vendredi 27 mars 2020

The Tribes of the Person-Centred Nation, dirigé par Pete Sanders (2nde édition)

  Ce résumé est celui de la seconde édition du livre, celui de la troisième est disponible ici

 Bien du chemin a été parcouru depuis les fondements de ce que Carl Rogers appelait la thérapie non-directive en 1942... et, si une partie considérable de ce chemin a été parcourue par Rogers, d'autres explorateur·ice·s ont poursuivi vers d'autres territoires. Dans l'appendice du livre, Pete Sanders relève le constat d'Art Bohart qu'aux Etats-Unis, peu de thérapeutes se revendiquent de l'Approche Centrée sur la Personne, mais disent attacher une grande importance à l'empathie et la qualité de la relation (sans rattacher ces valeurs à leur origine rogérienne). Sanders observe l'inverse au Royaume-Uni : de nombreux·ses thérapeutes se disent centré·e·s sur la personne, sans que ce ne soit tout à fait observable dans leur pratique. Ce livre collectif, qui en est à sa seconde édition, à travers un récapitulatif de l'histoire théorique de l'ACP et la comparaison avec des courants voisins, va entreprendre la tâche complexe de délimiter cette approche, de rendre hommage aux débats qui la traversent et à ses évolutions mais aussi définir à quel moment une méthode continue ou cesse de relever de l'ACP.

 Des comparaisons et croisements historiques seront donc faits avec le focusing, l'emotion-focused therapy ou la psychothérapie existentielle. Ce dernier chapitre (écrit par Mick Cooper) est particulièrement intéressant : l'existentialisme a énormément nourri l'ACP dans sa construction théorique et pratique, c'est donc éclairant de voir les divergences (par exemple, en ACP, la liberté s'acquiert au fur et à mesure du développement personnel, alors que selon l'existentialisme elle est intrinsèque à l'être humain, ...) mais aussi la diversité des approches des thérapies existentielles (Ronald Laing n'aimait pas Rogers en tant que personne et savait déstabiliser le·a client.e en s'exprimant très directement quand il le jugeait pertinent, Van Deurzen estime que le·a thérapeute doit savoir assumer un rôle de tuteur.ice dont l'expertise permettra de guider le·a client·e dans la direction souhaitable, ...). Les enrichissements de l'ACP en cours de développement seront aussi commentés, comme la pré-thérapie, l'utilisation de l'art qui permet d'ouvrir considérablement les modes d'expression, le travail spécifique sur la profondeur relationnelle ou l'ACP spécialisée pour le traitement de la dépression. 

 Richard Worsley, avec un style d'expression pour le moins direct, reprend dans le chapitre Etre intégratif avec intégrité les fondamentaux de l'ACP pour permettre de mieux définir si une méthode dite intégrative en relève ou non (il commence fort en proposant, avec les concepts rogériens, une psychopathologie... des écoles de psychothérapie, dont certaines développent un self-concept rigide qui se traduit par une délimitation stricte de langage et d'idées acceptables ou non). Pour interroger quelle thérapie intégrative peut se revendiquer ou non de l'ACP, il reprend par exemple des difficultés internes à ce modèle. En effet, même dans la pratique la plus puriste, le·a thérapeute s'exprime, ce qui revient à prendre le risque, même quand c'est pour se réjouir d'un progrès, d'interférer dans le processus d'un·e client·e. L'horizontalité n'est donc pas le non-interventionnisme absolu du ou de la thérapeute, mais "quand ma cliente est réellement en possession du travail". L'horizontalité n'exclut pas non plus l'expertise : "si les thérapeutes centrées sur la personne sont, on le comprend, réticentes à utiliser le terme "expert", dans les faits notre formation nous donne une expertise chèrement acquise sur le processus de la thérapie et sur l'utilisation du self dans ce cadre. C'est la cliente que l'on rencontre avec le statut d'amatrice". Un exemple particulièrement intéressant est celui des TCC : si Worsley admet que soigner les symptômes est parfois pertinent et respectueux du développement personnel du ou de la patient·e, c'est la partie cognitive et non la partie comportementale qui, en tant que rogérien, lui pose problème. Agir sur les représentations, c'est en effet se priver de l'opportunité ultérieure d'explorer leur origine et de les interroger dans un cadre plus pertinent. Les exemples que je donne d'idées explorées dans ce chapitre sont bien sûr parfaitement arbitraires et l'ensemble du chapitre est à la fois clair et riche. J'ai un désaccord toutefois sur son commentaire de l'approche médicale, qui me semble caricatural : si nommer des pathologies et estimer qu'il faut les soigner crée en effet, par définition, une hiérarchie entre un fonctionnement souhaitable et un état dont il faudrait se débarrasser, je ne comprends pas le lien direct qu'il fait avec une pathologie=un traitement, ce qui effacerait la personne. D'une part, pour commencer par le plus évident, une personne avec une pathologie reste une personne, mais surtout à ma connaissance, pour la plupart des pathologies psychiatriques, il n'existe (vraiment) pas de traitement magique, et l'ACP a au contraire selon moi toute sa place pour accompagner dans le vécu de la pathologie, son effet sur l'image de soi, le quotidien, les représentations de l'avenir, et... le choix des différents traitements, avec leurs avantages et leurs inconvénients.

