mardi 9 février 2016

La séparation, angoisse et colère, de John Bowlby



 Après un premier volume sur l'attachement, Bolwby s'attarde sur ce qui permet de constater l'importance de l'attachement, à savoir la séparation et ses conséquences.

 Un attachement sécure, on l'a vu dans le premier volume, constitue pour l'enfant une base qui permet, paradoxalement, de s'éloigner plus sereinement de la figure d'attachement, d'explorer l'environnement. Le réflexe, en situation de danger, est non seulement de fuir le danger mais aussi de rechercher une situation de sécurité, qui se trouve souvent, pour l'enfant, être la figure d'attachement (Bowlby avait donné dans le premier volume l'exemple délicat, pour un jeune singe, où la situation faisait que la figure à fuir et la figure auprès de laquelle se réfugier étaient la même -le mâle dominant qui se trouvait être de mauvaise humeur-). Appuyant son argumentation sur des recherches scientifiques commentées et détaillées, Bowlby constate que, chez l'humain comme chez le singe, plus longues, nombreuses et difficiles sont les séparations, moins bien elles sont supportées.

 Une partie conséquente du livre est consacrée à une approche pragmatique de la peur, en particulier de la peur chez l'enfant. Si les psychanalystes tendent à estimer que la peur de la solitude ou du noir, n'étant pas des peurs réalistes (quelqu'un qui rapporte avoir été violemment agressé par la solitude ou l'obscurité risque d'être suspecté de mauvaise foi), sont en fait des peurs d'autre chose, Bowlby rappelle qu'avant que l'humain ne maîtrise la lumière artificielle ou ne puisse construire des logements qui ferment (c'est à dire, du point de vue de l'évolution, à peu près avant-hier), il était plutôt délicat de ne pas pouvoir voir un·e prédateur·ice approcher, et que, surtout pour des enfants mais pour des adultes aussi (statistiques à l'appui), on est bien plus en sécurité à plusieurs que seul. Par ailleurs, en cas de séparation, "moins les lieux et les gens sont familiers, ou plus le geste médical est douloureux, plus l'enfant a des chances d'être effrayé, plus il va être perturbé, à la fois pendant et après la séparation". Les comportements a priori paradoxaux pendant les retrouvailles de l'enfant qui a mal supporté la séparation ont, selon l'auteur, eux aussi une explication pragmatique : "l'attachement anxieux sert à conserver une accessibilité maximale pour la figure d'attachement, et la colère est à la fois un reproche pour ce qui est arrivé et un moyen de prévenir par la dissuasion une nouvelle occurrence".

 Bowlby estime que les conséquences de la peur de la séparation, en particulier lorsqu'elles sont amplifiées par des menaces d'abandon ou de suicide par les parents, sont largement sous estimées par les clinicien·ne·s, d'une part parce que les informations sont difficiles à obtenir (un parent sera probablement réticent à rapporter, au calme et à un·e professionnel·le, des propos qu'il tient dans des accès de colère, en particulier s'ils ne sont pas destinés à l'enfant et tenus dans un contexte conjugal tendu, d'autant qu'il ne fera pas forcément le lien lui-même avec les troubles de l'enfant, et l'enfant risque de les taire par culpabilité - "ça ne fait plaisir à aucun enfant d'admettre que l'un de ses parents a beaucoup à se reprocher"- ou peur que les menaces soient mises à exécution, sans compter que même s'il en parle, la parole de l'enfant, a fortiori de l'enfant qui souffre d'une psychopathologie, tend à être moins prise au sérieux que celle de l'adulte), d'autre part parce qu'elles ne sont pas forcément jugées importantes. L'auteur s'attarde sur la phobie scolaire (en se limitant aux cas, toutefois majoritaires semble-t-il, où l'école elle-même et ce qui s'y passe ne sont pas craints, ce qui laisse penser que la cause principale de la phobie est la peur de s'absenter) et l'agoraphobie, avant de comparer des données disponibles d'études cliniques avec son hypothèse que ces phobies ont quatre causes principales : le fait que l'un des parents ait lui-même un attachement très insécure et fasse tout pour que l'enfant reste auprès de lui, que l'enfant craigne qu'il arrive quelque chose à ses parents pendant son absence, que l'enfant craigne qu'il lui arrive quelque chose à lui, ou que l'un des parents ne fasse tout pour garder l'enfant auprès de lui de peur qu'il ne lui arrive quelque chose ("une fois que les faits sont connus et que la dynamique familiale est identifiée, le comportement de l'enfant trouve une explication simple en fonction de la situation dans laquelle il se trouve"). Les cas cliniques sont en effet assez clairs, et montrent qu'une anamnèse vigilante par un·e clinicien·ne formé·e peut être nécessaire pour percevoir les dynamiques à l'œuvre (de la même façon qu'un enfant qui a un attachement anxieux-ambivalent va ignorer le parent ou être agressif au moment des retrouvailles, le parent à l'attachement insécure tendra à offrir au ou à la clinicien·ne un portrait de lui-même particulièrement flatteur, qui contrastera d'autant plus avec le comportement présenté comme ingrat de l'enfant). Bowlby insiste toutefois fermement sur le fait que les parents ayant des comportements insécurisants pour l'enfant sont avant tout des personnes en souffrance, et que la découverte de ces comportements doit servir à les aider et non à les accuser : une présomption de culpabilité envers les parents (attitude que Bowlby associe par exemple au mouvement de l'anti-psychiatrie) est à la fois problématique éthiquement et contreproductive ("ces remarques ont été si stridentes et si implacables envers les parents que la perspective familiale en a été discréditée et que des éléments pertinents ont été rendus inaudibles").

 Après avoir sensibilisé le·a lecteur·ice aux aspects négatifs de l'attachement insécure, Bowlby, à travers un certain nombre d'études, sur des sujets allant de la petite enfance à l'âge adulte (l'une des études concerne par exemple des astronautes!), recense ce que l'état de la science permet de dire sur les intérêts d'un attachement sécure sur le développement personnel (tout en admettant qu'un consensus sur une définition du développement personnel est impossible). Une étude d'Ainsworth permet ainsi d'observer que des enfants dont l'attachement a été identifié comme sécure à l'âge de 1 an étaient à 21 mois capables de se concentrer mieux et plus longtemps, étaient plus souriants et acceptaient mieux de jouer avec un·e adulte inconnu·e. Plus généralement, un attachement précoce sécure permet d'être plus sûr de soi et de faire plus confiance aux autres au quotidien ("une confiance en soi solide, cela est clair, est non seulement compatible avec la capacité de compter sur les autres, mais est même complémentaire avec cette capacité").

dimanche 10 janvier 2016

L'attachement, de John Bowlby



 En ce moment où on parle pas mal de trilogie, voici l'épisode IV le volume 1 d'une trilogie importantissime en psycho, où John Bowlby présente la notion d'attachement, surtout connue par les étudiant·e·s à travers la fameuse "situation étrange" de Mary Ainsworth.

 Faisant appel à un volume, euh... important d'études scientifiques, Bowlby démontre l'importance, pour le psychisme, de la constitution durant les premiers mois voire les premières années de la vie d'un lien d'attachement solide avec une figure d'attachement principal. Il constate en particulier que nombre de comportements qu'on pouvait interpréter, chez l'humain et d'autres animaux, comme liés à la recherche de nourriture (succion, recherche de proximité avec la mère, ...), ne le sont pas directement : l'affection s'avère bien être un besoin fondamental. L'expérience qui est probablement la plus parlante est celle où des singes ont été élevés seuls,  avec un faux singe en fil de fer auquel un biberon était accroché, et un faux singe recouvert d'une matière plus douce : le jeune singe préférait la compagnie de son faux semblable en matière douce.

