vendredi 30 janvier 2026

Devenir anorexique, de Muriel Darmon

 

 L'autrice livre les résultats de son travail de recherche, en tant que sociologue, sur l'anorexie. Son travail s'appuie principalement sur des entretiens avec des patientes hospitalisées dans deux cliniques (dont une d'orientation plutôt psychanalytique), des lycéen·ne·s non sélectionné·e·s pour un diagnostic interrogé·e·s sur leur rapport à l'alimentation, et des personnes ayant été diagnostiquées (parfois longtemps avant l'entretien) sans être passées par l'hôpital.

 La spécificité du regard sociologique est évoqué en longueur, et a été un sujet à part entière lors de l'enquête puisque des soignant·e·s revendiquaient leur propre expertise, prêtaient parfois à l'autrice un regard stéréotypé auquel iels pouvaient adhérer par ailleurs (l'anorexie est le résultat de la pression sociale à être mince, dans les magazines dits féminins et dans la médiatisation de la mode en particulier) ou encore étaient directement hostiles (comme un psychiatre chef de service lui expliquant doctement que pour comprendre l'anorexie parler aux patient·e·s n'a aucun intérêt et qu'il ne faut parler qu'aux soignant·e·s, cette grande démonstration de rigueur incluant la remarque que bon franchement la sociologie ce n'est pas très rigoureux). Les observations cliniques montrent aussi que les soignant·e·s ont la sensation de connaître le sujet par cœur (discours tenu au moment de l'admission, caractéristiques physiques ou tempérament, ...) au point que c'est un sujet de complicité, et que les patient·e·s apprennent vite, délibérément ou non, à être d'accord avec le discours porté sur leur pathologie, pour la plus grande satisfaction des psy qui tiennent lesdits discours (interprétations ressenties comme les seules valables, réponses attendues indiquées implicitement, ...).

 L'autrice identifie plusieurs étapes dans le parcours (elle utilise le terme de carrière) des personnes anorexiques : une première perte de poids qui peut être liée ou non à un régime et qui fait débuter les comportements qui iront plus loin, des alertes des proches qui ne seront pas écoutées et qui provoqueront des attitudes de dissimulation ou d'opposition (la liste des stratégies pour cacher la nourriture présentée dans le livre occuperait probablement beaucoup de place), puis une hospitalisation dans laquelle se jouera un rapport de force plus violent encore. Les comportements, qui ont souvent été valorisés dans un premier temps, concernent la restriction alimentaire, mais aussi la pratique intensive du sport, ou l'investissement dans la scolarité, avec à chaque fois une recherche d'excellence.

 Cette recherche d'excellence sera analysée par l'autrice comme allant de pair avec une recherche, pas nécessairement consciente, d'élévation sociale... c'est analysé  par exemple avec l'évolution des goûts alimentaires (ce n'est pas seulement le gras et le sucré qui sont rejetés au profit des aliments moins caloriques, ce sont aussi des aliments attribués aux classes populaires qui sont rejetés au profit d'aliments plus valorisés), des échanges avec parfois une bienveillance condescendante entre boulimiques et anorexiques, la volonté explicite d'être plus maigre que les autres ("ce poids est acceptable chez telle ou telle personne, mais pas pour moi"), ... Renoncer à la perte de poids, ce n'est donc pas, loin de là, juste renoncer à la perte de poids. C'est un changement physiologique important (le corps s'est habitué au jeûne et à une alimentation différente), mais aussi un changement de regard sur soi de façon plus générale, l'arrêt d'un investissement dans des domaines valorisés (sport et études), ...

 Ce travail est une présentation particulièrement intéressante de la méthodologie sociologique et des réflexions qui la sous-tendent, mais aussi un regard très complémentaire avec les approches plus directement thérapeutiques, en particulier dans la mesure où il est appuyé par de nombreux extraits d'entretiens. 

jeudi 15 janvier 2026

Étreindre votre douleur, éteindre votre souffrance, de Stéphany Orain-Pelissolo

 


 Le titre, particulièrement bien trouvé, résume le propos du livre : la douleur, qu'elle soit physique ou psychologique, provoque de la souffrance, mais n'est pas la souffrance. L'un des intérêts de distinguer ces deux concepts c'est que, paradoxalement, en faire trop pour limiter la douleur peut exacerber son impact, soit la souffrance : la douleur devient le centre du monde, ça génère un sentiment d'impuissance, ... Ces mécanismes sont détaillés avec différents niveaux de complexité (et par exemple la distinction entre acceptation -j'intègre que la réalité est telle qu'elle est même si j'aurais tellement besoin qu'elle soit différente- et la résignation -de toutes façons, je ne peux rien faire-), et surtout un programme sur huit semaines est proposé pour aller au delà de l'explication du principe.

