dimanche 8 novembre 2020

Psychologie du bien et du mal, de Laurent Bègue



 Les publications de Laurent Bègue sur sa page Facebook ne font généralement pas beaucoup réagir (c'est lui qui le dit, je ne me le permettrais pas!). Pourtant, quand il a relayé la question de sa fille "quelles sont les preuves que la nature humaine est fondamentalement bonne?", les réponses (humoristiques pour certaines, mais pas seulement), les questionnements sur la question, ont fusé, de personnes venant de milieux académiques très divers. L'auteur, chercheur en psychologie sociale (et même détenteur d'un prix IgNobel), va détailler, dans un texte peut-être un peu trop long pour être diffusé en réponse à un post sur Facebook, les réponses que sa propre discipline peut apporter à la question. 

 Sociale, la question l'est en effet énormément ("notre moi moral n'existe que parce qu'il est un moi social", "être sportif, intelligent ou bricoleur est une indiscutable source de bénéfices sociaux, mais les aspects de la personnalité que les autres valorisent le plus concernent la sphère morale"). Même lorsqu'on est seul·e, on l'apprend dès le premier chapitre, un simple dessin d'yeux peut influencer le comportement. Et, si l'on est souvent le premier public de ce qu'on se raconte pour justifier nos actes répréhensibles ("l'auteur, quand à lui, n'est le plus souvent pas tourmenté par le mal qu'il commet : minimisation, autojustification et rationalisation l'en préservent"), la préoccupation de notre image... et de celle des autres occupe une part conséquente de notre espace psychique. La notion de bien et de mal dépassent toutefois le cadre des recommandations et interdits, fussent-ils implicites : une recherche auprès d'amish a permis de constater que même dans une société resserrée et isolée, aux règles de vie particulièrement strictes, une distinction était faite entre ce qui est effectivement néfaste, fait du mal à l'autre, et les interdits spécifiquement communautaires (en demandant, par exemple, si telle action serait immorale de la part d'une personne ne partageant pas les mêmes croyances).

 Le groupe pousse donc a priori à bien se conduire, mais peut aussi avoir l'effet inverse, en diminuant par exemple le sens des responsabilités ("l'alcool est utile au brouillage de soi, mais si vous n'avez pas de bouteilles à proximité, vous pouvez toujours trouver un groupe de congénères pour y parvenir, car la participation collective peut produire des effets analogues")... et ce n'est pas le seul facteur qui peut avoir des effets contradictoires : l'Enfer est pavé de faux amis. Estimer qu'on est quelqu'un de très moral (représentation activée, par exemple, par un questionnaire) peut diminuer notre générosité. L'empathie, même, peut se retourner contre nous, ou plutôt, pour le coup, contre notre prochain : l'empathie envers une personne qui souffre, passé un certain seuil, peut augmenter l'hostilité ressentie envers la personne souffrante ("ce sont les personnes les plus enclines à l'empathie qui dans le milieu médical deviennent le plus fréquemment épuisées et en viennent à éviter les patients en phase terminale"). La même chose se produit avec le sentiment d'impuissance, voire avec l'intensité de la souffrance ("un conducteur accidenté sera jugé d'autant plus responsable par des observateurs que les conséquences de l'accident sont sévères"). "Les grandes douleurs sont muettes", est-ce que ce ne serait pas plus une injonction qu'une réalité? Moins surprenant, les comportements moraux demandent aussi des ressources : le fait d'avoir réfléchi à l'instant à un problème compliqué, de s'être efforcé d'inhiber une pensée ou l'envie d'avaler un beignet plein de promesses, ou bien sûr l'alcoolisation (avec un effet placebo bien costaud pour ce dernier exemple), augmente l'agressivité, l'attraction pour la triche. Un manque de ressources peut toutefois aussi avoir un effet vertueux : selon des recherches faites auprès de militaires, certains soldats, sur le champ de bataille, n'ont pas tué... parce qu'ils ne s'en sentaient pas capables!

 Le livre s'appelle toutefois bien Psychologie du bien et du mal, ce qui implique de se préoccuper du bien. Si les commentaires attendus de l'expérience de Zimbardo à Stanford, de celle de Milgram, de la personnalité autoritaire et de la théorie du monde juste sont bien au rendez-vous, et en abondance, des éléments seront aussi donnés sur ce qui pousse à des comportements vertueux. Le mimétisme est un élément important : grandir dans un milieu bienveillant ("des enfants dont les parents consacrent du temps ou de l'argent à une cause ou pratiquent le don du sang sont plus enclins à s'en inspirer et à faire de même"), tendre à ressentir de la culpabilité (qui pousse à avoir envie de réparer les conséquences de ses actes) plutôt que de la honte (qui provoque des sentiments centrés sur soi, de l'hostilité) donc prêter à l'autre une certaine perception de nous-mêmes... supposer la bonté chez les autres est même un indice de notre propre prédisposition ("si vous souhaitez augmenter vos chances de savoir si votre voisin manipule les autres, trompe sa femme ou les services fiscaux, interrogez-le sur le pourcentage de gens qui s'y adonnent!").