 L'ensemble du livre à le drôle d'effet de permettre de comprendre bien plus finement l'essence et les complexités de l'Approche Centrée sur la Personne, mais aussi de mesurer l'étendue de ses propres lacunes, donc de donner souvent la sensation de ne rien connaître au sujet. L'écriture est claire (enfin, pour un·e lecteur·ice anglophone : le livre n'existe pas en français) et permet de s'adresser au ou à la débutant·e comme aux thérapeutes chevronné·e·s, et montre à quel point le monde de l'ACP est vivant et dynamique, plus de 30 ans après le décès de son créateur.

jeudi 12 mars 2020

Le harcèlement sexuel, de Muriel Salmona




 Pour la collection Que Sais-Je?, la psychiatre Muriel Salmona, déjà autrice d’un travail important sur la vulgarisation des conséquences des violences sexuelles, présente de façon synthétique cette violence qui, selon la loi française, consiste en "le fait d’imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle qui soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante, ou comme le fait, même si c’est unique, d’user de toute forme de pression grave dans le but réel ou apparent d’obtenir un acte de nature sexuelle pour lui ou un tiers".

 Mais, si l’article de loi est clair, pourquoi consacrer un Que Sais-Je? au sujet (et, accessoirement, pourquoi parler du livre sur un blog de psycho)? L’enjeu dépasse hélas de loin la sphère juridique… probablement un peu voire beaucoup trop, d’ailleurs, puisque, par exemple, "sur les 1004 plaintes pour harcèlement sexuel en 2016, plus de 80 % ont été classées sans suite". Le harcèlement sexuel est en effet par de nombreux aspects ancré culturellement, à travers des injonctions sociales, des stéréotypes, favorisant l'impunité, qui concernent les auteur·ice·s et les éventuel·le·s spectateur·ice·s, mais aussi les victimes ("près de 30 % des victimes n’en parlent à personne"). Sous couvert d’humour, de tempérament maladroit de l’auteur·ice, d’approche un peu directe de la séduction, le harcèlement sexuel est une violence qui dit rarement son nom, au point que la victime risque d’être mise en cause si elle proteste trop, avec parfois une absurde accusation de conservatisme. C’est pourtant le harcèlement sexuel qui est au service de la préservation d’un système de domination, les minorités (de genre, de couleur de peau, de religion, d’orientation sexuelle) étant les plus visées : l’accès à l’espace public (dans le cas du harcèlement de rue, recensé par exemple sur le site Paye ta Schneck), aux études, à l’espace professionnel… et même à Internet ("les femmes sont 27 fois plus harcelées sur Internet que les hommes"), est rendu plus inégalitaire, les femmes sont visées dès l’adolescence. Résultat de nombreux combats militants, l’outil législatif est là, y compris dans l’entreprise où "les employeurs ont une obligation de sécurité de résultat" et où l’auteur·ice de harcèlement peut être sanctioné·e sans décision de justice, mais les mentalités, y compris celles du personnel policier et judiciaire, n’ont pas encore suffisamment changé pour protéger les victimes de façon satisfaisante.

 Les victimes voient donc leur quotidien rendu plus difficile, leurs opportunités rendues bien plus coûteuses (ce qui devrait être la norme devient un combat), mais voient aussi leur santé risquer de se dégrader. Faire rédiger un livre sur ce thème par une psychiatre est pleinement pertinent, d’ailleurs "les victimes savent bien que les soins sont essentiels puisqu’elles citent comme premier recours le médecin traitant et le médecin psychiatre, avant le recours aux forces de l’ordre"… seulement, le milieu médical est particulièrement exposé aux injonctions sociales évoquées plus haut. Selon l’AVFT, "le monde médical est, avec le milieu de l’hôtellerie et de la restauration, le milieu professionnel où les victimes de violences sexistes et sexuelles sont le plus nombreuses, que ce soit chez les soignantes ou les patientes". Et, même chez les professionnel·le·s, les conséquences sur le psychisme sont mal connues, les comportements même qui sont provoqués par les séquelles des violences peuvent nuire à la crédibilité des victimes : la sidération empêche d’agir de la façon la plus adéquate possible, l’émoussement émotionnel donne une impression d’indifférence qui contraste avec la gravité des faits évoqués, les conséquences du traumatismes poussent à des conduites à risque, … Ces manifestations sont connues de façon particulièrement fine par l’autrice, qui les vulgarise autant que possible depuis des années, et les explications sur le sujet sont synthétiques et claires et pourtant… j’ai été en difficulté avec cette partie du livre. En effet, les conséquences des violences sexuelles en général sont évoquées, mais sans préciser les spécificités du harcèlement sexuel. La démarche reste pertinente : le harcèlement sexuel est une forme de violence sexuelle, et surtout "il est rare qu’une femme ayant subi un type de violence sexuelle n’en ait pas subi d’autre", mais il a aussi des aspects spécifiques (absence de contact physique impliqué, plus grande répétition potentielle en particulier dans le cas du cyberharcèlement, …) qui ne seront pas commentés. Est-ce que le risque de développer une mémoire traumatique est le même qu’en cas, par exemple, de viol? Est-ce qu’il y a des facteurs de risque à surveiller particulièrement? Le·a lecteur·ice ne le saura pas.

