dimanche 5 mars 2023

The relationship cure, de John Gottman et Joan DeClaire

 


 Connu pour ses travaux sur la thérapie de couple, John Gottman présente ici, avec Joan DeClaire, des outils pour soigner les relations en général, le couple donc, mais aussi la famille (en particulier les relations parents-enfants), les relations entre ami·e·s, entre collègues, ...

 Les propositions s'articulent autour de cinq axes, qui vont être détaillés avec des explications théoriques, des exemples concrets et des exercices à faire, seul·e ou avec les personnes concernées. Le premier axe, de loin celui qui m'a le plus parlé, concerne la relation aux offres ("bids" en VO) de connexion. Gottman a observé, dans son love lab (le lieu utilisé pour observer des couples dans le cadre de ses recherches), que les échanges les plus anodins étaient en fait centraux et pour évaluer l'état de la relation et pour la faire évoluer dans un sens ou dans un autre. Une offre est un mouvement généralement verbal (mais ça peut aussi être un contact physique, un échange de regards, ...) vers l'autre, le plus souvent pour engager la conversation. Parler à l'autre du temps qu'il fait, poser une question anodine, a souvent plus pour objectif de créer un contact que d'avoir des informations, marque plus un intérêt pour l'autre que pour le sujet directement évoqué. Et pourtant, ces échanges, si anodins qu'ils soient sur la forme ("même les couples qui avaient un score élevé aux questionnaires sur la satisfaction envers leur mariage passaient l'essentiel de leur temps à parler de sujets aussi éblouissants que les céréales du petit déjeuner, les taux d'intérêt ou le dernier match de baseball"), s'avèrent être des piliers relationnels ("en m'appuyant sur les résultats de nos recherches, je pense que l'échec à créer des connexions est une cause majeure du taux de divorces élevé dans notre culture"). Les réactions à ces offres sont le mouvement vers (montrer du plaisir à l'interaction et un intérêt pour le propos, donner une réponse qui invite à un échange), le mouvement contre (sarcasme, remarque désobligeante, ...) ou le mouvement d'éloignement (ne pas réagir, ou répondre à côté... l'auteur et l'autrice constatent que cette attitude peut faire pas mal de dégâts dans le couple, en particulier quand c'est un sujet de conflit qui est évoqué). Des conseils sont donnés (persévérer dans la mesure du raisonnable, essayer d'identifier ce qu'il y a derrière l'attitude de l'autre et notre propre frustration, ...) pour optimiser les échanges lorsque la réception de l'offre de connexion est difficile dans un premier temps. 

 Le deuxième axe concerne les différents Systèmes de Commande Emotionnels. L'auteur et l'autrice proposent d'identifier quelle partie du psychisme est aux commandes à tel ou tel moment de la relation, chez soi mais aussi chez l'autre, dans différents échanges, entre le·a Commandant·e en chef, qui aime bien tout décider, l'Explorateur·ice, qui veut faire plein de choses en commençant par ce qui est inconnu et inédit, la Sentinelle, qui se préoccupe de la sécurité de tou·te·s, le·a Tsar de l'Energie particulièrement attentif·ve aux ressources et aux risques par exemple de faim ou de manque de sommeil, le·a Sensualiste (je ne vais pas vous faire un dessin -surtout que je dessine mal-), le·a Bouffon·ne qui a envie de passer de bons moments (mais de façon plus polyvalente que le·a Sensualiste!) et le·a Constructeur·ice de Nid qui s'inquiète du confort de chacun·e. Les identifier permet de mieux comprendre son propre tempérament (des questionnaires sont proposés dans le livre), mais aussi de percevoir différemment les enjeux quand il y a tension, désaccord ou conflit ("On vient d'arriver sur notre lieu de vacances ce serait sympathique de la part de Y de comprendre qu'on peut bien se reposer deux secondes avant de ranger nos affaires et de faire un planning des tâches ménagères" est plus inflammable que "le Constructeur de Nid de Y est en conflit avec mon Bouffon -ou mon Tsar de l'Energie-").