 Les exemples donnés, les thèmes évoqués dans ce résumé ne recouvrent qu'une infime partie du livre, qui contient énormément, énormément d'exemples sourcés. Si la lecture est facile et agréable, ça ne dessert en rien la complexité des sujets traités : la plupart des affirmations sont nuancées par des éléments contradictoires qui contraignent à affiner la réflexion (c'est peut-être le seul défaut du livre : on apprend un peu trop vite pour digérer tout ce qui devrait l'être), et même un·e spécialiste apprendra probablement quelque chose, serait-ce un détail mais qui peut avoir son importance, sur les sujets concernés. 

jeudi 5 novembre 2020

Integrative Behavioral Couple Therapy, de Andrew Christensen, Brian D. Doss, et Neil S. Jacobson


 Dans une seconde édition flambant neuve... 25 ans après la première, les auteurs nous disent tout sur l'Integrative Behavioral Couple Therapy (thérapie de couple comportementale intégrative), IBCT pour les plus romantiques. Ce recul d'un quart de siècle a permis d'accumuler une quantité considérable d'expérience clinique et empirique, et ainsi de mieux trier ce qui fonctionne et ne fonctionne pas, pour élaborer un modèle thérapeutique optimal. Des comparaisons détaillées seront d'ailleurs faites avec les modèles précédents (qui ont des noms poétiques tels que TBCT, CBCT ou encore EFCT), qui seront infiniment plus claires pour les lecteur·ice·s qui auront déjà entendu parler desdits modèles précédents, mais, bien que l'IBCT soit par plusieurs aspects assez technique, les propositions thérapeutiques seront claires et concrètes, et on suivra bien plus l'évolution de vies de couple (en particulier celle d'Hank et Maria, dont le mariage va très mal depuis la naissance de leur enfant James) que celle de considérations techniques.

 Les auteurs précisent à la fin que tout ce qui est proposé n'a pas vocation à être une méthode clefs en main, que le·a thérapeute devra prendre ses propres décisions et qu'ils estiment d'ailleurs qu'iel est là pour ça, la flexibilité, l'adaptation étant garantes d'une bonne thérapie... mais heureusement qu'ils le disent! Un des éléments qui rend le contenu particulièrement dense est que les étapes thérapeutiques sont extrêmement structurées, avec un nombre optimal de séances (huit) qui inclut, dans un ordre donné, des séances avec le couple ensemble et séparément avec chaque membre, des instructions précises sur ce qui est à évaluer et comment l'évaluer, les propositions successives pour aboutir d'une part à une meilleure écoute et d'autre part à des actions concrètes, avec même des indications pour les cas spécifiques (situation d'adultère, violences dans le couple, éviter les discriminations involontaires, ...) ... Certes, rien ne permet de douter de la vitalité du processus thérapeutique (des exemples sont régulièrement donnés, dont des retranscriptions d'extraits de séances, et même des vidéos que je n'ai pas encore pris le temps de regarder), mais le protocole de départ est plutôt strict. 

 L'évaluation initiale des difficultés du couple se fait selon le modèle DEEP. Le D de départ correspond aux Différences entre partenaires : non, l'âme sœur absolue n'existe pas, et des différences de tempérament, de désirs sexuels, de valeurs (dans l'éducation des enfants, par exemple, ou même le désir d'enfants), ... pourront être source de conflits, potentiellement récurrents. Le premier E désigne la vulnérabilité émotionnelle ("Emotional Sensitivities") : ce qui est blessant pour l'un·e peut être anodin pour l'autre, avec le risque d'un manque d'attention d'un côté, et d'une réaction perçue comme exagérée de l'autre. Avec le second E, on passe de l'interne à... l'Externe, avec les circonstances extérieures qui parfois pèsent lourd sur la relation : maladie (dans le cas d'Hank et Maria, un soupçon de retard de développement pour James), précarité, relations compliquées avec les parents de l'un ou de l'autre, ... Enfin, le P de DEEP est l'identification des modèles ("Patterns") de communication et d'interaction, la façon qu'a chacun de tenter de résoudre les difficultés. Oui, en français ça fait DVEM et ça ne veut absolument rien dire. Ce modèle permet d'aller plus loin ("deeper") dans l'analyse des difficultés, tout en restant conforme au principe de départ selon lequel la relation se détériore avec l'augmentation des moments désagréables et la diminution des moments agréables. Pour mieux comprendre ce qui se passe, pour chacun·e, derrière chaque élément, il est indispensable de prendre le temps de faire des entretiens individuels avec chaque membre du couple, ce qui est proposé par les auteurs après une première séance commune. Ces entretiens permettront aussi de savoir dans quel mesure chaque personne a l'intention de s'investir dans la thérapie et croit que le couple peut effectivement aller mieux, et de présenter un questionnaire hebdomadaire (degré de satisfaction dans le couple, interactions positives et déplaisantes de la semaine, ...) qui servira d'appui aux séances suivantes.