 Le constat du livre pourrait être particulièrement sombre : si la législation bouge, la pratique policière et judiciaire semble à la traîne, alors qu’avec le développement des réseaux sociaux, l’anonymat et la facilité du geste décuplent les comportement de harcèlement (rien qu’en traînant sur Twitter entre deux paragraphes de ce résumé, j’ai pu lire une personne qui relayait les menaces de viol et de torture qu’elle avait reçues sur CuriousCat). Et pourtant, si l'état des lieux n’est pas euphémisé, le livre dégage une énergie positive : l’autrice relaye aussi les combats associatifs, par exemple celui de Féministes contre le cyberharcèlement, ou les victoires culturelles comme le mouvement #MeToo. Selon elle, la clef pour lutter est l’information, la plus massive possible, en particulier en milieu scolaire : ce livre contribue précisément à mieux et plus informer. Il tient aussi les promesses d’un ouvrage synthétique : les données sont sourcées, les chiffres sont nombreux, et les différentes rubriques (législative, médicale, statistique, conduites recommandées pour les victimes, …) faciles à repérer.

vendredi 6 mars 2020

Traiter la dissociation d’origine traumatique, de Kathy Steele, Suzette Boone et Onno Van der Hart





 Après Le soi hanté qui détaille en quoi consiste la dissociation d’origine traumatique, et Gérer la dissociation d’origine traumatique, manuel détaillant, pas à pas, les différentes étapes d’une thérapie, les auteur·ice·s proposent dans ce livre le détail des principes thérapeutiques et surtout des difficultés spécifiques rencontrées dans ce type de thérapie.

 Si les fondamentaux du Soi hanté sont toujours d’actualité (en particulier le traitement en trois phases, qui consiste à fournir les ressources de santé et de sécurité externe et interne pour avancer jusqu’à la phase 2, puis à intégrer les souvenirs traumatiques -le·a patient·e est capable de se les remémorer, de savoir que ça lui est arrivé à lui ou elle, et que ces souvenirs appartiennent au passé- et enfin à intégrer ensemble les différentes parties de la personnalités), la théorie a un peu évolué : par exemple, il n’est plus question de Personnalité Apparemment Normale et de Personnalité Emotionnelle mais de part de la personnalité fonctionnant au quotidien et des autres. Le fait de rentrer dans le détail de la thérapie, des difficultés spécifiques, permet de mieux se représenter les effets de la dissociation d’origine traumatique. L’un des enjeux est par exemple de permettre au ou à la patient·e de considérer que ses différentes parts ne sont pas effectivement des personnes distinctes mais des parties de lui ou  d'elle-même (le·a thérapeute ne doit par ailleurs surtout pas tomber dans ce piège, ce qui est moins simple qu’il n’y paraît sans formation spécifique, en particulier quand une personnalité ne se souvient plus des actions et paroles d’une autre, ou quand elles sont en conflit). L’importance de cet élément est particulièrement claire quand certaines personnalités sont encore des enfants (qui potentiellement continuent de vivre le traumatisme)… ou quand l’une des personnalités incarne l’agresseur·se, reprenant ses propos culpabilisants, ses menaces interdisant de parler. Le cadre de la thérapie, à construire de façon sécurisante mais à respecter strictement ensuite, doit être le même pour toutes les personnalités. Une autre façon de mieux ancrer les patient·e·s dans la réalité est de relever, tout en gardant une attitude empathique et compréhensive, les contradictions (par exemple, faire remarquer que la personne incarnée est maintenant âgée, voire décédée, ou habite loin, et demander avec douceur comment ça peut s’expliquer). Un autre élément particulièrement important est la gestion de la violence, contre le·a thérapeute ou la structure, ou du ou de la patient·e envers lui ou elle-même. Les règles doivent être explicites, et, s’il est essentiel de toujours rester empathique, les transgressions doivent être suivies des conséquences indiquées (pause dans la session, voire une pause d’une ou plusieurs séances, allant jusqu’à l’arrêt de la thérapie sous cette forme quand c’est nécessaire), tout en expliquant pourquoi le cadre n’est pas négociable. Concernant l’auto-mutilation, il est rappelé que le·a thérapeute ne peut absolument pas protéger le·a patiente de lui ou d'elle-même vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Si travailler ensemble pour éviter que le·a patient·e ne se fasse du mal fait partie de la thérapie, le·a thérapeute doit rappeler au ou à la patiente que se préserver est de son entière responsabilité. Autre élément : le risque de contre-transfert est démultiplié par le risque de préférer certaines personnalités, et d’en rejeter d’autres. Pour cette raison (même s’il y en a d’autres!), la supervision et la thérapie sont indispensables pour le·a thérapeute.

