lundi 18 août 2014

Ephémère et délétère



Hécate souffre de troubles du comportement alimentaire, et en parle depuis maintenant 6 années sur ce blog (elle tient un autre blog en parallèle, Mlle B). Elle fait donc partager aux lecteur·ice·s en temps réel ses souffrances, les moments où ça va mieux, la distance qu'elle peut prendre par rapport à son poids ou son impossibilité de penser à autre chose, les moments où elle mange à peine pendant des jours et les moments où elle subit des crises et se gave. La longue durée couverte par le blog, et le fait qu'il ait été publié en temps réel (et sans validation préalable par un·e éditeur·ice), fait précisément qu'il ne parle pas que des troubles du comportement alimentaire d'Hécate, mais d'Hécate en général : ses rapports avec sa famille, les soignant·e·s plus ou moins efficaces et compréhensif·ve·s (et le manque d'accès à des soins satisfaisants en quantité ou en qualité), les agressions qu'elle a subies (le courage de livrer des choses aussi personnelles, surtout dans un espace exposé aux trolls, force l'admiration!), …

 Ce blog contient donc quelque chose qu'on ne trouvera jamais dans une vignette clinique ou une étude de cas, même la plus pertinente, même la mieux rapportée : une parole à la première personne, à des moments différents de sa vie, dans différentes humeurs, dont le sujet principal est la personne et non la pathologie. Et, s'il paraît fantaisiste de se former sans entendre les thérapeutes parler des patient·e·s, il faut sans doute se poser des questions sur les thérapeutes (ou futurs thérapeutes) qui ne s'intéressent pas au point de vue des patient·e·s. Une méthode contre-intuitive (interdire de parler de nourriture dans le dialogue avec la psy) qui s'avère être intéressante, une méconnaissance des troubles du comportement alimentaire qui poussent à une solution de facilité alternative (on va dire que c'est une dépression, pis de toutes façons ça ressemble), entendre Hécate parler de ses thérapies peut donner des idées d'exemples à suivre ou à ne pas suivre.

 On s'y attend, dans un blog qui parle de troubles du comportement alimentaire, à fortiori un blog dont l'autrice se livre autant, le contenu est extrêmement violent (le texte, mais aussi l'habillage du blog) : Hécate parle d'une violence intra-familiale parfois insidieuse, de son état suite aux privations, mais aussi des viols qu'elle a subis, de sa difficulté à réussir à nouveau à se faire vomir sans bruit après une période d'amélioration, ... Une réalité qui est ici racontée à la première personne, sans être accompagnée de développements théoriques.

 Bon, en vrai, je vais m'arrêter là, parce que je suis super mal à l'aise de parler d'un blog aussi personnel, j'ai l'impression de parler de la personne, et faire un post de blog sur une personne c'est moyennement élégant, du coup je fais rien qu'à m'embrouiller. Je récapitule pourquoi j'ai surmonté mon malaise :
-savoir que les troubles du comportement alimentaire sont une réalité violente et le ressentir sont deux choses différentes, et en lisant ce blog on ne peut que le ressentir
-l'avis de patient·e·s sur leurs psys est toujours très précieux, dans la mesure où on peut difficilement deviner à la place des patient·e·s, et que malheureusement un·e psy, même bien intentionné·e, peut faire des dégâts
-des informations exhaustives sur un·e patient·e, ou même une thérapie, c'est rarissime déjà parce que ça prend énormément de place (rien que les huit séances d'Herbert Bryan dans La relation d'aide et la psychothérapie ça occupe, et Psychothérapie d'un Indien des Plaines prend un livre entier) et ensuite parce qu'un·e thérapeute a généralement plusieurs patient·e·s, donc n'en sait pas forcément autant sur chaque patient·e
-le format blog permet une écriture en temps réel, et sans intervention d'un·e éditeur·ice (même si je ne me souviens pas avoir vu de coquilles... je déteste ce blog)... sachant que les gens changent avec le temps, je vois mal quel autre format peut offrir ce type de témoignage
-en plus c'est très bien écrit, et encore une fois le courage qu'il a du falloir pour partager autant son intimité force l'admiration  

lundi 4 août 2014

La Tristitude, version spécial IED


 Pour patienter entre deux fiches de lectures (sont chiants, ces psy, à écrire des trucs longs et même pas en BD!), cette version de La Tristitude écrite spontanément pendant les révisions de juin, à un de ces instants où il est impératif de faire une pause (disons que le cours d'Echelles et Tests était en train de me danser devant les yeux, en chantant le générique d'Happy Tree Friends). Bon, c'est un truc écrit à l'arrache, ça ne fait pas forcément référence à des trucs précis! Merci à http://fr.lyrics.wikia.com/wiki/WikiaParoles pour les paroles par écrit (surtout le refrain, c'est quand même plus pratique), et merci à Oldelaf bien sûr pour la chanson originale (et, tant que j'y suis, pour l'ensemble de son oeuvre).


