jeudi 6 décembre 2018

Je résiste aux personnalités toxiques (et autres casse-pieds), de Christophe André et Muzo




 La psychologie clinique propose nombre de solutions pour mieux soigner ses propres problèmes, mais offre beaucoup moins de réponses lorsqu’il s’agit d’influer sur le comportement de quelqu’un qui n’a rien demandé. Que l’étudiant·e en psycho qui ne s’est jamais ditẹ, dans un moment d’agacement, "cette personne aurait bien besoin d’une thérapie, ça me ferait des vacances", me jette la première pierre (pas pour de vrai, hein, ça doit faire super mal!). Il y a certes d’excellentes raisons : inutile de faire un dessin (serait-ce un dessin de Muzo) pour expliquer ce qui pose problème dans l’idée de décider de ce qui va et ne va pas chez l’autre, et de modifier son comportement selon notre bon vouloir. Pourtant, le·a manager à la limite du harcèlement moral, le·a voisin·e agressif·ve, le·a client·e étouffant·e de condescendance, l’ami·e qui prend tout mal au point qu’on s’inquiète par anticipation chaque fois qu’on s’adresse à lui ou elle, sans parler du ou de la manipulateur·ice qui va délibérément élaborer des stratégies pour blesser, peuvent faire du mal, parfois beaucoup de mal, parfois quotidiennement. Les explications de Christophe André, complétées par les courtes bandes dessinées de Muzo, vont fournir quelques clefs pour se préserver.

 Différents profil de casse-pieds (ou personnalités) seront présentés : les narcissiques, les négativistes, les paranos, les histrioniques, les stressé·e·s (ou plutôt les "stressénervé·e·s"), les pervers·es (ceux et celles qui se réjouissent du malheur d'autrui surtout s'iels l'ont causé, pas qui ont des fantasmes érotiques étranges qui ne concernent que leur vie privée) et les passif·ve·s agressif·ve·s. En plus d’attitudes recommandées et accessoirement d’attitudes non recommandées pour chaque personnalité, chaque chapitre contient la définition (ça peut servir!), un test pour savoir si le·a lecteur·ice est concerné·e, ce qui permet d’identifier le seuil pathologique, des pistes d’étiologie (c’est succinct!), et… les avantages de chaque profil (le·a négativiste voit venir les dangers, le·a stressénervé·e accomplit beaucoup de travail, l’histrionique est un·e bon·ne commercial·le, …). Le risque, non négligeable avec ce type de livre, de glisser vers le jugement, est considérablement limité par plusieurs précautions : j’ai déjà évoqué le test de chaque début de chapitre qui évite une vision binaire et permet aux lecteur·ice·s de se demander dans quelle mesure iels sont concerné·e·s, ou encore le rappel des quelques avantages de ces personnalités toxiques, mais la question est explicitement prise en compte dès l’introduction avec un appel à l’humilité ("nous sommes, forcément, évidemment, le casse-pieds de quelqu’un d’autre. Ou nous le serons. Ou, tout au moins, nous l’avons été") et à l’empathie, y compris pour des raisons pratiques ("nos remarques sont mieux écoutées si elles sont précédées de phrases empathiques"), sans compter que, si se protéger est le plus important et même l’objet du livre, "si elle n’est pas toujours perceptible ou exprimée, la souffrance n’est jamais loin en cas de troubles de la personnalité". La tentation de brandir telle ou telle phrase du livre comme un acte d’accusation ou un jugement définitif est donc moins brûlante qu’elle ne pourrait l’être avec ce type de format.

 Le livre est avant tout conçu pour être pratique, et les conseils sont regroupés dans une liste brève et claire, au même endroit de chaque chapitre. Une bibliographie est proposée à la fin pour aller plus loin, pour les professionnel·le·s comme pour les non-professionnel·le·s, la lecture est facile et rapide et les conseils, pour autant que je puisse en juger sans les avoir testés ni vu tester, semblent pertinents.

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