Mais ce qui fait la grande richesse du livre est que la plupart des recommandations, pour ce travail intense… sont en fait valables pour n’importe quelle thérapie (et, inversement, les fondamentaux qui sont valables pour n’importe quelle thérapie s’appliquent pour les patient·e·s dissocié·e·s). Il est important que le cadre ait un sens, qu’il puisse être renégocié quand ça ne fonctionne pas. Pour sa propre sécurité mais aussi pour la sécurité des patient·e·s, le·a thérapeute doit impérativement connaître et respecter ses propres limites. Les développements sur l’attachement dans la relation thérapeutique (pour ces patient·e·s, l’agresseur·se est souvent une figure d’attachement primaire… l’entrée en relation, indispensable pour le soin, peut donc aussi réactiver le traumatisme!) sont particulièrement riches tout en étant ancrés sur leur aspect pratique. De précieuses indications sont aussi données, par exemple, pour sécuriser le·a patient·e à la fin de la séance, ou pour mettre fin à la thérapie (parfois après plusieurs années). Pour ces raisons, plus encore que Le soi hanté, je recommande très fortement ce livre à tout·e thérapeute et apprenti-thérapeute (d’autant que le chapitrage est clair et les concepts centraux sont mis en valeur, ce qui permet de retrouver un point spécifique lorsqu’on est face à un questionnement particulier).

C’est écrit sur la couverture, mais l’approche est intégrative et toute spécialité peut être un atout pour un éventuel travail en équipe (qui doit toutefois être sous la responsabilité de thérapeutes expert·e·s). Sans surprise les TCC à travers différentes spécialités et l’EMDR sont souvent évoqués, mais l’hypnose, par exemple, est aussi un outil très aidant dans certaines circonstances.

dimanche 1 mars 2020

C'est comme ça que je disparais, de Mirion Malle



 Clara a un travail et même deux (écrivaine, et attachée de presse à mi-temps avec un responsable dont certains comportements flirtent avec le harcèlement moral), des ami·e·s proches et soutenant·e·s... pas tout à fait l'image qui peut venir à l'esprit spontanément pour se représenter une personne dépressive.

 Et, pourtant, Clara disparaît... Elle disparaît pour cacher la crise de larmes qui vient d'un coup, elle disparaît quand elle ne répond pas aux appels ni aux SMS de ses ami·e·s qui s'inquiètent de ne plus la voir... surtout qu'iels ont peur qu'elle ne disparaisse pour de bon, alors que pour elle, c'est clair, si elle a parfois des pensées suicidaires, il n'est pas question de passage à l'acte ("j'ai jamais été "au bord du gouffre". Genre. Je le vois au loin"). Disparaissent aussi dans ces moments là les messages de réponse qu'elle commence à écrire, puis efface avant de les envoyer. Ses émotions, même, finissent par disparaître, quand le problème n'est plus d'être triste mais de ne plus être capable de ressentir la tristesse. Et elle disparaît en tant que victime de violences sexuelles : après avoir tenté de faire disparaître le souvenir (avec succès, pendant un an), elle disparaît de la vie de son agresseur, impuni, alors qu'elle-même souffre tellement, des années après ("Depuis SEPT ans, y a pas un jour, pas une heure où je n'ai pas pensé à ce qui est arrivé. Et lui, il y pense à ce qu'il m'a fait? Ou il a rangé ça dans un coin de sa tête? Il continue sa vie, sans embûches, sans répercussions. Il m'a détruite et il a le droit de vivre une vie heureuse.")

 Ce voyage avec Clara permet aussi de mettre en lumière quelques éléments, comme les signaux chez l'autre qu'une personne qui souffre sait repérer, et les conseils pertinents que peut donner quelqu'un qui est passé par là, ou encore les difficultés d'accès à des soins de qualité (5 à 7 mois d'attente pour un service de psychothérapie, 125$ de l'heure pour une thérapeute spécialisée -"Ah bah nickel! J'imagine que je dois choisir entre ça ou manger, alors!", recherche sur Internet avec des avis très contradictoires pour savoir si prendre des antidépresseurs serait pertinent, ...) ou le fait que, même pour réconforter, même si c'est un·e proche, on ne touche pas quelqu'un qui fait une crise sans demander avant.