La tristitude
C'est quand on reçoit jamais sa carte étudiant
Quand ce qu'on retient du cours de stats c'est du néant
Quand manger des PUFs ça commence à devenir chiant
Et ça fait mal
La tristitude
C'est quand personne ne répond aux questions même les tuteurs
Quand sur la plateforme on a pas le bon navigateur
Quand au lieu de réviser on traine sur twitter
Et ça fait mal
La tristitude
C'est moi, c'est toi
C'est nous, c'est quoi?
C'est un peu de détresse dans le creux de nos voix
La tristitude
C'est hum, c'est wouh!
C'est eux, c'est vous
C'est la vie qui te dit que ça va pas du tout
La tristitude
C'est un prof qui est injoignable toute l'année
Surtout quand il s'occupe du projet tutoré
C'est pas savoir comment on va être évalué
Et ça fait chier
La tristitude
C'est quand d'un coup nos notes disparaissent d'EP8
Quand les frais d'inscription se multiplient par huit
Quand le responsable scolarité s'enfuit
Et ça fait mal ma-mal ma-mal
La tristitude
C'est moi, c'est toi
C'est nous, c'est quoi?
C'est un peu de détresse dans le creux de nos voix
La tristitude
C'est hum, c'est wouh!
C'est eux, c'est vous
C'est la vie qui te dit que ça va pas du tout
La tristitude
C'est quand on passe toutes nos vacances à Saint Denis
Quand après les partiels on aime mieux être dans le déni
Quand on est bipolaire sans les phases de manie
Et ça fait mal
La tristitude
C'est lire 100 fois le même cours et rien se rappeler
C'est quand on se retape 3 fois la même année
Quand pour avoir un stage on est prêt à payer
Et ça fait mal ma-mal ma-mal
La tristitude
C'est moi, c'est toi
C'est nous, c'est quoi ?
C'est un peu de détresse dans le creux de la voix
La tristitude
C'est hum, c'est wouh!
C'est eux, c'est vous
C'est la vie qui te dit que ça va pas du tout
Non non non
La tristitude, la tristitude
La tristi, l'attitude, te donne, ta tristiti-titi-titititi-tititude
La tristitude te donne la triste attitude
La tristitude
Wow
La tristiti-titititititude
La tristitude, c'est un peu de tristesse et de solitude
C'est comme de la tristitude plus... rien
En tout cas c'est... la tri la tri la tri la tristitude
La tristitude te donne la triste attitude
La tristitude
Wow non
La tristiti-tititititude wow

mardi 22 juillet 2014

Protocoles et échelles d'évaluation en psychiatrie et psychologie, de Martine Bouvard et Jean Cottraux



 
 Régulièrement réédité (là c'est la 5ème édition), le livre présente de nombreux tests utilisés régulièrement par les psychiatres et psychologues clinicien·ne·s. Ah, et c'est aussi le 50ème livre présenté sur ce blog, youhou \o/ (je sais, en fait on s'en fout un peu)

 Une longue intro de Jean Cottraux décrit la méthodologie de la recherche scientifique, histoire que la deuxième partie ne ressemble pas pour le·a lecteur·ice à du Chinois rédigé en alphabet hébraïque. Si, bien sûr, le vocabulaire et les spécificités importantes des tests sont présentés, cette intro concerne la recherche en général (y compris l'éthique, ou encore des problèmes particuliers comme ceux qui se présentent quand des médicaments sont inclus -comment prendre en compte l'observance ou non du traitement par les sujets, comment gérer les placebo ou les traitements en cours avant l'expérience, ...-) et est donc intéressante en soi (même si un contresens sacrilège horrible y est fait sur l'expérience de Milgram : certes, les traits de caractère propres à la personnalité autoritaire -soumission, conformisme, agressivité- constituent un cocktail des plus redoutables pour une personne mise dans la situation de l'expérience, mais celle-ci est marquante justement parce qu'elle a montré que tout le monde -sauf moi, bien sûr- pouvait être amené à commettre des horreurs sur commande, et PAS seulement ceux ou celles qui auraient une personnalité particulière, scrogneugneu!). Le chapitre de Cottraux a aussi le mérite non négligeable d'être plutôt clair, alors que le sujet évoqué est technique et pas nécessairement simple.

 Comme promis dans le titre, de nombreux tests sont ensuite présentés (par Martine Bouvard), classés par domaine clinique concerné (agoraphobie et attaques de panique, anxiété et anxiété généralisée, phobie sociale et compétence sociale, trouble obsessionnel compulsif, stress post-traumatique, troubles de l'humeur, troubles psychotiques, troubles sexuels et problèmes de couple, médecine comportementale, troubles des conduites alimentaires, addiction, personnes âgées). Sont donnés pour chacun leur intérêt et leurs limites, et quand c'est possible et pertinent plus d'informations sont fournies, en particulier le résultat de leurs études de validation (comparaison entre les résultats d'une population contrôle et ceux de la population ciblée, fidélité test-retest, fidélité inter-juges -ça n'a rien à voir avec la vie sexuelle des magistrat·e·s-, corrélation avec les résultats d'autres tests, …), le plus souvent pour la version française du test et sa version anglophone. Les tests eux-mêmes sont souvent fournis, ce qui a un intérêt énorme en soi (parce que bon, l'ensemble ne se lit pas non plus comme un roman), même si pour certains d'entre eux il faut demander une autorisation supplémentaire pour s'en servir.