 Mon enthousiasme ne me dispense pas d'admettre que ce premier volume n'est pas tout à fait le plus palpitant à lire : pendant une bonne moitié, Bowlby s'explique sur certains points de sa méthodologie, qui intègre il est vrai des domaines aussi divers que la science expérimentale, l'éthologie, la psychanalyse (on reproche souvent à la psychanalyse d'être indémontrable car irréfutable : Bowlby, probablement pas mis au courant, soumet plusieurs raisonnements analytiques à la vérification expérimentale... et en réfute une bonne partie), voire même la cybernétique quand il s'interroge sur ce qu'on peut déduire du fonctionnement de missiles dits intelligents. Des développements complexes sont proposés sur ce que l'observation du comportement permet de déduire quant à une éventuelle intention, sur la notion entre autres d'instinct ou d'intention, sur l'adaptation à l'environnement... Non pas que ce ne soit pas intéressant (loin de là!), mais disons que pour tout suivre il faut beaucoup s'y intéresser, et que ça ne parle pas spécialement d'attachement. Si ma mémoire est bonne, l'auteur lui même propose aux lecteur·ice·s de zapper cette partie si ça les saoule, et je confirme d'une part que ça ne pose pas de problème particulier, et d'autre part que cette partie du livre, très théorique, est très différente de la suite, bien plus concrète, abondamment illustrée de résultats expérimentaux : il ne faut surtout pas éviter de lire la trilogie parce que ces premiers chapitres pourraient être décourageants!

 Les comportements du bébé (et des parents, mais surtout du bébé) tendant vers la création du lien (pleurs, sourires, bras tendus, ...) sont détaillés, avec les différents changements qui surviennent à des âges particuliers (j'ai par exemple appris avec émotion à ma première lecture, peu après la naissance de ma fille aînée, qu'on ne pouvait pas s'habituer aux pleurs parce que le rythme et la fréquence changeaient régulièrement... ô merveilles de la nature). Si le procédé pourrait vite s'apparenter à un catalogue, la plupart des données fournies permettent des éclairages sur la construction de la relation parent-enfant : une mère peut distinguer les pleurs de son enfant de celui des autres 48 heures seulement après la naissance, se comporte différemment quand les pleurs sont causés par la douleur (cri brusque suivi de pleurs moins sonores, le parent se précipite) ou par la faim (le volume sonore va crescendo, le parent finit ce qu'il était en train de faire avant d'arriver), la succion nutritive est différente de la succion non-nutritive, qui a son importance aussi, "quand un bébé n'a pas faim, ni froid, ni mal, les façons les plus efficaces de mettre fin aux pleurs sont, dans l'ordre d'efficacité croissante, le son de la voix, la succion non-nutritive, et bercer le bébé", l'enfant de deux ans se permet des explorations quand la figure d'attachement principale est immobile tant qu'elle reste visible, mais va chercher à la suivre ou surtout à se faire porter si elle s'éloigne, ...

 Le besoin fondamental d'attachement, s'il n'est pas une conséquence du besoin de nutrition, est en fait lié au besoin de sécurité (un jeune singe qui, en l'absence de sa mère, se fait frapper par le mâle dominant, risque donc de se précipiter dans les bras... du mâle dominant) : les comportements d'attachement augmentent avec la fatigue, la maladie, la faim, la peur, ... ce qui n'est pas si différent du comportement adulte ("Dans la maladie ou dans la tragédie, les adultes sont souvent demandeurs de compagnie ; si un danger ou un désastre survient soudainement, il est presque certain qu'une personne va rechercher la proximité avec une autre personne familière et de confiance"). Un attachement de meilleure qualité amènera donc à plus de comportements d'exploration de l'environnement. Le doudou, la succion non-nutritive, loin de constituer une régression, sont un substitut de la figure d'attachement principal, et permettent d'apprendre progressivement à s'en séparer (certains enfants ayant des carences à ce niveau là peuvent justement développer une détestation des objets petits et mous qui peuvent s'apparenter à un doudou). Ainsi, contrairement à certaines idées reçues, répondre aux demandes relationnelles du bébé contribue à améliorer sa capacité de se séparer sereinement (une recherche d'Ainsworth lui a permis de constater que dans le dernier quart de la première année, les enfants dont la mère répondait rapidement aux pleurs pendant les premiers mois pleuraient moins que les autres) : un attachement de qualité avec la figure d'attachement principal permet même à l'enfant de se constituer d'autres figures d'attachement, alors qu'un enfant dont le lien est moins solide... aura plus tendance à rester scotché à la figure d'attachement principale ("Ce n'est que lorsque l'enfant a atteint l'âge d'aller à l'école que ses demandes peuvent être tempérées avec douceur"). Les cas où Bowlby envisage que les comportements d'attachement soient à limiter sont en fait les cas... où l'offre parentale surpasse la demande de l'enfant.

 Il a souvent été reproché à Bowlby de donner énormément d'importance à la présence de la mère, ce qui peut faire suspecter de sa part une injonction aux femmes à rester au foyer sous peine d'être des parents irresponsables, ou encore une distinction nette des rôles éducatifs du père et de la mère. Il prend le temps de s'en expliquer : d'une part il précise que par mère il n'entend pas nécessairement la mère biologique, et d'autre part que, si la figure d'attachement principal peut parfaitement être quelqu'un d'autre, ça reste la mère dans l'écrasante majorité des données recueillies, et que "mère" c'est quand même plus beaucoup court à écrire à chaque fois que "figure d'attachement principale" (ce dont je peux attester à ce stade du résumé...). On est convaincu si on veut par cette explication (on peut s'étonner que, dans la somme de travail astronomique qu'a probablement représenté l'ouvrage, l'auteur trouve particulièrement épuisant d'écrire quelques mots de plus), et l'ensemble du livre ne me permet de trancher ni dans un sens ni dans l'autre. En dehors de ce problème de vocabulaire qui est, c'est vrai, récurrent, Bowlby ne semble toutefois pas particulièrement être un fanatique de la mère au foyer : il ne donne aucune consigne dans ce sens (alors que même si ce n'est pas formulé comme des consignes il en donne par ailleurs : accepter les demandes d'affection de l'enfant -même quand il y en a beaucoup-, le laisser sucer un truc ou avoir un doudou, ...). Plus spécifique, il rapporte une observation en kibboutz montrant que la situation n'endommage pas le lien d'attachement avec les parents, ou encore une autre observation où le chercheur a constaté que les enfants qui avaient un attachement de qualité avec leurs deux parents allaient plus volontiers vers les autres à 18 mois, informations qu'il aurait été bien ennuyeux de partager s'il y avait une arrière pensée idéologique.

