mardi 25 mars 2014

Je suis bipolaire – témoignage (sur madmoizelle.com )



 IrisKV a 22 ans, est fan de séries TV et a été diagnostiquée bipolaire depuis 5 ans. Comme elle en avait ras le bol du cliché du·de la bipolaire qui devient serial-killer du jour au lendemain ("au contraire, on compte un nombre incroyable d'artistes et de penseurs qui l'étaient (ou étaient suspectés de l'être) et le sont encore"), elle a pris l'initiative de décrire l'impact de la maladie, et des différentes médications qui l'ont accompagnée, sur sa vie. Je pense que l'avertissement est inutile, mais il ne faut surtout pas passer à côté de l'article sous prétexte qu'elle dit que "c'est long comme du How I met your mother, et aussi chaotique que l'intrigue des Fitzpatrick dans Veronica Mars, en beaucoup moins cool".

 L'article est magnifiquement écrit, et avec beaucoup d'humour malgré les aspects très sombres de ce que l'autrice a vécu (tentatives de suicide) et vit encore. Beaucoup de choses sont évoquées, dont les dangers et motivations de l'automédication (ce qui inclut "de l'alcool et un vaste rang de substances plus ou moins illégales"), le danger des relations thérapeutiques mal engagées ou des mauvais diagnostics, l'euphorie et le sentiment de toute puissance des phases maniaques qui manquent après coup, la part de la maladie dans l'identité, la peur de la grossesse et de la parentalité, … Je ne vais pas non plus en parler des heures (même si c'est un peu tentant) parce que c'est quand même absurde de faire un article sur l'article plus long que l'article lui-même (surtout que mon point de vue a infiniment moins d'intérêt que le sien), mais j'ajouterai quand même qu'il y a pas mal de conseils pratiques pour les patient·e·s et leur entourage (adresse de forums, conseils de films ou de lecture, …) et si ça ne suffit pas elle propose aux bipolaires qui le souhaiteraient de la contacter sur twitter ( @iriskv ) pour communiquer par mails (elle accepterait peut-être aussi de parler aux étudiant·e·s, mais d'un côté j'imagine qu'elle n'a pas que ça à faire).


 En fouillant un peu vous pourrez trouver d'autres articles du même type sur le site (sur les TDAH, la bisexualité, …), d'ailleurs si vous voulez vous-même témoigner j'imagine que ça les intéresse.

mercredi 19 mars 2014

Exercices pratiques de psychogénéalogie, d'Anne Ancelin Schützenberger



 Les résolutions, c'est fait pour ne pas être tenu... Comme celle que j'ai prise de ne rien acheter en voyant l'étal de livres de psycho, à l'occasion d'une conférence. Regarder sans acheter, ce n'est quand même pas compliqué! J'ai bien assez de lectures en retard, pas la peine d'acheter un livre de plus qui va me regarder depuis l'étagère sans que je ne l'ouvre.

 Bon, la résolution a tenu 3 minutes. Mais ce n'est pas bien grave, le livre est très court.

 Après Aïe mes aïeux puis Psychogénéalogie, sur le même thème, Anne Ancelin Schützenberger publie Exercices pratiques de psychogénéalogie. Comme son nom ne l'indique pas, il est destiné non pas à des professionnel.le.s qui voudraient se perfectionner mais à des patient.e.s qui voudraient se livrer à une pré-exploration de leur inconscient familial, avant d'entreprendre une thérapie avec un.e professionnel.e... l'idée étant surtout que ce travail préalable les aide à se méfier des charlatans. Que ce soit dans Aïe mes aïeux, Psychogénéalogie ou même sur son site Internet, Schützenberger invite en effet à se méfier des expert.e.s autoproclamé.e.s en psychogénéalogie, qui n'ont parfois pas de scrupules à utiliser son nom pour renforcer leur crédibilité alors qu'ils n'ont rien à voir avec elle. Là, avant même le mode d'emploi pour débuter un travail sur soi, l'avertissement est limpide : "la psychogénéalogie n'est pas un métier, mais un outil", "les practiciens les plus sérieux sont rares et ne se disent pas psychogénéalogistes", "on peut merveilleusement aider les gens grâce à l'outil généalogique, mais on peut tout autant, par ignorance ou incompétence, leur faire beaucoup de mal en les lançant sur de fausses pistes", "la psychogénéalogie ne résout pas tous les problèmes. Très souvent, en effet, c'est plutôt d'une psychothérapie dont on a besoin".

