samedi 4 juillet 2015

Qu'est-ce qu'on fait en licence de psychologie?




 Ma dernière note est arrivée, et c'est désormais officiel, j'ai enfin, au bout de 6 ans (bon, oh, ça va, hein!), ma licence de psychologie! Comme ce n'est pas ma première orientation (parce que je me suis trompé à l'inscription à la fac et qu'après en psycho il n'y avait plus de place... non, ce n'est pas une blague), j'ai eu largement le temps de savoir où je mettais les pieds (surtout que j'avais pas ce hum de bac à m'occuper), mais c'est vrai qu'en terminale j'avais surtout des infos sur ce qu'il n'y avait pas en fac de psycho, plus que sur ce qu'il y avait (à part beaucoup d'abandons en première année) : "attention, la psychanalyse il y en a très peu, c'est une partie de la psychologie clinique, qui est une partie du programme", "attention il y a de la neurobio et des stats, avec un bac littéraire c'est compliqué" (oui ben j'ai réussi avec un bac littéraire ET une fac d'anglais LLCE, na!), … Et la plaquette de la fac avec les noms de matières exotiques n'allait pas beaucoup m'aider. Voici donc, pour celles et ceux qui se poseraient la question, en exclusivité (en fait pas en exclusivité, l'info se trouve un peu partout, mais ça sonne bien de dire "en exclusivité"), une description des différentes matières qui sont enseignées en fac de psychologie. Après, il faut garder en tête que ça peut varier légèrement entre certaines facs (en particulier sur la proportion de psychanalyse dans les enseignements), mais dans les grandes lignes ça reste à peu près la même chose (c'est à partir du Master que ça varie plus). Autre chose : ceci est un post interactif, si vous prévoyez de vous inscrire et que vous avez des questions à poser, ou si vous êtes l'heureux·se détenteur·ice d'une magnifique licence et que vous voulez vous moquer parce que vous ça ne vous a pas pris 6 ans pour l'avoir ajouter ou rectifier des trucs, les commentaires sont là pour ça.


La psychologie cognitive

 Cette matière qui a un drôle de nom concerne en fait tout ce qui recouvre les performances psychiques : mémoire, perception (visuelle, auditive, tactile -les premiers tests d'intelligence incluaient des tests de sensibilité de la peau-, …), raisonnement, ... Au risque de décevoir ceux et celles qui ont vu Lucy (je compatis...), la télékinésie ne fait pas du tout partie des performances psychiques. C'est une matière assez technique, qui ne fait pas spécialement partie des plus populaires. Les cours intéresseront particulièrement les personnes qui veulent s'orienter vers la pédagogie, la rééducation ou la recherche, mais j'ai par exemple eu la surprise pour mon stage de licence en maison de retraite de constater que les cours de première année sur la mémoire étaient bien utiles ne serait-ce que pour avoir quelques repères.

Qu'est-ce que je peux lire d'utile entre la terminale et la rentrée?

 Ce ne sont pas les livres sur le sujet qui manquent, en particulier ceux qui sont fait exprès pour les étudiant·e·s, mais comme ce n'était pas tout à fait ma priorité je serais bien incapable de vous en conseiller certains par rapport à d'autres. Si vous êtes l'heureux propriétaire d'une Nintendo DS, les jeux Docteur Kawashima ou Professeur Layton reprennent certains dispositifs qui seront étudiés en cours (test de Stroop -le truc où une couleur est écrite dans une autre couleur et il fait dire le plus vite possible dans quelle couleur le mot est écrit-, énigme des cannibales et des missionnaires, …), donc vous pouvez jouer aux jeux vidéo pendant l'été en expliquant que vous préparez ardemment votre rentrée (par contre je décline toute responsabilité quant à la crédibilité de l'argument).