 En effet, la promesse est forte puisque dans l'intro sont invoqués, par exemple, les attentats du 13 novembre 2015, qui, c'est le moins qu'on puisse dire, ont généré d'intenses douleurs physiques comme psychologiques (je vous recommande d'ailleurs fortement de lire ce témoignage). Expliquer la distinction entre douleur et souffrance, expliquer comment lutter contre la douleur peut renforcer la souffrance, c'est important, mais à une certaine intensité (deuil, maladies ou douleurs chroniques, TOCs, traumatismes, ...), un travail sur la longueur est nécessaire pour que la capacité à se préserver en prenant de la distance s'ancre profondément. Le socle du programme est un travail de méditation, dont les principes et les objectifs sont expliqués, et les audios des méditations sont téléchargeables. Des propositions sont aussi faites pour adapter le programme selon ses besoins. Élément appréciable parce que trop rare : il est rappelé que si la méditation est un outil puissant ce n'est pas une baguette magique, qu'il peut y avoir des contre-indications, et que c'est un apprentissage qui demande de la patience et peut être laborieux. Un détail technique que j'ai apprécié : pour la méditation pour l'accueil de ses émotions, il est recommandé de relever qu'on ne ressent pas d'émotions quand on n'en ressent pas, ce qui en effet est une façon importante de respecter son rythme.

 Le travail de fond est rigoureux et s'appuie sur des méthodes validées scientifiquement, et les explications sont claires. Je n'ai pas moi-même testé le programme, mais tout laisse penser qu'il est efficace, certes avec une efficacité différente selon les personnes, et ça implique de consacrer du temps et de l'énergie, sur la longueur, au travail, parfois dans des situations de difficulté extrême. Quel que soit le niveau d'amélioration final, je suis convaincu que les personnes qui vont au bout du programme auront des outils mobilisables au moins pour atténuer leur mal-être.

vendredi 2 janvier 2026

Installation et objectif 2026 : saut en longueur au dessus d'un banc de piranhas

 


 J'avais fait un point installation il y a un peu plus d'un an ici

 Depuis, il y a eu pas mal de bonnes nouvelles.

 Le plus important, c'est que je m'épanouis vraiment professionnellement (ce qui faisait partie de mes appréhensions!), je me sens pleinement à ma place, et en plus je suis aussi devenu directeur de mémoires ^^  

 La création de la page Facebook m'a poussé à écrire des articles pour l'alimenter, exercice plutôt effrayant mais qui s'est avéré très intéressant (il y a maintenant 80 articles, et un nouveau de la rubrique toute récente Santé mentale et culture populaire devrait arriver d'ici la fin de la semaine prochaine)

 L'activité s'est beaucoup, beaucoup mieux développée en 2025 qu'en 2024 : le chiffre d'affaires annuel a été multiplié par 3,5, mes pires semaines étaient des semaines à 2 séances (ce qui était plutôt une semaine normale en 2024) et ce n'est arrivé que 3 fois, et si il y a eu des moments où financièrement c'était vraiment du funambulisme (en particulier après une baisse qui m'a pris par surprise en octobre puis en novembre), même les mois qui en théorie sont catastrophiques (décembre et surtout août) ce n'était pas non plus la chute libre.

 Pour autant, ça ne suffit pas... parce que même avec cette augmentation, les revenus dégagés sont très insuffisants pour en vivre. Ça devrait continuer d'augmenter, mais il faudrait que ce soit le cas très vite puisqu'à partir d'avril/mai je ne vais plus bénéficier des aides de France Travail, et avoir le cabinet suffisamment rempli d'ici là c'est faisable mais mal engagé. Évidemment je vais tout faire pour, et il y a des chances que je puisse augmenter le budget pub bientôt ce qui ferait passer mes chances de "mal engagé" à "tendu", mais ça va être l'épreuve décisive et elle est loin d'être gagnée.

 Comme pour le point installation précédent, l'idée, même si je suis conscient que par moment ça y ressemble beaucoup, n'est pas de me plaindre (surtout que malgré pas mal de moments compliqués, si je pouvais remonter le temps je ne renoncerais certainement pas à quitter mon métier précédent pour m'installer comme thérapeute!), mais de parler de l'aspect pro de ma vie et de ses réalités comme je le faisais avant avec mon parcours d'étudiant.

 Si jamais vous voulez m'aider (normalement c'est le dernier post de blog avec une demande d'aide, surtout que j'imagine bien que vous ne venez pas pour ça!), parlez de moi à vos éventuelles connaissances qui cherchent un thérapeute, en français ou en anglais, sur Lyon ou en visio, ou encore à des pro qui recherchent un psy fiable vers qui rediriger (je sais que ça se voit que je suis extrêmement compétent en lisant ce blog ^^ mais c'est maintenant aussi attesté par les avis Google visibles en scrollant un peu sur la page d'accueil), partagez mon contenu surtout si vous le trouvez intéressant, et/ou abonnez-vous à ma page Facebook (une page Instagram devrait arriver sous peu, ça fait partie de mes résolutions de Nouvel An) (la voilà!).

 En attendant je vous souhaite une bonne année, aussi épanouissante mais peut-être un peu plus zen que la mienne.