 C'est aussi l'occasion, indirectement, de faire de la psychopathologie. Déjà, parce qu'avoir une longue liste d'items auxquels une réponse particulière indique une pathologie (ou un degré plus ou moins important de celle-ci) en apprend plus sur la pathologie : un exemple particulièrement parlant est l'Inventaire des Troubles Alimentaires 2, qui évalue les patient·e·s sur des thèmes très spécifiques aux troubles du comportement alimentaire (recherche de la minceur, boulimie, insatisfaction de son propre corps, ascétisme) mais aussi d'autres plus généraux (perfectionnisme, peur de la maturité, méfiance interpersonnelle, sentiment d'inefficacité, …), pour lesquels les études de validation ont confirmé une différence avec un groupe contrôle. Ensuite, les corrélations entre différents tests constituent un bon rappel des erreurs de diagnostic dont il faut se méfier.

 Le livre ne prend pas beaucoup de place et est bien pratique à avoir sous la main, surtout dans l'optique d'une pratique professionnelle ou pour préparer un mémoire.

dimanche 6 juillet 2014

La relation d'aide et la psychothérapie, de Carl Rogers



 Rogers propose dans ce livre des apports méthodologiques à la psychologie clinique, que ce soit en tant que telle (personne qui vient consulter en demandant qu'on le·a libère d'un problème, thérapie de couple, …) ou quand la discipline est utilisée de façon moins directe (sur le lieu de travail, en milieu scolaire, …), auquel cas l'auteur parle de relation d'aide ("counseling")... c'est d'ailleurs de loin le terme qu'il utilisera le plus souvent. Si Rogers ne parle pas encore de psychologie humaniste, le·a patient·e est déjà rebaptisé·e "client·e" et la méthodologie non-directive est déjà évoquée. En fait, elle est évoquée plus ou moins discrètement au début (par exemple en comparant les approches directive et non-directive), mais il est de plus en plus clair que c'est en fait l'objet du livre, jusqu'à une confession à la fin au cas, on n'est jamais trop prudent, où le·a lecteur·ice n'aurait pas encore compris ("le procédé thérapeutique évoqué ici constitue probablement une grande avancée pour notre société en ce qui concerne la motivation et le comportement humains"). Bien que le livre date de 1942, on ne peut vraiment pas l'accuser d'être poussiéreux (à part des fois le style quand même) : Rogers a principalement travaillé à partir d'entretiens enregistrés (au phonogramme!), et il évoque des enjeux contemporains comme l'intérêt d'utiliser la psychologie clinique pour la réinsertion des anciens combattants (Médiapart a fait un article là-dessus il y a 2 ans, soit quand même 70 ans après), ou encore dans le monde de l'entreprise.

 Mais alors, que se passe-t-il dans le cabinet d'un·e psy (ou d'un·e conseiller·ère dans un collège ou un lycée) qui utilise l'entretien non-directif? Pour aller vite, on peut relever une liste de consignes données (pas par Rogers) pour conduire des entretiens auprès d'employés de la Western Electric Company, choisie (par Rogers) pour en illustrer les principes :
"1. Le chercheur doit écouter son interlocuteur patiemment et amicalement, tout en faisant preuve d'intelligence critique
2. Le chercheur ne doit faire preuve d'aucune autorité
3. Le chercheur ne doit pas donner de conseil ni effectuer d'injonctions morales
4. Le chercheur ne doit pas contredire son interlocuteur
5. Le chercheur ne doit parler ou poser de questions que sous certaines conditions :
a. Pour aider la personne à parler
b. Pour rassurer l'interlocuteur si une crainte ou un sentiment de malaise affecte sa relation avec le chercheur
c. Pour remercier la personne interrogée de restituer avec précision ses pensées et sentiments
d. Pour rediriger la conversation vers un sujet oublié ou évoqué trop rapidement
e. Pour éclairer des messages implicites, quand c'est pertinent"
 Sur le plan plus pratique, le·a client·e vient parler de son/ses problèmes, et le rôle du ou de la psy (ou non-psy, d'ailleurs) est de l'inviter à développer. Le succès de la thérapie est donc autant de la responsabilité des client·e·s que de celle des thérapeutes, c'est ce qui la rend non-directive : le·a client·e ne se verra pas proposer de consignes, de traitement médicamenteux, de règles de vie, d'interprétations sur son subconscient... L'idée est qu'à force de parler de son problème, iel identifiera, à son rythme, les tenants et aboutissants de ce problème (conflit intérieur, bénéfices secondaires, …) - "la compréhension implique généralement le choix entre des objectifs qui garantissent une satisfaction temporaire et immédiate, et d'autres qui promettent une satisfaction plus tardive mais plus permanente"- et sa part de responsabilité, ce qui lui donnera les moyens de s'en débarrasser. "Le client, c'est sûr, ne repart pas avec une "solution" artificielle à son problème, mais en ayant défini bien plus clairement sa situation dans son esprit, avec plus de visibilité sur les choix possibles, et avec la sécurité confortable d'avoir été compris par quelqu'un qui, malgré ses comportements et ses problèmes, a pu l'accepter". De la part du ou de la thérapeute, même les interprétations sont à manipuler avec prudence : si le·a client·e n'est pas prêt·e à accepter l'interprétation proposée, la thérapie sera en fait ralentie par une résistance de sa part ("plus l'interprétation est précise, plus elle a de chances de se voir opposer une résistance défensive").

