mercredi 26 juin 2013

D'autres livres de stats de Nicolas Guéguen


 
 Ayant constaté que l'analyse de variance (qui est pour mon plus grand malheur au programme de licence) n'était pas dans Statistiques en psychologie en 27 fiches , j'ai pu me rendre compte d'une part que ce livre n'était plus édité, d'autre part qu'à la place il y avait maintenant, du même auteur et avec exactement le même format, La statistique descriptive en psychologie en 32 fiches et Les tests d'inférence en psychologie en 23 fiches. Ça fait deux fois plus de livres à acheter, hurleront ceux·elles qui y perçoivent des motivations bassement commerciales. Même si le fait que, du moins à partir de la 2ème année, il faut de toutes façons savoir faire les deux leur donne raison, je me permets d'objecter que ça fait surtout d'autant plus de fiches et donc d'exercices (et en plus il y a pas mal de livres de stats pour étudiant·e·s qui coûtent aussi cher individuellement que le prix de ces deux cumulés).

Comme précisé plus haut, ces deux livres ressemblent furieusement à leur prédécesseur (qui m'a sauvé la vie), donc pour plus de détails je vous renvoie à la description du prédécesseur en question (il y a un lien si vous cliquez sur son titre, là, juste au dessus). Et il y a bien l'analyse de variance dans le livre de stats inférentielles. Nicolas Guéguen est aussi l'auteur de Statistiques pour psychologues – cours et exercices que j'imagine plus complet, mais comme je ne l'ai jamais eu entre les mains et que ce post n'est pas sponsorisé j'aurais bien du mal à vous en parler.

Statistiques pour statophobes, de Denis Poinsot


 
 Prof non pas de psychologie mais de bio (même pas de neurobio, de bio tout court, c'est dire s'il persiste dans l'erreur), l'auteur, qui s'entend mal avec les maths depuis la 5ème selon ses dires, a eu l'heureuse initiative de rédiger cette "introduction au monde des tests statistiques à l'intention des étudiants qui n'y entravent que pouic et qui détestent les maths par dessus le marché". Les tests présentés (t de Student, coefficient de corrélation, intervalle de confiance, …) étant aussi utilisés en psychologie, qui compte dans les rangs de ses étudiant·evs de très nombreux individus qui n'y entravent que pouic et qui détestent les maths par dessus le marché, ce livre numérique (oui, on peut le télécharger gratuitement, et même avec la bénédiction de l'auteur tant que ce n'est pas pour le vendre -le livre, pas l'auteur, enfin l'auteur non plus-) a toute sa place ici.

  Avec clarté, et avec un humour qui fait que les 142 pages sont finalement agréables à lire, seront présentés les tests les plus fréquents, leur utilité, le raisonnement sous-jacent, … Ce sera l'occasion de constater que tout ça peut être compliqué même quand on s'entend bien avec les maths mais que c'est compréhensible quand même, que ça peut même être intéressant, et qu'on a pas besoin de s'arracher les cheveux et de tout comprendre parfaitement pour pouvoir faire et comprendre des recherches qui impliquent des tests statistiques. L'ambition pédagogique ne se limite pas à faire comprendre la discipline à un public réticent mais aussi à la présenter comme quelque chose de vivant, qui évolue et qui est sujet à débat. On suivra ainsi avec intérêt les vifs échanges entre les chercheurs Parsimoni et Abonessian (hmmm, quelque chose me dit que les noms ont été inventés...) , l'un d'entre eux estimant que les tests statistiques sont de la plus haute inutilité et que l'intervalle de confiance suffit en toutes circonstances, l'autre faisant valoir que, si on est conscient de leurs limites, les tests statistiques sont tout de même un allié précieux.