La psychologie du développement

 Très proche de la psychologie cognitive (sauf qu'en plus il y a les âges à retenir!), la psychologie du développement concerne l'évolution du psychisme avec l'âge (donc techniquement ça ne concerne pas seulement les enfants mais aussi les personnes âgées, même si vous en entendrez probablement très peu parler). La psychologie du développement a été révolutionnée, autant dans les connaissances que dans la méthodologie, par Jean Piaget, qui se demandait par quels processus on était passé de l'homme préhistorique à l'homme qui envoie des fusées dans l'espace, et par extension comment on passait du bébé qui sait principalement pleurer et faire caca au ou à la polytechnicien·ne. Depuis cette révolution, les chercheur·se·s ont trouvé pas mal de failles dans les travaux de Piaget (des enfants qui échouent à telle tâche à un certain âge y arrivent dans un autre contexte ou avec d'autres consignes, …), mais même dans ses échecs (si on peut parler d'échecs) il reste incontournable puisque ses erreurs restent le point de départ des progrès des autres.

Qu'est-ce que je peux lire d'utile entre la terminale et la rentrée?

 La psychologie de l'enfant, d'Olivier Houdé. Un livre de psychologie du développement qui se lit bien, c'est un grand luxe en soi, mais en plus celui-ci a le mérite d'expliquer clairement les progrès de la recherche, les zones d'ombre, … De loin le livre que je recommande le plus pour découvrir la psy du développement.

 Psychologie du développement, Collection Grand Amphi : ça donne une idée plus directe de ce qui est fait en fac, par contre c'est peut-être un peu indigeste avant de commencer la 1ère année

 Sinon pour les plus courageux·ses vous pouvez lire Piaget directement, même si c'est par certains aspects dépassé ça reste une référence et ce ne sera pas du temps perdu.


La psychologie sociale

 A ne pas confondre avec la sociologie (mais ne demandez pas la différence à un·e sociologue si vous n'avez pas d'aspirine à portée de main), c'est l'étude de l'influence des autres individus (groupe, groupe extérieur, figure d'autorité, société en général ou même une seule personne) sur l'individu, au niveau des pensées comme des comportements. Parmi les expériences les plus connues, on a par exemple vu que des individus pouvaient donner une réponse fausse à une question évidente si d'autres personnes donnaient toutes la réponse fausse avant (expérience d'Ash), que quelqu'un accepte plus facilement de rendre service si il y a un contact physique (sur l'épaule ou l'avant-bras, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit!) avant ou si on lui indique qu'iel n'est pas obligé·e, que le fait d'être la cible d'un stéréotype peut influencer une performance conformément au stéréotype (effet de la menace du stéréotype), que plus il y a de personnes présentes moins on aide quelqu'un qui est en danger, ou encore que quelqu'un de parfaitement normal peut électrocuter un·e inconnu·e jusqu'à un danger de mort sans qu'on l'y contraigne par la force dans un certain contexte (expérience de Milgram sur la soumission à l'autorité). La psychologie sociale a pas mal inspiré le cinéma : I comme Icare pour l'expérience de Milgram (que je n'ai pas encore vu d'ailleurs il faudrait que je m'active), Compliance (tiré d'un fait divers réel mais où plusieurs mécanismes identifiés par la psychologie sociale sont en œuvre) ou encore L'Expérience qui est une adaptation (très très) libre de la célèbre expérience de Stanford où des sujets étaient recrutés pour être garde ou prisonnier (selon le tirage au sort) dans une fausse prison (l'expérience a été interrompue avant la fin à cause de l'état psychique des prisonniers et de la cruauté des gardes).

Qu'est-ce que je peux lire d'utile entre la terminale et la rentrée?

 www.psychologie-sociale.com . Bon ben vous avez déjà le lien, autant surfer dessus (c'est là pour ça), vous n'avez pas spécialement besoin que je vous raconte ce qu'il y a sur le site.

 Soumission à l'autorité, de Stanley Milgram. Pourquoi? Comment ça pourquoi? C'est le livre de Milgram! Sur l'expérience de Milgram! Non mais allo quoi!

 Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens, de Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois. Comme son nom l'indique, le livre, après avoir fait la différence entre opinion et comportement, donne une liste de techniques identifiées par la recherche pour influencer son prochain. La lecture est ludique, et contrairement aux apparences le livre ne servira pas spécialement à faire de vous un·e commercial·le redoutable (même si ça peut aussi) mais surtout identifiera, indirectement ou non, certains concepts importants de la psychologie sociale (différence entre opinion et comportement déjà évoquée, dissonance cognitive, …). Vous pouvez en avoir un aperçu ici : http://www.psychologie-sociale.com/index.php?option=com_content&task=view&id=221&Itemid=88 . Et si ça vous a plu, c'est magnifique, il y a une suite (La soumission librement consentie).

