lundi 5 août 2013

La cause des enfants, de Françoise Dolto


 
 Si elle est désignée comme l'autrice du livre, il s'agit en fait d'une sorte de très longue interview de Françoise Dolto pour éclairer sa conception de l'enfance. Elle est interrogée sur des sujets aussi variés que son propre parcours, le statut de l'enfant à travers l'Histoire, la Maison Verte qu'elle a fondée, le système scolaire, … Si son interlocuteur·ice reste anonyme (probablement parce qu'iel est plusieurs), s'autobaptisant "les passages en italique", ça ne l'empêche pas d'être parfois passablement relou, par exemple en se vautrant dans des clichés ("la phrase la plus entendue ces dernières années, dite par des adolescents et des moins adolescents, c'est  "nous n'avons pas demandé à naître" "), en jouant avec complaisance à distribuer des points en expliquant que personne ne fait ce qu'il faudrait pour les enfants, même voire surtout ceux qui veulent leur bien (les associations humanitaires, par exemple, osent ne pas régler tout les problèmes... c'est vrai que publier un livre d'entretiens avec Dolto, ça, ça va révolutionner radicalement et durablement la vie des enfants du monde entier) ou en caricaturant quand ça lui plaît ("l'éthologie, qui étudie le comportement des diverses espèces animales, a mis au premier plan de l'apprentissage des petits le phénomènes d'attachement aux nourriciers. Les psychologues de s'emparer de cette observations et de déclarer : "Cela doit exister chez les êtres humains, puisque ça existe chez les animaux" "... "les psychologues" n'ont pas "déclaré" mais ont fait des recherches conséquentes et intelligentes, mais bon quelle importance, c'est plus sexy d'imaginer Mary Ainsworth regarder des canaris et en tirer des conclusions sur le psychisme de l'enfant). Lespassagesenitalique se fait toutefois discret·ète l'essentiel du temps.

  Ça peut paraître contradictoire dans un livre avec un tel titre, mais la volonté de Françoise Dolto est, autant que possible, de ne pas voir les enfants considérés comme des êtres à part ("moi, je ne savais pas que j'aimais les enfants... j'aimais les humains, voilà tout "). L'adulte doit traiter l'enfant comme lui-même voudrait être traité, que ce soit dans le domaine du respect des désirs, de l'apprentissage de la morale... l'enfant est un être humain responsable au même titre que l'adulte, avec des compétences motrices et cognitives moindres. Contrairement à ce qu'on peut parfois entendre sur Françoise Dolto, elle ne recommande pas à l'adulte d'être aux ordres de l'enfant, il n'y a pas la moindre ambiguïté là-dessus : avoir ses moindres désirs satisfaits n'est pas décrit comme quelque chose d'enviable ("si le désir est toujours satisfait, c'est la mort du désir"), le respect des règles doit être enseigné (les enfants accueillis à la Maison Verte sont d'ailleurs informés d'office du règlement), même si ce respect ne concerne que les règles qui ont un sens (par exemple, "tout interdit, pour un enfant, n'a de sens que si l'interdit est le même pour les parents"), la participation aux corvées doit être encouragée ("ce serait valorisant") et, surtout, il importe que les parents continuent de vivre leur vie d'adultes, d'avoir des centres d'intérêt d'adultes, tout en élevant leurs enfants ("on se créé la fausse obligation de sacrifier la vie du couple (sacrifice inutile, comme la plupart des sacrifices)").

  Françoise Dolto s'en prend par exemple longuement au système scolaire, qui selon elle enseigne surtout à se plier aux désirs de l'adulte ("le bon élève, en fait, c'est celui qui accepte que l'adulte l'ait coupé de ses racines et forcé à l'imiter"). Elle déplore que le programme soit imposé à l'enfant qu'il le veuille ou non, et surtout sans qu'il ait son mot à dire sur le rythme (elle propose par exemple une séparation plus nette entre les matières, pour qu'un enfant de 8 ans puisse par exemple avoir un niveau CM2 en maths, et un niveau CP en géographie, sans que cela ne pose de problèmes ni à l'enfant ni à l'institution - "c'est le rythme de chacun qui devrait compter et non pas l'âge civil"). Le programme imposé tendrait également à anéantir la curiosité de l'élève, richesse qu'il faudrait au contraire exploiter. La satisfaction des élèves qui ont bénéficié des pédagogies de type Freinet et Montessori lui donnent raison, mais ces noms ne sont évoqués qu'en coup de vent par Lespassagesenitalique, qui préfère disqualifier dans la mesure du possible ce qui ne vient pas de Dolto.