 En plus de l'élaboration de changement concrets et précis qui conviendront à chaque membre du couple (tout en gardant des attentes réalistes : par exemple, quelqu'un qui rentre souvent tard peut s'engager à rentrer moins tard en général, à l'heure prévue une ou deux fois par semaine, et prévenir quand il est en retard, plutôt que d'annoncer que du jour au lendemain il va soudain être à l'heure tous les jours) avec, j'en ai parlé plus haut, une méthodologie détaillée, un fort accent sera mis sur la communication et, TCC 3ème vague obligent, en particulier sur l'aspect émotionnel de la communication. Les axes principaux seront l'acceptation des sentiments de l'autre (accepter ne signifiant pas nécessairement être d'accord), donc de prendre le temps de les écouter dans un premier temps sans jugement, avant de répondre en explicitant ses propres sentiments. La diminution de l'intensité des émotions négatives sera aussi un élément important ("Dans presque tous les conflits conjugaux quelle qu'en soit la durée, il y a à la fois un problème bien réel et une certaine tendance a surréagir, ou une sensibilité acquise, suite aux nombreux échecs à régler ce problème")  : c'est plus facile d'écouter l'autre, de prendre soin de l'émotion derrière la demande, quand on est pas soi-même dans un état de détresse (colère, découragement, ...) envahissant. Un exercice particulièrement contre-intuitif sera par exemple proposé : déclencher le conflit avant d'être vraiment en colère, et observer ce que ça change dans les échanges qui vont suivre. 

 Le livre se marque vraiment par son aspect détaillé, inutile de préciser que je n'ai fait qu'en évoquer rapidement les grandes lignes. Il n'est malheureusement pas disponible (pour l'instant?) en français... mais un site propose documents et formations , ce qui m'a permis de voir que le livre des mêmes auteurs destinés aux couples (Reconciliable Differences, résumé a venir sur ce blog mais pas tout de suite du tout) a, lui, été traduit, si lesdites grandes lignes vous ont donné envie d'en savoir plus.

vendredi 16 octobre 2020

Ados LGBTI, de Thierry Goguel d’Allondans

 


 A travers des sources très diverses (récits autobiographiques, travaux de philosophes et de sociologues -Judith Butler et Michel Foucault sont beaucoup cité·e·s-, entretiens avec 18 personnes âgées de 18 à 25 ans), l’auteur, sociologue, donne des éléments pour mieux saisir, tout en tenant compte de sa diversité, le vécu des ados (et des adultes aussi, d’ailleurs) LGBTI.

 Sans surprise, il sera énormément question de… normes. L’auteur constate d’ailleurs que, généralement, plus une société est patriarcale, plus elle tend à être homophobe (tout en favorisant, paradoxalement, l’homosocialité, en réduisant les espaces de mixité). Être, ou même paraître, une personne LGBTI, c’est implicitement remettre en question le cadre normatif de la binarité des sexes, de la conjugalité à visée reproductive, des injonctions sociales à la virilité ou à la féminité. Les rappels à l’ordre peuvent être d’une extrême violence, de la part des parents même (Krystal, femme trans, sera chassée du domicile à l’âge de 8 ans, "Crève, vite!", dira un autre père à son fils lors de son coming-out) ou des institutions (les enfants intersexes subissent souvent de nombreuses interventions chirurgicales sans intérêt médical, traumatisantes physiquement et psychiquement, généralement sans leur consentement éclairé ni celui de leurs parents… bien que ces violences soient recensées comme telles par des organisations internationales, la France a refusé à 72 voix contre 9, le 1er août, de légiférer contre).

 Sans nécessairement aller jusqu’à ces extrêmes, les discriminations (au logement, à l’emploi), les insultes, font partie du quotidien, le harcèlement scolaire étant particulièrement grave au collège. Autre forme de discrimination : les figures d’identification sont rares. En milieu scolaire en particulier, les programmes scolaires sont parfois muets sur l’homosexualité de telle ou telle personnalité étudiée, et l’auteur estime que le simple fait que des membres du personnel éducatif (enseignant·e·s, infirmier·ère·s, …) puissent afficher une identité de genre ou une orientation sexuelle non normée aurait des effets conséquents en terme de santé publique.

 Les voies proposées, qui ne sont pas forcément utilisées de façon binaire, sont donc soit de s’intégrer (par exemple en se dissimulant, allant parfois jusqu’au mariage hétérosexuel), soit de résister, en refusant la discrétion ou en cherchant une communauté plus tolérante ou simplement moins homophobe, ou encore en militant ou en épousant et co-créant une culture LGBTI qui, comme son nom ne l’indique pas, est multiple (certain·e·s jeunes interviewé·e·s ressentent par exemple une certaine amertume envers la Gay Pride, ne se reconnaissant pas dans cette représentation ostensible et estimant qu’elle nourrit l’homophobie).