  Lire avec plaisir un livre qui parle de statistiques, et en trouver la complexité intéressante, est quelque chose que je ne serais jamais parvenu à m'imaginer même en faisant beaucoup d'efforts. C'est donc la mort dans l'âme que j'émets une réserve... la spécificité de la bio n'est pas seulement d'être moins intéressante que la psychologie, mais c'est aussi d'être une discipline scientifique. Les étudiants en bio, pour une majorité écrasante d'entre eux, sont donc titulaires d'un bac scientifique. Or, un titulaire de bac S nul en maths et un titulaire de bac L nul en maths, ce n'est pas le même univers. Pour situer un peu, en 1ère L, j'ai eu un bref instant la sensation d'avoir un niveau de folie parce que j'avais identifié une identité remarquable (le truc qu'on avait fait en continu l'année précédente en seconde générale)... j'avais en plus fait une faute dans ladite égalité remarquable, mais ça avait quand même impressionné mon voisin (et même un peu le prof, je crois que j'étais le seul du demi-groupe à avoir trouvé) qui n'était pourtant pas beaucoup plus nul que moi en maths. Pour situer un peu, quand je lis k! dans une équation, il me faut un temps certain pour comprendre que 1°) ça ne signifie pas que l'auteur·ice du texte est, pour une raison connue de lui ou d'elle seul·e, rempli·e d'enthousiasme par la valeur k (c'est son droit le plus strict) et que, comme c'est quelqu'un de sympa, iel veut nous faire partager cet enthousiasme, mais que ça signifie "factorielle de k" (je croyais même que c'était "facteur" et pas "factorielle" avant qu'on me le signale en commentaire), 2°) que "factorielle de k" c'est un moyen plus court (si si!) de dire, par exemple pour factorielle de 5, 5x4x3x2x1. Quand l'équation est longue et qu'il faut faire ça pour chaque signe, ou pire quand je n'ai aucune idée, même en faisant un effort, de ce qu'un signe ou un autre signifie, impossible de me souvenir du début quand/si j'arrive à la fin, et à fortiori de réaliser ladite équation. Or, là, si fantastiques que soient les explications qui les entourent, les équations elles-même sont livrées brutes, dans tout leur mystère et dans toute leur violence, et je n'y entrave toujours autant que pouic avant qu'après la lecture.

  On ne peut pas tout faire, et il serait bien dommage de passer à côté de ce texte pour de basses raisons d'équations qui ont le malheur d'être rédigées normalement (c'est à dire, de mon point de vue de bac L nul en maths, en hiéroglyphes), il sera toujours temps de se pencher de plus près sur lesdites équations (ou de les faire faire à notre place par un logiciel qui ne demande que ça) quand le livre aura donné un peu plus envie de les comprendre.

  Pour télécharger d'urgence cette œuvre indispensable : http://perso.univ-rennes1.fr/denis.poinsot (ou sinon vous tapez "statistiques pour statophobes" sur un moteur de recherche, ça marche aussi)


vendredi 7 juin 2013

En route!

 
 La période de révisions intensives est enfin terminée. Sauf relecture plus que synthétique des cours dans l'espoir que ça 2-3 éléments me reviennent en mémoire, mon prochain contact avec la psycho sera lundi matin à 11h00, pour le partiel redouté (ils le sont tous, à part anglais parce que je parle tout le temps anglais au travail et stats parce que je sais déjà que je vais me vautrer) de "développement des représentations du monde physique". Et j'en ai appris, des choses, pendant cette période de révisions! J'ai appris que:
-attaques de flemmingite, procrastination compulsive, amnésie antérograde déclenchée par l'ouverture des livres de cours, hyperphagie, désordres bipolaires, trichotillomanie... il y a assez de symptômes dans une année scolaire pour la faire figurer au DSM-5
-comme supposé au post précédent, je suis effectivement bien plus efficace quand je suis dos au mur... j'ai suffisamment rattrapé mon retard pour que mon avancée juste avant les exams ne soit pas pire que les années précédentes (les années précédentes, celles où j'en étais au point que je préférais voir la 1ère session comme un entraînement aux rattrapages)
-que la productivité sur une période de temps courte avait ses limites, si dos au mur que je sois, et qu'il eût été bon (et justifié) que je me considère comme dos au mur pendant toute l'année scolaire
-que la vie est pleine de surprises : si on m'avait dit un jour que je trouverais que le programme de stats de 2ème année (t de Student, Khi-2 et test du z) n'était pas si compliqué je n'y aurais jamais cru, alors si on m'avait dit en plus que ce serait une mauvaise nouvelle...
-analyse de variance de m......... (cf juste au dessus)
-la solution pédagogique aussi imparable qu'originale ("faites-vous violence!") du prof de stats ne fonctionne pas (quelle surprise!) : malgré un temps conséquent d'entraînement passé à faire des opérations (très) laborieuses même avec une calculatrice et en cherchant à comprendre avec 2 cours différents, impossible d'avoir un résultat qui a quelque chose à voir avec celui attendu... mais comme tout un chacun, j'aime tant le challenge et la remise en question (et aussi ne pas être en mesure de viser plus de 3/20 au partiel... s'il y a 2 points pour la présentation) (et aussi quand les cours qui ne sont pas des stats sont assez compliqués à apprendre comme ça, merci) (cf juste au dessus x2)