 The Lucifer Effect. How good people turn evil, de Phillip Zimbardo. L'auteur de l'expérience de Stanford revient longuement sur ladite expérience, puis dans une deuxième partie fait un inventaire de ce que la psychologie sociale peut nous apprendre, à travers la recherche directement ou à travers certains faits divers, sur les éléments qui peuvent transformer l'individu en héros ou en bourreau (la troisième partie est un développement sur la deuxième guerre des Etats-Unis en Irak et sur les maltraitances des gardes sur les prisonniers à Abu Ghraib). Le livre a cependant le double inconvénient de ne pas exister en français et de faire 400 pages (écrit petit).

 Tous racistes? et Psychologie sociale des valeurs, de Pascal Morchain. Courts et pédagogiques, ces deux livres permettent de mieux comprendre comment notre opinion est influencée, dans une certaine mesure à notre insu, et qu'il n'est pas si facile de s'affranchir de cette influence.


La neurologie

 Le terme est souvent utilisé comme un truc un peu magique, pour donner une aura ultrascientifique (comme Tobie Nathan qui explique dans La Nouvelle Interprétation des rêves que Freud est dépassé grâce aux neurosciences parce qu'on sait maintenant que les chiens et les bébés rêvent, ce qui est à la fois une ânerie sur Freud -ce n'est pas contradictoire avec sa théorie- et une exagération sur les neurosciences -pas besoin d'imagerie cérébrale pour constater qu'un chien rêve, même si à la limite ça permet de le confirmer-) ou totalitaire (comme le terme de neuromarketing -non, aucune pub ne va vous faire marcher dans un état second pour aller acheter un produit toutes affaires cessantes-) à un propos, mais la neurologie est une science comme une autre, avec des progrès qui sont faits au fil du temps, des chercheurs·ses qui se posent des questions, …

 Le cerveau (ou système nerveux central, qui comprend la moelle épinière) est impliqué dans les mouvements, les perceptions, la réflexion, la mémoire, la planification, … Quelques zones clef sont particulièrement identifiables (cortex, hypothalamus, hippocampe, …) mais il sera surtout question d'interactions entre ces zones, à travers entre autres des hormones et des neurotransmetteurs, ce qui complique les choses. Si vous avez comme moi une mémoire auditive plutôt que visuelle, vous allez passer quelques mauvais moments pour retenir les cours, mais ce n'est pas insurmontable, j'en suis la preuve vivante (j'ai ma licence, ouaaaiiiiis \o/). La recherche se base sur l'imagerie cérébrale mais aussi, par exemple, sur l'étude de l'effet des lésions (c'est en identifiant une lésion et son effet sur un patient -mais il a du attendre sa mort pour vérifier et localiser ladite lésion parce que l'imagerie à l'époque n'était pas au top- que le professeur Broca a fait radicalement avancer les choses en montrant que différentes zones du cerveau avaient différentes fonctions, et que le cerveau n'était pas une sorte de bloc polyvalent, ce que certain·e·s scientifiques pensaient alors). L'un des grands enjeux des neurosciences, en plus de donner un angle supplémentaire de compréhension du psychisme, est la rééducation.

Qu'est-ce que je peux lire d'utile entre la terminale et la rentrée?

 L'homme-thermomètre, de Laurent Cohen. En partant d'un cas clinique précis (un patient qui répond "un thermomètre" à chaque fois que l'auteur lui demande de désigner un objet à l'occasion d'un entretien diagnostic), Laurent Cohen fait découvrir le cerveau et son fonctionnement sous différents aspects, en reprenant aussi les principales avancées des neurosciences au cours de l'Histoire. Le lieu commun quand on parle du livre est de dire qu'il est construit comme une enquête policière, et force est de constater qu'il se lit bien, et est intéressant même pour quelqu'un qui ne se passionne pas spécialement pour la psycho.

 L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau,d'Olivier Sacks. C'est un classique (il a même été adapté en opéra!), et vous vous doutez qu'un livre avec un titre pareil ne peut qu'être bien. La part technique n'est pas forcément très poussée mais concerne des bases qui vont forcément revenir dans le cursus, et les cas cliniques sont accompagnés de réflexions qui seront utile à tout clinicien.