 Si la qualité du livre est inégale (le fait que les personnes LGBTI trouvent un meilleur accueil dans les milieux militants qui concernent les droits des animaux, c’est une impression de l’auteur, ou c’est documenté? Et que dire de ce passage plus gênant que sourcé où l’auteur explique que la sexualité lesbienne tient plus de la sensualité que de la sexualité, avec de citer La Vie d’Adèle comme un exemple de représentation sérieux, alors que les concernées ne sont pour la plupart vraiment pas de cet avis - un exemple ici -), il a le mérite de couvrir de très nombreux sujets et de nommer clairement les discriminations sans que la lecture, loin de là, ne laisse une sensation misérabiliste. Le livre est accessible et se lit relativement vite, ce qui en fait une bonne base pour une première approche du sujet, par exemple par des professionnel·le·s régulièrement au contact de jeunes (enseignant·e·s, travailleur·se·s sociaux·ales, professionnel·le·s de santé, …).


jeudi 8 octobre 2020

Psychothérapie du trouble borderline, de Déborah Ducasse et Véronique Brand-Arpon


 Le trouble borderline se caractérise, entre autres, par une insécurité dans les relations sociales ("92 à 96 % des patients souffrant de ce trouble présentent un attachement insécure"), de la violence dans les émotions ressenties et de l’impulsivité (pouvant pousser à des colères intenses, à l’automutilation ou à des tentatives de suicide) et parfois, pour éviter une sensation de vide qui serait insupportable, à la multiplication d’activités ou à la consommation d’alcool et de cannabis pour émousser l’émotivité. Les autrices proposent une thérapie intégrative, reprenant les principes de la thérapie comportementale dialectique et de la thérapie d’acceptation et d’engagement, permettant de lutter contre ces symptômes et, au-delà, de donner des clefs pour un meilleur épanouissement personnel.

Les principes théoriques seront à chaque fois immédiatement illustrés par un extrait de séances avec Clémence, Isabelle, Martine et Julie, que nous suivrons tout au long du livre, ce qui est extrêmement pratique pour comprendre à quoi servent exactement les principes qui viennent d’être expliqués, et comment les présenter aux patient·e·s. Les lecteur·ice·s familier·ère·s avec l’ACT seront en terrain connu : des métaphores, des méditations, et du tri, beaucoup de tri (et aussi, comme il se doit -ceux et celles qui savent, savent-, des matrices à remplir, mais l’ensemble du contenu est clair même si on ne comprend pas le fonctionnement de la matrice ACT). L’objectif principal est en effet d’atténuer l’intensité des émotions, surtout quand elle est douloureuse, et de réfléchir à ce qu’on veut vraiment avant d’agir. Pour donner les moyens d’y arriver, les thérapeutes, à travers des exercices et des réflexions guidées sur des moments difficiles récents, invitent à différencier les perceptions, les émotions et les pensées, et surtout à les distinguer de la réalité (une impulsion suicidaire ne va pas dire qu’on va effectivement se suicider, l’interprétation de ce qu’on perçoit dépend beaucoup de notre état présent et du contexte, de la même façon que le contenu d’un rêve s’avère imaginaire au réveil le contenu des pensées ne reflète pas nécessairement la réalité, …). Progressivement, la thérapie amène à décider d’agir, puis à agir, en fonction de ce qui nous convient intimement, par opposition à l’action pour changer la réalité, action qui n’apportera de la satisfaction que si la réalité change effectivement, mais qui si ce n’est pas le cas va intensifier les souffrances à moyen et long terme : l’action, quelle qu’elle soit (la forme n’est pas vraiment importante), doit pouvoir nous satisfaire indépendamment du résultat. Le cœur de la méthode est en effet d’amener à se diriger vers une satisfaction interne, plutôt que d’aller la chercher dans des objets externes. 