 Si j'étais d'un tempérament particulièrement contreproductif, au lieu de lister ce que j'ai appris, je m'inquiéterais de ce que je n'ai pas appris, par exemple connaître assez bien les cours pour estimer être prêt pour lundi (et mardi) (et mercredi), et à faire correctement une analyse de variance aussi (que dites-vous? j'en ai déjà parlé?), mais comme je ne suis pas comme ça (ce n'est vraiment pas, mais alors vraiment pas mon genre de râler), je vais oublier ce type de détails mesquins jusqu'à jeudi :D

vendredi 10 mai 2013

En retard, en retard!

 Lundi débutera pour moi la période charnière de la grosse accélération dans les révisions, à savoir la fin de toute activité professionnelle (ça, c'est bien :D ) jusqu'aux examens (ça, c'est... euh...). C'est maintenant la quatrième année consécutive (1ère année de licence, 2ème année de licence épisode 1, 2ème année de licence épisode 2, 3ème année de licence épisode 1) que je passe à être en retard sur un planning que je n'ai même pas, c'est vous dire l'étendue des dégâts. Cette période me sert donc plus à limiter la casse dans la mesure du possible qu'à arriver, le jour des partiels, incollable sur les savoirs fondamentaux et armé jusqu'aux dents de visions aussi originales que pertinentes sur la psychologie (ce qui est indispensable pour être admis un jour en Master 2... bref, étendue des dégâts et tout et tout).

 Cette année reste particulière car, chose que je pensais complètement impossible, je suis non pas un petit peu, mais très largement plus en retard que les années précédentes. Certes, en plus de mon talent naturel pour la procrastination dont je n'ai pas eu la faiblesse de me contenter mais que j'ai consciencieusement affûté au fur et à mesure des années (on est perfectionniste ou on ne l'est pas), j'ai quelques vraies raisons (enfin, quelques raisons)... l'année scolaire qui a commencé plus tard que d'habitude (j'en avais fait part à l'époque), la naissance de mon 2ème enfant, le projet tutoré qui était à rendre, même pour la 2ème session, avant le début des exams de première session... mais là quand même j'ai abusé. Je n'ai même pas fini de lire les cours que je suis supposé viser et je n'ai, ce qui est peut-être une bonne initiative pour mon moral, pas regardé ce qui allait nous être demandé en stats. Ma résolution de faire les devoirs d'entraînement plutôt que de me concentrer uniquement sur la préparation des cours devra attendre l'année prochaine (ça veut dire que l'année prochaine vous aurez l'excuse n°2).

 Bon, je passe pas mal de temps à râler, mais il y a de fortes chances que ce retard soit une bonne chose vu que je suis nettement plus productif quand je suis dos au mur... avec un sentiment de retard aussi palpable dès le début, je devrais paradoxalement être mieux préparé le jour des partiels. Par contre, comme d'habitude à cette période de l'année, il n'y aura pas de nouveau post avant un temps certain (ce qui vous laisse tout loisir de réaliser votre rêve de toujours d'apprendre par cœur les 26 résumés de livre qui sont déjà à votre disposition O:), ou bien sûr d'égayer le blog de vos commentaires).

jeudi 2 mai 2013

Les étapes majeures de l'enfance, de Françoise Dolto


 Comme le titre ne l'indique vraiment pas, l'ouvrage consiste en la réédition de divers textes brefs (de 1 à 60 pages) de Françoise Dolto, et non en une division synthétique de l'enfance en moments décisifs (tels les stades de Freud ou de Piaget). Articles de presse, interviews, conférences, la provenance de ces textes (le plus ancien date de 1946, le plus récent de 1988) est variable et, c'est bien dommage, reste mystérieuse pour une bonne partie d'entre eux : il est simplement mentionné qu'ils sont publiés "avec l'aimable autorisation de Francis Martens et Rachel Kramerman" mais Dolto, comme une majorité non négligeable des individus, étant en mesure de s'exprimer sans l'autorisation, fusse-t-elle aimable, de ces deux personnes, cette mention n'éclaire pas beaucoup. Bien qu'Internet permette des merveilles, une recherche rapide m'a uniquement permis de savoir qu'il s'agissait de psychanalystes belges, ce qui ne m'a pas tant avancé que ça.