 Après avoir repris très succinctement les principaux enjeux psychiques du génosociogramme (deuils non faits, loyautés familiales ou "patate chaude" transmise de génération en génération, tabous pesants, le tout pouvant exister sur plusieurs générations, voire être le résultat d'un traumatisme historique -guerre, génocide ou changement de frontières par exemple-, …), l'autrice propose un mode d'emploi dans ses aspects les plus concrets. Plus rapide qu'un génosociogramme, on peut par exemple représenter son atome social : par des points ou avec des allumettes (une petite boîte de 30 allumettes contraint à aller à l'essentiel... donc permet d'identifier l'essentiel), on place sur une feuille des gens, des lieux, des objets, des concepts importants pour nous, sans oublier de se placer soi-même, au centre ou non, au début ou non. Anne Ancelin Schützenberger nous livre son propre atome social, dans lequel figurent, en plus de sa famille proche, des éléments aussi variés que Galilée, Platon, Lapalisse, le lapin qui a mangé les chaussures de sa grand-mère, les sucettes au caramel de Bretagne de son enfance ou encore le massif du Mont-Blanc.

 Le génosociogramme lui-même demande un travail bien plus conséquent ("la psychogénéalogie nécessite une bonne culture générale, une bonne connaissance historique et géographique, voire économique"), qui se fait en plusieurs temps. Il faut commencer par représenter, avec des codes précis fournis dans le livre, les membres de la famille (couple, parents, grands-parents, enfants, cousin.e.s, …), incluant si c'est possible les enfants qui ne sont pas nés (fausse couche, IVG, …), leurs relations, les dates et événements importants qui les concernent, … Les personnes importantes qui ne font pas partie au sens strict de la famille doivent être incluses aussi (personnel de maison -qu'on voit donc, chez soi, au quotidien-, ami.e proche, figure d'autorité religieuse, …), ainsi que les événements historiques. Le tout peut occuper beaucoup d'espace, l'autrice conseille de coller les feuilles ainsi remplies sur un carton à dessin. Trois heures de travail sont en général nécessaire pour faire apparaître de premières pistes de réflexion. Au moment de la réalisation du génosociogramme, ou juste après, quand on s'assoit après avoir fini, il est important d'écouter ses émotions (et aussi d'être attentif.ve à un éventuel rêve la nuit qui va suivre), pour orienter cette réflexion, savoir dans quelle direction chercher (syndrome d'anniversaire -événement qui se répète à un même moment pour des personnes de générations différentes-, tabou familial sur le passé, …). Enfin, un travail de vérification doit suivre, au niveau de ses souvenirs personnels ("le génosociogramme se fait de mémoire... mais avec un téléphone à portée de la main!") puis au niveau des reconstitutions plus lointaines (c'est là qu'une documentation historique peut s'avérer nécessaire -des bases de données sont proposées au dernier chapitre-, et il faut aussi savoir replacer les choses en contexte : un événement honteux n'aura pas le même impact sur la personne concernée dans une grande ville ou dans un village, une grossesse avant le mariage n'est pas vue de la même façon aujourd'hui que ça ne l'était il y a un siècle, ...). Les erreurs identifiées doivent toutefois continuer de figurer en tant que telles sur le génosociogramme, elles sont généralement importantes!