 Reste une question importante : comment mesurer l'attachement? Le dispositif de la "situation étrange", de Mary Ainsworth (c'est écrit Bowlby sur la couverture des livres de la trilogie, mais on en saurait infiniment moins sans les nombreuses recherches d'Ainsworth!), généralement utilisé avec des enfants de un an environ, confronte l'enfant à une séparation progressive de sa figure d'attachement principale dans une pièce accueillante mais inconnue à travers diverses étapes successives d'à peu près trois minutes. La réaction au moment de la séparation ne permet pas de faire de déductions suffisamment précises, c'est donc la réaction au moment des retrouvailles qui est prise en compte. De  très nombreuses utilisations du dispositif dans le cadre de recherches ont permis de délimiter trois profils (en vrai c'est quatre, mais dans le volume 1 seuls les trois principaux sont évoqués, et là c'est le résumé du volume 1) : un attachement sécure (dans 70% des cas), quand la séparation est rapidement acceptée et qu'après de premières protestations l'enfant se concentre sur les jouets à disposition, un attachement anxieux/évitant (dans 20% des cas) où l'enfant va éviter la mère à son retour, voire être plus amical avec l'inconnu·e présent·e dans la pièce ou un attachement anxieux/résistant où l'enfant alterne entre le contact et la fuite. Le résultat de l'observation est plutôt stable, même s'il est par exemple arrivé que des enfants perdent leur attachement sécure entre l'âge de 12 et 18 mois suite à un événement difficile survenu dans la famille.

 On en arrive au moment où je devrais dire à qui recommander le livre, mais j'ai plus de mal à dire à qui ne pas recommander le livre. L'attachement est une notion importante en psychologie clinique, tout·e étudiant·e en psycho pourra profiter des nombreuses données brutes qui sont fournies et sourcées sur le développement de l'enfant (les abondantes références d'études m'ont bien arrangé pour mon projet tutoré en me permettant de gonfler artificiellement la bibliographie d'avoir de nombreuses informations pertinentes au même endroit), les réflexions sur la méthodologie scientifique sont intéressantes aussi même si je pense que personne n'a acheté le livre pour ça, ... Et même sans parler de psychologie clinique, il est question d'un besoin fondamental qui n'est pas toujours considéré comme tel, des données solides contredisent certaines idées reçues sur l'éducation et le comportement de l'enfant, il n'y a pas besoin de connaissances particulières pour comprendre (je l'avais lu en 1ère année sans ressentir de lacunes trop handicapantes) même si il faudra parfois, pour l'étudiant·e avancé·e comme pour le·a débutant·e, pas mal de concentration, donc ne serait-ce que pour la culture générale ce n'est pas une perte de temps non plus. En attendant, je vous dis à bientôt pour le deuxième épisode.

vendredi 11 décembre 2015

L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau, d'Oliver Sacks



 Sauf erreur de ma part le seul livre de neurologie qui a été adapté en opéra, L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau est constitué de différentes rencontres entre l'auteur et des patient·e·s, chacun·e faisant l'objet d'un bref chapitre.

 Un musicien et professeur de musique (qui donne son titre au livre) qui distingue parfaitement les détails mais ne parvient pas à percevoir un ensemble (il confond la tête de son épouse avec un chapeau, mais aussi son propre pied avec sa chaussure, des bornes à incendie avec ses élèves, …), une victime du syndrome de Korsakoff (forte amnésie due à l'alcoolisme) qui non seulement ne parvient plus à intégrer de nouveaux souvenirs (amnésie antérograde) mais a même oublié les 20 ans précédant sa pathologie et est convaincu d'être à la fin de la guerre en 1945 (il ne comprend pas comment on a pu envoyer une fusée sur la lune ni pourquoi ce type très âgé prétend être son frère), une femme âgée qui entend (assez fort pour avoir du mal à suivre une conversation) sans pouvoir le contrôler des balades irlandaises qui lui rappellent son enfance, des aphasiques (incapables de comprendre le langage verbal, iels parviennent à suivre la plupart des conversations avec les indices du langage non-verbal) hilares devant la télé diffusant un discours présidentiel qui n'a aucun sens, un jeune adulte souffrant d'autisme et de retard mental qui, bien que perturbé par l'aide-soignant qui le traite successivement d'attardé puis, sans se démonter, de photocopieuse, réalise des dessins spectaculaires à partir d'un modèle, un malade du syndrome de Tourette qui prend son traitement la semaine pour pouvoir travailler normalement et l'arrête le week-end pour garder la spontanéité qui lui permet entre autres des performances musicales, sont autant d'occasions pour l'auteur de nous présenter la neurologie et, à travers le biais particulier des dysfonctionnements du cerveau, l'esprit humain.

 Plus qu'un livre de vulgarisation de neurologie (les explications techniques n'occupent d'ailleurs pas beaucoup de place, contrairement par exemple à l'excellent Homme-thermomètre de Laurent Cohen), les effets insolites des lésions cérébrales sont en effet l'occasion de réfléchir sur ce qui constitue la personnalité, et plus largement sur le sens de la vie (une perception ou un comportement irrépressibles, est-ce forcément un handicap ou potentiellement un atout? quel projet de vie est envisageable quand on est incapable de former des souvenirs? les dons spectaculaires d'autistes ou d'handicapés mentaux, plus qu'une curiosité, ne seraient-ils pas la preuve d'une intelligence plus générale qui a besoin de certaines conditions pour s'exprimer?). La musique, la littérature, le dessin sont invités dans la conversation par un auteur qui aime l'art. La naïveté du neurologue qui découvre et cherche à délimiter les pathologies des patient·e·s présenté·e·s (le livre a été écrit en 1985 et parle de rencontres qui ont eu lieu parfois 20 ans plus tôt, à une époque où la science -et, accessoirement, la communication scientifique- étaient moins avancées) en devient parfois un atout. Et est-ce une coïncidence si le premier chapitre concerne un patient qui ne peut pas visuellement percevoir les ensembles (et confond tête et chapeau) et que, dans la dernière partie, Oliver Sacks déplore à plusieurs reprises que les tests découpent les compétences des patient·e·s en capacités et lacunes très spécifiques, faisant obstacle à une vision plus globale?

 Les qualités du livre comme initiation à la neurologie sont indéniables, peut-être plus pour allumer un feu que pour remplir un vase, pour reprendre la formule de Montaigne sur l'éducation, mais les questions qu'il pose sur l'enjeu de la neurologie (vécu des patient·e·s, différence entre normal et pathologique, …) enrichira potentiellement l'approche d'un·e praticien·ne expérimenté·e, et les enjeux plus généraux qui sont soulevés pourront intéresser la plupart des lecteur·ice·s.