 La bande-dessinée se lit bien, et contient probablement des subtilités qui sont plus saillantes au bout de plusieurs lectures. Elle permet aussi de réfuter un certain nombre de clichés sur la dépression, et la façon dont elle peut être vécue par les personnes concernées et par l'entourage... en particulier le fait que cette maladie puisse être invisible!

mardi 11 février 2020

Croire en ses rêves et trouver son chemin, de Meriem Salmi



 Le fait de parler de rêves dans le titre n’est pas juste là pour sonner bien : Meriem Salmi, "la psy des champions", accompagne les plus grand·e·s sportif·ve·s… et au cas où on n’aurait pas bien compris, la préface est rédigée par Teddy Riner, qui a commencé à travailler avec elle à l’âge de 14 ans. Et en effet, elle appelle dès les premières pages le·a lecteur·ice à ne se refuser aucun projet, en déplorant qu’avoir trop d’assurance, d’ambition, soit mal vu : parlez de vos rêves, vous trouverez en effet probablement quelqu’un pour vous rappeler à l’ordre, pour en remettre une couche au premier échec, alors même que l’échec n’est pas la fin mais une partie intégrante du chemin (c’est d’ailleurs une des différences que l’autrice fait entre ambition et prétention : être prétentieux, c’est s’agacer quand on échoue, comme si ce n’était pas normal de ne pas savoir tout faire de façon innée). Elle rappelle pourtant que tout rêve est respectable, que ne pas chercher à être le·a meilleur·e n’est ni plus ni moins glorieux que de s’engager dans cette voie : ce qui compte, c’est ce que l’on veut vraiment, ce qui nous convient profondément. Paradoxalement pour un livre qui va surtout concerner le monde sportif et ses exigences de discipline, l’autrice va en effet, régulièrement et fermement, inviter à envoyer promener la norme, et surtout le regard normatif des autres, et ce quel que soit le domaine (elle rapporte par exemple une conversation avec un proche choqué de son intérêt pour les yachts, un objet tellement bling-bling et superficiel –pas elle, quand même!-, elle en a rajouté une couche en répondant qu’elle aimait aussi les bijoux) : la prière de la Gestalt ("I do my thing and you do your thing") trouve une incarnation forte. Seules méritent le mépris… les personnes qui sont méprisantes.

 Cette thématique du respect de soi et de l’autre ne concerne pas seulement les valeurs : elle est aussi liée à la performance. Dans un univers où le moindre signe de faiblesse peut être mal vu, l’autrice invite au contraire, pour fonctionner pleinement, à garder en mémoire que les athlètes sont des êtres humains, et non des robots. C’est parfois un combat de le rappeler, mais un·e psy a toute sa place dans la préparation sportive. Sans même parler d’accompagner le choc des blessures ou tous les repères qui disparaissent avec la fin de carrière, accepter ses angoisses, s’écouter, c’est aussi prévenir des blessures, remédier à des baisses de performance. Accepter la possibilité de la défaite peut paradoxalement rendre meilleur·e, comme se souvenir que le sport, c’est aussi un jeu. Se respecter pleinement permet également d’avoir une approche constructive de l’échec : si tout mettre sur le dos de l’arbitre/du reste de l’équipe/de la météo, c’est se déresponsabiliser, porter tout le poids de l’échec, même si c’est moins intuitif, l’est d’une certaine façon aussi ("Beaucoup pensent : "Je ne veux pas me chercher d’excuses : si j’ai raté, c’est de ma faute, je suis le seul responsable." Et ensuite, une fois que l’on s’est dit ça, on continue à se taper dessus, à se maltraiter. Stop! Là, nous ne travaillons pas, nous nous enfermons dans un constat médiocre.").

 La dureté du sport de haut niveau, les sacrifices nécessaires ne sont à aucun moment niés, sont même rappelés régulièrement, serait-ce en filigrane, mais l’approche, rafraîchissante, invite à s’appuyer sur des ressources positives (ambition qui n’est pas prétention donc, mais aussi gratitude, appui sur ses racines, confiance en ses désirs profonds, écoute de ses émotions –les "cartésiens", du moins ceux qui estiment que leur approche qu’ils jugent rationnelle leur permet de regarder les autres de haut, sont souvent raillés-, …). La formule "ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort" lui évoque les souffrances terribles qu’elle a observées entre autres dans son expérience en addictologie, autant dire qu’elle n’est pas convaincue.

 Très accessible, avec une approche qui rappelle souvent celle de l’ACT (écoute des émotions, recherche de ressources positives, valorisation des analogies), ce livre est particulièrement agréable et… inattendu, la performance, la compétition, étant souvent associées à la violence, envers soi comme envers les autres, et parfois présentées comme des devoirs presque moraux, une perspective assez fermement rejetée dans ce livre écrit par une personne qui fréquente pourtant l’élite au quotidien.



dimanche 2 février 2020

L’interprétation sociologique des rêves, de Bernard Lahire





 Dès le titre, l’auteur annonce un pari osé. Une approche sociologique, pour ce qui est probablement le mécanisme mental privé par excellence? Une nouvelle proposition d’interprétation du contenu, sur un nouveau socle scientifique, alors que depuis la psychanalyse, qui n’est pas sans avoir ses lacunes, ce projet avait été plus ou moins mis de côté? C’est en effet une entreprise ambitieuse qui est entamée, au point que ce premier volume sera consacré à la méthodologie, et que le vif du sujet, l’interprétation de rêves dans le cadre d’une recherche, sera l’objet d’un autre livre… pas encore sorti (c’était bien la peine que je me réveille plus d’un an après la parution de celui-ci) (bon, ça y est, il est sorti).