  Le respect implique le dialogue, et le dialogue, sous des formes différentes, est très largement au centre de l'ouvrage. Si la période où les internes de l'hôpital prenaient l'externe Françoise Dolto pour une folle parce qu'elle parlait aux bébés (dans une anecdote qu'elle rapporte, le bébé en question avait quand même 18 mois!), ce qui ne l'empêche pas d'avoir un jugement très tranché sur le parler-bébé ("c'est de la non-communication"), elle juge qu'on sous-estime encore énormément la capacité de compréhension des enfants, y compris de réalités difficiles. Elle insiste ainsi beaucoup sur l'importance de parler aux enfants de leur identité, de leur origine. L'enfant est élevé par une mère célibataire? Il faut lui expliquer que même s'il ne l'a jamais vu il a un père, que sa mère a aimé (ou pas), mais qu'ils se sont séparés. De même si l'enfant a été adopté : ses parents ont probablement été contraints de l'abandonner car ils n'avaient pas les ressources pour s'occuper de lui, mais ses parents adoptifs étaient ravis de le recueillir. La mère désirait un enfant de l'autre sexe? Il faut lui pardonner ses réactions de déception et surtout se rassurer : un enfant n'est pas un projet d'enfant, et le désir non assouvi d'une fille ou d'un garçon n'empêchera pas d'aimer l'enfant réel. Lorsqu'elle parle longuement de la Maison Verte (qui a pour vocation d'être un espace de transition entre la famille et les lieux de garde institutionnels -crèche, école, ...-) et de son fonctionnement qui a pris de nombreuses personnes au dépourvu (mères s'indignant de devoir rester avec leur enfant, de ne même pas pouvoir s'absenter 5 minutes, alors qu'elle espéraient une garderie, professionnels de la petite enfance surpris qu'un médecin psychanalyste soit là, mais ni en tant que médecin ni en tant que psychanalyste ou encore qu'il n'y ait pas d'activités programmées - "être avec les humains, ce n'est pas faire. Il faut faire ! Est-ce le jeu ? Non. C'est de développer plus d'être"-, …), c'est l'occasion de présenter plusieurs vignettes cliniques d'enfants en retard de développement apparent, qui ont fait des progrès spectaculaires au point de pouvoir paraître magiques lors de la révélation, en présence des parents, d'un non-dit, ou lorsqu'un sens a été donné à une histoire de vie douloureuse.

  La pensée de Françoise Dolto sur la cause des enfants est cohérente et enrichissante, même sans être d'accord avec tout ce qu'elle dit. Le livre est toutefois très long, et certains chapitres s'éloignent du sujet (la courte autobiographie de Dolto, introduite par le long récit de son apprentissage de la lecture) ou, à mon avis, le desservent (le premier chapitre décrivant la conception de l'enfant à travers les âges, où Lespassagesenitalique s'en donne à cœur joie pour résumer des périodes historiques en un paragraphe, remplaçant la complexité par une affirmation -à l'époque A, l'enfant=B pour telle ou telle raison- et estimant probablement faire preuve d'une grande culture), mais il peut par ailleurs être intéressant, à titre anecdotique ou non, de savoir par exemple ce qu'apporte la double expérience d'infirmière et de médecin, ce que pense Dolto de la psychologie expérimentale (de la vision analytique classique du sujet -"ce qui est observable, testable, n'est que la partie visible de l'iceberg"- à un reproche éthique pertinent -on demande l'accord des parents, pas des enfants-, en passant par un reproche à côté de la plaque -la recherche expérimentale ne permettrait de trouver que ce qu'on sait déjà, sauf qu'elle dit ça juste après un joli contre-exemple-), l'immensité des âneries qu'elle est capable de dire -heureusement, quand elle sort du sujet- (mettre la fin de l'expansion coloniale et la baisse de la natalité sur le compte d'une obsession contemporaine de la sécurité -parce que bien sûr, le risque est la motivation première du colonisateur comme des parents de famille nombreuse- ou joyeusement conclure le livre en confondant avortement et contraception -les défenseurs de la légalisation de l'avortement y voient, pour une raison connue d'elle seule, "le moyen le plus sûr de contrôler les naissances"- et d'achever l'ouvrage et l'argumentaire anti-droit à l'avortement sur "Arrêtons le génocide" -bon, alors on va reprendre tout doucement... le génocide, c'est prévenir les nouvelles naissances en tuant TOUS ceux de l'origine qu'on veut exterminer, l'avortement, c'est ne pas aller au bout d'une grossesse non désirée, et ça n'empêche même pas d'avoir eu des enfants avant et d'en avoir après... un point de repère pour situer facilement, si les femmes qui avortent ne se suicident pas, on peut estimer -en fermant les yeux sur énormément de choses- que c'est un meurtre, mais on est super loin du génocide-) ou encore d'autres choses que j'aurais oubliées. Pour un équivalent plus synthétique, on peut se diriger vers Les étapes majeures de l'enfance.

vendredi 2 août 2013

7ème étage, d'Asa Grennvall


 Cette bande-dessinée, postfacée par Amnesty International, est le récit autobiographique d'une victime de violence conjugale qui a réussi à s'en sortir. L'autrice n'est certes pas psychologue (elle est, vous ne devinerez jamais, autrice de BD!), mais la volonté pédagogique du récit (différentes étapes sont clairement délimitées, y compris la difficulté de s'en remettre après-coup) et sa précision font que ce livre a à mon avis toute sa place ici.

 Alors qu'elle est très occupée à profiter des nombreux avantages que sa vie en école d'arts procure (absence de parents, présence d'alcool, style vestimentaire atypique qui devient cool, ...), Asa a l'immense bonheur de voir le très populaire Nils tomber amoureux d'elle, et pas d'une autre. Il sait dire ce qu'il faut pour qu'elle se sente bien, il prévoit pour eux de "tout recommencer à zéro", d'"avancer ensemble, sans jamais regarder en arrière". Certes, ses crises de jalousie semblent parfois sortir de nulle part ("je ne veux pas que tu me prennes dans tes bras quand un autre mec passe à côté de nous! T'as bien compris? Sinon c'est que tu penses à lui, pas à moi!"), mais il ne serait pas jaloux s'il ne tenait pas à elle. Certes, l'agressivité de ses propos quand il critique les autres est inquiétante, mais est-ce une raison pour gâcher une si belle histoire d'amour?