dimanche 29 novembre 2015

Un conte


 Au hasard d'une promenade, un jeune homme découvre une lampe ancienne, comme celles des contes de fées. Par jeu, il ne peut s'empêcher de la frotter : une inscription Made in Taiwan apparaît sous la poussière mais surtout, ô stupeur, un génie en sort. Il grimace, s'étire les bras et la nuque, se tourne vers le jeune homme et déclame :
-Merci, étranger, de m'avoir libéré. ça fait bientôt trois mois que j'étais coincé là-dedans, et, tu peux me croire, ça ne passe pas vite. Mais laisse moi te récompenser : en effet, je suis un puissant génie, aussi je peux pour toi réaliser un souhait, tout ce que tu voudras! Par contre, j'aime autant le dire tout de suite, pas la peine de souhaiter avoir droit à 100 souhaits : on me fait le coup à chaque fois, et la réponse est la même, c'est niet!
-Mais ce n'est pas trois souhaits, normalement?
-Encore un qui a trop regardé les Disney! C'est un souhait, mais si tu n'es pas content ça peut être rien du tout, aussi!
-Non, Génie, je te prie d'accepter mes excuses, et ma gratitude. Cette rencontre sera probablement le plus beau jour de ma vie. Vois-tu, mon cœur saigne quotidiennement de voir les humains s'entretuer. Regarde cette carte du monde : combien d'innocents massacrés, combien de souffrances inutiles, alors même que nous parlons! Comment imaginer que quiconque ait vraiment envie de risquer sa vie pour tuer son prochain? Comment imaginer que les ressources humaines et matérielles ne seraient pas mieux utilisées pour résoudre les problèmes même qui causent les conflits? Mon souhait n'est pas original, je le crains, mais je veux simplement la paix dans le monde!
-Simplement? Ah parce que la paix dans le monde, ce serait simple? Je suis un puissant génie, mais il y a quand même des limites! Rien que le conflit entre Israël et la Palestine, ça fait 70 ans que ça dure, et encore je ne compte pas large, et tu voudrais que je résolve ça d'un coup de baguette magique? Et la guerre, ou plutôt les guerres, en Syrie, avec toutes les parties impliquées, il faudrait être un génie rien que pour comprendre ce qui se passe! Et on n'a parlé que de deux guerres, parmi les innombrables qui ont lieu, comme tu viens de le dire, en ce moment même. Tout ça sans compter les guerres civiles, sans compter les dirigeants qui oppriment, par la peine de mort, la torture, les violences policières, voire les exécutions extra-judiciaires, le peuple qu'ils sont par définition supposés servir, sans compter les mafias tentaculaires qui assoient leur pouvoir en répandant la mort! Allons, ton souhait est aussi noble que naïf, demande moi autre chose!
-Bon... comme je ne peux pas être aussi altruiste que je voudrais l'être, je vais me permettre d'être égoïste. Vois-tu, Génie, je suis étudiant en psychologie, à l'IED Par...
-Ah, n'en dis pas plus! Tu veux un bulletin de notes rempli de 20/20? D'un hochement de tête, je peux t'exaucer! A moins que tu ne préfères un panaché de 16 et de 18, ce serait plus crédib...
-Oh, non, je ne me le permettrais pas!
-Ah? Quelle idée! Mais ça y est, j'ai compris! Tu veux que je rende les cours, tous les cours, compréhensibles? ça aussi c'est à ma portée! Même les cours de stats ou ceux sur le fonctionnement cognitif! Je te l'ai dit, je suis un génie très puissant!
-Non plus, encore que je ne suis pas loin de me laisser tenter.
-Être millionnaire, alors?
-?
-ça te permettrait d'arrêter de travailler pour te consacrer entièrement aux études. Et même de recruter domestiques et baby-sitter pour dégager du temps. Voire de payer les frais d'inscription! Et une fois le diplôme obtenu, le surplus ne serait pas de trop, quand les postes de psychologues sont surtout des temps partiels et des CDD, et que le cabinet du débutant se remplit bien trop lentement..
-Ce n'est pas ça non plus.
-Que je t'aide pour la partie stats de ton mémoire, alors?
-Si seulement j'en étais là!
-Que je te trouve un stage? ça va être compliqué, mais je peux au moins essayer.
-Merci, Génie, mais je veux simplement...
-Mais QUOI???
-En fait, je veux juste faire mes études normalement... Les cours disponibles dès le début de l'année, des interlocuteurs, enseignants comme responsables administratifs, qui ont les moyens de faire leur travail correctement et qui sont tous disponibles, efficaces, et pourquoi pas aimables, des frais d'inscriptions au tarif universitaire normal, des changements de maquette faits dans le respect du travail des étudiants...
-C'est tout? C'est une plaisanterie ou quoi? Je propose monts et merveilles, et tout ce que Monsieur demande, c'est de faire des études normalement? C'est une insulte à ma puissance! Je te préviens, si c'est une feinte pour avoir un deuxième souhait parce que c'était trop facile, ça ne marchera pas! Je vais de ce pas m'en occuper pour être débarrassé, et j'espère être sorti de là par quelqu'un de plus sérieux la prochaine fois!

 Depuis ce jour, le jeune homme a attendu, attendu, sans nouvelles. Mais il a l'habitude, il est étudiant à l'IED. Quand, un beau jour, le Génie est revenu, à peine reconnaissable : le regard vide, de lourdes cernes sous les yeux, titubant bien qu'il soit en lévitation, vidant d'une main un tube de cachets d'aspirine dans une bouteille d'eau pleine tenue dans l'autre main, avant de boire à grandes gorgées... Réunissant ce qu'il lui reste de forces, il lève la tête vers le jeune homme et déclame : "Fais-voir ta carte du monde!"

jeudi 26 novembre 2015

Gestalt Therapy Verbatim, de Fritz Perls



 Ce livre est la retranscription d'une intervention orale de Perls, qui présente au public la Gestalt thérapie. Quatre courtes conférences permettent une présentation unilatérale de la théorie, et une seconde partie, bien plus conséquente, consiste en de brèves séances avec le public, pour une pédagogie plus axée sur la pratique. S'il est capable d'expliquer et de justifier solidement sa théorie au besoin, Perls donne en effet une plus grande importance à la pratique, au ressenti, à l'expérience, qu'à l'intellectualisation (ce qu'il appelle la partie "ordinateur" du psychisme) : il met par exemple sur le compte de l'immaturité ("je l'ai écrit en 1951") le fait que son livre Gestalt Therapy soit trop technique et difficile à comprendre, ou encore, à un moment où il demande au public si quelqu'un connaît un concept en particulier, il refuse que la réponse lui soit donnée avec les mots qu'il a lui-même utilisés, considérant que celui qui le fait recrache le concept, qu'il ne l'a pas digéré ("tant que vous ne comprenez pas le sens de ce qu'on fait vous le verrez comme une sorte de technique. Et une technique qui n'est pas comprise devient un truc"). Le livre s'achève sur des extraits d'un stage intensif, où les échanges sont plus complexes, et qui a l'avantage de montrer une même personne dans plusieurs séances consécutives.

 L'objectif de la Gestalt thérapie est assez similaire à celui de la thérapie centrée sur le client de Rogers : l'accomplissement de la personnalité, en dépassant des blocages. Rogers constate que la demande évolue au fil de la thérapie, Perls va dans ce sens en faisant remarquer que l'objectif initial réel des client·e·s est parfois, plutôt que de se débarrasser d'une pathologie, de mieux cohabiter avec cette pathologie. C'est peut-être sur ce point là qu'il est le plus critique de la psychanalyse qui peut consister en des cures extrêmement longues ("la psychanalyse est une maladie qui se fait passer pour un remède"). L'objet de la Gestalt thérapie est résumé dans la prière de la Gestalt thérapie, présentée en intro et qui, vous en conviendrez, n'est pas nécessairement limpide au premier abord (du moins pour en extraire une méthodologie thérapeutique) :
"I do my thing and you do your thing.
I am not in this world to live up to your expectations
And you are not in this world to live up to mine.
You are you and I am I,
And if by chance we find each other, it's beautiful.
If not, it can't be helped."
(traduction en essayant d'être le moins maladroit et approximatif possible : "Je fais ce que j'ai à faire et tu fais ce que tu as à faire. / Je ne suis pas présent au monde pour répondre à tes attentes / Et tu n'es pas présent au monde pour répondre aux miennes. / Tu es toi et je suis moi, / Et si par hasard on se rencontre, c'est magnifique. / Sinon, on n'y peut rien.")