 Ce mode d'emploi express peut être vu comme une introduction à Aïe mes aïeux et/ou Psychogénéalogie, ou être gardé comme pense-bête quand on les a lus. C'est une bonne initiation, synthétique, aux enjeux et aux principes de la psychogénéalogie.

 La résolution a tenu 3 minutes... en même temps on ne va pas non plus en rajouter, j'ai fini par le lire, ce livre, non? En plus il se lit en moins d'une heure. Oui, mais... il s'achève sur une liste de vingt livres! Et ils sont "indispensables", qu'elle dit! Et vu que c'est grâce à elle que j'ai lu, par exemple, Le livre du ça, je sais qu'il faut suivre ses conseils. C'est malin tout ça, les choses auraient été plus simples si j'avais tenu cette résolution.
 
 
Pour les personnes intéressées, les résumés de quelques uns des livres conseillés: 

mardi 18 mars 2014

The nature of prejudice, de Gordon Allport



 Bien que datant de 1954, ce livre est très très recommandé par Mary Kite et Bernard Whitley, qui, c'est le moins qu'on puisse dire, maîtrisent le sujet. Ils précisent que si on feuillette un exemplaire trouvé dans les étagères d'un·e chercheur·se, il sera probablement stabyloté et annoté dans tous les sens. Le contenu du livre justifie largement leurs dires (bon, je n'ai stabyloté le mien nulle part mais ça ne compte pas, déjà parce que j'ai une haine viscérale envers les livres stabylotés/soulignés/autre -ça me donne l'impression que quelqu'un, serait-ce le moi du passé, est en train de lire derrière mon épaule et estime en temps réel que je ne peux pas trouver tout seul ce qui est intéressant-, et ensuite parce que je ne suis vraiment pas chercheur), on peut seulement regretter que son aspect incontournable n'ait pas été suffisamment reconnu pour justifier une traduction en français (en plus ce n'est pas comme si il n'y avait pas eu le temps... ça fait quand même 60 ans qu'il est sorti).

 L'ancienneté du livre, contrairement à ce qu'on pourrait penser (la psychologie sociale est une science récente, 1954 c'est presque l'Antiquité), n'est pas un défaut qui se fait sentir (enfin, ça arrive, mais rarement). On peut même penser que le contexte a largement enrichi la pensée de l'auteur : le traumatisme de la Seconde Guerre Mondiale (génocide des Juif·ve·s par les nazi·e·s en Europe, mais aussi, sur le sol américain, emprisonnement des Américain·e·s d'origine japonaise après Pearl Harbor), différences de législation entre le Nord et le Sud en ce qui concerne les droits des Noir·e·s, McCarthysme qui consiste à créer un ennemi aussi vague que diabolique (le communisme) et faire rentrer tout ce qui ne nous convient pas dedans, … les pistes d'observation du sujet ne sont pas à chercher très loin. Les données elles-mêmes sont abondantes (elles incluent une recherche de Morris Janowitz et... Bruno Bettelheim -le psychanalyste qui a eu l'excellente idée d'écrire Psychanalyse des contes de fée et la très mauvaise idée d'écrire La forteresse vide-, qui consistait à évaluer le niveau de préjugé envers différents groupes et ses causes chez des vétérans de la Seconde Guerre Mondiale à l'aide de questionnaires fermés), avec les méthodologies qui sont encore utilisées aujourd'hui (observation, expérimentation, entretien, questionnaire, …).