 Différentes techniques de manipulation permettront à Nils de pourrir la relation, d'établir un fort rapport de domination unilatéral, avant qu'Asa ne pense à rompre. En critiquant chez les autres ce qu'il n'apprécie pas chez elle, il la contraint à changer vêtements, coiffure, etc... en la laissant en prendre l'initiative elle-même. En se posant toujours en victime, il évite que son propre comportement soit remis en question. En la laissant deviner la cause chaque fois qu'il est contrarié (et en se mettant dans tous ses états si elle se "trompe"), il la maintient dans un état de stress qui l'empêche de prendre de la distance et surtout l'habitue à anticiper  constamment ses colères ("je le dévisageais tout le temps. Comme ça, il ne pouvait pas penser que je regardais d'autres hommes. Je souriais tout le temps, comme ça il ne pouvait pas penser que je faisais la tête", "Mon Dieu je t'en supplie! Fais que plus aucun ami ne m'appelle!","J'ai appris à respirer sans faire de bruit. Comme ça, je ne risquais plus de respirer au mauvais moment"). En lui disant régulièrement qu'il l'aime, il la laisse croire qu'ils sont encore dans une relation amoureuse. En l'habituant à céder à ses caprices, il se permet des caprices de plus en plus surréalistes (ceux et celles qui s'intéressent à la psychologie sociale auront reconnu le pied dans la porte -quand on commence à accepter, on continue généralement à accepter- ou la dissonance cognitive -on invente après coup une cause cohérente pour expliquer nos comportements incohérents, ce qui ici pousse à aller jusqu'au bout du comportement-). En la coupant progressivement de son monde et de son passé (goûts musicaux, amis, habitudes, ...), il renforce sa dépendance à leur vie de couple. En voulant croire que ses colères étaient vraiment des revendications, elle emménagera avec lui, plutôt que de rompre, pour arranger les choses (loin du campus où elle connaît des gens, en vivant sous son toit, il sera plus difficile de provoquer une crise de jalousie ou un conflit sur la décoration de l'appartement). Lorsqu'il la frappe pour la première fois, alors qu'elle s'était dit qu'elle le quitterait si ça arrivait, elle se rend compte que sa vie de couple à pris trop de place dans sa vie tout court pour qu'elle sache où aller. Habituée à être constamment sur la défensive, elle se demande dans quelle mesure c'est de sa faute à elle, plutôt que de juger son comportement à lui.

 La violence de trop, "un jour ordinaire, sur le trajet de l'école", finit par la pousser à s'enfuir. Non pas par la fenêtre de leur 7ème étage, ce qui lui est venu à l'esprit plusieurs fois, mais par la voiture du couple, en résistant pendant tout le trajet jusque chez son père à la voix intérieure qui lui intimait de faire demi-tour. Après une nuit passée à entendre ses appels téléphoniques, passant de la victimisation ("Tu ne vois pas comme je suis inquiet?") aux menaces, elle retourne accompagnée de son père chercher ses affaires (qu'il aura préalablement pris soin de saccager entre deux appels), ce qui sera l'occasion de rompre en face à face ("même si je n'en avais pas le courage, j'ai réussi à dire ce qu'il fallait").

 La suite montre la difficulté de s'en remettre... malgré un soutien extérieur solide (le père, l'enseignante à qui elle dénonce Nils, le médecin qui l'examine pour les besoins de la justice, le policier qui prend la plainte, ...), ce qui a probablement eu une importance décisive mais n'est pas donné à tout le monde, ni partout. Je pense que c'est d'ailleurs l'objet de l'implication d'Amnesty International dans l'édition de ce livre : il n'est pas rare que les violences contre les femmes soient moins prises au sérieux que d'autres crimes, que l'Etat ne fasse pas le nécessaire pour condamner les coupables ou protéger les victimes... on peut voir, par exemple, comment une victime de viol peut être reçue en France . Certes, le fonctionnement des institutions ne concerne a priori pas la psychologie, mais la difficulté pour la victime de se remettre de son traumatisme sera radicalement différente si l'Etat lui reconnaît un statut de victime ou si elle a la sensation que, pour les institutions concernées, il ne lui est rien arrivé de grave ou qu'elle est en partie responsable.

 Le moment qui s'annonce le plus difficile, les questions inquisitrices de l'avocate de la défense ("ne l'avez-vous pas frappé la première?" "pourquoi personne ne vous a entendue?", ...), s'avère moins éprouvant qu'on aurait pu le penser ("Notre histoire entière avait été un procès. Mais cette fois, c'est lui qui allait être puni"). Toutefois, se remettre est resté quelque chose de difficile ("je n'étais plus qu'une épave","mon identité était broyée","l'endoctrinement était profondément ancré en moi","où que j'aille, je traînais cette énorme charge"), de progressif ("le travail difficile de la reconstruction") et d'incomplet (soulagement plutôt que compassion en croisant par hasard Nils avec une autre fille, "certains jours, je continue à le voir partout", ...).

