le cas de le dire, ce concept. Est ainsi évoqué le bain sonore, le bain de paroles, mais aussi un malheureux bain olfactif : le transfert agressif d'un patient se manifestait par une transpiration parfois difficile à endurer pour l'odorat du thérapeute, mais cette transpiration a finalement été au centre de l'analyse, contribuant aux réussites successives de la thérapie. L'auteur ne doute pas d'interprétations possibles d'un Moi-peau visuel, mais invite le·a lecteur·ice à approfondir le sujet.

 Certains passages sont sujets à controverse. D'une part, sans surprise, il est question du packing (ici appelé pack), sujet encore aujourd'hui de violentes oppositions entre professionnel·le·s. Si l'auteur précise que l'administrer aux jeunes patient·e·s (psychotiques ou sourd·e·s-aveugles), c'est leur faire violence ("il y a d'abord une résistance à l'enveloppement : vouloir les immobiliser complètement suscite chez ces enfants une panique et une violence rares"), il paraît en être plutôt partisan ("le pack leur offre des "enveloppes de secours" structurantes, qui prennent la place, pour un temps, de leurs enveloppes pathologiques et grâce auxquelles ils peuvent abandonner une partie de leurs défenses par l'agitation motrice et sonore et se sentir uns et immobiles"), y compris, pour les adultes ("cela reconstitue passagèrement son Moi comme séparé des autres tout en étant en continuité avec eux"), à haute dose ("la cure complète, sur le modèle de la psychanalyse, peut prendre des années au rythme de trois enveloppements hebdomadaires"). Sur un autre sujet, à propos des enveloppes sonores, un autre passage peut faire drôle: "souvent, on le sait, une mère de schizophrène se reconnaît au malaise où sa voix plonge le praticien qu'elle est venue consulter : voix monocorde (mal rythmée), métallique (sans mélodie), rauque", "une telle voix perturbe la constitution du Soi : le bain sonore n'est plus enveloppant"... mères de schizophrène, vous voilà prévenues, si vous aviez parlé de façon plus dynamique à vos enfants, les choses se seraient passé autrement, c'est Didier Anzieu qui a décidé.

 Les explications théoriques sont complétées par des explications de texte de Freud et Federn qui constituent une sorte de genèse du concept, et richement illustrées par des cas cliniques mais aussi des références mythologiques (Marsyas, Peau d'Âne, ...) parfois très détaillées. Si ce qui m'avait orienté vers ce livre était au départ les troubles du comportement alimentaire (boulimiques qui mangent compulsivement jusqu'à être "pleines à craquer", parfois, tragiquement, au sens propre, anorexiques toujours insatisfaites de l'aspect visuel de leur corps, ...), la notion originale de Moi-peau enrichit considérablement (pas significativement, ça rappelle les devoirs de stats) la compréhension de l'inconscient en général.

samedi 23 juin 2012

Soigner l'anorexie, de Colette Combe

 
 Le livre ayant été édité une première fois en 2002, puis une seconde fois en 2009, vous n'entendrez pas cette fois-ci ma complainte coutumière sur le fait que certains points, dans les théories avancées comme dans les lacunes reconnues, sont peut-être maintenant obsolètes. Que ceux et celles qui sont rebuté·e·s par la psychanalyse ou n'ont que des connaissances superficielles dans cette discipline ne soient pas inquiétés par les premières pages : si l'autrice passe du temps sur des rêves de patientes ou sur l'étymologie de certains termes, c'est son expérience quotidienne de soignante, ses difficultés et ses réussites, qui structurent le livre qui est extrêmement clair et concret, et centré sur les notions de rythme et de lien.
 
 On se rend vite compte de l'importance du fait qu'elle soit psychiatre plutôt que psychologue, tant il est important d'avoir une bonne connaissance du corps comme de l'esprit humains pour pouvoir faire face à l'anorexie. A la perte de rythmes provoquée par l'aspect psychique de cette pathologie (rythme social des repas) viennent d'ailleurs s'ajouter des pertes des rythmes du corps (aménorrhée, dérèglement du sommeil, …). C'est ce chaos qui rend indispensable l'hospitalisation, afin de changer de milieu de vie, d'avoir du temps, de pouvoir retrouver progressivement les rythmes déréglés. Il importe toutefois que l'hospitalisation ait lieu au bon moment, quand le·a patient·e est prêt·e à accepter ce changement radical, mais surtout quand iel est prêt·e à accepter de l'aide, à reconnaître qu'iel a besoin d'une thérapie, qu'iel souhaite changer. S'il est bien entendu absurde de démarrer la prise en charge trop tard ("combien de fois avons-nous reçu des jeunes adolescentes auxquelles on avait répondu qu'elles n'étaient pas assez maigres encore pour pouvoir être hospitalisées"), et ce d'autant que si la thérapie commence dès les premiers symptômes d'aménorrhée quelques entretiens sans hospitalisation peuvent suffire, il faut également éviter de la démarrer trop tôt, les connaissances médicales avancées se révélant nécessaires pour estimer s'il est encore possible de repousser l'hospitalisation sans risque vital.