La démonstration est claire et les points ciblés semblent pertinents. Oui, mais... En plus du gros problème de forme causé par l’utilisation du même terme (attachement) pour deux choses différentes, sans prendre le temps de préciser qu’il s’agit du même terme pour deux choses différentes, qui en plus s’avèrent être très importantes pour le thème traité (d’un côté le concept clinique développé par John Bowlby, de l’autre le contraire du détachement), les autrices mettent parfois beaucoup de poids sur l’énonciation de principes de philosophie bouddhiste, avec certaines formulations franchement binaires (sans la renonciation à tout, point de salut, semble-t-il). Ces principes sont riches, et ont largement influencé la thérapie d’acceptation et d’engagement, mais pour un livre qui parle beaucoup de distinguer les différents éléments qui constituent l’espace psychique, l’aspect philosophique (sans compter que le bouddhisme, c’est aussi une religion, ce qui si je ne me trompe pas n’est mentionné à aucun moment) est bien peu distingué de l’aspect clinique : j’ai ressenti à pas mal de reprises un malaise que je n’avais pourtant ressenti à aucun moment, par exemple, en lisant L’autocompassion, qui s’appuie sur la même base théorique et qui, comme le titre ne le cache pas, insiste beaucoup sur la dimension compassionnelle. Et le malaise, c’est le moins qu’on puisse dire, n’a pas diminué en lisant les méditations guidées (aussi disponibles en audio), dont certains extraits consistent à dire "avant je me fourvoyais, mais maintenant que j’ai trouvé la voie je vais enfin être épanoui·e" dans des termes à peine moins nuancés ("J'ai agi sous le contrôle d'une perturbation mentale. Une caractéristique temporaire de mon esprit qui n'est pas moi. Une perturbation mentale qui ne correspond pas à la nature claire de mon esprit" -et les perturbations mentales sont comme des "cellules cancéreuses" et "conduisent inévitablement à de grandes souffrances", ce n'est pas du tout anxiogène). En plus de presque donner la sensation que les autrices cherchent à recruter pour un séminaire (coup de grâce quand dans la conclusion on apprend avec émotion que les enseignements bouddhistes n’ont pas été créés par des "personnes ordinaires" -sic!-), cet aspect binaire est directement contradictoire avec ce que j’ai compris de l’ACT (c'est une injonction à viser une perfection qui n’est par définition pas atteignable, donc qui peut pousser à culpabiliser parce qu’on y arrive pas, puis à culpabiliser de culpabiliser parce que la culpabilité c’est une émotion négative et les émotions négatives c'est la perdition).

  Je suis donc vraiment partagé après ma lecture… à la fois très convaincu par le modèle clinique (en particulier par la partie sur la thérapie des impulsions suicidaires) et la façon extrêmement pédagogique de le présenter, et à la fois très gêné par ce malaise diffus qui a été renouvelé à plusieurs moments distincts. Je ne peux qu’espérer que le livre des mêmes autrices à destination des patient·e·s, Borderline, cahier pratique de thérapie à domicile, donne plus de poids aux conseils et exercices thérapeutiques et moins à l’injonction à des choix de vie radicaux (si par malheur vous aimez bien remplir des grilles de sudoku ou regarder des séries, c'est un emprisonnement, sachez le) et quasi manichéens.

mercredi 30 septembre 2020

La névrose de classe, de Vincent de Gaulejac



 Ecrit par un sociologue, ce livre, qui décrit les difficultés personnelles causées, principalement, par l’ascension sociale, a l’ambition d’être une proposition de "sociologie clinique". En effet, Vincent de Gaulejac, en citant Bourdieu, regrette que la sociologie soit tombée dans un piège du "refus de l’existentiel", "cause essentielle du sociologue d’interroger certaines souffrances sociales". Les recueils de données sociologiques sont donc articulés avec des concepts psychanalytiques, et des commentaires de romans autobiographiques (principalement des romans d’Annie Ernaux, qui a validé l’analyse de l’auteur après sa lecture de la première édition). Le livre a été réédité 30 ans après (en 2016), prenant en compte l’évolution des formes de mobilité sociale (la lutte des classes se muant dans une certaine mesure en lutte des places).

  Le concept même d’ascension sociale est par certains aspects une injonction contradictoire : la réussite individuelle est une victoire sur les classes sociales plus prestigieuses, en ne restant pas à sa place, mais aussi une trahison de ceux et celles que l’on quitte, en passant du côté des possédant·e·s. Les complexités créées par ce type de situation sont particulièrement bien illustrées dans la biographie de François, présenté dans l’introduction : son père, ouvrier, communiste et syndicaliste CGT, méprise les bourgeois·e·s qui sont riches par le simple fait de leur capital, tout en admirant la richesse obtenue par la réussite. François est très bon élève sans être excellent, et échouera à réaliser le rêve par procuration de son père en n’étant pas admis à Polytechnique. Toutefois, il épousera la fille d’un polytechnicien, accédant par le mariage au statut de bourgeois… pour le plus grand plaisir de son père. Adhérant lui-même aux valeurs communistes, il souffrira beaucoup des injonctions contradictoires paternelles ("les bourgeois·e·s sont méprisables… mais je vais t’admirer si tu deviens un bourgeois") et de la sensation de trahison que lui donnera sa réussite (certes il n’a pas été admis à Polytechnique, mais il est ingénieur et doctorant en économie). La contradiction est plus violente encore à vivre quand, comme dans le cas de l’écrivain August Strindberg, les parents qui font pression pour la réussite ont eux-même subi un déclassement vécu comme humiliant (des études sont d’ailleurs citées pour montrer qu’un déclassement collectif, alors perçu comme un accident de l’histoire, sera bien moins douloureux qu’un déclassement individuel, qui sera plus spontanément attribué à un échec personnel). Certain·e·s ont pu surmonter cette contradiction en étant par exemple instituteur·ice, donc en restant en contact avec leur communauté d’origine (cette solution n’a toutefois pas fonctionné pour Colette, qui a livré son récit de vie à l’auteur dans le cadre d’un séminaire clinique : alors qu’elle pouvait accéder à ce statut précédemment enviable, elle a réalisé qu’elle pouvait viser plus haut, et qu’institutrice ce n’était finalement pas une ambition satisfaisante).