 Un récit de violence conjugale n'est certes pas le récit de la violence conjugale en général, mais ce récit est très conforme au peu de connaissances que j'ai sur le sujet (témoignages de victimes dans le documentaire La domination masculine, courte vidéo d'une association, ...). On peut regretter de ne pas en savoir plus sur le fonctionnement psychique de Nils (sa technique de manipulation élaborée est-elle le résultat d'un savant calcul, ou est-il sincère lorsqu'il se présente comme une victime et traite Asa de tous les noms? est-ce qu'il estime avoir une vie de couple, ou est-ce qu'il se félicite d'avoir une sorte d'esclave à domicile?) mais, sauf compétences télépathiques avancées de l'autrice, c'est compliqué d'exiger ça d'un récit autobiographique (sur le sujet des motivations des auteurs de violence conjugale en général, beaucoup d'éléments sont donnés dans Why does he do that). L'intérêt principal, ici, dans la façon d'aborder le problème est la déconstruction des idées reçues. La victime n'a pas un tempérament particulièrement faible (on la voit envoyer promener sa mère plutôt gratuitement, comme les ados savent le faire, dès la première page), sait être lucide (c'est elle qui raconte, vous vous rappelez?), est plus diplômée que son bourreau, la spécificité même de la relation fait qu'il est difficile pour les proches de se douter de quelque chose -bon, par contre, pour les voisins, on se pose des questions-, même avant qu'elle ne coupe les ponts ("de l'extérieur, nous formions un couple parfait","Dès que j'avais un moment de libre, je courais le rejoindre. Comme ça, il ne pouvait pas s'inquiéter que je parle avec d'autres personnes","Je souriais tout le temps. Comme ça, il ne pouvait pas penser que je faisais la tête"), ne subit pas les violences avec une complaisance masochiste, ... Régulièrement, des pauses sont faites dans le récit, où l'autrice, devant sa planche à dessins, regarde le·a lecteur·ice dans les yeux pour lui expliquer comment ce qui se passe est possible ("Mon Dieu, j'ai tellement honte! Je sais ce que tu penses!!!", "Maintenant, tu dois te demander comment j'ai pu être assez stupide pour m'installer avec lui", ...).

 Le livre, même s'il ne prétend pas être une étude avancée du sujet, est donc loin d'être dénué d'intérêt pour un·e étudiant·e en psychologie, d'autant qu'il se lit très vite. Son accessibilité, la clarté de son propos (l'autrice explique, ce n'est pas aux lecteur·ice·s de comprendre ce qu'il y a à comprendre en faisant une investigation poussée à chaque case) en font aussi un bel outil de prévention même pour celles et ceux que le sujet n'intéresse à priori pas. N'est-ce pas d'ailleurs le mieux qu'on puisse espérer, que le courage et les qualités didactiques de l'autrice évitent à d'autres personnes de subir la même chose?

mercredi 26 juin 2013

D'autres livres de stats de Nicolas Guéguen


 
 Ayant constaté que l'analyse de variance (qui est pour mon plus grand malheur au programme de licence) n'était pas dans Statistiques en psychologie en 27 fiches , j'ai pu me rendre compte d'une part que ce livre n'était plus édité, d'autre part qu'à la place il y avait maintenant, du même auteur et avec exactement le même format, La statistique descriptive en psychologie en 32 fiches et Les tests d'inférence en psychologie en 23 fiches. Ça fait deux fois plus de livres à acheter, hurleront ceux·elles qui y perçoivent des motivations bassement commerciales. Même si le fait que, du moins à partir de la 2ème année, il faut de toutes façons savoir faire les deux leur donne raison, je me permets d'objecter que ça fait surtout d'autant plus de fiches et donc d'exercices (et en plus il y a pas mal de livres de stats pour étudiant·e·s qui coûtent aussi cher individuellement que le prix de ces deux cumulés).

Comme précisé plus haut, ces deux livres ressemblent furieusement à leur prédécesseur (qui m'a sauvé la vie), donc pour plus de détails je vous renvoie à la description du prédécesseur en question (il y a un lien si vous cliquez sur son titre, là, juste au dessus). Et il y a bien l'analyse de variance dans le livre de stats inférentielles. Nicolas Guéguen est aussi l'auteur de Statistiques pour psychologues – cours et exercices que j'imagine plus complet, mais comme je ne l'ai jamais eu entre les mains et que ce post n'est pas sponsorisé j'aurais bien du mal à vous en parler.

Statistiques pour statophobes, de Denis Poinsot


 
 Prof non pas de psychologie mais de bio (même pas de neurobio, de bio tout court, c'est dire s'il persiste dans l'erreur), l'auteur, qui s'entend mal avec les maths depuis la 5ème selon ses dires, a eu l'heureuse initiative de rédiger cette "introduction au monde des tests statistiques à l'intention des étudiants qui n'y entravent que pouic et qui détestent les maths par dessus le marché". Les tests présentés (t de Student, coefficient de corrélation, intervalle de confiance, …) étant aussi utilisés en psychologie, qui compte dans les rangs de ses étudiant·evs de très nombreux individus qui n'y entravent que pouic et qui détestent les maths par dessus le marché, ce livre numérique (oui, on peut le télécharger gratuitement, et même avec la bénédiction de l'auteur tant que ce n'est pas pour le vendre -le livre, pas l'auteur, enfin l'auteur non plus-) a toute sa place ici.