Vu comme ça, on peut avoir un peu l'impression que le rôle des thérapeutes se limite à attendre que le·a client·e ait fini de parler pour utiliser une relance au hasard ("tiens, c'est marrant, ça fait 4 fois que je tombe sur "silence", hier j'arrêtais pas de tomber sur "écho"... qu'est-ce qu'il est en train de raconter, lui, au fait?"). En fait, relancer de façon adéquate demande savoir théorique et expérience ("Dans la rapidité des échanges pendant un entretien, c'est impossible que chaque réaction soit la plus pertinente, ou la plus cohérente avec le contexte de relation d'aide"). On a déjà vu que l'interprétation était un exercice périlleux, ce qui peut être frustrant pour le·a thérapeute qui voit le·a client·e tourner autour du pot à longueur de séance. Une autre difficulté est d'éviter de répondre trop directement aux demandes des client·e·s. Expliquer le partage des responsabilités peut par exemple demander de la diplomatie (il s'agit de ne pas donner aux client·e·s la sensation qu'on les abandonne, tout en leur rappelant -ou en leur expliquant- qu'il leur revient de faire une grande part du travail) mais, plus généralement, c'est à l'émotion des client·e·s qu'il faut faire écho, plutôt que de rechercher une réponse sur le plan rationnel ("toutes nos prises de paroles peuvent être associées à une attitude émotionnelle"). Un exemple est donné d'une enfant qui prend le thérapeute à témoin pour lui dire que, franchement, ce qu'on apprend à l'école des fois ça ne sert à rien, la trigonométrie par exemple... Son premier réflexe est de lui répondre que, euh, si si ça peut servir, imaginons dans une promenade en forêt, ça peut lui permettre de calculer à quelle distance se trouve tel ruisseau qu'elle aperçoit (autant vous dire qu'à la lecture de cet argument percutant, j'ai toutes affaires cessantes balancé mon livre pour foncer réviser le théorème de Thalès!). Etrangement, l'intervention n'a pas incité la cliente à soudain investir sa scolarité de toute son énergie... L'enjeu était en fait de tester la fidélité du thérapeute : serait-il du côté de l'institution scolaire comme sa mère ou de son côté à elle, lui fournissant en plus un argument à utiliser contre sa mère ("même le psy que tu m'as envoyé voir est d'accord avec moi")? La maladresse de la réponse était un mal pour un bien, permettant difficilement de le situer d'un côté ou de l'autre. Un peu plus tard, les bénéfices secondaires des heures de colles sont évoquées par la cliente : ça lui permet de passer du temps avec des élèves plus rebelles qu'elle n'ose l'être. Cette fois-ci, le thérapeute saisit l'occasion pour lui permettre d'exprimer plus explicitement son sentiment ambivalent envers l'école, ce qui était, sur le plan émotionnel, un autre enjeu de la question sur l'utilité des cours. Rogers recommande aussi de retranscrire le plus exhaustivement possible le contenu des séances, et de le relire très attentivement après coup (il omet juste d'expliquer comment on peut recopier l'intégralité d'un échange de près d'une heure tout en écoutant ce que le·a client·e raconte et en le·a relançant correctement... ça me semble pourtant être une question intéressante). Vous l'aurez compris, ne parler qu'à la fin de la séance pour dire "72 Euros", ce n'est pas de la thérapie non-directive (et j'ai les références culturelles que je veux).

 Des problèmes qui concernent à peu près tous types de psychothérapie sont aussi évoqués. Est-ce que le·a client·e consulte pour lui ou elle ou parce qu'on l'a traîné·e devant le·a thérapeute?  Dans ce dernier cas les premières séances devront lui permettre de s'approprier la thérapie, et de formuler sa propre demande. Est-ce que le·a client·e dit la vérité? Selon Rogers ça n'a pas d'importance, puisque c'est le travail sur le ressenti qui permet d'avancer. Comment mettre fin à la relation? En général le·a client·e sait le faire lui ou elle-même, et plus tôt que prévu, il ne faut donc pas s'alarmer d'une éventuelle régression des symptômes qui surviendrait vers la fin -il semble que ça arrive souvent- quand la thérapie se dirige vers son terme. Peut-on envisager ce type de thérapie avec quelqu'un qu'on connait personnellement? Là c'est très clair c'est non. Avec quelqu'un envers qui on a une relation d'autorité? C'est possible mais c'est partir avec un gros handicap, le·a client·e ne pouvant pas parler librement.