 Si le sérieux scientifique du livre est donc incontestable, il est destiné au grand public, et l'auteur, en plus d'être une encyclopédie, a un niveau impressionnant pour tenir des propos riches avec des termes simples. Certes, son cours de stats dans un chapitre m'a laissé perplexe (comme tout cours de stats qui se respecte), mais ses explications, en particulier au début du livre (la complexité est plus ou moins croissante), sont particulièrement limpides. Quand il explique la mémoire et l'attention sélectives (voire le raisonnement orienté pour que n'importe quel élément factuel justifie finalement notre opinion) qui entretient les préjugés (on peut même en avoir sur une communauté dont on n'a jamais rencontré un seul individu... et même sur une communauté qui n'existe pas parce qu'elle a été inventée par un·e chercheur·se!), le fait que certains éléments sont très peu informatifs mais tellement ostensibles (accent, couleur de la peau, …) qu'ils sont bien pratiques pour donner l'impression qu'ils sont une source d'information substantielle et fiable, que les préjugés dits raciaux sont en fait rarement raciaux (c'est particulièrement flagrant pour les Noir·e·s aux Etats-Unis : à l'époque où le livre a été écrit, il suffit d'avoir un·e ancêtre noir·e pour être considéré·e comme Noir·e, donc un certain nombre de Noir·e·s avaient la peau aussi blanche que les personnes militant pour les discriminations raciales) mais visent plutôt au maintien de classes sociales ou que les discriminations religieuses, dans la mesure où la religion est étroitement associée à la culture donc à l'entourage proche, consistent plus en un conflit communautaire que théologique, il donne l'impression que le raisonnement a toujours été juste devant nous et qu'on a juste oublié de se baisser pour le ramasser. Tant pour le thème que pour le niveau de pédagogie, ce n'est pas sans rappeler Race et histoire de Claude Levy-Strauss, qui est beaucoup plus court (si si, il est très court) (et il est facile à trouver) (y compris en français, forcément, puisqu'il a été écrit en français) (je sais on dirait, mais je ne suis pas du tout en train de vous ordonner de vous dépêcher de le lire si c'est pas fait – mais vous pouvez quand même vous dépêcher de le lire si c'est pas fait, il se lit très vite et se trouve facilement-) (qu'est-ce que vous faites encore là?).

 Contrairement à ce à quoi on pourrait s'attendre (et, il faut le dire, est un peu fait dans les autres livres traitant du sujet), Allport n'esquive pas du tout la question de savoir si les stéréotypes recouvrent la réalité. Il est d'ailleurs très clair là-dessus : un stéréotype qui recouvre une réalité n'est pas un stéréotype. Après un cours de méthodologie qui explique comment mesurer les différences effectives (c'est là qu'il parle de stats... brrrr) il se livre d'ailleurs à un vrai/faux sur plusieurs stéréotypes qui concernent les Juif·ve·s (est-ce qu'iels exercent plus certains métiers que d'autres, est-ce qu'iels ont de hautes ambitions au service desquelles iels travaillent dur, est-ce qu'iels aiment particulièrement l'argent -la réponse à cette dernière question est que le peu de données disponibles suggère que non-, ...). Le cours de méthodologie montre aussi que c'est particulièrement compliqué, non pas parce que ça implique des stats, mais parce que délimiter l'appartenance à tel ou tel groupe ne va pas de soi (on l'a vu plus haut pour les Noir·e·s, mais trouver une définition consensuelle pour définir strictement par exemple qui est Juif·ve ou qui ne l'est pas est épique aussi), parce qu'il faut s'assurer que l'aspect testé soit de la même pertinence pour tous les groupes concernés (le taekwondo est un sport, mais si on organise une compétition de taekwondo entre des collégien·ne·s tiré·e·s au sort pour évaluer la sportivité dans différents pays, la recherche montrera que les adolescent·e·s de Corée du Sud sont infiniment plus sportif·ve·s que ceux reste du monde, résultat qui sera peut-être un peu à prendre avec des pincettes) ou encore que les différences éventuellement constatées ne soient pas le... résultat d'un stéréotype ou d'une discrimination (constater que la proportion de Roms parmi les diplômés de polytechnique est particulièrement faible permet difficilement de conclure que les Roms ont pour une raison mystérieuse un cerveau incompatible avec les études). L'auteur relativise aussi énormément la notion de conflit réaliste (il n'y a pas assez de ressources pour tout le monde, donc une fois établi que quoi qu'on fasse les ressources convoitées iront soit au groupe A, soit au groupe B, faire en sorte qu'elles nous reviennent plutôt qu'aux autres ne pose plus de problème moral), argument utilisé pour justifier les discriminations ou encore les combats pour faire bouger les lignes sous forme d'émeute/répression d'émeute : le conflit réaliste n'est souvent conflit réaliste que parce que cette situation a été décrétée (pour prendre l'exemple de l'emploi, difficile d'imaginer sérieusement qu'un·e employeur·se va décider de recruter "les natif·ve·s" ou "les immigré·e·s" -il lui faudrait une grosse entreprise!- … l'interprétation que recruter "un·e autre" revient à priver "un·e des sien·ne·s" d'un emploi qui devrait lui revenir de droit est donc le résultat d'une vision communautariste, et non d'un état de fait -c'est certes une situation de conflit réaliste, mais entre des individus, pas entre des groupes-). Le conflit réaliste peut même être... généré par la discrimination (le droit pour les Juif·ve·s de ne pas être assassiné dépendait étroitement pendant plusieurs années de la chute du régime nazi, ou, pour prendre un exemple contemporain et moins tragique, les salles de fitness réservées aux femmes le sont pour garantir leur droit de ne pas subir de drague lourde ou de commentaires sur la quantité de tissu qu'elles portent pendant leur entraînement, droit qui est déjà largement garanti aux hommes dans les salles de sport mixtes), auquel cas la solution du conflit n'est pas difficile à identifier. Des discriminations justifiées par le conflit réaliste peuvent même s'avérer contre-productives : l'emprisonnement des Japonais·es ou des Américain·e·s d'origine japonaise suite à Pearl Harbor sans se soucier de savoir s'iels avaient demandé quoi que ce soit à l'armée américaine ou japonaise a privé la population américaine dans son ensemble des ressources policières employées pour les arrêter et les incarcérer, mais aussi de la force de travail des détenu·e·s (certain·e·s étaient agriculteur·ice·s), le tout en temps de guerre!

