dimanche 1 décembre 2013

Introduction aux théories des tests en psychologie et sciences de l'éducation, de Dany Laveault et Jacques Grégoire



 Ce n'est ni ce qui vient à l'esprit en premier quand on pense au métier de psy ("tu vas m'analyser!"), ni le plus sexy, mais une part non négligeable de la valeur ajoutée d'un diplôme de psychologue est la compétence à faire passer des tests. Ça sert en psychologie clinique (le fameux Rorschach par exemple), en neurologie bien sûr, pour faire de la recherche quel que soit le domaine, en psychologie du travail (une sélection à l'embauche, c'est un test : on vérifie par les moyens les plus fiables possibles -ou qui vont le plus faire bonne impression à l'employeur·se, comme la couleur de la peau du·de la candidat·e ou l'analyse graphologique- si un·e candidat·e va être un·e bon·ne employé·e), en psychologie de l'enfant (pour dépister un trouble du développement, ou faire passer un test de QI à la demande de parents qui estiment urgent de raconter savoir si leur enfant de 4 ans sera plus tard chirurgien·ne ou juste ingénieur·e), dans le cadre d'une expertise judiciaire (ce qui consiste, si on en croit la commission qui a suivi l'affaire d'Outreau -il est question des expertises psychologiques et psychiatriques le 23 février et le 7 mars-, à donner à des questions non pertinentes du·de la juge d'instruction des réponses qu'iel comprendra de travers), … En attendant d'être effectivement psychologue, ça permet de critiquer d'un air supérieur les tests dans les magazines, soit en se contentant de la crédibilité fournie par le statut d'étudiant·e en psycho, soit en utilisant plein de mots compliqués si on maîtrise effectivement le sujet. Bref, pour comprendre correctement l'ensemble des cours, il importe de comprendre comment on fait passer un test, comment on peut l'évaluer, comment il est construit, … Et, vu la bûche que j'ai ramassé au partiel dans cette matière (en 2ème année), il m'a paru judicieux, pour affiner ma maîtrise du sujet (qui, semble-t-il, était quelque peu incomplète), de profiter d'au moins une des références bibliographiques proposées dans le livre de cours.

Dans un développement écrit, il paraît qu'on est censé aller du plus évident au plus important, mais là ma critique concerne les deux : le terme d' "introduction" dans le titre est plutôt injustifié. C'est bien parce que certains points sont très approfondis, mais c'est aussi pas très bien parce que, pour en profiter pleinement, il faut déjà avoir un certain niveau de compétences sur le sujet. Il est d'ailleurs précisé sur le 4ème de couverture que l'ouvrage "intéressera tout particulièrement" les élèves des 1er et 2ème cycles... et leurs enseignant·e·s! L'étudiant·e en première année qui veut prendre de l'avance risque d'être vite perdu·e, et même pour les autres, à moins d'une maîtrise très avancée des stats, certains passages sont pour le moins acrobatiques à comprendre. Le premier chapitre (construction d'un test), toutefois, est à la fois simple, clair et intéressant et est à mon avis à conseiller à tou·te·s les enseignant·e·s, en tout cas celles et ceux qui seront amené·e·s à infliger des contrôles de connaissances à leurs élèves, c'est à dire leur écrasante majorité. Les différences de fonction des QCM, questions fermées et questions ouvertes sont détaillées, les dangers de fausser l'évaluation (réponse qu'on peut déduire de la question -ou des autres réponses proposées dans un QCM-, manque de clarté de la consigne, niveau d'exigence de la réponse non explicite, question qui facilite ou complique la tâche pour des raisons collatérales, …), qui rappelleront probablement des souvenirs d'élève aux lecteur·ice·s, sont listés, ... L'enseignant·e d'histoire-géo qui a l'habitude de rédiger ses contrôles de connaissance en mandarin apprendra par exemple avec émotion que, si ses élèves ne parlent pas le mandarin, leurs mauvais résultats ne s'expliquent pas nécessairement par un niveau insuffisant en histoire-géo. Si cet enseignant·e a lui·elle-même un niveau de mandarin catastrophique, ce sera l'occasion de réaliser que la compétence qu'iel évalue chez ses élèves n'est ni le mandarin, ni l'histoire-géo, mais la divination. Il est intéressant aussi de lire qu'un contrôle de connaissances (l'élève a-t-il appris ce que l'enseignant était là pour lui apprendre?) ne doit pas être élaboré de la même façon qu'un test qui doit aboutir à une sélection (par exemple pour accorder ou non un souhait d'orientation, comme dans Battle Royale mais en moins drôle), tant le système scolaire (en tout cas français) est une sorte de compromis entre les deux.

 Même s'il y a des passages très complexes et envahis d'équations au sens mystérieux, ça vaut le coup de s'accrocher et, parfois (souvent), d'accepter de ne rien comprendre du tout pas saisir toutes les nuances de ce qui est expliqué, parce que si le livre n'est certes pas organisé par niveau de difficulté, certaines notions sont importantes et claires. Des problématiques sur la validité des tests (est-ce que le test mesure ce qu'il est supposé mesurer?), sur leur fidélité (quel est le poids des circonstances -juge, contexte de passation, …-?) ou autres notions essentielles sont parfaitement accessibles, il faut juste les chercher patiemment au milieu des équations, des tableaux et des graphiques. On pourra par exemple avoir le plaisir d'apprendre qu'une distribution de scores peut être platykurtique ou leptokurtique (en fait ça veut juste dire soit qu'à peu près tous les scores sont représentés après le passage du test, soit que tout le monde ou presque a eu un score proche de la moyenne), ou que pour évaluer un nouveau test, on cherche à vérifier ce qu'il mesure mais aussi ce qu'il ne mesure pas (par exemple, lorsque que le Rod and frame test -mais si, le fameux Rod and frame test, celui que tout le monde connaît!- a été converti en test papier-crayon -Test collectif des figures cachées-, il a été constaté qu'il y avait corrélation entre les résultats aux deux tests, donc qu'ils mesuraient comme prévu quelque chose de comparable, mais que les résultats à la version papier-crayon avaient moins rien à voir avec certains tests d'intelligence non-verbale que la version originale, la nouvelle version s'est donc avérée moins spécialisée).

 Malgré mon grand amour pour la mauvaise foi, je ne peux pas accuser les auteurs de mal expliquer. Le livre est difficile d'accès parce que l'univers des tests est loin d'être simple et nécessite beaucoup de connaissances en soi, pas parce qu'il est rédigé dans un langage fantaisiste accessible uniquement à ceux qui l'ont rédigé (non, je ne fais pas référence à un enseignant de l'IED, d'ailleurs je ne vois pas ce qui vous fait dire ça!). Et être pris au sérieux, en tant que lecteur·ice, est plutôt une bonne chose ("Votre adversaire, vous le respectez alors vous le frappez!", disait le respectueux karatéka Fabrice Fourment à ce sujet lors des entraînements), même si ça a quelques inconvénients (comme l'absorption massive d'aspirine ou la sensation d'être idiot·e). Le terme d'"introduction" reste quand même mal choisi...

 Un reproche objectif toutefois : si le livre comporte en annexe une traduction des hiéroglyphes symboles mathématiques utilisés, et aussi des termes techniques du français vers l'anglais et inversement, ce qui peut justifier en soi de le garder à portée de main, l'absence d'un lexique avec une définition des termes importants se fait cruellement sentir. Le·a lecteur·ice qui veut éclaircir une notion en particulier sera réduit·e à une navigation plus ou moins périlleuse, en devant se contenter de l'aide relative de la table des matières.

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