 Le troisième axe est l'identification de l'héritage émotionnel. La personnalité, la vision des interactions interpersonnelles, la façon de réagir en situation de conflit, se construisent sur le long terme et depuis la petite enfance, et ce qui est évident pour l'un·e ne l'est pas nécessairement pour l'autre, le sens de telle ou telle attitude diffère selon les personnes. La conscience de cet aspect, en plus de potentiellement générer plus d'intérêt pour le passé et les évènements de vie importants des personnes avec lesquelles on interagit, permet de mesurer la subjectivité de la façon dont on vit tel ou tel échange, et d'avoir moins de certitudes sur les intentions de l'autre, donc pousse à aller vers plus d'écoute et d'échanges pour clarifier et avoir une compréhension plus profonde. 

 Le quatrième axe est le développement de la sensibilité à la communication émotionnelle. Le verbal ne dit pas tout, et les multiples indices des mouvements du visage, de la posture, de la tonalité de la voix, contribuent à rendre tel ou tel message plus riche et mieux adapter sa réponse. L'auteur et l'autrice proposent de nombreux exercices où une même phrase peut avoir trois sens différents. Par exemple, dans l'interaction parent-enfant "tu as fait tes devoirs?" (oui pardon pour l'originalité), la question peut vouloir dire "est-ce que tu as le temps de faire tes devoirs? que je puisse adapter notre emploi du temps en fonction", "tes devoirs se sont bien passés? tu as besoin d'aide?" ou encore, aussi surprenant que ça puisse paraître, "j'espère que tu as enfin fait tes devoirs".

 Le cinquième axe est la recherche commune de sens, qui va d'identifier ce qui est important pour soi et pour l'autre (prérequis important pour mieux comprendre le vrai enjeu des conflits ou pour prévoir des activités qui vont avoir un intérêt réel pour chacun·e) à l'importance des rituels (sur ce point spécifique, je serais très curieux de ce que donnerait un échange entre John Gottman et Susan Johnson, autre spécialiste de la thérapie de couple qui est à fond anti-Saint Valentin)

 J'ai personnellement trouvé le livre assez inégal, entre le premier axe qui m'a beaucoup enthousiasmé (qui n'a jamais sous-estimé l'importance de ces micro-échanges omniprésents et d'apparence anodine?) et les autres, en particulier le troisième et le quatrième qui me semblent être des sujets très vastes donc moins propices à la mise en place d'une observation concrète du quotidien qui permettrait des ajustements rapides. D'un côté je me dis que c'est parce que je ne suis pas le public auquel le livre est destiné : c'est un peu facile de dire que l'intérêt est limité si, en tant qu'étudiant et même bientôt thérapeute, j'ai déjà entendu parler des sujets évoqués sous une voire plusieurs autres formes, et quelqu'un d'aussi expérimenté, en tant que chercheur comme en tant que thérapeute, que John Gottman est pour le moins bien placé pour savoir ce qui va parler aux personnes en difficulté et les aider, et d'un autre côté je me dis que oui mais quand même, certaines parties et en particulier le troisième et le quatrième axe me semblent être des sujets très vastes donc moins propices à la mise en place d'une observation concrète du quotidien qui permettrait des ajustements rapides (notre personnalité est en grande partie construite par notre passé et l'expression du visage donne des indications sur nos émotions... oui merci d'un coup je vois mieux comment régler mes problèmes!). Certains exercices et questionnaires m'ont aussi paru être plus du remplissage que des propositions fortes et pleines de sens, mais je ne saurais pas dire si ça a renforcé mon impression ou si ça a été renforcé par mon impression. J'imagine que chacun·e pourra se faire sa propre idée à la lecture, enfin seulement les personnes qui peuvent le lire en anglais car il me semble que le livre n'existe pas en français.

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