 Les échanges avec le public consistent officiellement en un travail sur les rêves ("la fragmentation de la personnalité humaine ne transparaît nulle part aussi bien que dans le rêve"), mais des souffrances, des impasses, sont parfois identifiées et travaillées avant que le·a patient·e ne raconte son rêve (certains travaillent aussi sur l'oubli du rêve). Si le dispositif évoque un peu la démonstration, le spectacle, le cirque, Perls prévient d'office qu'il ne souhaite échanger qu'avec ceux ou celles qui veulent vraiment avancer... et invite plusieurs personnes à laisser leur place aux suivant·e·s car il identifie une volonté, consciente ou non ("le névrotique, plutôt que de mobiliser ses propres ressources, utilise toute son énergie pour chercher de l'aide en manipulant son environnement"), de le mettre en échec. Le·a volontaire s'assoit donc sur l'une des deux chaises disposées face à Perls, et commence à raconter son rêve. La consigne est de parler au présent (car seul existe réellement l'ici et maintenant, passé et avenir ne peuvent qu'être imaginés), à la première personne, en utilisant des affirmations (plutôt que des questions par exemple), des termes évoquant l'action ("il y a deux grands mensonges : "je veux" et "j'essaye" ") pour éviter de prendre trop de distance avec le contenu. La deuxième chaise n'est pas un élément de décoration : une grande partie du travail consiste en des dialogues, dans lesquels le·a client·e incarnera les deux parties, indiquées au fur et à mesure de la session par le thérapeute, changeant éventuellement de chaise. Il peut s'agir d'un dialogue avec des éléments du rêve (quelqu'un qui rêve qu'il est dans un train avançant en ligne droite et sans fin pourra ainsi successivement incarner les rails, le train, l'horizon, s'adressant soit au ou à la client·e soit à d'autres éléments du rêve -les rails expliquant au train qu'heureusement qu'ils sont là pour l'empêcher d'aller n'importe où, le train répondant avec colère que ce carcan est insupportable, ...-), avec des proches des client·e·s (parents, conjoint·e, …), avec le thérapeute, ce qui est une approche intéressante du transfert ("vous pouvez prendre votre Fritz personnalisé à vous et emmener tout ça avec vous. En plus il en sait beaucoup plus que moi parce que c'est votre création"), … L'extrait de My Mad Fat Diary qui a été pas mal diffusé sur les réseaux sociaux est assez proche de la Gestalt thérapie (on pourrait même dire que le personnage principal de Psychose fait de la Gestalt thérapie sans le savoir, mais pour lui ça ne se passe quand même pas super bien). Perls, comme un metteur en scène (il s'inspire explicitement du psychodrame de Moreno, mais estime que sa méthode est supérieure car le·a client·e, quand iel joue un dialogue, incarne lui ou elle-même différentes dimensions de son propre psychisme plutôt que d'échanger avec des inconnu·e·s) interrompt régulièrement le·a client·e pour lui donner des consignes. Si on peut lever un sourcil sceptique quand il dit qu'il n'interprète pas (pour prendre des distances avec les aspects de la thérapie analytique qui le rebutent) dans la mesure où, quand il demande à son interlocuteur·ice de jouer successivement tel ou tel rôle il a forcément une idée derrière la tête, il est en revanche très clair qu'il est guidé par les émotions et non par le symbolique. Ainsi, à un certain niveau d'avancement, il demande souvent aux client·e·s de répéter plusieurs fois une phrase importante ("Encore. Encore!", "je n'y crois pas") jusqu'à ce qu'elle soit crédible, voire cathartique. Il invite aussi généralement à un certain stade à s'adresser au public, par exemple pour exprimer la colère ou la dévalorisation ("C'est la règle d'or de la Gestalt thérapie : "Fais aux autres ce que tu te fais à toi-même" "), pratique qui a l'inconvénient d'être difficile à mettre en place en thérapie individuelle. Les échanges aboutissent souvent à l'identification des tenants et aboutissants d'une impasse ("c'est typique de l'impasse. On essaye absolument tout pour conserver le status quo, plutôt que de traverser l'impasse") ou d'un conflit, ou encore l'estime de soi. L'estime de soi est un enjeu important de la Gestalt thérapie, à travers les concepts importants de "topdog" (littéralement "le chien du dessus" donc je laisse topdog sinon vous conviendrez que c'est très moche), instance du psychisme perfectionniste qui ne supporte pas la faiblesse, et l'"underdog" (le chien du dessous, donc, mais "underdog" c'est aussi le contraire de "favori") qui cherche (et trouve) des excuses ("Une grande partie de notre lutte est purement imaginaire. On ne veut pas devenir ce que l'on est. On veut devenir un concept, un être imaginaire, ce qu'on devrait être. Des fois on a ce que les gens appellent toujours un idéal, ce que j'appelle une malédiction, de perfection, et alors rien de ce qu'on fait ne nous donnera satisfaction").

 Là comme ça on ne dirait pas, surtout que l'approche est originale donc pas forcément évidente à saisir (j'ai été perplexe à plusieurs reprises en lisant les quatre premiers chapitres, purement théoriques), mais la démarche est très claire quand on lit les applications concrètes, d'où l'intérêt d'y consacrer l'essentiel du livre. Reste un point d'interrogation sur la solidité des avancées faite par les client·e·s, l'intérêt sur le long terme, que ne permettent pas d'estimer une succession de vignettes cliniques/pédagogiques.


jeudi 12 novembre 2015

Auriez vous crié "Heil Hitler"?, de François Roux



 Ayant entendu parler du livre dans Cerveau et Psycho, je m'attendais plutôt à un ouvrage (certes copieux, 850 pages c'est beaucoup) sur les différents mécanismes qui orientent l'individu vers un comportement de bourreau, de complice actif·ve ou passif·ve, ou de résistance/désobéissance active ou passive (comme celui-ci, ou celui-là ). Si l'auteur a bien une formation en psychologie, et si le sous-titre ("Soumissions et résistances au nazisme, l'Allemagne vue d'en bas (1918-1946)") suggère que l'angle de réflexion sera bien la différence de comportements dans des contextes particuliers (multiples, comme l'indique ne serait-ce que l'amplitude de la période concernée), c'est pourtant plutôt d'un livre d'histoire qu'il s'agit (même s'il n'est pas écrit par un historien, contrairement par exemple, sur un thème semblable, à Croire et détruire de Christian Ingrao, qui a eu entre autres le mérite de me faire vite constater que je n'étais pas historien). Je le résume quand même ici parce que d'une part vu qu'il est super long ça fait longtemps que je n'ai pas posté de résumé sur ce blog, et d'autre part, comme le montre la structure plutôt particulière du classique The Lucifer Effect, qui encadre la partie sur l'état de la science sur le sujet (ce qui incite à un comportement de héros ou de bourreau) par deux autres qui décrivent un phénomène précis de façon très détaillée (respectivement l'expérience de Stanford sur les gardes et les prisonniers et l'utilisation massive de la torture par l'armée américaine en Irak et en Afghanistan), pour comprendre un phénomène, il importe d'avoir une connaissance précise des faits, le savoir sur les mécanismes n'étant qu'une grille de lecture. La partie purement historique a aussi le mérite de permettre de revenir sur un certain nombre d'idées reçues : la république de Weimar, qui a précédé le régime nazi, était plutôt progressiste (droit de vote aux femmes, indemnités aux chômeur·se·s, séparation des pouvoirs, …), il est exagéré de dire qu'Hitler est arrivé au pouvoir par les urnes (il a culminé à environ un tiers des voix, favorisé par la violente crise économique, et était plutôt en train de descendre quand il a été placé au pouvoir dans le cadre d'une cohabitation dans un contexte de crise politique, ce qui l'a mis suffisamment en position de force pour s'emparer des pleins pouvoirs par la négociation, la trahison et la violence), si ses projets de génocide, d'invasion et de totalitarisme étaient explicites dans Mein Kampf, le livre était peu lu et la surenchère était la norme dans les discours politiques (sans compter que le parti nazi variait beaucoup ses discours selon les interlocuteur·ice·s), peu d'observateur·ice·s s'attendaient donc à ce que fût le régime nazi même dans celles et ceux qui voulaient voir Hitler au pouvoir (beaucoup estimant en plus que ce serait provisoire), les frontières étaient ouvertes jusqu'au début de la guerre (en même temps pour organiser les JO c'est plus pratique) (mais fuir le régime n'était pas pour autant si simple... il a vite été imposé aux Juif·ve·s qui émigraient de laisser toutes leurs possessions en Allemagne, tous les pays n'étaient pas particulièrement enthousiastes en ce qui concerne l'accueil de réfugié·e·s -en France, pendant la "drôle de guerre", les réfugié·e·s allemand·e·s étaient arrêté·e·s en tant qu'allié·e·s potentiel·le·s des nazis, avant d'être livré·e·s à l'Allemagne en tant qu'ennemi·e·s des nazis au moment de l'Occupation-, sans compter que de plus en plus d'Etats ont été alliés des nazis ou envahis), la population allemande était très réticente à la guerre, les plus séduit·e·s par le discours suprémaciste sur le peuple allemand étant largement satisfait·e·s par l'annexion de l'Autriche et de la République Tchèque, certains humoristes étaient autorisés à critiquer assez directement le régime tant qu'ils ne s'en prenaient pas à Hitler qui avait une aussi haute idée de sa personne que ce que suggérait la propagande, les Jeunesses Hitlériennes, en plus d'être plutôt recommandées pour ne pas se faire repérer négativement par le régime, étaient très appréciées par les participant·e·s, mais les sessions d'endoctrinement étaient plutôt ressenties comme une partie ennuyeuse, …