 Le livre s'achève sur la retranscription intégrale de la thérapie d'un dénommé (pour l'occasion) Herbert Bryan (je mets fin au suspense tout de suite : ce client ne rate pas de séance, et prévient la fois où il arrive en retard, le psy n'a donc pas l'occasion de se demander "Where is Bryan?"). L'objet de la consultation est une sensation glaciale, parfois douloureuse, qui paralyse presque le client (qui a par ailleurs souffert, plus jeune, d'un trouble du langage) la plupart des fois où il souhaite entreprendre quelque chose (relation sexuelle, initiative professionnelle, parfois au milieu d'un dialogue philosophique entre amis...), obstacle malvenu opposé à ses ambitions de grandeur. Les huit séances sont commentées en direct par Rogers, qui relève et argumente les bonnes et mauvaises interventions du thérapeute, et les avancées du client. Par contre, si vous n'aimez pas les notes de bas de page, vous allez souffrir. Atrocement. La thérapie illustre parfaitement de nombreux points théoriques du livre. Herbert Bryan identifie progressivement les bénéfices secondaires de son problème, ce qui lui permet de réduire les symptômes. Une fois les enjeux de sa pathologie parfaitement identifiés (à la moitié des séances), il évite pendant un temps conséquent d'une part de décider s'il renonce aux avantages qu'elle procure (ne pas se remettre en question, ne pas se lancer dans la vie professionnelle, …), d'autre part d'admettre qu'il lui revient à lui seul de prendre la décision et d'agir en conséquence. Comme indiqué plus tôt, les interprétations trop rapides donnent lieu à un recul du patient (qui au lieu de continuer de parler de lui se met à parler en termes philosophiques, abstraits, …) pourtant très habitué avant même de venir à l'introspection (il estime qu'il est en train de suivre une psychanalyse, ce n'est pas démenti pour éviter de rentrer dans justement dans un débat théorique). Les progrès sont très clairement visibles (et soulignés par Rogers au cas où on les raterait quand même), lorsque son discours change de tout au tout sur un thème identique (en général, le progrès consiste à admettre sa responsabilité -plutôt que de lister celle des autres, ou des événements extérieurs-, puis sa propre capacité à changer). On peut aussi constater que des progrès radicaux peuvent avoir lieu entre les séances (impensable, selon l'auteur, pour d'autres thérapeutes plus directifs).

 Bien qu'ayant validé le cours de méthodologie de l'entretien (youpi \o/), deux autres résumés de livres de Rogers vont suivre en lien avec ce cours. Certes les livres de cet auteur ne sont ni dans la bibliographie recommandée par la prof, ni dans celle du PUF, mais dans ces livres il est dit plusieurs fois que Rogers a beaucoup fait avancer les choses dans la conception de l'entretien thérapeutique, et cette lecture l'a plutôt confirmé!

dimanche 29 juin 2014

My Mad Fat Diary (saisons 1 et 2)



 J'ai un peu hésité à parler de cette série ici parce que, si elle est tirée d'un livre autobiographique, je ne sais pas dans quelle mesure la série est fidèle au livre, ni même d'ailleurs dans quelle mesure le livre est romancé ou colle strictement à la réalité. Mais bon, je n'avais pas parlé de Compliance pour des raisons similaires, et après coup j'ai réalisé que c'était quand même con, donc je parle de My Mad Fat Diary malgré mes réserves. La série elle-même a l'ambition d'aller au delà du divertissement, puisque le site web de la chaîne de télévision qui la diffusait proposait un complément "pour celles et ceux qui se sont sentis concerné·e·s par les problèmes de Rae" (par contre je n'ai aucune idée de la forme ni de la qualité). Et puis, j'en ai entendu parler par une personne sur Twitter qui n'osait pas la regarder entièrement parce que ça lui rappelait trop des moments douloureux par lesquels elle était passée, donc on peut imaginer que ce n'est pas non plus fantaisiste.

 La série nous narre les tribulations de Rachel Earl, en l'an de grâce 1996. Rae est en surpoids, s'automutile, n'a pas vu son père depuis sa petite enfance, est sujette à des crises de panique, est adolescente (16 ans), ne peut pas manger devant des gens (à part sa mère, avec laquelle elle a des relations qui pourraient parfois bénéficier de l'assistance d'un·e diplomate de l'ONU), a une estime de soi qui tend à tirer vers le bas voire le très très bas, et au moment où l'histoire débute sort d'un hôpital psychiatrique où elle a été admise après une tentative de suicide. Mais l'intérêt, justement, c'est que la série nous parle de Rae Earl, et pas de ses symptômes. Sa thérapie, et les souffrances liées à sa pathologie sont présentes, parfois très présentes, mais c'est du personnage principal dans son ensemble qu'il est question. Ça fait un peu penser à une des choses que disent Pedinielli et Fernandez sur le sujet et l'objet : l'apprenti·e psy ne sera pas tant tenté que ça de faire un puzzle avec les différents symptômes et des calculs savants sur le thème de la comorbidité pour établir un diagnostic, ni de chercher frénétiquement si la thérapie la plus adaptée serait analytique, cognitivo-comportementale ou magnéto-systémique. On s'intéresse à la vie de Rae Earl, à sa passion pour la musique, à sa meilleure amie moins bizarre, plus intégrée, plus belle, plus riche (arrêtez de m'insulter, je parle du point de vue de Rae!), qui peut sans préavis se montrer très prévenante ou d'une grande cruauté, aux unions et tensions de son groupe d'ami·e·s, aux hommes auxquels elle aimerait faire des choses qu'elle décrit en des termes bien trop colorés pour que mes traductions maladroites puissent leur rendre justice, à sa mère qui enchaîne les régimes exotiques et qui vient de tomber folle amoureuse d'un immigré clandestin qu'elle dissimule donc chez elle, ... Et on part de là pour percevoir ses souffrances, sa peur d'être cataloguée malade mentale (à l'appréhension des crises de panique, s'ajoute la peur d'avoir une crise de panique en public), ses complexes, la différence entre ses relations avec les autres patient·e·s de l'hôpital psychiatrique et avec ses ami·e·s de l'extérieur... C'est un peu une étude de cas filmée de 10 heures, sauf que le psy (je ne sais pas s'il est -chiatre ou -chologue) n'est pas le narrateur mais un personnage parmi d'autres. D'ailleurs, un des points forts de la série est que la grande majorité des personnages n'est pas stéréotypée, même si certains peuvent en donner l'impression (la série aurait probablement pu être tout aussi intéressante si elle était centrée sur la mère, ou la meilleure amie, de Rae). Le psy ne fait pas exception : si dès le premier épisode il montre, dans une métaphore agréable faute d'être discrète, qu'il sait prendre des libertés avec le cadre, ce n'est pas un superpsy du type de celui de Will Hunting qui sait tout ce qu'il faut faire et quand il faut le faire et qui a une proximité unique avec au moins le personnage principal parce qu'il bouleverse l'ordre établi et qu'il a lui aussi une blessure grave et secrète. La plupart du temps ses thérapies sont parfaitement classiques, et il lui arrive de se ramasser et d'en souffrir.