  Avec clarté, et avec un humour qui fait que les 142 pages sont finalement agréables à lire, seront présentés les tests les plus fréquents, leur utilité, le raisonnement sous-jacent, … Ce sera l'occasion de constater que tout ça peut être compliqué même quand on s'entend bien avec les maths mais que c'est compréhensible quand même, que ça peut même être intéressant, et qu'on a pas besoin de s'arracher les cheveux et de tout comprendre parfaitement pour pouvoir faire et comprendre des recherches qui impliquent des tests statistiques. L'ambition pédagogique ne se limite pas à faire comprendre la discipline à un public réticent mais aussi à la présenter comme quelque chose de vivant, qui évolue et qui est sujet à débat. On suivra ainsi avec intérêt les vifs échanges entre les chercheurs Parsimoni et Abonessian (hmmm, quelque chose me dit que les noms ont été inventés...) , l'un d'entre eux estimant que les tests statistiques sont de la plus haute inutilité et que l'intervalle de confiance suffit en toutes circonstances, l'autre faisant valoir que, si on est conscient de leurs limites, les tests statistiques sont tout de même un allié précieux.

  Lire avec plaisir un livre qui parle de statistiques, et en trouver la complexité intéressante, est quelque chose que je ne serais jamais parvenu à m'imaginer même en faisant beaucoup d'efforts. C'est donc la mort dans l'âme que j'émets une réserve... la spécificité de la bio n'est pas seulement d'être moins intéressante que la psychologie, mais c'est aussi d'être une discipline scientifique. Les étudiants en bio, pour une majorité écrasante d'entre eux, sont donc titulaires d'un bac scientifique. Or, un titulaire de bac S nul en maths et un titulaire de bac L nul en maths, ce n'est pas le même univers. Pour situer un peu, en 1ère L, j'ai eu un bref instant la sensation d'avoir un niveau de folie parce que j'avais identifié une identité remarquable (le truc qu'on avait fait en continu l'année précédente en seconde générale)... j'avais en plus fait une faute dans ladite égalité remarquable, mais ça avait quand même impressionné mon voisin (et même un peu le prof, je crois que j'étais le seul du demi-groupe à avoir trouvé) qui n'était pourtant pas beaucoup plus nul que moi en maths. Pour situer un peu, quand je lis k! dans une équation, il me faut un temps certain pour comprendre que 1°) ça ne signifie pas que l'auteur·ice du texte est, pour une raison connue de lui ou d'elle seul·e, rempli·e d'enthousiasme par la valeur k (c'est son droit le plus strict) et que, comme c'est quelqu'un de sympa, iel veut nous faire partager cet enthousiasme, mais que ça signifie "factorielle de k" (je croyais même que c'était "facteur" et pas "factorielle" avant qu'on me le signale en commentaire), 2°) que "factorielle de k" c'est un moyen plus court (si si!) de dire, par exemple pour factorielle de 5, 5x4x3x2x1. Quand l'équation est longue et qu'il faut faire ça pour chaque signe, ou pire quand je n'ai aucune idée, même en faisant un effort, de ce qu'un signe ou un autre signifie, impossible de me souvenir du début quand/si j'arrive à la fin, et à fortiori de réaliser ladite équation. Or, là, si fantastiques que soient les explications qui les entourent, les équations elles-même sont livrées brutes, dans tout leur mystère et dans toute leur violence, et je n'y entrave toujours autant que pouic avant qu'après la lecture.

  On ne peut pas tout faire, et il serait bien dommage de passer à côté de ce texte pour de basses raisons d'équations qui ont le malheur d'être rédigées normalement (c'est à dire, de mon point de vue de bac L nul en maths, en hiéroglyphes), il sera toujours temps de se pencher de plus près sur lesdites équations (ou de les faire faire à notre place par un logiciel qui ne demande que ça) quand le livre aura donné un peu plus envie de les comprendre.

  Pour télécharger d'urgence cette œuvre indispensable : http://perso.univ-rennes1.fr/denis.poinsot (ou sinon vous tapez "statistiques pour statophobes" sur un moteur de recherche, ça marche aussi)


vendredi 7 juin 2013

En route!