 Les rappels de cette contradiction se feront sentir régulièrement à différentes étapes du vécu : le statut social, ce n’est pas seulement l’acquisition de compétences qui permettent de se vendre à un meilleur prix, c’est aussi un cadre de vie, des codes sociaux. Cet entre-deux d’orgueil et de honte peut se présenter dès l’enfance. L’exemple particulièrement illustratif de la remise de prix à l’école est donné : l’enfant a pu battre les bourgeois·e·s sur un de leurs propres terrains (la réussite scolaire) et se fait féliciter publiquement, mais… c’est en présence de ses parents, qui sont alors soumis au regard des autres parents de l’école, moins bien vêtus, moins bien rodés aux manières jugées bonnes. De nombreux exemples de ce types sont donnés à travers l’analyse d’écrits d’Annie Ernaux : en accomplissant les souhaits de réussite de ses parents, elle a appris à… avoir honte de ses parents, après avoir eu honte d’elle-même quand elle subissait le regard des autres. La notion d’apprentissage de codes a aussi des conséquences dans le monde du travail, comme ça a été identifié chez les cadres : les cadres autodidactes sont bien plus exposé·e·s à des problèmes de santé, suite à l’ascétisme qu’il leur a fallu pour en arriver là, et une fois dans le monde du travail restent défavorisé·e·s, par exemple quand les acquis qui leur ont permis d’obtenir ce statut (rigueur, discipline) sont différents de ceux qui sont utiles pour y évoluer (flexibilité, réseau, …). 

Les vécus identifiés sont articulés avec des concepts psychanalytiques comme par exemple le complexe d’Œdipe (l’auteur rappelle qu’Œdipe était roi) ou le clivage. Comme Œdipe brisant des interdits fondamentaux, la personne qui réalise son ascension sociale brise un interdit en prenant une place qui n’est pas la sienne. L’intégration du complexe d’Œdipe est prolongée par l’identification d’enjeux avec les injonctions, par forcément les mêmes, du père et de la mère, ou encore en faisant un parallèle avec le développement sexuel (comme dans le cas d'Annie Ernaux, qui après une confession pendant laquelle le prêtre s’était beaucoup préoccupé de sa sexualité, s’était sentie sale en percevant suite à ce questionnement que ses parents étaient considérés comme sales, ou encore Colette, dont le développement psychique a été perturbé par le fait que son père ait renvoyé une domestique qui était enceinte de lui, créant pour elle des enjeux complexes). Les liens entre sociologie et clinique sont particulièrement clairs dans le dernier chapitre qui présente les séminaires "Roman familial et trajectoire sociale", qui rappelle fortement le travail d’Anne-Ancelin Schützenberger (elle recommande d’ailleurs ce livre) en invitant les participant·e·s à explorer leur rapport personnel avec ces enjeux à travers le récit, la construction d’un arbre généalogique mais aussi d’autres supports comme le dessin ("moins on sait dessiner, mieux c’est") ou encore des jeux qui évoquent le psychodrame.

 L’articulation entre sociologie et clinique tient ses promesses, même si le passage brusque de la socio à la psychanalyse m’a parfois laissé perplexe (s’appuyer sur des données et la page d’après s’appuyer sur des suppositions, en leur donnant le même poids… mouais…). L’importance et la complexité du sujet sont bien rendues, et clarifiées par des illustrations parlantes, le tout renforcé par une proposition thérapeutique très concrète à la fin. 


lundi 28 septembre 2020

Helping couples change, de Richard B. Stuart


 Si l’approche principale utilisée dans ce livre sur la thérapie de couple est celle du social learning, qui si j’ai bien compris concerne l’application des connaissances de la psychologie sociale à la psychologie clinique (je n’ai pas la moindre idée du nom français), il s’agit plus généralement d’une synthèse ambitieuse des méthodes et techniques qui ont, au moment de l’écriture (le livre a été publié en 1980), le plus fait preuve de leur efficacité. De fait, l’ensemble est assez technique et sera bien plus clair pour le·a lecteur·ice qui a déjà des connaissances solides sur le sujet.

  Le livre s’ouvre sur pas mal de stats, tout en insistant sur le fait que la thérapie de couple reste une discipline distincte de la voyance : le.a thérapeute ne peut pas savoir, quels que soient les éléments disponibles, si la thérapie va aboutir ou non à une séparation (une séparation n’étant pas nécessairement un échec). Même une demande a priori peu imprévisible a potentiellement une part d’ambiguïté : des séances de préparation au mariage peuvent être le signe que la personne qui les demande n’a pas tellement envie de s’engager si rien ne bouge, et derrière une demande d’aide à une séparation harmonieuse peut se dissimuler une envie de reconstruire le lien plutôt que d'y renoncer. Des données sont toutefois disponibles, comme le fait que, tant mieux ou tant pis, qui se ressemble s’assemble (des points communs au niveau par exemple de l’âge, des valeurs, de la religion, de la classe sociale, rendent les unions plus solides), que le mariage rend effectivement heureux (encore que, les statistiques données ne sont pas genrées, alors que de mémoire il me semble que ce vécu n’est pas le même pour les hommes et pour les femmes) mais que le divorce n’a pas tellement d’impact négatif sur les enfants (ou en tout cas moins que de vivre la cohabitation avec un couple qui ne s’aime plus), ou encore que les couples épanouis expriment plus fréquemment leurs désaccords (oui, je vous donne vraiment les infos en vrac, il y en a des dizaines de pages).