 Voyage extraordinaire au centre du cerveau, de Jean-Didier Vincent. A réserver aux plus courageux, ou du moins aux plus à l'aise avec la bio. Si le livre tient les promesses du titre dans la mesure où le ton est très poétique et donne en effet la sensation de voyager, aucune concession n'est faite sur la complexité du sujet et il faut souvent s'accrocher. Un gros atout du livre est que chaque article se conclut par une brève interview d'un·e spécialiste, qui là est compréhensible par le·a profane et souvent très intéressante (je dois à l'intervention d'Olivier Houdé un 14 en psy du développement en première année qui ne reflétait pas vraiment voire vraiment pas mon niveau, donc j'insiste elles sont très bien ces interviews!)

 Neurocomix, de Matteo Farinella et Hana Ros. Le livre a l'avantage d'être une bande-dessinée, ce qui est plutôt bien pour une discipline qui est en grande partie visuelle, et se spécialise sur le fonctionnement des neurones, partie assez technique. C'est donc une façon agréable et pratique d'aborder une partie de la neurologie qui n'est pas nécessairement la plus passionnante.


Les stats

 Je ne peux pas faire de musique qui fait peur avec le titre, et c'est bien dommage. Les stats effraient pas mal d'étudiant·e·s, dont moi (à cette peur s'ajoute parfois l'indignation, qui n'a bien sûr rien à voir avec le fait de devoir encore se taper des maths, que la psycho ça se fait avec des gens, pas avec des équations). En fait, le truc le plus important à retenir des cours de stats, c'est le texte qu'il y a sur la magnifique image qui illustre l'article. P<.05, ça veut dire qu'il y a moins de 5% de chances que les différences entre les sets de données testés soit due au hasard (en général une condition contrôle et expérimentale), ce qu'on appelle une différence significative (oui, ça veut dire que quand un·e chercheur·se dit qu'iel a identifié un effet, en fait ça veut dire qu'il y a jusqu'à 5% de chance que le hasard ait fait le résultat, c'est comme ça qu'on peut faire croire que manger du chocolat ça fait maigrir). Les stats servent donc surtout pour la recherche (pour en faire, ce qui va être demandé pour le mémoire de Master et/ou de Master 2, mais aussi pour comprendre les articles de chercheur·se·s qu'on lit). Vous aurez donc à savoir à quoi servent les différentes équations qui permettent soit d'arriver à ce précieux résultat p (et qui portent de doux noms comme Khi-2, Anova, K de Kruskall-Wallis, t de Student, …) soit de mesurer une corrélation (ça s'appelle coefficient de corrélation, c'est plus facile à retenir!), et à savoir les faire à la main et/ou avec un logiciel (pour finir de toutes façons si vous faites de la recherche à haut niveau -doctorat, ...- par demander à un·e statisticien·ne de vous aider à faire cette partie là).

Qu'est-ce que je peux lire d'utile entre la terminale et la rentrée (et même tant qu'à faire qui peut m'accompagner pendant la licence pour ce moment douloureux)?

 Pour comprendre les raisonnements derrière, comment ça marche, les intérêts et les limites des différentes équations, je ne peux que vous conseiller le très agréable à lire (oui, je sais que c'est étonnant, je suis même le premier à m'en rendre compte) Statistiques pour statophobes, qui est sympa à lire déjà pour tous les cursus qui impliquent des stats (les mêmes sont demandées que ce soit en psycho ou autre, du moment qu'il faut comparer des données) mais même par curiosité par quelqu'un qui ne sera pas contraint d'en faire. C'est en accès libre sur le net, allez-y sans crainte, c'est le premier pas le plus difficile.

 Pour faire les équations en question, ce qui peut servir parce que c'est un peu demandé aux partiels et donc noté, La statistique descriptive en psychologie en 32 fiches et Les tests d'inférence en psychologie en 23 fiches, de Nicolas Guéguen, qui m'ont sauvé la vie parce qu'arrivé en deuxième année j'étais vraiment désespéré. C'est rangé par opération, expliqué clairement (pour de vrai!) et brièvement, et s'il y a besoin ça peut être compété par un livre d'exercice. J'insiste, je sais que je ne suis pas le seul à être vite perdu en maths et j'aurais été bien embêté sans ces livres là.