 L'histoire n'étant pas particulièrement le sujet du blog (ce qui tombe plutôt bien vu que je ne suis pas du tout historien), je vais plutôt essayer de voir ici en quoi la psychologie (surtout la psychologie sociale) peut éclairer les événements racontés.

 La psychologie sociale identifie quatre conditions pour agir en direction d'un changement, que je vais illustrer avec l'exemple vraiment pas original (oui, bon, ça va, hein!) de la cigarette. 1°) identifier le fait qu'il y a un problème (continuer de fumer risque de provoquer un cancer du poumon), 2°) être ennuyé par le problème (je ne veux pas avoir de cancer du poumon), 3°) identifier une solution (si j'arrête de fumer, je ne vais pas avoir de cancer du poumon), 4°) estimer que la solution est réalisable (je suis capable d'arrêter de fumer). A l'exception de la seconde condition, l'extrême violence du régime nazi, semant la terreur dès l'arrivée au pouvoir d'Hitler (arrestations massives et passages à tabac voire meurtres de membres du parti communiste et autres opposants politiques), organisant rapidement un référendum à la gloire du régime nazi où les auteur·ice·s des votes négatifs étaient clairement identifiables et fichables, interdisant de communiquer et a fortiori de s'unir (être à plusieurs était une circonstance très aggravante pour les actes d'insoumission) contre le régime, recommandant fortement d'appartenir à une organisation du parti et de montrer ostensiblement sa dévotion (une loi de 1933 invite les amputé·e·s du bras droit à utiliser le bras gauche pour le salut nazi), n'encourageait pas tout à fait à résister, et ce d'autant plus que, si les résultat d'un acte de résistance étaient incertains, les risques, pour les auteur·ice·s et leurs proches, étaient clairs. Il est malgré tout arrivé que le régime plie, qu'une revendication aboutisse dans un contexte où le rapport de force était provisoirement en défaveur du pouvoir : des ouvrier·ère·s (essentiel·le·s dans le contexte d'effort de guerre) ont obtenu des concessions sur les sacrifices qui leur étaient demandés en terme de quantité de travail et de salaire suite à un ralentissement du travail (ce qui ne doit pas faire oublier que de nombreux ouvrier·ère·s, dans des tentatives similaires, ont subi la répression nazie sans rien obtenir), l'évêque August Von Galen, identifiant un contexte favorable (besoin du soutien populaire pendant l'offensive contre la Russie), s'oppose publiquement à l'Aktion T4 (meurtre des handicapé·e·s physiques et mentaux·ales, les "incurables" selon la terminologie nazie, principalement en chambre à gaz) et obtient un recul, des Juifs ont été sauvés de la déportation par leurs épouses non-juives suite à une manifestation de trois jours, qui avait l'avantage d'avoir lieu en ville donc en public (ce qui n'a pas empêché la police de charger les manifestantes en Jeep), …