 La qualité du livre n'est donc pas exagérée par Mary Kite et Bernard Whitley quand ils en parlent dans leur propre ouvrage. Bien qu'ancien, il est à la fois épais et dense, intelligent et documenté, et, même si l'auteur estime que faire le tour du sujet est plus ambitieux encore que percer le secret de l'atome, il est plutôt exhaustif (construction du raisonnement, lien entre attitude et action, avantages et inconvénients des différents moyens de lutter, influence du contact entre groupes, catégorisation possibles des endogroupes et exogroupes, conséquences des préjugés et discriminations, rhétorique extrémiste, … -vous l'aurez compris, ce résumé est à peine un survol, avec des escales très arbitraires-) : seule la partie sur l'aspect dispositionnel (pourquoi certains sont plus intolérants que d'autres) est obsolète, largement dépassée par exemple par Robert Altemeyer. Gordon Allport s'adresse au grand public (ça fait par la même occasion une introduction qui en vaut largement une autre à la psychologie sociale en général) mais ni l'étudiant·e, ni même à mon avis le·a chercheur·se en psy sociale ne perdront leur temps à le lire (par contre ça en prend, du temps), même 60 ans après sa parution initiale et malgré l'avancée de la recherche entre temps.

mercredi 5 février 2014

Psychologie sociale des valeurs, de Pascal Morchain



 
 Bien que le livre fasse partie de la collection Les Topos (ouvrages courts de synthèse, comme les Que Sais-Je?), le sujet est dès l'introduction problématisé par l'auteur : les valeurs c'est formidable (liberté égalité fraternité, ne pas jeter des chatons dans de l'huile bouillante ni ses déchets dans la nature, tout ça tout ça) mais ça peut aussi servir a justifier des choses moins formidables, comme le fait d'élever au rang d'affaire d'Etat le "Monica-gate" (une relation entre deux adultes consentants), ou, pour aller dans l'extrême, la "solution finale" du régime nazi. Après une revue de l'évolution des définitions du terme (comparé par exemple avec les termes morale et éthique), de la philosophie (où l'on apprend que Spinoza parlait de dissonance cognitive près de 3 siècles avant Festinger - "nous ne désirons pas les choses parce qu'elles sont bonnes, mais nous les déclarons bonnes parce que nous les désirons") à la psychologie, la problématisation du concept sera en effet centrale. Pascal Morchain conclut d'ailleurs sur son ambition de "lever un coin du voile" et de "susciter le désir d'en savoir plus".