 
 La période de révisions intensives est enfin terminée. Sauf relecture plus que synthétique des cours dans l'espoir que ça 2-3 éléments me reviennent en mémoire, mon prochain contact avec la psycho sera lundi matin à 11h00, pour le partiel redouté (ils le sont tous, à part anglais parce que je parle tout le temps anglais au travail et stats parce que je sais déjà que je vais me vautrer) de "développement des représentations du monde physique". Et j'en ai appris, des choses, pendant cette période de révisions! J'ai appris que:
-attaques de flemmingite, procrastination compulsive, amnésie antérograde déclenchée par l'ouverture des livres de cours, hyperphagie, désordres bipolaires, trichotillomanie... il y a assez de symptômes dans une année scolaire pour la faire figurer au DSM-5
-comme supposé au post précédent, je suis effectivement bien plus efficace quand je suis dos au mur... j'ai suffisamment rattrapé mon retard pour que mon avancée juste avant les exams ne soit pas pire que les années précédentes (les années précédentes, celles où j'en étais au point que je préférais voir la 1ère session comme un entraînement aux rattrapages)
-que la productivité sur une période de temps courte avait ses limites, si dos au mur que je sois, et qu'il eût été bon (et justifié) que je me considère comme dos au mur pendant toute l'année scolaire
-que la vie est pleine de surprises : si on m'avait dit un jour que je trouverais que le programme de stats de 2ème année (t de Student, Khi-2 et test du z) n'était pas si compliqué je n'y aurais jamais cru, alors si on m'avait dit en plus que ce serait une mauvaise nouvelle...
-analyse de variance de m......... (cf juste au dessus)
-la solution pédagogique aussi imparable qu'originale ("faites-vous violence!") du prof de stats ne fonctionne pas (quelle surprise!) : malgré un temps conséquent d'entraînement passé à faire des opérations (très) laborieuses même avec une calculatrice et en cherchant à comprendre avec 2 cours différents, impossible d'avoir un résultat qui a quelque chose à voir avec celui attendu... mais comme tout un chacun, j'aime tant le challenge et la remise en question (et aussi ne pas être en mesure de viser plus de 3/20 au partiel... s'il y a 2 points pour la présentation) (et aussi quand les cours qui ne sont pas des stats sont assez compliqués à apprendre comme ça, merci) (cf juste au dessus x2)

 Si j'étais d'un tempérament particulièrement contreproductif, au lieu de lister ce que j'ai appris, je m'inquiéterais de ce que je n'ai pas appris, par exemple connaître assez bien les cours pour estimer être prêt pour lundi (et mardi) (et mercredi), et à faire correctement une analyse de variance aussi (que dites-vous? j'en ai déjà parlé?), mais comme je ne suis pas comme ça (ce n'est vraiment pas, mais alors vraiment pas mon genre de râler), je vais oublier ce type de détails mesquins jusqu'à jeudi :D

vendredi 10 mai 2013

En retard, en retard!

 Lundi débutera pour moi la période charnière de la grosse accélération dans les révisions, à savoir la fin de toute activité professionnelle (ça, c'est bien :D ) jusqu'aux examens (ça, c'est... euh...). C'est maintenant la quatrième année consécutive (1ère année de licence, 2ème année de licence épisode 1, 2ème année de licence épisode 2, 3ème année de licence épisode 1) que je passe à être en retard sur un planning que je n'ai même pas, c'est vous dire l'étendue des dégâts. Cette période me sert donc plus à limiter la casse dans la mesure du possible qu'à arriver, le jour des partiels, incollable sur les savoirs fondamentaux et armé jusqu'aux dents de visions aussi originales que pertinentes sur la psychologie (ce qui est indispensable pour être admis un jour en Master 2... bref, étendue des dégâts et tout et tout).

 Cette année reste particulière car, chose que je pensais complètement impossible, je suis non pas un petit peu, mais très largement plus en retard que les années précédentes. Certes, en plus de mon talent naturel pour la procrastination dont je n'ai pas eu la faiblesse de me contenter mais que j'ai consciencieusement affûté au fur et à mesure des années (on est perfectionniste ou on ne l'est pas), j'ai quelques vraies raisons (enfin, quelques raisons)... l'année scolaire qui a commencé plus tard que d'habitude (j'en avais fait part à l'époque), la naissance de mon 2ème enfant, le projet tutoré qui était à rendre, même pour la 2ème session, avant le début des exams de première session... mais là quand même j'ai abusé. Je n'ai même pas fini de lire les cours que je suis supposé réviser et je n'ai, ce qui est peut-être une bonne initiative pour mon moral, pas regardé ce qui allait nous être demandé en stats. Ma résolution de faire les devoirs d'entraînement plutôt que de me concentrer uniquement sur la préparation des cours devra attendre l'année prochaine (ça veut dire que l'année prochaine vous aurez l'excuse n°2).

 Bon, je passe pas mal de temps à râler, mais il y a de fortes chances que ce retard soit une bonne chose vu que je suis nettement plus productif quand je suis dos au mur... avec un sentiment de retard aussi palpable dès le début, je devrais paradoxalement être mieux préparé le jour des partiels. Par contre, comme d'habitude à cette période de l'année, il n'y aura pas de nouveau post avant un temps certain (ce qui vous laisse tout loisir de réaliser votre rêve de toujours d'apprendre par cœur les 26 résumés de livre qui sont déjà à votre disposition O:), ou bien sûr d'égayer le blog de vos commentaires).

jeudi 2 mai 2013

Les étapes majeures de l'enfance, de Françoise Dolto


 Comme le titre ne l'indique vraiment pas, l'ouvrage consiste en la réédition de divers textes brefs (de 1 à 60 pages) de Françoise Dolto, et non en une division synthétique de l'enfance en moments décisifs (tels les stades de Freud ou de Piaget). Articles de presse, interviews, conférences, la provenance de ces textes (le plus ancien date de 1946, le plus récent de 1988) est variable et, c'est bien dommage, reste mystérieuse pour une bonne partie d'entre eux : il est simplement mentionné qu'ils sont publiés "avec l'aimable autorisation de Francis Martens et Rachel Kramerman" mais Dolto, comme une majorité non négligeable des individus, étant en mesure de s'exprimer sans l'autorisation, fusse-t-elle aimable, de ces deux personnes, cette mention n'éclaire pas beaucoup. Bien qu'Internet permette des merveilles, une recherche rapide m'a uniquement permis de savoir qu'il s'agissait de psychanalystes belges, ce qui ne m'a pas tant avancé que ça.