 N’étant pas sociologue, j’aurais bien du mal à dire si l’approche est strictement sociologique (je vais me contenter du supposer que l’auteur, professeur de sociologie, connaît un peu le sujet), mais c’est bien d’interprétation qu’il est question : l’aspect biologique de ce processus qui vient se glisser dans le fonctionnement déjà complexe du sommeil ne sera que très peu abordé. Pour renouveler la compréhension du contenu du rêve, encore faut-il faire l’inventaire de ce qui existe déjà, et une grande part du livre sera consacrée à l’historique des démarches entreprises. Si Freud, je l’ai appris à ma grande déception, est loin d’être le premier à avoir proposé des clefs de compréhension scientifiques de ce processus qui prend pour le moins au dépourvu, c’est celui qui a élaboré le modèle théorique le plus complet. Le socle du travail de Bernard Lahire consistera donc en grande partie en une approche critique de celui de Freud, en gardant les éléments pertinents et en s’affranchissant, de façon argumentée, des aspects moins convaincants. Une grande originalité de cette critique constructive de Freud (critique constructive de Freud, c’est déjà pour certain·e·s un oxymore) est qu’elle s’appuie sur des choses que Freud a effectivement dites (je ne vise personne) (par exemple je ne vise pas, entre autres, Tobie Nathan) (les neurosciences ont prouvé que Freud s’était trompé parce qu’on sait désormais que les chiens rêvent? sérieusement, M. Nathan?).

 Pour Freud donc, le rêve fait vivre l’accomplissement d’un désir. Plus on vieillit grandit, plus on a d’inhibitions, donc plus on a potentiellement honte de nos propres désirs. Le rêve masque par conséquent ces désirs (contenu latent), dont on ne saurait supporter l’expression directe, et les montre de façon métaphorique (contenu manifeste) et parfois (souvent) incompréhensible, en allant généralement chercher lesdites métaphores dans les jours qui précèdent le rêve. Lahire va dans le même sens que Freud en ce qui concerne l’importance du vécu des jours précédents dans l’imagerie onirique, et sur la richesse de l’expression par métaphores (pour mon plus grand bonheur, L’analogie, cœur de la pensée est souvent cité). En revanche, l’accomplissement du désir, la censure, partent à la corbeille. L’auteur estime que Freud, dans sa volonté d’avoir un modèle infaillible, s’est un peu trop accroché à certaines de ses hypothèses, parfois avec un argumentation tordue (le rêve c’est l’accomplissement d’un désir même quand c’est un cauchemar parce qu’au fond on désire souffrir, ou alors c’est parce qu’on arrive pas à accomplir le désir mais peut-être qu’on ne veut pas vraiment l’accomplir, ou alors…)… défaut qu’il n’est pas seul à avoir, l’exemple est donné d’un neurologue qui affirme que le rêve n’a lieu que pendant le sommeil paradoxal des décennies après qu’il ait été observé à d’autres moments. Bernard Lahire n’adhère pas du tout à l’hypothèse de la censure, dans la mesure où le contenu du rêve manifeste est parfois bien plus inavouable que le contenu latent : l’exemple est donné d’un homme qui, craignant d’avoir un enfant avec sa maîtresse, rêve qu’il a tué cet enfant imaginaire. Dans un autre exemple, ironiquement, c’est Freud qui ellipse l’aspect problématique en intitulant "rêve de l’escalier" le rêve de quelqu’un qui rêve qu’il agresse sexuellement un enfant sur un escalier. Si le fondateur de la psychanalyse s’en défend, Lahire relève aussi que ses interprétations tournent plus que de raison autour de la sexualité (couteaux, cigares, vases, forêts, coffres, grottes, escaliers, si l’un de ces éléments figure dans votre rêve -la liste est plus indicative qu’exhaustive-, vous êtes un·e obsédé·e qui ne s’assume pas).