Les valeurs, en effet, c'est bien pratique pour unir, voire pour être d'accord ("toute valeur est fondamentalement sociale", "les valeurs ont une fonction normative", dimension qui fait qu'elles sont paradoxalement "naturelles parce qu'elles sont culturelles"), ce qui peut servir à être bien ensemble, à se tenir par la main et chanter en faisant des rondes dans l'herbe, mais aussi à asservir. "Dans le processus de socialisation, la personne apprend qui elle est et quelles sont ses valeurs", donc apprend à partager les valeurs de ceux·elles qui l'entourent, mais aussi à s'entourer de ceux qui partagent ses valeurs (selon une recherche de M.J. Rohan et M.P. Zanna, la corrélation moyenne des profils de valeur dans un couple est de 0.68, c'est beaucoup!). Les valeurs finissent donc par être des évidences, des truismes, qu'on ne remet pas en question non seulement pour ne pas se mettre son entourage à dos (aspect social), ne pas casser l'ambiance ("dans la vie quotidienne on l'a vu, la personne affiche spontanément des valeurs positives et perçoit en général autrui plutôt positivement"), mais aussi parce qu'on est rarement confronté à des occasions de les remettre en question (aspect cognitif), d'ailleurs "quand les sujets disposent d'un support cognitif (ils ont listé les raisons sous-tendant les valeurs), l'importance qu'ils accordent aux valeurs changent".

 Cette impression d'unanimité est renforcée par le fait que, plutôt que de différer, quand ils le font, sur les valeurs elles-mêmes, les gens diffèrent plutôt dans la hiérarchie qu'ils font entre les valeurs. Milton Rokeach s'est par exemple interrogé sur la place donnée à 17 valeurs, en faisant une analyse lexicale d'écrits politiques. En ce qui concerne la liberté et l'égalité, elles étaient aux rangs 1 et 2 dans des textes socialistes (Norman Thomas et Erich Fromm), aux rangs 16 et 17 dans Mein Kampf, alors que des écrits conservateurs plaçaient la liberté au rang 1 et l'égalité au rang 16, et que Lénine plaçait l'égalité au rang 1 et la liberté au rang 17. Ce type de résultats explique que, à l'occasion d'une expérience plus récente de Kristiansen et Zanna, des sujets se soient opposés ou prononcés en faveur de l'avortement ou de l'armement nucléaire au nom des mêmes valeurs (respectivement égalité, respect de soi et harmonie intérieure sur le thème de l'avortement, et paix dans le monde sur le thème du nucléaire). Ils étaient pourtant bien en désaccord sur d'autres valeurs qui avaient aussi orienté leur choix (sécurité nationale essentielle pour les pro-nucléaire, plus secondaire pour les anti, liberté, vie confortable et plaisir pour les pro avortement, salut religieux pour les anti), mais avaient spontanément mis en avant les autres, plus consensuelles.