 L'essentiel des textes consiste en des conseils pratiques sur l'éducation des enfants. Par de nombreux aspects, ses recommandations rappellent L'Emile de Rousseau, dans le sens où l'idée est de permettre à la nature de l'enfant de s'épanouir plutôt que de le mouler de force ("plâtres moraux") dans des valeurs qui n'ont pas vraiment de sens à tel ou tel stade de leur développement ("la première chose qu'il faut apprendre à un enfant, c'est l'autonomie", "il ne faut pas inculquer de force la civilisation pour des choses qui sont totalement inutiles", "laissons-lui seulement le cadre de règles indispensables à sa sécurité et il s'apercevra, à l'expérience, lorsqu'il tentera de les transgresser, qu'elles sont indispensables et qu'on ne fait rien "pour l'embêter"", "quand on élève un enfant pour qu'il nous plaise à nous, on ne l'éduque pas", "les instincts sont là, on ne peut aller contre", ...). Une différence majeure toutefois, Rousseau n'ayant, n'en déplaise à ses admirateur·ice·s, qu'une maîtrise très limitée des théories freudiennes, il ne prédit pas psychoses ni troubles psychosomatiques pour les enfants donc l'éducation a été trop rigide (ce qui ne l'empêche pas de souligner que les parents bons dresseurs s'extasient pour de mauvaises raisons, mais je vais peut-être m'arrêter de parler de L'Emile un jour...). Je ne suis pas expert en histoire, je ne sais donc pas si on a accusé Rousseau en son temps d'être responsable d'une vague d'enfants-rois -en même temps, vu que Socrate déplorait déjà que "les jeunes d'aujourd'hui aiment le luxe, ils sont mal élevés, méprisent l'autorité, n'ont aucun respect pour leurs aînés et bavardent au lieu de travailler" (2400 ans avant mai 68!), on imagine que ni Rousseau ni Dolto n'ont pu aggraver la situation tant que ça-. Dolto, contrairement à ce qu'on peut entendre, estimait d'ailleurs indispensable que des limites soient posées ("beaucoup de choses viennent aussi de ce piège dans lequel sont les adultes, le piège de l'adoration de l'enfant, et ils oublient leurs propres désirs pour les gens de leur génération", "On pense de l'enfant, il ne faut pas qu'il soit mécontent. Mais si!"). Après, il n'est pas question de trancher ici. Décider si autoriser un jeune enfant à mettre son pantalon à l'envers ou à commencer le repas par le dessert, relève d'un laxisme insupportable, ou si le fait que Dolto soit au moins partiellement responsable de Carlos affecte sa crédibilité, relève de la sensibilité de chacun·e.

 Divers thèmes sont récurrents dans l'ouvrage (on peut d'ailleurs constater, chose impressionnante, que, à moins peut-être de chercher la petite bête, Dolto ne se contredit pas malgré la grande amplitude temporelle des textes), parmi lesquels celui de l'acquisition de la propreté chez l'enfant (thème cher à l'autrice, puisqu'elle intitule "Repenser l'éducation des enfants : à propos du dressage à la propreté sphinctérienne" un long texte qui va proposer une refondation du système scolaire, une approche différente du placement judiciaire des enfants et de la relation médecins-infirmières-mères à la maternité). Son approche est plus neurologique que morale : rien ne sert d'être impatient et surtout d'insister lourdement sur le fait que les excréments sont dégoûtants, tant que la maîtrise motrice de l'enfant sera insuffisante la propreté ne viendra pas (ou alors à force de dressage, mais au risque d'un grand mal-être et d'une régression brusque -et heureuse, selon l'autrice- vers l'âge de 3 ans). Pour permettre à l'enfant d'être propre, c'est sur son agilité qu'il convient de travailler (course, escalade, activités manuelles, tentatives d'allumer des allumettes, ...). L'enfant est capable d'être propre lorsqu'il peut monter et descendre seul un escabeau de 5 marches. 

 Est également évoqué le rapport de l'enfant avec les autres enfants, en particulier la conduite à tenir en cas de conflit. Entre frères et sœurs (les expressions "petit" ou "grand" devant frère ou sœur sont à proscrire car ils suggèrent une hiérarchie), éviter de prendre parti lorsqu'on n'a pas assisté à ce qui a déclenché le conflit : réconforter la victime peut parfaitement se faire sans blâmer le·a coupable, l'un·e comme l'autre pouvant chercher à instrumentaliser le parent. Lorsqu'une inégalité de traitement est déplorée, ne pas hésiter à répondre "oui, je suis injuste" (d'autant qu'il n'existe pas de parent parfait, "à un moment où à un autre,  même les parents les plus aimants sont responsables d'une souffrance chez l'enfant")  plutôt que de discuter interminablement des différences qui justifient telle règle ou telle attention pour l'un·e et pas pour l'autre. La violence d'un enfant envers l'autre, quant à elle, à fortiori avant la maîtrise du langage verbal, relève selon Dolto d'une manifestation d'intérêt ("chaque fois que nous voyons un enfant en agresser un autre, c'est qu'il est intéressé, rendu curieux ou bien a envie de prendre un objet possédé par l'autre"). Cela peut être verbalisé auprès de l'enfant, et expliquerait aussi pourquoi, au grand désespoir des parents, l'enfant frappé retourne parfois vers son agresseur à la seconde où il a fini de pleurer.