 L'essentiel des textes consiste en des conseils pratiques sur l'éducation des enfants. Par de nombreux aspects, ses recommandations rappellent L'Emile de Rousseau, dans le sens où l'idée est de permettre à la nature de l'enfant de s'épanouir plutôt que de le mouler de force ("plâtres moraux") dans des valeurs qui n'ont pas vraiment de sens à tel ou tel stade de leur développement ("la première chose qu'il faut apprendre à un enfant, c'est l'autonomie", "il ne faut pas inculquer de force la civilisation pour des choses qui sont totalement inutiles", "laissons-lui seulement le cadre de règles indispensables à sa sécurité et il s'apercevra, à l'expérience, lorsqu'il tentera de les transgresser, qu'elles sont indispensables et qu'on ne fait rien "pour l'embêter"", "quand on élève un enfant pour qu'il nous plaise à nous, on ne l'éduque pas", "les instincts sont là, on ne peut aller contre", ...). Une différence majeure toutefois, Rousseau n'ayant, n'en déplaise à ses admirateur·ice·s, qu'une maîtrise très limitée des théories freudiennes, il ne prédit pas psychoses ni troubles psychosomatiques pour les enfants donc l'éducation a été trop rigide (ce qui ne l'empêche pas de souligner que les parents bons dresseurs s'extasient pour de mauvaises raisons, mais je vais peut-être m'arrêter de parler de L'Emile un jour...). Je ne suis pas expert en histoire, je ne sais donc pas si on a accusé Rousseau en son temps d'être responsable d'une vague d'enfants-rois -en même temps, vu que Socrate déplorait déjà que "les jeunes d'aujourd'hui aiment le luxe, ils sont mal élevés, méprisent l'autorité, n'ont aucun respect pour leurs aînés et bavardent au lieu de travailler" (2400 ans avant mai 68!), on imagine que ni Rousseau ni Dolto n'ont pu aggraver la situation tant que ça-. Dolto, contrairement à ce qu'on peut entendre, estimait d'ailleurs indispensable que des limites soient posées ("beaucoup de choses viennent aussi de ce piège dans lequel sont les adultes, le piège de l'adoration de l'enfant, et ils oublient leurs propres désirs pour les gens de leur génération", "On pense de l'enfant, il ne faut pas qu'il soit mécontent. Mais si!"). Après, il n'est pas question de trancher ici. Décider si autoriser un jeune enfant à mettre son pantalon à l'envers ou à commencer le repas par le dessert, relève d'un laxisme insupportable, ou si le fait que Dolto soit au moins partiellement responsable de Carlos affecte sa crédibilité, relève de la sensibilité de chacun·e.

 Divers thèmes sont récurrents dans l'ouvrage (on peut d'ailleurs constater, chose impressionnante, que, à moins peut-être de chercher la petite bête, Dolto ne se contredit pas malgré la grande amplitude temporelle des textes), parmi lesquels celui de l'acquisition de la propreté chez l'enfant (thème cher à l'autrice, puisqu'elle intitule "Repenser l'éducation des enfants : à propos du dressage à la propreté sphinctérienne" un long texte qui va proposer une refondation du système scolaire, une approche différente du placement judiciaire des enfants et de la relation médecins-infirmières-mères à la maternité). Son approche est plus neurologique que morale : rien ne sert d'être impatient et surtout d'insister lourdement sur le fait que les excréments sont dégoûtants, tant que la maîtrise motrice de l'enfant sera insuffisante la propreté ne viendra pas (ou alors à force de dressage, mais au risque d'un grand mal-être et d'une régression brusque -et heureuse, selon l'autrice- vers l'âge de 3 ans). Pour permettre à l'enfant d'être propre, c'est sur son agilité qu'il convient de travailler (course, escalade, activités manuelles, tentatives d'allumer des allumettes, ...). L'enfant est capable d'être propre lorsqu'il peut monter et descendre seul un escabeau de 5 marches. 