 L'autrice parle de la pathologie anorexique comme d'une cordée réversible. Si le·a patient·e descend toujours plus profondément dans les crevasses de l'auto-destruction, il est possible de l'en faire sortir progressivement. Ce qui implique, cela va sans dire (mais je le dis quand même), un lien solide. Pour consolider ce lien, le·a thérapeute devra être patient·e, accepter le rythme de la personne accompagnée, attendre qu'elle soit prête à accorder sa confiance (et dans le même temps démontrer que cette confiance est justifiée!) et qu'elle soit prête à entamer cette ascension vers la guérison. La difficulté principale pour établir ce lien est que l'anorexie est une façon de s'affirmer, de se différencier, de se réapproprier son propre corps. C'est donc seulement quand le·a patient·e aura accepté à un certain niveau la prise en charge que le·a thérapeute pourra intervenir efficacement, sans être perçu·e comme invasif·ve, sans renvoyer au ou à la patient·e l'impression d'être un·e patient·e de plus, sans que la sensation d'obéir aux impératifs du système hospitalier ne surpasse le désir propre de guérir. Iel doit s'adapter au rythme du ou de la patient·e. Colette Combe propose par exemple, pour instaurer progressivement un dialogue, de commencer par parler du somatique, pour glisser quand la conversation y invite vers le psychique (elle donne entre autres l'exemple d'une patiente se plaignant de l'enveloppe trop dure du matelas de son lit d'hôpital... le signifiant est riche mais ne pourra être investi que quand la patiente l'aura suggéré, et quand des solutions auront été proposées au problème pragmatique de literie). Il s'agit là encore de faire un lien entre l'interface somatique et psychique, ce qui n'est pas, semble-t-il, une approche systématique ("si nous posons le problème en terme de kilos à prendre et donc en terme de nombre de calories à prendre, nous sommes dans une conception de l'interface comme frontière"). La solidité du lien permettra également d'être capable de mieux déterminer le moment pertinent pour la fin de l'hospitalisation, et surtout ce lien devra se maintenir au delà de la sortie de l'hôpital, qui ne marque en rien la guérison totale.

 Les troubles du comportement alimentaire sont en effet connus pour leur taux élevé de rechute. L'autrice précise d'ailleurs que la relation soignant·e/patient·e doit se poursuivre au delà de la fin de la thérapie, pendant plusieurs années, par exemple par des courriers ("il importe qu'elles puissent elles-même décider quand et comment elles se séparent, quand et comment elles l'oublieront et n'en auront plus besoin, de leur thérapeute"). Et, en détaillant le cas de deux patientes, elle parlera de l'élaboration de la maternité, qui a nécessité chez ces deux patientes une reprise de la thérapie. Contrairement à ce qu'on pourrait imaginer pour de nombreuses raisons (aménorrhée comme symptôme important, perte de la féminité et non-transition à un corps d'adulte lors de l'anorexie, prise de poids inhérente et enjeu différent de l'alimentation -nourrir un corps en croissance à l'intérieur de soi- lors de la grossesse), la raison principale de la reprise de la thérapie à ce moment là est dû au fait que la parentalité permet de mieux élaborer les rapports à ses propres parents, en particulier à la mère. Insuffisamment armée au moment le plus fort de l'anorexie pour accepter, comprendre et intégrer les interprétations analytiques ("rappelons que la possibilité d'utiliser la situation analytique dépend de la possibilité d'utiliser les interprétations reçues. Or durant l'anorexie, ce n'est que rarement possible, et nous pensons comme Freud que l'interprétation est alors contre-indiquée"), le·a patient·e est maintenant dans une situation plus favorable. Au moment de la naissance de l'enfant ou du projet de grossesse (le premier ou un autre), la relation de couple, la représentation de l'enfant à venir éclairent le vécu de l'enfance, voire de la toute petite enfance (plusieurs références sont faites au travail de Michel Soulé), et la relation aux parents. La mise au jour de ces éléments sont autant de pistes de compréhension des souffrances qui ont donné lieu au symptôme anorexique, permettant une nouvelle élaboration de ces douleurs passées... non digérées.

Je l'ai déjà dit il y a 3 paragraphes mais c'est important et c'est vrai, le livre est clair, concret et très enrichissant. Pour en avoir un meilleur aperçu qu'ici, vous avez la possibilité, discrètement pendant que le·a libraire regarde ailleurs de lire la conclusion (20 pages), ce qui revient un peu à lire l'ensemble en avance rapide et devrait vous convaincre d'acheter le livre quand le·a libraire en aura fini avec le·a client·e qui l'occupait.