 Un autre thème récurrent est celui du lien avec la famille d'origine. Lorsqu'une séparation d'avec l'enfant est imposée (garde pour pouvoir reprendre une activité professionnelle, divorce, ...), il importe que tout soit expliqué à l'enfant, même s'il donne l'impression de ne pas comprendre. La mère explique qu'elle transfère provisoirement ses responsabilités à la nounou/la puéricultrice/la maîtresse et qu'elle reviendra chercher l'enfant le soir. De même en cas de séparation des parents, le parent qui garde l'enfant doit reconnaître auprès de lui explicitement que même si le couple parental ne peut plus se piffrer, ils restent chacun·e l'un des parents légitimes de l'enfant et que la fin de la vie de couple ne signifie pas la fin de la vie parentale ("même si le père est physiquement absent, la mère doit faire sans cesse référence au père pour assurer une relation triangulaire").

 L'un des points forts de Dolto est effectivement d'avoir estimé important de parler aux enfants, même extrêmement jeunes. Si elle-même rapporte avoir été critiquée pour ça, ses arguments de départ semblent plutôt cohérents : d'une part puisqu'on ne sait pas à partir de quel âge l'enfant comprend ce qu'on lui dit, il ne paraît pas aberrant de lui parler depuis le début, et d'autre part quand on s'adresse à quelqu'un (enfant ou non) on fait passer autre chose que le langage strictement verbal. Les besoins affectifs sont en effet selon elle primordiaux (avec entre autres des contacts auditifs, tactiles et olfactifs avec la mère), et pas assez pris en compte dans le milieu médical, peut-être à cause d'une perception dérivée du besoin d'hygiène ("ce non-savoir date de la science du début du siècle et a influé terriblement et d'une façon néfaste sur les conditions de la structure psychique des enfants des pays civilisés"). La parole ne doit en revanche pas servir à mentir, d'autant que, si douloureuse que soit la situation que l'on souhaite dissimuler, elle sera tout de même perçue par l'enfant ("de toutes façons, ce qu'il vit lui fait mal tous les jours, et, en plus, on l'entretient dans le mensonge", "il n'est pas nécessaire d'être tout miel, tout sucre, il faut lui parler vrai").

 Un résumé n'est par définition pas exhaustif, et vous imaginez bien que c'est encore plus le cas ici, quand le texte à résumer consiste en une compilation de textes divers. Je pense m'être contenté d'évoquer les thèmes les plus récurrents, mais bien entendu un·e autre lecteur·ice trouvera peut-être que j'ai inventé des récurrences et que j'en ai oublié d'autres. Je m'attarde tout de même à la fin sur quelques lignes discrètes mais qui relèvent d'un type de propos pour lequel Dolto n'est pas forcément connue. Au cours d'un long article rédigé pour le mensuel de L'Ecole des Parents en 1979, Dolto parle de l'inceste, seul interdit définitif selon elle. Elle explique ensuite que, pour protéger l'enfant de toute agression pédophile, incestueuse ou non, il SUFFIT de lui expliquer que son corps lui appartient -"l'adulte sait que c'est interdit, tu n'as qu'à le lui dire"- (on peut regretter qu'elle ne dise pas jusqu'à quel âge ce bouclier magique fonctionne, dans la mesure où il arrive que des adultes soient victimes de viol). Mais le raisonnement ne s'arrête pas en si bon chemin. Une fois l'enfant équipé de cette protection verbale mais, paraît-il, infaillible, "si un enfant calomnie un adulte -ce qui hélas arrive souvent-, c'est qu'il était consentant lui même". Oui, c'est bien le terme "calomnier" qui est employé. Dans l'univers de Dolto, l'agresseur·se pédocriminel·le est en fait la victime d'un enfant capricieux, et passe pour le·a méchant·e alors qu'il ne faisait que rendre service. Il y avait bien d'elle une citation dans ce sens relevée dans le Livre Noir de la Psychanalyse (interview pour la revue Choisir : "Question : Quand une fille vient vous voir et qu'elle vous raconte que, dans son enfance, son père a coïté avec elle et qu'elle a ressenti cela comme un viol, que lui répondez-vous? Réponse : Elle ne l'a pas ressenti comme un viol. Elle a simplement compris que son père l'aimait et qu'il se consolait avec elle, parce que sa femme ne voulait pas faire l'amour avec lui."), mais cette nouvelle occurrence montre qu'il s'agit pour elle d'un raisonnement logique, et pas d'une réponse improvisée lors d'une interview. Je pourrais enchaîner en m'attardant sur certaines des perles (il y a de quoi faire quelques colliers)  qu'elle émet sur l'égalité homme-femme dans une interview sur l'élaboration de l'identité sexuelle chez l'enfant (telles que "le désir de l'enfant est entièrement masculin ou féminin, depuis la vie intra-utérine", "le garçon a des pulsions actives, la fille a des pulsions passives" ou encore "la fille a une prédilection pour l'agencement d'appartements, d'intérieurs de bateau") ou encore une ou deux autres disséminées dans le reste de l'ouvrage, mais Dolto n'était heureusement ni thérapeute de couple ni DRH.