 Assez complexe mais destiné au grand public, et très axé sur la pratique, le blog Allodoxia permet de voir à travers des exemples de recherches comment fonctionnent, très concrètement, les stats (et vu que c'est pour montrer que des recherches sont vulgarisées de façon fallacieuse, l'intérêt d'en comprendre finement le fonctionnement est plutôt limpide). Et en plus de ça, c'est l'occasion de booster ses connaissances en neurologie, en génétique, en psychologie sociale, ou encore de mieux savoir où vous mettez les pieds dans vos lectures perso puisque plusieurs vulgarisateur·ice·s très actif·ve·s sont épinglé·e·s (dont certains pour lesquels je n'avais pas la moindre méfiance, il doit en rester des traces sur ce blog). Bref, je recommande.


L'anglais

 En psycho, un bon niveau d'anglais est utile (à plusieurs reprises, j'étais bien content d'avoir fait une licence d'anglais avant), en particulier pour lire les publications scientifiques, ce qui sera plus que recommandé pour préparer les mémoires. Je pense qu'on peut s'en sortir jusqu'à la licence sans maîtriser spécialement l'anglais (c'est juste plus laborieux), mais à partir du Master c'est probablement beaucoup moins dispensable. Après, en dehors d'apprendre le vocabulaire spécifique de la psycho (ce qui se fera de toutes façons par la force des choses, en lisant des textes de psycho en anglais), il n'y a pas vraiment de méthode magique. La meilleure façon d'apprendre une langue, c'est de la pratiquer. Je n'avais pas de facilités en anglais pendant ma scolarité parce que j'aimais bien l'anglais, mais parce que j'aimais bien les jeux vidéo (beaucoup plus rarement traduits dans ma prime jeunesse) et le free-fight (il y avait plus d'infos sur les sites anglophones). Pour progresser, trouvez quelque chose que vous aimez faire (forum ou site de news sur Internet, correspondance avec un·e ami·e, série TV ou film anglophone -avec les sous-titres anglais c'est infiniment plus formidable- éventuellement que vous avez déjà vu si vous avez peur de mal comprendre, ...), l'idée c'est de vous dire que vous faites un truc qui vous plaît (qui a au pire l'inconvénient d'être en anglais), pas que vous faites de l'anglais, et de pouvoir y passer du temps.


La psychologie clinique

 Nous y voilà enfin, la psychologie "normale", celle qui sert à soigner les gens (non, ceux et celles qui se sont inscrit·e·s en psycho en connaissance de cause pour la psy sociale ou cognitive, je ne vous entends pas, c'est peut-être parce que je suis en train de faire lalalalalala en me bouchant les oreilles). Au risque de décevoir, vous n'allez pas vraiment apprendre directement à soigner les gens, déjà parce qu'il y a à peu près quelques milliards de méthodes qui existent (psychanalyse, thérapies cognitivo-comportementales, psychologie positive, thérapie systémique, hypnose, EMDR, …) même en éliminant celles qui sont fantaisistes (bon, d'accord, j'ai peut-être un peu exagéré sur le nombre, mais pas tant que ça), et aussi parce que ça implique la disponibilité de patient·e·s (si vous arrivez à vous former à une thérapie en vous entraînant sur votre table basse, n'hésitez pas à me contacter parce que ça m'intéresse!). Si vous voulez vous spécialiser dans un type de thérapie, il faudra donc probablement compléter votre parcours universitaire par une formation spécifique. Ce n'est pas pour autant que le programme n'est pas chargé, certains éléments sont importants à maîtriser quelle que soit la méthode : la psychopathologie (identifier les différents troubles psychiques), les spécificités de l'entretien clinique, l'attachement, les facteurs de risque, … Deux choses importantes si vous souhaitez vous spécialiser en psychanalyse : d'une part choisissez bien votre fac car la proportion de psychanalyse dans les enseignements est extrêmement variable d'une fac à l'autre, et d'autre part le titre de psychanalyste (qui n'est pas réglementé donc qui pour valoir quelque chose doit être délivré par une association spécialisée, qui dans les faits sera en France dans la plupart des cas soit la SPP soit l'APF) n'est pas un diplôme universitaire et demande donc une formation spécifique (qui peut bien sûr être faite parallèlement à une fac de psycho) qui implique une analyse didactique (passer sur le divan, si je ne me trompe pas c'est en général de l'ordre de deux à trois séances par semaine pendant au moins 3 ans).