  La structure de thérapie proposée aura en substance pour objectif d’améliorer la communication (certes, ce n’est pas un sommet d’originalité, mais, une fois encore, le livre est extrêmement technique, là c’est la version très courte) : prendre soin d’exprimer le positif, expliciter ce qui pose problème (l’implicite se met vite en place mais c’est un terrain miné), être plus clair·e sur ses attentes. La difficulté posée par le changement profond est souvent évoquée et, si l’objectif est que les patient·e·s s’approprient les outils qu’iels ont appris à utiliser chez le·a thérapeute, l’approche est très progressive. La première étape consiste d’ailleurs à prendre soin de l’autre au quotidien à travers de petits gestes : c’est aussi une première occasion de créer un espace de communication et de négociation, pour savoir quels gestes feraient effectivement du bien à l’autre. Si l’idée est de créer un passage à l’action bien présent mais peu contraignant, l’auteur conseille quand même de passer un coup de fil aux client·e·s trois jours après la séance pour s’assurer que passage à l’action il y a effectivement eu. Les étapes suivantes consisteront à construire une communication plus saine, par exemple en s’engageant à expliciter le négatif plutôt que le passer dans le non-verbal, à exprimer le positif sans l’utiliser comme cheval de Troie pour balancer une critique ("c’était gentil de faire la vaisselle pour moi, ce serait sympathique de la faire aussi de temps en temps même quand je n’ai pas 40 de fièvre"), ou encore à clarifier les espaces de décision (qui, selon les données fournies par l’auteur, tendent à s’installer de façon assez stable sans pour autant être clairs pour les parties concernées) et éventuellement les renégocier en s’inscrivant dans une dynamique gagnant-gagnant. 

  Difficile pour moi d’évaluer ce livre… le contenu était certes intéressant, mais je n’en ai retenu qu’une infime partie de ce que j’aurais retenu si j’avais des connaissances solides dans ce domaine (au lieu de aucune connaissance du tout). Pour autant, je ne peux pas me contenter de le conseiller chaudement aux expert·e·s du sujet, puisqu’il date de 1980 et que la thérapie de couple a très probablement, et c’est le moins qu’on puisse souhaiter, considérablement évolué en 40 ans (et elle a peut-être même évolué en partie grâce à ce livre!). Je peux en tout cas affirmer qu’il est rigoureux, dense et documenté (faute d’être traduit en français).


samedi 5 septembre 2020

Anti-Discriminatory Practice in Counselling and Psychotherapy, dirigé par Colin Lago et Barbara Smith


 

 Sur le sujet des discriminations, les productions théoriques de l’Approche Centrée sur la Personne que j’ai pu lire étaient plutôt radicales et exigeantes, malgré les contresens qui auraient pu être à craindre ("l’intolérance c’est très mal mais nous c’est pas pareil on travaille d’humain à humain et en plus on est empathiques"), que ce soit dans le manuel de l’ACP ou même dans la critique directe d’entretiens de Rogers. Ce livre ne fait donc pas tout à fait figure d’OVNI, et, sans surprises, est axé sur l’ampleur du travail à faire, qu’il soit individuel ou dans les institutions.

  Si les chapitres sont pour leur grande majorité divisés par thématique (homosexualité et identité de genre, racisme, sexisme, classisme, personnes défigurées, réfugié.e.s, …), les approches sont assez différentes entre elles, constituées par exemple de témoignages personnels (récit autobiographique ou vécu de thérapeute), d’approche historique de la lutte contre les discriminations (pour l’homosexualité par exemple, de la fin de la pathologisation au postmodernisme et sa déconstruction du genre), ou encore de réflexions plus directement cliniques ou institutionnelles (par exemple en rappelant la douloureuse réalité de l’absence physique et théorique des personnes pauvres, les thérapies et plus encore la formation n’étant pas accessibles à tou.te.s, ce qui, cercle vicieux, fait que les personnes défavorisées qui accèdent tout de même à la formation se sentent incompétentes ou pas à leur place). Une petite place est même laissée à l’intersectionnalité, avec un chapitre sur les personnes qui sont à la fois noires et handicapées. Je regrette en revanche que la discrimination des personnes en surpoids ne soit pas évoquée (elle est peut-être moindre au Royaume-Uni -les auteur.ice.s sont pour l’essentiel britanniques-, mais j’en doute).