 Une série à voir, qui fait réfléchir malgré les inconvénients de la fiction et plus encore de la semi-fiction, et à voir, par pitié, en VO (je doute que la VF existe pour l'instant, mais dans le doute, j'insiste). Je suis un intégriste de la VO en général, mais franchement, rater l'accent de Rae (qui parle aussi en voix off -ben oui, c'est un journal intime adapté en série- donc on l'entend presque constamment) ou la parfaite articulation entre sa diction et les expressions de son visage, c'est criminel (et puis le langage non-verbal donc c'est important, et toc!). Sinon, je ne suis pas en train de regarder des séries au lieu de passer du temps sur mes cours (même si, vu les notes qui sont arrivées, ça pourrait être une bonne initiative d'arrêter les dégâts -le terme de "correction" des copies a pris tout son sens-). Enfin, là, techniquement, si (mais ça ne compte pas parce que... parce que... oh, regardez ce bel arc-en-ciel!), mais des références plus académiques vont bientôt suivre. Et la série est bien!

mardi 10 juin 2014

I'll be back


 A ceux qui s'entendent à peu près aussi bien avec l'anglais que je ne m'entends avec les stats (et la psy cognitive) (et les trucs mnémotechniques) (et la recherche de stage), je précise que le titre ne signifie pas que je passe le bac, même si les profs qui corrigeront mes copies vont très probablement se demander comment j'ai pu obtenir ce diplôme. Plus, à mon avis, à cause du niveau d'exigence qu'à cause de mon retard (la copie blanche en Echelles et Tests a été une option extrêmement populaire), pas besoin d'attendre les résultats pour savoir que les partiels n'ont vraiment pas été une réussite (par exemple, en Echelles et Tests, j'ai 0). La meilleure solution est donc de ne pas attendre les résultats pour m'y remettre : le coup de pied au séant, traitement auto-administrable donc j'avais évoqué plus tôt l'efficacité contre la flemmingite, est également hétéro-administrable... savoir qu'on s'est ramassé avant même de rendre la copie, ça secoue. Certes, à part le premier partiel, l'ensemble a été raté "normalement", et certes, j'étais loin d'être le seul à rendre copie blanche pour ce premier partiel, mais ça semble quand même intéressant de profiter des trois mois ensoleillés entre les deux sessions pour arriver mieux armé aux rattrapages, même si la FIFA n'avait rien de mieux à faire que de me foutre une Coupe du Monde en plein milieu.

 Au niveau des publications sur le blog, les prochaines concerneront comme promis le cours de méthodo de l'entretien, que j'aie validé la matière ou non vu qu'à mon sens c'est la plus importante de toute la licence (pour celle-ci la bonne nouvelle c'est que je n'ai pas été bloqué par le manque de connaissances... et la mauvaise c'est que du coup, si je dois la repasser, je ne sais pas trop quoi faire pour mieux réussir). J'avais annoncé deux livres, dont un hors bibliographie, en fait ce sera trois livres, dont trois hors bibliographie (pour cause de manque de disponibilité des autres), et les trois seront du même auteur. Il y aura aussi un livre recommandé pour Echelles et Tests, même si l'urgence est de me concentrer sur le cours.