 Est également évoqué le rapport de l'enfant avec les autres enfants, en particulier la conduite à tenir en cas de conflit. Entre frères et sœurs (les expressions "petit" ou "grand" devant frère ou sœur sont à proscrire car ils suggèrent une hiérarchie), éviter de prendre parti lorsqu'on n'a pas assisté à ce qui a déclenché le conflit : réconforter la victime peut parfaitement se faire sans blâmer le·a coupable, l'un·e comme l'autre pouvant chercher à instrumentaliser le parent. Lorsqu'une inégalité de traitement est déplorée, ne pas hésiter à répondre "oui, je suis injuste" (d'autant qu'il n'existe pas de parent parfait, "à un moment où à un autre,  même les parents les plus aimants sont responsables d'une souffrance chez l'enfant")  plutôt que de discuter interminablement des différences qui justifient telle règle ou telle attention pour l'un·e et pas pour l'autre. La violence d'un enfant envers l'autre, quant à elle, à fortiori avant la maîtrise du langage verbal, relève selon Dolto d'une manifestation d'intérêt ("chaque fois que nous voyons un enfant en agresser un autre, c'est qu'il est intéressé, rendu curieux ou bien a envie de prendre un objet possédé par l'autre"). Cela peut être verbalisé auprès de l'enfant, et expliquerait aussi pourquoi, au grand désespoir des parents, l'enfant frappé retourne parfois vers son agresseur à la seconde où il a fini de pleurer.

 Un autre thème récurrent est celui du lien avec la famille d'origine. Lorsqu'une séparation d'avec l'enfant est imposée (garde pour pouvoir reprendre une activité professionnelle, divorce, ...), il importe que tout soit expliqué à l'enfant, même s'il donne l'impression de ne pas comprendre. La mère explique qu'elle transfère provisoirement ses responsabilités à la nounou/la puéricultrice/la maîtresse et qu'elle reviendra chercher l'enfant le soir. De même en cas de séparation des parents, le parent qui garde l'enfant doit reconnaître auprès de lui explicitement que même si le couple parental ne peut plus se piffrer, ils restent chacun·e l'un des parents légitimes de l'enfant et que la fin de la vie de couple ne signifie pas la fin de la vie parentale ("même si le père est physiquement absent, la mère doit faire sans cesse référence au père pour assurer une relation triangulaire").

 L'un des points forts de Dolto est effectivement d'avoir estimé important de parler aux enfants, même extrêmement jeunes. Si elle-même rapporte avoir été critiquée pour ça, ses arguments de départ semblent plutôt cohérents : d'une part puisqu'on ne sait pas à partir de quel âge l'enfant comprend ce qu'on lui dit, il ne paraît pas aberrant de lui parler depuis le début, et d'autre part quand on s'adresse à quelqu'un (enfant ou non) on fait passer autre chose que le langage strictement verbal. Les besoins affectifs sont en effet selon elle primordiaux (avec entre autres des contacts auditifs, tactiles et olfactifs avec la mère), et pas assez pris en compte dans le milieu médical, peut-être à cause d'une perception dérivée du besoin d'hygiène ("ce non-savoir date de la science du début du siècle et a influé terriblement et d'une façon néfaste sur les conditions de la structure psychique des enfants des pays civilisés"). La parole ne doit en revanche pas servir à mentir, d'autant que, si douloureuse que soit la situation que l'on souhaite dissimuler, elle sera tout de même perçue par l'enfant ("de toutes façons, ce qu'il vit lui fait mal tous les jours, et, en plus, on l'entretient dans le mensonge", "il n'est pas nécessaire d'être tout miel, tout sucre, il faut lui parler vrai").