Qu'est-ce que je peux lire d'utile entre la terminale et la rentrée?

 Comme la psychologie clinique est la discipline qui m'intéresse le plus, ce n'est pas évident de recommander des livres en particulier, je vais forcément avoir la sensation soit de trop m'éparpiller soit d'oublier des titres importants. Bon, je me lance quand même.

 Trilogie Attachement et perte, de John Bowlby (L'attachement, La séparation, angoisse et colère, La perte, tristesse et dépression). L'attachement est le plus souvent présenté à travers le dispositif de la situation étrange, de Mary Ainsworth (qui a beaucoup travaillé avec Bowlby et dont les recherches font partie intégrante de la trilogie), sur le comportement d'un enfant de 1 ans lorsqu'il retrouve sa mère après être resté trois minutes avec un inconnu (sa réaction permet de déterminer un mode d'attachement sécure, anxieux-évitant, anxieux-ambivalent ou désorganisé). Le concept d'attachement a de nombreux enjeux cliniques, et a été beaucoup repris par Cyrulnik, par exemple. Bowlby reprend les connaissances existantes et les développe à travers ses propres recherches, travaillant sur le deuil (y compris de deuil de l'enfant ou le deuil chez l'enfant), l'angoisse de séparation, … Certes c'est un peu long (en même temps, ça reste plus court que cette fameuse histoire de hobbit qui met 1500 pages à balancer une sorte de bague dans un volcan) mais c'est vraiment une lecture importante.

 La relation d'aide et la psychothérapie, de Carl Rogers. Que l'on se spécialise ou non dans la méthode thérapeutique de Carl Rogers (l'approche centrée sur la personne), le métier de psychologue clinicien consiste en grande partie à échanger avec des patient·e·s (bon, Carl Rogers dit client·e, mais je vais dire patient·e parce que j'ai envie), et la méthode de relance de Rogers est particulièrement efficace, tout en s'inscrivant dans une démarche de respect des ressources de l'interlocuteur·ice et d'humilité du ou de la thérapeute. Pendant ma courte expérience de stagiaire, c'est cette méthode qui m'a le plus servi.

 Conférences d'introduction à la psychanalyse, de Sigmund Freud. La psychanalyse est beaucoup moins dominante dans la clinique qu'elle a pu l'être avant, donc vous n'allez pas forcément avoir de cours de psychanalyse pendant votre cursus, ni forcément avoir envie d'en avoir, mais il y a quand même de fortes chances que vous en entendiez au moins parler. Ce livre de Freud (qui en plus est sûrement dispo gratuitement sur le net puisqu'il est maintenant libre de droits) vous permettra de savoir plus clairement de quoi vous entendez parler (je n'irais pas jusqu'à dire qu'on entend parfois des contrevérités, mais presque...). Et si vous vous intéressez à la psychanalyse, c'est un bon moyen de démarrer!

 L'entretien clinique, dirigé par Colette Chiland. Clair et offrant un très bon compromis entre la théorie et la pratique, ce petit livre très populaire parmi les étudiant·e·s qui l'ont lu est une bonne façon d'approcher les différents enjeux et problématiques de, vous ne devinerez jamais, l'entretien clinique.

 En analyse. Bien que la série s'appelle En analyse, l'approche analytique du thérapeute n'est pas particulièrement marquée (le titre américain est d'ailleurs In Treatment -En thérapie- ) et c'est une bonne illustration en vidéo de différentes situations que le·a practicien·ne peut recontrer.

 Introduction à la psychopathologie de l'adulte, d'Evelyne Pewzner. Le fait qu'il soit destiné aux débutant·e·s ou aux non-spécialistes, la perspective historique de l'approche et la présence de textes originaux de chercheur·se·s qui ont découvert des pathologies font que ce livre est particulièrement adapté pour une première approche de la psychopathologie.