 Associé au danger constant et bien palpable, la confusion est également un obstacle à l'action, et constitue un aspect important du régime nazi (n'oublions pas que son idéologie du surhomme grand et blond était portée par un hypocondriaque brun et chétif, qui déclamait avec un fort accent autrichien des discours enflammés sur la supériorité du peuple allemand). Hitler, élément central du régime selon son slogan "Ein Volk, ein Reich, ein Führer" ("on peut comprendre le fonctionnement du système soviétique sans connaître la biographie de Staline, tandis que Hitler a inventé le national-socialisme, l'a incarné, et est mort avec lui", rappelle l'auteur avant d'entamer une biographie vraiment pas flatteuse), méprise ouvertement la culture, laissait déjà aux autres les aspects pratiques quand il n'était à la tête que de son parti, et n'aime pas se compliquer la vie avec tout ce qui tient sur du papier (au point de n'avoir jamais officiellement abrogé la république de Weimar!), ce qui lui permet de n'accorder aucune importance à ses engagements, de pouvoir nier ensuite avoir donné tel ou tel ordre (vous avez je pense déjà fait le lien avec le génocide juif) ou encore d'exiger sans se préoccuper de la hiérarchie, du pouvoir officiel de son interlocuteur·ice, à charge pour elle ou lui de se débrouiller pour obtenir un résultat (la Shoah par balles a débuté alors que la consigne était donnée d'expulser les Juif·ve·s du territoire polonais, sans préciser où les envoyer... l'interprétation de l'ordre comme une autorisation du génocide était cohérente avec la façon de faire nazie). Ce flou constant, où l'interprétation individuelle remplace une hiérarchie stricte, n'est pas cantonné au haut commandement nazi : l'allégeance remplace la compétence dans les nominations de fonctionnaires, les différentes institutions ne coordonnent pas nécessairement leur fonctionnement, … Les risques courus par ceux et celles qui sont surpris·es à résister au régime sont eux-mêmes aléatoires ("s'il était en effet possible d'accomplir certains actes de résistance sans risque excessif, toute désobéissance, même minime, si elle était découverte, pouvait mener à la torture, au camp de concentration ou sur l'échafaud"). S'ajoute à cela des années de propagande constante (l'auteur rappelle que sous une dictature, ou en situation de guerre, tout est propagande, ce qui donne une idée de la situation des Allemands au moment de la guerre -la confusion était telle que la population, plutôt solidaire avec les Juif·ve·s victimes de persécutions du moins pour celles et ceux qui en étaient témoins, croyait sincèrement que les bombardements alliés étaient des représailles commanditées par lesdit·e·s Juif·ve·s-, sans compter qu'à l'approche de la défaite allemande, les bombardements délibérés de civil·e·s et les massacres et viols de l'armée russe -représailles aux comportements similaires de l'armée nazie sur le front Est- n'aidaient pas à accueillir les Alliés en libérateurs -une Juive qui suivait avec enthousiasme sur la radio étrangère l'avancement de l'armée rouge a été violée par des soldats à leur arrivée, alors que son époux, touché d'une balle dans la hanche, agonisait à côté d'elle-). Les discours ou tracts subversifs pouvaient être l'œuvre d'agents du régime pour tester la ferveur des sujets qui risquaient alors d'être enlevés s'iels ne dénonçaient pas. La doublepensée est un élément central du régime de Big Brother, dans l'incontournable ouvrage 1984, de George Orwell : l'aboutissement de la propagande est de faire accepter deux idées contradictoires comme des vérités (les trois institutions les plus importantes y sont le Ministère de la Paix, le Ministère de l'Amour -où les opposant·e·s sont incarcéré·e·s et torturé·e·s- et... le Ministère de la Vérité, où travaille le personnage principal). Si les chercheur·se·s en psychologie sociale qui parlent de 1984 ont plutôt tendance à en faire l'éloge, la doublepensée n'a jamais été, à ma connaissance, étudiée scientifiquement en tant que telle. Un concept fondateur s'en rapproche toutefois : la dissonance cognitive, identifiée par Léon Festinger. Des étudiant·e·s sont invité·e·s à effectuer une tâche ennuyeuse, certain·e·s sont payés 1 Dollar, d'autres 20 Dollars. Les moins bien payé·e·s expliqueront ensuite que la tâche n'était pas si ennuyeuse, qu'elle avait en fait des intérêts (bien) dissimulés, ce qui ne sera pas le cas des autres : dans une situation incohérente, l'individu retient, au moment de la rationalisation, l'explication qui l'arrange le plus, ce qui peut amener comme dans cet exemple à expliquer la cause par sa conséquence. L'explication, une fois faite, est en revanche bien intégrée : dans une autre expérience, il était demandé à des étudiant·e·s de rédiger un texte en faveur d'une descente de police dans l'Université (événement plutôt impopulaire...). Ceux qui avaient été payé une somme symbolique avaient après la rédaction un avis plus favorable sur la descente de police que les autres. Avant les expériences de Festinger, Robert Antelme, déporté, avait identifié un phénomène similaire chez les gardes : l'état des prisonniers démontrait selon eux qu'ils étaient des sous-hommes, donc que les camps de concentration étaient justifiés! Stanley Milgram, dans sa célèbre expérience sur la soumission à l'autorité, a constaté que lors du débrief après l'expérience, les sujets étaient prompts à estimer que c'était le faux scientifique qui donnait les ordres, voire le faux élève qui ne répétait pas comme il fallait, qui était le·a vrai·e responsable. On imagine facilement les justifications qu'ont pu trouver les Allemand·e·s sous le nazisme, pour lesquel·le·s le risque en cas de désobéissance était explicite et réel, pour se convaincre qu'iels agissaient pour le mieux ou du moins le moins pire, en particulier quand les tenants et aboutissants des éventuelles initiatives étaient difficilement identifiables. La foule d'une centaine de personne qui assistait en tremblant au saccage d'un commerce juif par quatre excités avec une barre de fer craignait plus les représailles du régime que les vandales en question. Malgré ces conditions, de nombreux Allemand·e·s ont été condamnés en tant qu'opposant·e·s par le régime, y compris dans les forces armées (les soldats n'ayant que deux alternatives extrêmes : la désertion ou résistance directe ou la soumission totale).

 En constatant l'épaisseur du livre, je m'étais dit que vu le titre, l'auteur aurait pu gagner du temps en écrivant juste "oui" ou "non" selon le·a lecteur·ice. La réponse aurait en fait probablement été "oui", quel que soit le·a lecteur·ice : résistant·e acharné·e ou adorateur·ice de Hitler ne bronchant pas quand il se compare au Christ, ne pas montrer publiquement son enthousiasme revenait à courir un risque bien peu rentable (une alternative était de remplacer l'acclamation par "Drei Liter"). Cependant, chaque compromis revient à mettre le pieds dans un engrenage ("le premier renoncement enclenche un processus difficilement réversible. Chaque pas dans la soumission est une petite avancée qui ne justifie pas la révolte à elle seule mais rend plus difficile le retour en arrière"). Ce type de mécanisme est décrit en détail (dans des contextes moins extrêmes!) par Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois dans leur Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens ou dans La soumission librement consentie (ou sinon ici... allez-y, vraiment, c'est 55 minutes mais ça les vaut!). Le "pied dans la porte", par exemple, est le fait que demander quelque chose de peut contraignant aide à ensuite avoir une réponse positive à une demande plus contraignante. Plus problématique, sur le modèle de la dissonance cognitive, l'action peut avoir un effet... sur l'opinion, qui renforcera ensuite la tendance à agir dans le même sens.

 L'essentialisme (déduire que la personnalité d'un individu est déterminé par nature par son appartenance à telle ou telle communauté -couleur de la peau, sexe, religion, orientation sexuelle, ...), difficile de passer à côté, est une composante essentielle de l'idéologie nazie. L'univers nazi est composé de peuples destinés à être dominants ou à être dominés, ce qui débouche sur une doctrine eugéniste où le meurtre n'est rien d'autre qu'une forme d'écologie (et où il est justifié d'arracher des enfants à leurs familles pour les élever dans des centres spécialisés parce qu'ils sont blonds aux yeux bleus). Le gazage des "incurables" (handicapé·e·s physiques et mentaux·ales), la déportation des tziganes, des homosexuels, le génocide juif (selon la propagande nazie, les Juif·ve·s commettaient l'exploit d'être à la fois le bras armé de la finance, s'enrichissant indûment au détriment des vrai·e·s travailleur·se·s, et des marxistes), les pillages, viols ("en dépit de l'interdiction des relations sexuelles avec les Slaves, sous peine de "délit racial", et contrairement aux affirmations ultérieures des anciens combattants, le viol était si répandu que, si l'on avait voulu le réprimer, la moitié de l'armée [aurait du] passer en jugement"), massacres, réductions en esclavage de la population des territoires occupés à l'Est pour exploiter les ressources, peuvent ainsi passer pour l'ordre souhaitable des choses, Himmler se permettant même de s'estimer plutôt bienveillant ("Nous autres Allemands, qui sommes les seuls au monde à nous montrer corrects avec les animaux, nous le serons également à l'égard de ces bêtes humaines, mais ce serait un crime à l'égard de notre sang de leur apporter des idéaux"). Si, sous le régime nazi, l'essentialisme était probablement plus exacerbé qu'il ne l'a jamais été, cette vision du monde n'était pas le fait de cette seule dictature, et l'a même indirectement servie... A une époque où la démocratie n'était pas la norme partout en Europe, où même dans la démocratie la plus exemplaire la police pouvait être envoyée pour réprimer à balles réelles les mouvements populaires, Hitler, une fois au pouvoir, n'était pas si mal vu diplomatiquement qu'on n'aurait pu le croire... beaucoup estimaient que la dictature convenait bien au tempérament du peuple allemand, jugé peu friand de démocratie. Ce même essentialisme du peuple allemand a fait que la résistance allemande a eu bien du mal à être reconnue après la guerre ("Gerhard Leo fut fait chevalier de la Légion d'Honneur en 2004. Il n'avait attendu que 60 ans. Maurice Papon avait reçu la même distinction en 1948"), y compris en Allemagne ("La réhabilitation par l'Allemagne des résistants aux nazismes fut à peu près achevée en 2004"), et si de nombreux procès de "dénazification" organisés par les alliés ont eu lieu dans des conditions pas forcément optimales (d'ancien·ne·s nazi·e·s qui avaient beaucoup à se reprocher achetaient des témoignages pour pouvoir dire au tribunal qu'iels avaient caché des Juif·ve·s, au péril de leur vie bien sûr, les citoyen·ne·s ordinaires coopéraient peu, jugeant hypocrite l'attitude des libérateurs, …), d'anciens membres zélés du parti hitlérien ont pu par la suite retrouver des postes de pouvoir. S'il devait y avoir une particularité du peuple allemand qui le rendait réceptif au discours nazi, il serait plutôt à rechercher dans le traumatisme de la première guerre mondiale : entre l'endettement colossal à supporter en temps de crise économique, l'humiliation du traité de Versailles, les territoires perdus,  le "coup de couteau dans le dos" des ennemis intérieurs qui avaient osé signer l'armistice (bien pratique en période électorale pour calomnier l'adversaire), les ennemis à désigner étaient nombreux, le désir de revanche facile à éveiller (l'auteur, après avoir rappelé que dictature et crimes contre l'humanité n'ont pas été le seul fait de l'Allemagne nazie ni du peuple Allemand, concède que la culture allemande, imprégnée de "l'esprit d'ordre et d'économie", a pu favoriser la montée du nazisme... j'ai du mal à le suivre là-dessus : comme je l'ai expliqué plus haut -parce que l'auteur me l'a expliqué avant, d'ailleurs-, l'ordre n'était pas tout à fait une caractéristique du régime nazi -c'est un euphémisme-, et à supposer que le fanatisme de l'ordre ait imprégné le peuple allemand, l'ensemble de la classe politique, et pas seulement le NSDAP, aurait été porteur de promesses d'organisation impeccable).