 Un résumé n'est par définition pas exhaustif, et vous imaginez bien que c'est encore plus le cas ici, quand le texte à résumer consiste en une compilation de textes divers. Je pense m'être contenté d'évoquer les thèmes les plus récurrents, mais bien entendu un·e autre lecteur·ice trouvera peut-être que j'ai inventé des récurrences et que j'en ai oublié d'autres. Je m'attarde tout de même à la fin sur quelques lignes discrètes mais qui relèvent d'un type de propos pour lequel Dolto n'est pas forcément connue. Au cours d'un long article rédigé pour le mensuel de L'Ecole des Parents en 1979, Dolto parle de l'inceste, seul interdit définitif selon elle. Elle explique ensuite que, pour protéger l'enfant de toute agression pédophile, incestueuse ou non, il SUFFIT de lui expliquer que son corps lui appartient -"l'adulte sait que c'est interdit, tu n'as qu'à le lui dire"- (on peut regretter qu'elle ne dise pas jusqu'à quel âge ce bouclier magique fonctionne, dans la mesure où il arrive que des adultes soient victimes de viol). Mais le raisonnement ne s'arrête pas en si bon chemin. Une fois l'enfant équipé de cette protection verbale mais, paraît-il, infaillible, "si un enfant calomnie un adulte -ce qui hélas arrive souvent-, c'est qu'il était consentant lui même". Oui, c'est bien le terme "calomnier" qui est employé. Dans l'univers de Dolto, l'agresseur·se pédocriminel·le est en fait la victime d'un enfant capricieux, et passe pour le·a méchant·e alors qu'il ne faisait que rendre service. Il y avait bien d'elle une citation dans ce sens relevée dans le Livre Noir de la Psychanalyse (interview pour la revue Choisir : "Question : Quand une fille vient vous voir et qu'elle vous raconte que, dans son enfance, son père a coïté avec elle et qu'elle a ressenti cela comme un viol, que lui répondez-vous? Réponse : Elle ne l'a pas ressenti comme un viol. Elle a simplement compris que son père l'aimait et qu'il se consolait avec elle, parce que sa femme ne voulait pas faire l'amour avec lui."), mais cette nouvelle occurrence montre qu'il s'agit pour elle d'un raisonnement logique, et pas d'une réponse improvisée lors d'une interview. Je pourrais enchaîner en m'attardant sur certaines des perles (il y a de quoi faire quelques colliers)  qu'elle émet sur l'égalité homme-femme dans une interview sur l'élaboration de l'identité sexuelle chez l'enfant (telles que "le désir de l'enfant est entièrement masculin ou féminin, depuis la vie intra-utérine", "le garçon a des pulsions actives, la fille a des pulsions passives" ou encore "la fille a une prédilection pour l'agencement d'appartements, d'intérieurs de bateau") ou encore une ou deux autres disséminées dans le reste de l'ouvrage, mais Dolto n'était heureusement ni thérapeute de couple ni DRH.

dimanche 28 avril 2013

C'est FAIT!!!

 Enfin! Ouf! Youplaboum! J'ai enfin fini de rédiger ce projet tutoré de merde difficile mais si enrichissant. Bon, je n'ai pas tout à fait fini, je dois encore le relire, éventuellement le faire relire à d'autres personnes pour qu'elles me disent si elles trouvent des défauts saillants (et les engueuler en leur disant que si c'est pour me décourager c'est pas la peine et que de toutes façons elles ne comprennent rien à rien si c'est le cas), le faire relier en machin à spirales (très très important, de faire relier en machin a spirales, les travaux scientifiques qui ne sont pas reliés en machin à spirales ont une fiabilité très discutable), accessoirement l'envoyer, et surtout penser à autre chose en attendant la note (avec un effort particulier pour oublier que je dois être le seul étudiant de l'univers à ne pas avoir rempli les maigres 10 pages autorisées, quand les autres font de douloureuses contorsions pour ne pas dépasser, parfois sans succès).

 S'auto évaluer c'est plutôt l'enfer, surtout qu'il semble que les exigences varient beaucoup d'un·e enseignant·e à l'autre... Oui, les exigences, pas le niveau d'exigence (certain·e·s étudiant·e·s ont vu leurs éléments préparatoires se faire descendre par un enseignant·e alors que l'enseignant·e qui corrigeait le travail final a validé, par exemple). Faire un calcul savant sur le thème est-ce que la prof verra un travail après tout documenté sur une question à priori cohérente, ou une prise de risque pas si utile qui pourra, à fortiori pour un truc lu rapidement au milieu de nombreux autres projets, être prise comme de la nonchalance ou de la prétention, ça peut durer super longtemps.

 Donc pour l'instant, le plus productif est de me réjouir d'en avoir fini^^ (et réduire mon gros retard dans les révisions, mais pas aujourd'hui!). Retour aux trois premiers mots du post \o/

dimanche 14 avril 2013

La psychanalyse est-elle une pseudoscience?




 Note : ceci est une seconde version de l'article, écrite le 30/05/2017

 Alors que j'avais l'ambition naïve de faire le tour du sujet en lisant, en 1ère année, Le livre noir de la psychanalyse puis L'anti-livre noir de la psychanalyse (le second étant, par ailleurs, beaucoup plus dévastateur que le premier pour la psychanalyse!), force est de constater que, sur ce sujet a priori simple qui par ailleurs indiffère pas mal de professionnel·le·s, on tombe souvent, au détour d'un livre, d'une interview, d'un article, sur des arguments plutôt surprenants : à en croire certain·e·s, la psychanalyse serait réservée à des gens sans esprit critique, mais on a parfois l'impression qu'elle perturbe aussi l'esprit critique de ses détracteur·ice·s.