 Pour l’auteur, non seulement le rêve a très peu de raisons de censurer car il constitue un dialogue de soi à soi, et la sociologie a confirmé à de nombreuses reprises (des exemples précis et sourcés sont donnés) que plus on est dans un univers familier, moins on se censure, mais c’est même sur le compte l’absence de censure qu’est mise cette incohérence qui règne dans l’univers onirique : les règles les plus intégrées du discours sur la structure temporelle, l’intelligibilité linguistique, ne sont pas l’affaire des mécanismes du rêve. Freud justifiait l’hypothèse de la censure en partant du récit de rêves d’enfants, qui réalisaient leurs souhaits les plus récents dans la plus grande des transparences. Lahire compare lui aussi pour appuyer son propre propos le récit onirique aux récits d’enfants, en donnant un exemple qu’il a lui-même recueilli dans le cadre d’une autre recherche (un extrait : 'Je… J’vais manger. Après je, après ma mère elle se… elle se promène. Elle se promène, elle se promène, et j’pars dehors pour s’promener. Une fois, une fois, une… pour tout plein d’fois! J’fais des tours, j’pars chez ma cousine. Après je, après on… après on parle, on parlait, ils parlaient et tout et tout. Après euh… mon cousin t’sais euh… il a la même taille que moi. Après on parlait, on parlait"). Ce qui est important pour le·a rêveur·se apparaît de façon brute : en dictature, les rêves traitent de violences politique, à l’approche d’examens importants, j’imagine que ce n’est pas la peine de vous faire un dessin… Cet aspect brut rend indispensable, pour l’interprétation, un échange avec le·a rêveur·se. Un lieu peut se rapporter effectivement à ce lieu, à une personne, à un événement, à une période de la vie… les possibilités sont à peu près aussi vastes pour chaque symbole, qui peut même figurer simultanément plusieurs éléments. Autant dire que l’auteur affiche un scepticisme certain (c’est une formulation diplomatique) envers toute proposition de dictionnaire de symboles universel.

Si le contenu est peut-être moins sexy que le modèle théorique freudien, qui lui-même avait plus de limites dans le potentiel des interprétations possibles qu’une approche ésotérique, le raisonnement est bien argumenté, et les critiques envers les modèles précédents sont constructives et respectueuses. Le projet annoncé pouvait tout aussi bien tomber à plat (dépasser Freud? plus d’un siècle après? en respectant les exigences de la méthodologie scientifique d’un siècle après?), mais le contrat est pleinement rempli. Reste à attendre le volume deux, l’application du modèle, pour prendre la dimension de son intérêt réel.

samedi 18 janvier 2020

Schizophrènes au XXème siècle. Des effets secondaires de l’histoire, d’Hervé Guillemain




  Sans négliger dans la moindre mesure la gravité des symptômes eux-mêmes, la schizophrénie se caractérise aussi par une image sociale négative : le diagnostic, le mot lui-même est stigmatisant, comme en témoignent certain·e·s patient·e·s, au point que des psychiatres sont parfois réticent·e·s à le communiquer. La démarche entreprise de retracer son histoire au long du XXème siècle, soit le siècle de sa naissance, couvre donc de nombreux enjeux : scientifique (quelle est l’origine de ce diagnostic?), politique (comment ces personnes dépendantes ont-elles été prises en charge par les différentes institutions), médical (historique des traitements proposés et de leur succès), … L’auteur revendique une méthodologie originale, partant des archives de dossiers de patient·e·s, pour raconter avant tout leur histoire.

  Le premier enjeu de la création de ce diagnostic (initialement appelé démence précoce) était institutionnel : il annonçait, implicitement, un pronostic de chronicité. Nommer les patient·e·s de cette façon, c’était conclure, à partir des symptômes observés, que l’hospitalisation allait durer toute la vie. Le terme a commencé à se démocratiser dans la pratique médicale au cours des années 1930. Les questionnements autour des spécificités de cette pathologie consistent pour certain·e·s à la différencier des diverses formes de mélancolie, pour d’autres à rechercher une continuité par la comparaison avec d’autres, semblables, observées dans le passé (hystérie, possession, … l’auteur est sceptique quant à cette démarche). En regardant les dossiers de l’époque, c’est pourtant la déviance par rapport à la norme qui semble être dans un premier temps un critère d’internement : délinquants, hommes pas assez virils ou femmes pas assez féminines ("d’une façon générale, on peut dire en effet qu’une femme qui néglige sa coiffure est très arriérée d’un point de vue mental", peuvent lire les étudiants en psychiatrie dans un manuel de 1929)...  Si la tendance s’inversera vers la fin des années 50, ce sont par ailleurs surtout des femmes qui vont être dans un premier temps concernées. L’auteur a observé que les domestiques et, à une époque où les conditions de travail dans la profession se dégradaient, les sténodactylo, étaient surreprésentées. Si le déracinement, la perte de perspective après un espoir d’ascension sociale, sont suspectés, on peut s’étonner que la piste des violences sexuelles et ses effets traumatiques bien réels ne soit pas explorée (en dehors de l’évocation, dans un témoignage, du harcèlement sexuel qui faisait presque partie de la profession de dactylo), pour ces personnes particulièrement exposées (profession féminine plutôt solitaire, ascendance hiérarchique forte exercée par un ou des hommes, …). De nombreux·ses migrant·e·s sont également interné·e·s en particulier dans les années 30, et parfois déporté·e·s ensuite dans leur pays d’origine.