 La violence et l'incohérence, l'essentialisme, le "tout ou rien" (à l'approche de la défaite, Hitler s'emportait contre ce peuple qui ne le méritait pas) ne sont toutefois pas sans évoquer la personnalité autoritaire... même le bref passage sur le cynisme et l'opportunisme des proches d'Hitler font écho au livre (gratuit) (en ligne) (je dis ça je dis rien) de Robert Altemeyer. Mais, comme le précisait le même Robert Altemeyer, "les gens sont plus compliqués que les psychologues aimeraient qu'ils ne le soient". Des soutiens importants du régime nazi ou du moins d'une partie de son idéologie (August Von Galen, évoqué plus haut, n'était pas tout à fait un progressiste) se sont ouvertement rebellés quand ils estimaient qu'une frontière avait été franchie, y compris des responsables militaires ("dans la guerre, la mort des hommes peut sembler naturelle, jamais celle des femmes et des enfants"). La personnalité autoritaire pouvait également motiver la résistance contre le régime nazi, comme le rappellent les récits presque difficiles à croire des témoins de Jéhovah refusant de tenir un fusil après avoir été recrutés de force dans l'armée, ou encore dont la ferveur dans les camps de concentration allait jusqu'à effrayer les gardes (un témoignage rapportent par exemple une scène où les gardes avaient eu bien du mal à éloigner des témoins de Jéhovah d'un peloton d'exécution car ils résistaient et hurlaient de toutes leurs forces pour... être fusillés eux aussi et finir en martyrs, notion de martyr qui faisait même que la torture semblait parfois les renforcer).

 Comme je l'ai déjà précisé, le livre est un peu (limite beaucoup) long, et quelqu'un qui vient de le lire risque de trouver mon résumé plus simpliste que synthétique. On ne peut pourtant pas accuser l'auteur d'être bavard : l'écriture est claire, va plutôt à l'essentiel (on peut même estimer qu'il manque des pages : l'auteur n'explique pas pourquoi les dénonciations pleuvaient tellement au début de la prise de pouvoir nazi que la police était débordée -certes, dénonciation ne veut pas dire ferveur nazie, c'est aussi un moyen bien pratique de se débarrasser de quelqu'un, mais quand même ça ferait beaucoup de gens qui ont des ennemis-, ni pourquoi universitaires et médecins étaient plutôt favorables au régime nazi alors qu'en théorie tout les oppose), mais la période couverte est longue et les détails sont importants. Un point fort du livre est que les chapitres sont clairement délimités : on peut sans problèmes les lire séparément (par exemple la biographie d'Hitler jusqu'à sa prise de pouvoir, l'histoire de la place de telle ou telle institution dans la résistance, la perception du régime par la population trois ans après, …). N'étant pas historien moi-même, je ne peux pas trop me prononcer sur sa fiabilité, ni savoir si l'auteur prend une position particulière sur un éventuel sujet litigieux, mais le fait que les sources, diverses, soient données voire commentées, et le refus du manichéisme (sauf en ce qui concerne les dirigeants nazis, mais bon, là, en même temps, ...), mettent plutôt en confiance. C'est en tout cas un bon moyen d'en savoir plus sur une période de l'Histoire très commentée, ou de voir dans un contexte extrême que l'éthique interdit heureusement de reproduire en laboratoire comment des gens peuvent être poussés à risquer le pire et prendre les armes, que ce soit contre ou au service du totalitarisme.

jeudi 5 novembre 2015

Vacances forcées


 Recalé (sans trop de surprises, vu mes notes) au M1 clinique, j'attendais d'avoir entre les mains (enfin, entre le clavier... enfin, sur l'écran... enfin bref) le guide d'étudiant du M1 Troubles de l'enfance et de l'adolescence pour donner un panorama de l'année à venir, pour dire que c'était mon deuxième choix mais que j'étais enthousiaste quand même parce que ça allait me forcer à m'attarder sur un aspect plus technique de la psychologie qui est utile mais dont l'approche n'est pas forcément évidente (acquisitions des connaissances comment et à quel âge, diagnostic différentiel en prenant en compte le développement attendu à tel ou tel âge, ...), qu'il fût même un temps où, comme énormément de choses se jouent dans l'enfance, j'envisageais de faire un M1 clinique ET un M1 développement (mais ça, c'était avant que je comprenne qu'un M1 impliquait un stage et un mémoire), que les prochains livres résumés sur le blog allaient donc bien sûr concerner principalement l'enfance et l'adolescence mais pas seulement parce que l'individu enfant et adulte ne sont pas non plus séparés hermétiquement par une frontière, et une thérapie ou une approche qui permet de mieux comprendre l'individu adulte peut aussi être utile avec un·e jeune patient·e...

 Sauf que... sauf que si pour le M1 Troubles de l'enfance et de l'adolescence, il n'y a pas de sélection sur dossier, il y a des places limitées (mais ça, l'IED ne le dit pas au moment de l'inscription, il laisse la surprise aux étudiant·e·s qui ne seront pas pris·es). Ayant fait l'erreur de m'inscrire tard parce que j'attendais une réponse pour ma candidature au M1 clinique et que, connaissant l'IED, je craignais l'apocalypse s'iels devaient gérer deux inscriptions en même temps, je me retrouve, à l'instar de 29 autres étudiant·e·s, dans le wagon des refoulé·e·s, invité à me réinscrire l'année prochaine (eh oui, il ne faut pas seulement anticiper que l'IED va faire n'importe quoi, il faut aussi anticiper COMMENT il va faire n'importe quoi). Bon, il y a pire dans la vie (si j'avais imaginé me plaindre un jour d'être en vacances!), ça ne m'empêche pas de faire de la psycho cette année (j'ai par exemple une belle pile de magazines qui m'attend, et ça peut être l'occasion de faire une formation plus spécifique), mais sans parler du fait qu'avec l'inventivité de l'IED rien ne dit que je vais effectivement avoir une place l'année prochaine, un tel manque de considération pour les étudiant·e·s c'est quand même un peu énervant .