 Passons sur les critiques les plus flashy (l'omniprésence de la sexualité dans les interprétations, tel ou tel aspect de la personnalité de Freud, ...) qui n'ont pas grand chose à voir avec le fond, et commençons par nous attarder sur ce qui distingue le plus nettement la psychanalyse par exemple de la psychologie du développement, de la psychologie cognitive, des neurosciences ou des thérapies comportementales et cognitives : elle se base sur des informations irréfutables. Le concept, ancien, est de Karl Popper : si on ne peut pas prouver qu'une affirmation est fausse, on ne peut pas non plus prouver qu'elle est vraie. La recherche scientifique applique ce concept, ce qui n'est pas sans inconvénients puisque c'est à cause de ça qu'on a des cours de stats en psycho. En voilà un résumé très schématique : 1°) le·a chercheur·se émet une hypothèse (chaque fois que vous remplacez ce terme d'hypothèse par le terme de théorie, un chaton meurt dans d'atroces souffrances quelque part dans le monde, pensez-y), iel explique, en s'appuyant sur l'état de la science et ses propres raisonnements, pourquoi iel a d'excellentes raisons de penser telle ou telle chose. 2°) iel propose un dispositif expérimental pour le vérifier (d'où le fait que l'hypothèse doit être réfutable) : expérimentation (on compare un groupe contrôle à un groupe expérimental), observation, analyse d'entretiens, ... 3°) iel adapte l'hypothèse aux résultats obtenus, et propose éventuellement d'autres recherches pour l'affiner. La réfutation par l'expérimentation, si ça vous intéresse, est expliquée longuement de façon concrète et ludique ici ou ici (ça me paraît important que de préciser que, dans le deuxième lien, l'existence ou non d'une Dame Blanche est vérifiée!). L'avantage de la méthode expérimentale est aussi qu'elle permet de se prononcer quand la première étape fait défaut, quand on ne sait pas comment marche tel ou tel phénomène. On peut se féliciter de ne pas avoir attendu l'imagerie cérébrale pour profiter des bienfaits des états modifiés de conscience comme l'hypnose, la méditation ou... le sommeil! La psychanalyse est irréfutable dans le sens où elle s'arrête à l'étape 1°) : le·a psychanalyste qui propose une avancée théorique élabore un raisonnement, mais ne le vérifie pas.

 Est-ce que cette notion d'irréfutabilité permet de déterminer que la psychanalyse est moins fiable que les disciplines expérimentales de la psychologie? C'est difficilement contestable. Certes, on peut objecter avec raison que la méthode expérimentale a de nombreuses failles : les résultats peuvent être mal interprétés, être le résultat du hasard (par convention, on estime généralement qu'il y a une différence significative -donc qui n'est pas due au hasard- quand des équations biscornues ont permis de déterminer qu'il y avait moins d'une chance sur vingt que la différence entre condition contrôle et condition expérimentale soit le résultat du hasard), voire être truqués. Le problème, c'est que dans le cas de la psychanalyse, les mêmes objections peuvent être faites, en pire : le·a psychanalyste va mettre ses hypothèses à l'épreuve de ses propres entretiens cliniques avec des patient·e·s, mais rien ne l'empêche, probablement de bonne foi, de ne relever que ce qui va dans son sens, de trouver une raison qui l'arrange et de s'en tenir là quand les faits le·a contredisent, voire même d'inventer, de créer de toutes pièces, des éléments qui l'arrangent, dans la mesure où les entretiens sont confidentiels. Relever (avec raison) les failles de la démarche expérimentale, minimiser celles de la psychanalyse, ne suffit pas à occulter le fait qu'il y a une nette différence de fiabilité. Est-ce qu'il faut pour autant tout jeter à la poubelle? C'est aller vite en besogne : le raisonnement du·de la psychanalyste est à la disposition de tou·te·s, et, même s'il faut s'en contenter, chacun a la possibilité d'évaluer la cohérence de chaque étape de ce raisonnement. On est loin par exemple du supposé don, des sensations venues d'on ne sait où, qui en effet ne laisseraient comme alternative que la croyance ou la vérification.