 La piste évoquée au post précédent pour le stage s'est confirmée, les livres suivants qui seront présentés ici seront donc la bibliographie conseillée pour ce stage en EHPAD.

mardi 13 mai 2014

A Semestre 6 of Ice and Fire



 Demain commencera l'étape si particulière de l'année scolaire où je vais pouvoir me consacrer à 100% aux révisions (conversation avec les collègues : "tu pars où en vacances?" "Dans ma chambre")... et je suis encore plus en retard que l'année dernière. D'ailleurs je suis presque vexé. Je veux dire, l'année dernière, j'avais placé la barre très haut, je m'impressionnais moi-même, et pourtant je sais de quoi je suis capable... mais là, la performance précédente a été écrasée du revers de la main, presque négligemment, au point qu'elle paraîtrait presque insignifiante. L'année dernière, j'avais deux bonnes excuses que je n'ai pas cette année (cherchez l'article sur le blog, je vais pas non plus tout faire ici, non mais ho!), et à cette étape je n'avais pas fini de lire les cours que j'étais supposé réviser (bon, les partiels étaient plus tard, mais de quelques jours). Là, j'ai à peine commencé à les lire (je crois que les chercheur·se·s en sciences de l'éducation appellent ça un epic fail). En plus, ce n'est pas vraiment dû à de la flemmingite, dont je suis régulièrement sujet à de violentes crises (quand on y réfléchit, la flemmingite, c'est un peu le niveau supérieur de la phase maniaque... dans la phase maniaque, on se livre à fond à de nombreuses activités avec un sentiment de toute puissance, alors que dans une crise de flemmingite le sentiment de toute puissance est tel qu'on a l'impression que les exploits vont s'accomplir d'eux-mêmes). C'est plutôt dû à des erreurs de stratégie. Mais des erreurs de stratégie de haut niveau, du genre décider de faire les 24H du Mans en poussant la voiture plutôt qu'en la conduisant, ou faire un combat de boxe les yeux bandés parce que dans Star Wars ça marche super bien pour anticiper les attaques.

 La première erreur de stratégie concerne le projet tutoré... En plus des lectures préparatoires que j'ai généreusement partagées sur ce blog (ne me remerciez pas, c'est un coup insupportable porté à mon humilité, envoyez-moi un chèque plutôt), j'ai eu l'idée de lire les articles (des comptes rendus de recherche, la plupart en anglais et, pire, en stats... ah, et puis trois thèses de doctorat aussi) en pdf mis à disposition par le prof. Ce n'était pas du temps perdu, ça m'a été très utile, mais c'était quand même du temps, beaucoup de temps, phénomène que j'ai, avec force étourderie, oublié de prendre en compte. Il eût été judicieux, en voyant l'année scolaire passer, soit de faire une sélection dans les articles, soit de me mettre régulièrement des coups de pied au fondement (traitement aussi efficace que dénué d'effets secondaires contre la flemmingite, c'est une différence que j'ai oublié de mentionner tout à l'heure dans ma comparaison avec la manie) pour aller -beaucoup!- plus vite.

 Mais là où j'ai fait un festival d'erreurs de stratégie, c'est... c'est... le STAGE [insérez ici une musique de type La Cité de la Peur bruitée à la bouche]. C'était d'autant plus embêtant d'enchaîner les erreurs de stratégie que, trouver un stage, c'est la guerre. Pour vous donner une idée de la rentabilité de mes démarches, voilà comment j'ai commencé.

 Première structure repérée, dans la riante commune de Saint-Fons où je n'ai jamais mis les pieds, je décide de m'y rendre directement, si ça se trouve ça va me faire passer devant l'aspirant·e-stagiaire qui a confié le transport de son CV ) à La Poste. Mon sens de l'orientation aidant, ça prend un temps certain pour trouver la structure : pas de bol, ils n'ont pas de psys. Très fier de mon sens de l'initiative, je demande si iels connaissent des structures qui ONT des psys, et qui cherchent désespérément des stagiaires. J'apprends avec émotion que l'asso xxx a des psys. Après avoir constaté sur le net à quel point l'association en question a l'air merveilleuse, je m'y rends plein d'enthousiasme après une nuit (je travaille de nuit) de dur labeur. C'est fermé, f...ck (iels auraient quand même pu s'adapter à mes horaires!). J'attends patiemment (ça fait bien une demi-heure là... ah non, deux minutes), toujours plein d'enthousiasme mais de plus en plus plein d'yeux qui se ferment. ça ouvre, je laisse passer les gens devant moi (les gens qui ont vraiment besoin de l'asso... oui mon altruisme n'a pas de limites), et quand c'est mon tour je rassure mon interlocutrice : ils se morfondaient de ne pas avoir de stagiaire, me voilà (100 heures, exactement comme iels voulaient, iels n'avaient juste pas osé demander). Oui mais iels n'ont pas de psy, il faut aller dans leur autre local dont iels me fournissent l'adresse (oralement) et le n° de téléphone (par écrit). Je marche vaillamment jusqu'à l'adresse, mais, la fatigue me donnant non seulement l'apparence mais aussi la mémoire de travail d'un zombie, je me trompe sur le n° de rue. Ne voyant pas le local annoncé, je téléphone... pour apprendre qu'il faut candidater par mail et le·a psy étudiera la demande. 1°) Euh, c'est moi ou je viens de marcher, puis téléphoner, puis apprendre qu'il fallait envoyer un mail? 2°) J'ai probablement mal compris le sens de "étudier la demande", il semble que ça impliquait la touche "corbeille", ce détail m'avait échappé. Bon, je vous rassure, après j'ai été beaucoup plus conventionnel. Mention spéciale à une autre fois, plus tard dans l'année, où j'ai eu l'idée géniale de me déplacer (pendant la matinée hebdomadaire d'ouverture du secrétariat, je précise parce que vous allez voir ce sera pas flagrant). Je frappe à la porte (il n'y a pas de sonnette), rien. Je fait un tour pour voir si je suis bien au bon endroit, je refrappe à la porte : quelqu'un me répond... par la fenêtre. Non, je n'ai pas éclairé sa journée d'un soleil radieux et prometteur, iels ne prennent pas de stagiaires (ah ben oui forcément comme ça c'est plus simple). Question habituelle ("pitiez dites-moi que vous connaissez quelqu'un qui accepte des stagiaires!"), je lui soutire que ça va être chaud, et qu'en général les EHPAD c'est moins compliqué qu'ailleurs. Peut-être vexée que je l'ai forcée à me parler plus que prévu, mon interlocutrice ajoute "surtout qu'il vous reste plus beaucoup de temps, hahaha!". Merci, ça c'est pas du tout stressant (ni gratuit!) et c'est super sympa : "tiens, toi qui es par terre, je ne vais pas t'aider à te relever mais je vais te marcher sur la main pour voir si c'est rigolo".