  Les suggestions pour s’améliorer sont, en revanche, assez répétitives : il s’agit, vous ne devinerez jamais, de faire un travail sur soi. Ce n’est toutefois pas une raison pour ne pas lire le livre, d’une part parce que ledit travail sur soi est guidé, avec des questions spécifiques, et d’autres part parce que les chemins que peuvent prendre les stéréotypes pour s’immiscer dans la thérapie (sans parler de la formation) sont nombreux. Comment s’assurer qu’on ne parle pas à une personne âgée de façon plus condescendante qu’on ne le ferait avec une personne plus jeune? Qu’on s’adapte de façon appropriée à ses troubles physiques et cognitifs? Que la qualité de l’écoute est suffisante pour faire face aux injonctions sociales à se préoccuper de son déclin plutôt que de développement personnel? Quel·le thérapeute peut prétendre avoir un regard neutre et apaisé sur la religion, et pourra appliquer l’approche positive inconditionnelle avec le·a client·e qui est dans des questionnements spirituels, parfois extrêmement douloureux, qui pourront paraître saugrenus? Mick Cooper, dans l’introduction, précise que l’état de la science confirme que les stéréotypes concernent tout le monde, et qu’ils sont un obstacle particulièrement lourd quand la thérapie se passe mal. Mais, comme en témoigne une vignette clinique, même quand la thérapie se déroule bien par ailleurs, un inconfort peut venir se mettre en travers du processus thérapeutique. Gina accompagne Andy, en couple avec un homme. Andy a plus de désir que son compagnon, et, en accord avec lui, couche avec d’autres hommes. Gina est mal à l'aise quand les récits d’Andy se font trop explicites. Andy perçoit une part de cet inconfort, et évite progressivement le sujet. Ce n’est que quand Andy fait part de sa gène à lui que Gina partage de façon appropriée ce qu’elle ressentait malgré elle, et que ce sujet, par ailleurs important dans le tournant que prend la vie amoureuse d’Andy, peut être exploré plus sereinement. L’ACP a cette particularité d’avoir souvent les mêmes réponses aux difficultés rencontrées (travailler sur soi, rentrer dans le cadre de référence de l’autre), mais accepter d’explorer une gène peut être plus difficile quand le nœud du problème est un ressenti, par exemple, raciste, sexiste ou homophobe.

  Les auteur·ice·s ne se sont toutefois pas réuni·e·s juste pour dire de travailler sur soi. Des notions plus originales sont présentées, comme le concept inattendu de sandwich (pour une personne qui a subi de nombreux traumatismes, prendre le temps d’identifier la tranche supérieure -l’attachement à la mère-, la tranche inférieure -l’attachement au père- -oui, pour un livre sur les stéréotypes, c’est super hétérocentré-, et, pour la garniture du sandwich, délimiter et réfléchir à chaque traumatisme connu -violences physiques ou sexuelles, injonctions contradictoires, deuils, insécurité, isolement, ...-), les nombreuses exigences du travail avec des réfugié·e·s (barrière de la langue et présence de l'interprète, difficulté pour la personne de comprendre le concept de psychothérapie, divergences culturelles, traumatismes durs à révéler, risque d’absences à cause d’un quotidien précaire et imprévisible, ou...  colère contre l'administration qui peut se faire envahissante), ou encore l’importance de la prise en compte du contexte patriarcal, et l’importance encore plus cruciale de l’empowerment, dans la thérapie de certaines femmes (en particulier lorsqu’elles sont victimes d’oppression dans leur couple et/ou leur famille). Un autre conseil, simple mais qui ne vient pas nécessairement à l’esprit, quand l’entrée dans le cadre de référence de l’autre semble encore compromise, est d’adapter les relances en fonction ("qu’en penserait tel·le membre de votre famille ? telle autorité religieuse ?" …). Si son identité appartient d’abord au ou à la client·e (percevoir ses propres préjugés est vital, focaliser de soi-même sur la vie de la personne en fonction de la couleur de sa peau parce qu’on se sent une poussée d’antiracisme n’est pas souhaitable pour autant), il est aussi souvent suggéré, quand la distance ressentie est plus grande qu’elle ne devrait l’être, d’aller plus loin que la simple écoute et se renseigner activement sur la culture de l’autre.

 Le sujet est important, si tentant que ça puisse être de ne pas en prendre la mesure, et les enjeux sont traités avec le sérieux nécessaire, que ce soit sur le plan social ou thérapeutique. Les auteur·ice·s parviennent à développer la théorie dans des espaces courts (chaque chapitre fait une petite dizaine de pages) tout en revenant régulièrement au concret voire au terre à terre, avec des questions précises à se poser à soi-même. S’il est probablement accessibles à tout·e thérapeute (anglophone), la lecture sera plus aisée pour les thérapeutes ACP, habitué·e·s aux problématiques développées sur l’écoute et l’empathie. C’est probablement aussi un outil pertinent pour accompagner les supervisions sur ces sujets là.