 Coffrets DVD Être Psy. Ce sont des coffrets d'entretiens d'un sociologue avec des practicien·ne·s, psychanalystes dans le coffret n°1 (interrogés en 1973 puis en 2008) et psychothérapeutes dans le volume 2. Comme c'est de la vidéo ça change un peu des livres, et c'est toujours intéressant de voir des practicien·ne·s expérimenté·e·s parler de leur parcours et de leur approche personnelle de la pratique.

 Si vous vous intéressez à une pathologie en particulier, les patient·e·s savent parfois très bien en parler, comme ou .


 En dehors des disciplines dont j'ai déjà parlé, il existe des disciplines transversales, comme la psychologie différentielle (faire la différence entre des individus, que ce soit au niveau des performances -un entretien d'embauche, c'est de la psychologie différentielle- ou de la personnalité), la psychologie du travail (qui peut concerner la psychologie sociale -management-, la psychologie cognitive -ergonomie- ou la psychologie clinique -prévention du burnout-... à part un cours de psychologie ergonomique en 1ère année, je n'ai eu aucun cours de psychologie du travail mais c'est peut-être plus présent dans d'autres facs), ou encore la criminologie (il existe des Master et des DU mais par contre je pense qu'en licence c'est très rarement enseigné). Il y a aussi des chances que vous ayez un stage à effectuer (pour valider un Master 2 c'est 500 heures obligatoires de toutes façons, mais avant il n'y a pas de réglementation donc ça doit beaucoup dépendre des facs). Je ne saurais trop vous conseiller d'en faire autant que possible (les vrai·e·s patient·e·s ne sortent pas des livres ni des fichiers pdf, même si on leur demande super gentiment), le seul problème c'est surtout d'avoir le temps (si par exemple vous avez une vie à côté) ou accessoirement de les trouver.

 La logique voudrait que je conclue le post sur des conseils, mais vu qu'il y a une façon d'apprendre par personne (et aussi un peu qu'on ne peut pas dire que j'ai eu la licence largement), je ne vois pas grand chose à dire de transcendant... Apprenez bien vos cours mais ne vous contentez pas des cours, mangez 5 fruits et légumes par jour (par exemple si vous mangez un Big Mac il y a des oignons et de la salade donc ça fait déjà deux), brossez-vous bien les dents, dormez bien parce que c'est important... ah et puis lisez ce blog bien sûr, ça c'est essentiel! Plus sérieusement (mais pas beaucoup plus original) il y a pas mal de matières différentes entre elles donc vous allez probablement être en difficulté à un moment où à un autre (en ce qui me concerne j'ai été assez désespéré par les stats, et il m'a fallu presque 5 ans pour m'apercevoir que je ne savais pas apprendre par cœur et qu'il fallait peut-être m'en préoccuper), ne vous découragez pas, et pour celles et ceux qui font des études par correspondance (psycho ou autre d'ailleurs), ne restez surtout pas isolé·e·s, échangez avec d'autres étudiant·e·s, que ce soit par forums, mailing list, réseaux sociaux voire rencontres en vrai avec les étudiant·e·s qui sont proches géographiquement, autant d'un point de vue utilitaire (comprendre les exigences incongrues de tel·le ou tel·le prof, résoudre les énigmes administratives en recoupant les infos et les sources, comprendre tel ou tel point du cours, …) que pour avoir un soutien moral et limiter la sensation d'isolement.

 Bon, c'est fini, c'était un peu long (vous êtes encore là? sérieusement?), maintenant la parole est à vous. Des questions? Des trucs à ajouter ou à rectifier? 

2 commentaires:

  1. Eh bien déjà toutes mes félicitations :) et bon courage pour la suite.
    Je finis (j'espère) le 1er semestre de L3 demain et samedi.
    Je continuerai à venir de temps en temps pour vos super fiches de lecture.
    Merci de ce blog rafraichissant et encourageant.
    Françoise

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  2. Merci :)
    Je réagis un peu tard donc je te souhaite bonne chance a posteriori (on va dire que c'est bonne chance pour la correction des copies), le premier semestre de L3 ça vaut le coup d'en être débarrassé, il y a Attention Perception Mémoire ET le calcul d'Anova en stats!

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