 La recherche de stage, c'est de loin le plus dur et le plus stressant que j'ai vécu depuis que je suis inscrit à l'IED (même le premier -et terrifiant- projet tutoré, à côté, c'était tranquille). La réponse est dans la grande majorité des cas binaire, c'est soit oui soit non, ça change quand même d'une note sur 20, et surtout le plus souvent on n'a pas du tout de réponse, donc on ne sait pas ce qui ne va pas. ça démultiplie la violence de la situation d'élève en difficulté : on se sent encore plus paresseux·se/stupide que quand on a quelques repères. Et en plus, mine de rien, ça prend du temps.

 C'est aussi un peu comparable aux déconvenues amoureuses : on repère une structure qui nous inspire, on envoie une lettre de motivation enflammée pour communiquer notre désir et notre passion, et étrangement c'est rarement réciproque ("non mais c'est pas toi, c'est moi, je viens d'avoir un·e stagiaire difficile, ça me ferait trop de mal de reprendre quelqu'un maintenant... mais tu as un CV très sympathique, je suis sûr que tu trouveras une structure avec laquelle tu vas super bien t'entendre... ... ... ouf, c'est bon, iel est parti!"). Quand on a eu un entretien, qui en plus semblait s'être bien passé, la déconvenue est plus douloureuse encore... "Mais on avait une étincelle! Je suis le seul à avoir senti cette étincelle? Tu aurais fait semblant? Pfff, je suis sûr que tu fais ça avec tout le monde, moi qui croyais qu'on avait quelque chose de particulier. Je nous voyais déjà gambader ensemble dans les prairies riantes de la psychologie clinique, gravir ensemble les montagnes abruptes de la souffrance des patient·e·s, survoler à dos de dragon les paysages pittoresques de la neurologie, mais je vois que je me suis fait des illusions, tu sembles tout d'un coup trouver que ça allait trop vite entre nous! Franchement, qu'est-ce qu'iel avait de plus que moi, l'autre candidat!".

 L'humaniste béat que je suis est en désaccord avec le proverbe "en amour et à la guerre, tout est permis". Pourtant, malgré mes comparaisons précédentes, je le dis haut et fort : pour une recherche de stage, la convention de Genève, ça va deux minutes. Oubliez vos principes. Par exemple, au début, j'avais des principes auxquels j'avais vaguement l'intention de me tenir. Ne pas utiliser de piston, par exemple, parce que c'est mal (bon, il faut dire que ce principe, il n'a vraiment pas tenu longtemps, j'ai même trouvé le moyen d'être pistonné par quelqu'un que je n'avais jamais vu et qui ne m'avait jamais vu!). Famille, médecin personnel, demandez sans pitié à n'importe quelle personne que vous avez sous la main susceptible de connaître un·e psy ou une structure (ça m'a aussi servi à savoir que tel hôpital ne prenait pas du tout de stagiaires... ça ne fait pas signer une convention de stage, mais ça fait gagner pas mal de temps). Et surtout, quand on vous annonce une réponse à telle date, n'attendez pas telle date pour continuer à chercher parce que ce serait plus poli! Bon, en même temps, je crois qu'il n'y avait que moi pour faire ça, c'est pas juste poli c'est un peu crétin (et c'est une excuse pour faire autre chose en attendant, donc ça n'a pas que des inconvénients, mais ça en a quand même pas mal).

 Avec tout ça, pour finir sur une meilleure note (qui ne compte pas dans la moyenne, hahaha), j'ai une piste sérieuse pour un stage... mais ce serait pour l'année scolaire prochaine faute d'avoir trouvé plus tôt, donc je serai encore en L3 l'année prochaine quoi qu'il arrive (L1 en 1 an, L2 en 2 ans, L3 en 3 ans... j'espère que je ne vais pas mettre 5 ans à faire l'année de Master 2!). Du coup, ça relativise mon retard si important dans les révisions : si je fais une chute libre aux partiels, ce n'est pas si grave. Mais bon, c'est quand même mieux si j'évite : on s'y met! Prochains résumés sur ce blog pour après les partiels, les deux prochains concerneront encore le cours de méthodo de l'entretien, dont un hors bibliographie.