 La psychanalyse est à la fois facile et impossible à attaquer du fait de sa diversité : tous les psychanalystes ne pensent pas la même chose, n'ont pas la même façon de pratiquer (pour un aperçu de la situation, je ne saurais trop recommander le coffret DVD Être Psy, volume 1, où des psychanalystes sont interviewé·e·s longuement en 1983 puis, quand c'est possible, en 2008). On reproche à la psychanalyse de ne pas être une thérapie efficace? Certains objecteront que ce n'est pas ce qui est important, que la guérison vient "de surcroît", d'autres (Georges Devereux, François Roustang) que bien sûr que si c'est une thérapie efficace, et que s'ils n'avaient pas pu le constater de près ils auraient rangé leurs affaires depuis longtemps. Certains accordent une importance primordiale à des éléments comme le divan, le silence de l'analyste pendant les séances, la durée de 45 minutes, le paiement selon telle ou telle modalité, d'autres s'en affranchissent en trouvant la flexibilité bien plus précieuse. On peut encore en rajouter une couche en rappelant qu'il existe de nombreux modèles théoriques (freudien, Anna Freudien, kleinien, lacanien, jungien, winicottien, pour n'en citer qu'une fraction). Pire encore : l'essentiel du travail des psychanalystes consiste à faire des in-ter-pré-ta-tions, qui par définition sont subjectives! Pourtant, si comme on vient de le rappeler, on peut largement justifier en quoi la psychanalyse en tant que telle est subjective, rien n'empêche d'en soumettre certaines affirmations à la vérification. C'est par exemple ce que fait John Bowlby à plusieurs reprises dans sa trilogie sur l'attachement ... et plusieurs affirmations sont en effet réfutées!

 La fraction vérifiable, si elle est négligeable quantitativement, est précisément selon moi centrale qualitativement. En dehors des affirmations vérifiables expérimentalement qu'il serait laborieux de relever, sans parler de toutes les tester une à une, des consensus scientifiques sont apparus depuis la création de la psychanalyse sur l'inhibition, sur le fonctionnement des émotions, sur les biais de raisonnement inconscients, sur l'influence du·de la thérapeute dans l'entretien clinique (désirabilité sociale, effet des relances, ...). L'attitude par rapport au savoir scientifique me paraît être un bon élément pour distinguer le·a psychanalyste à prendre au sérieux de celui ou celle qui ne l'est pas. L'inconscient ne peut pas s'explorer comme le comportement, chercher à le comprendre impose donc de se contenter de suppositions, d'interprétations, dont on ne peut qu'espérer qu'elles reposent sur des présupposés rigoureux. Le fait qu'une partie de ces présupposés soient vérifiables permet de faire le tri de façon assez limpide entre ceux·elles qui perçoivent l'aspect irréfutable de la psychanalyse comme un inconvénient, une contrainte nécessaire, et ceux·elles, qui hélas existent, qui y voient un avantage, l'opportunité d'affirmer n'importe quoi sans pouvoir être contredit·e·s, de se complaire dans l'obscurantisme. On pourrait citer l'anecdote du rédacteur en chef du Cercle Psy qui s'est fait virer du jour au lendemain d'un stage sur l'autisme pour avoir osé prononcer le mot "neurosciences" (non pas pour l'opposer à la psychanalyse -qu'est-ce que ça aurait été!- mais pour demander un avis sur tel élément qui avait l'air intéressant), d'un psychanalyste qui, dans une émission sur le sommeil, avait été contredit, sur une affirmation précise sur les rêves, avec des éléments tirés de recherches scientifiques, et n'a rien trouvé d'autre à répondre que le fait que son interlocutrice manquait de culture, ...

 Impossible donc, et je suis le premier à le déplorer, de répondre précisément à la question de départ. Savoir si la psychanalyse est ou non une pseudoscience, va dépendre du·de la psychanalyste! S'iel confronte ses connaissances aux avancées scientifiques plus fiables, c'est bon signe, s'iel répond à ses contradicteur·ice·s qu'ils font du scientisme, qu'ils sont du côté de l'ennemi, c'est une indication plutôt limpide qu'il est préférable de ne pas trop écouter ce qu'il raconte. Je trouve simplement un peu dommage, qu'à cette situation complexe, soient souvent opposés des points de vue binaires.