 Les étiologies suspectées changent avec le temps, et orientent les traitements : la cause est successivement recherchée dans la qualité du sang (les règles sont surveillées de près), rénale, hormonale, on recherche un physique type, puis une gestuelle type du ou de la malade, … L’abondance de données est bien inscrite dans la pratique médicale (la température d’une patiente est prise tous les jours malgré le consensus scientifique sur le fait que la démence précoce ne change rien à la température corporelle, la ponction lombaire devient un passage obligatoire, …), mais la contradiction desdites données avec les hypothèse des psychiatres ne semble pas les perturber outre mesure (l’auteur ironise sur l’evidence-based medecine, ce qui est selon moi à la fois un anachronisme -le terme date de 1980- et un contresens -la pratique de la méta-analyse, de la tentative de réfutation des hypothèse comme recherche de preuve, est plutôt contradictoire avec les pratiques décrites-). Des traitements particulièrement douloureux seront infligés régulièrement ("Gervaise P., une jeune ménagère, subit 23 injections de soude, espacées chacune d’une demi-heure dans la même journée entre 10h et 21h30") sans que, loin de là, la balance bénéfice/risque ne soit étudiée de près, ces pratiques allant jusqu’à la lobotomie ("la lobotomie est une pratique dont la diffusion est indissociable de la construction de l’entité schizophrénique", "la pratique de la lobotomie fonctionne au service de l’ordre institutionnel et d’une justice informelle vouée à établir la mort sociale du sujet").

 La médecine, le traitement des personnes internées, ne sont bien entendu pas indépendants de considérations politiques et économiques. Plus tragique encore que la lobotomie, l’auteur rappelle les décès massifs pendant la seconde guerre mondiale ("56 % des déments précoces et schizophrènes transférés sont morts avant la fin de la guerre") d’une population enfermée exposée à la famine et aux épidémies. Il s’est également particulièrement attardé sur la pratique des transferts, à grande échelle, des patient·e·s parisien·ne·s (les institutions locales étaient surchargées) vers des structures en province, extrêmement lucratifs pour les investisseurs qui en ont bénéficié ("fixé à 13 francs, le prix de journée passe en 1938 à plus de vingt francs, alors que le prix de revient du séjour d’un patient est de 5 francs par jour"), parfois contre la volonté des familles, comme en témoignent certains courriers dénonçant une séparation insupportable pour les proches comme pour les patient·e·s. Aspect politique et économique encore dans l’usage, avec les progrès pharmacologiques, des traitements médicamenteux : la schizophrénie n’est pas soignée mais les symptômes sont émoussés, ce qui facilite aussi la prise en charge… certain·e·s patient·e·s sont ainsi soigné·e·s contre leur gré, et la pratique américaine, où des doses plus fortes sont administrées, est même suspectée de favoriser les passages à l’acte violents. Le développement du traitement par injection permet encore un meilleur contrôle : l’observation quotidienne n’est plus à surveiller, ce qui permet de libérer les patient·e·s de l’hôpital ou, pour le formuler plus cyniquement, de libérer l’hôpital des patient·e·s. Le suivi psychiatrique laisse la place au suivi infirmier, et les efforts nécessaires pour la réinsertion des patient·e·s ne sont pas fournis de façon satisfaisante.

 Le livre se lit facilement, est intéressant, mais, parce qu’il est intéressant, est frustrant. En l’espace d’un peu moins de 300 pages est abordée, sur l’espace de tout un siècle, l’évolution de la société sur le plan médical, scientifique, psychiatrique, politique, économique… Chaque chapitre aurait probablement pu facilement remplir un ouvrage et, la structure du livre étant thématique et non chronologique, c’est plus difficile de se représenter comme un ensemble l’articulation de tous ces aspects avec chaque époque. Certains espaces sont aussi laissés vides, ou presque, comme l’aspect juridique (qui décide de l’internement? qui peut s’y opposer ? les critères étaient ils plutôt centrés sur l’intérêt médical ou sur la préservation de l’ordre public? quelles évolutions pour les droits des patient·e·s?) ou, particulièrement paradoxal pour un ouvrage qui revendique de porter la voix des patient·e·s, leur accès à la parole publique. Certes c’est abordé, mais de façon expresse, au tout début du livre (le travail de Blogschizo est par exemple évoqué… Blogschizo c’est bien, lisez Blogschizo, et suivez la d’urgence sur Twitter) ou encore à la fin pour dire que la médicalisation, avec l’atténuation des symptômes, a permis la prise de parole, mais le sujet aurait certainement pu occuper plus de place (par exemple dès le XIXème siècle, le président Schreber, rendu célèbre par un certain Sigmund Freud, militait pour sa remise en liberté sans dissimuler pour autant des états délirants très avancés). Dans cette mesure, même s’il n’y a pas de prérequis particulier pour comprendre l’ensemble, la lecture est probablement beaucoup plus profitable avec des connaissances en psychopathologie, en histoire de la médecine, des sciences, du droit... Il faut toutefois admettre que l’auteur a répondu en partie à mes protestations en proposant une bibliographie commentée à la fin (sans compter ses propres livres sur d’autres aspects de l’histoire de la psychiatrie).