 Les valeurs, sous différents aspects, peuvent en effet être au service de la discrimination ou des stéréotypes, et une part importante du livre y est consacrée. On a par exemple vu que les valeurs renforçaient la sensation d'appartenance à une communauté : la communauté qui, réellement ou virtuellement, ne partage pas certaines valeurs a donc d'autant plus de chances d'être exclue... pire, de voir son exclusion élevée au rang de valeur. Les valeurs peuvent aussi en elles-mêmes être une excuse pour discriminer. On peut par exemple distinguer "des maladies excusables ou explicables par l'hérédité (comme le cancer) et d'autres qui renvoient à la responsabilité des victimes (comme le Sida)", auquel cas une force morale sera attribuée aux seules victimes du cancer, dont les souffrances seront plus prises au sérieux (de la même façon, les hétérosexuel·le·s atteint·e·s du Sida pourront s'attendre à plus de compassion que les homosexuel·le·s). Une autre recherche, en 1976, a établi qu'à l'admission aux urgences, "les alcooliques, prostitué(e)s, drogués, vagabonds étaient moins souvent jugés comme ayant un besoin urgent d'attention" : à la moralité supposée est inférée une santé plus ou moins solide, ou une tendance plus ou moins forte à se plaindre à tort! Dans un autre registre, le maintien des discriminations peut également être souhaité au nom des valeurs, en opposant par exemple toute discrimination positive aux vertus de la méritocratie (et en étant très silencieux sur le fait que le statut de privilégié, que la discrimination positive a précisément pour objet d'atténuer, fait que certains ont l'ascension sociale plus facile que d'autres).

 Le livre est court, son contenu est clair, donc si le sujet vous intéresse vous savez ce qu'il vous reste à faire, que vous souhaitiez vous en contenter ou "découvrir d'autres voiles derrières les voiles" comme l'auteur vous y invite.

jeudi 30 janvier 2014

Psychologie des préjugés et de la discrimination, de Bernard Whitley et Mary Kite


 
 Surpris de constater, au moment de préparer un cours, qu'il n'existait aucun ouvrage de synthèse sur le sujet malgré l'abondance de contenu, les enseignant·e·s-chercheur·e·s Bernard Whitley et Mary Kite, expert·e·s dans ce domaine, ont décidé de faire le travail directement (un seul des 12 chapitres est écrit par une tierce personne!). On a donc à disposition les bases et le reste expliqués par des spécialistes (qui se souviennent qu'iels ne s'adressent pas à des spécialistes, c'est mieux mais ça ne va pas de soi), ce qui implique a priori des exemples plus pertinents, une sélection plus fine des concepts importants, que dans une synthèse rédigée par un·e universitaire plus généraliste. Et comme si tout ça ne suffisait pas, la publication originale a moins de 10 ans (2006)! Les données fournies sont donc cohérentes avec l'avancée de la recherche, et les zones à éclaircir qui sont mentionnées sont probablement en cours d'éclaircissement mais pas au point que les questions soient obsolètes.

 Comme précisé plus haut, le livre, extrêmement complet, reprend les bases (définition de préjugé, stéréotype et discrimination, différents outils des chercheur·ses en psychologie sociale -questionnaire, mesures physiologiques, observation, expérimentation, ...-), explique comment fonctionnent les outils (concepts, méthodologie,...) importants, et nous amène jusqu'aux questionnements non résolus (en précisant pourquoi ils ne sont pas ou pas encore résolus). Impossible bien entendu de détailler le contenu ici, sont traités l'aspect très théorique (distinction fine entre différents concepts, mécanismes principaux et leurs nuances détaillés à travers des expérimentations) comme l'aspect très concret (exemples tirés d'entretiens de recherche ou de récits autobiographiques, données chiffrées, informations sur la situation dans les écoles ou dans les entreprises, ...), les conditions pour créer comme pour diminuer les tensions entre groupes, le préjugé en fonction du sexe, de l'origine ou de l'orientation sexuelle mais aussi en fonction, par exemple, de l'âge, ce que ressentent celles et ceux qui subissent (les expressions "mort par mille égratignures" ou "porter une tonne de plumes" sont reprises pour évoquer les petites choses qui peuvent sembler anodines de l'extérieur mais d'une part le sont moins pour la personne qui les subit, et d'autre part sont oppressantes par leur fréquence) mais aussi celles et ceux qui possèdent les préjugés, ...

 L'auteur et l'autrice sont américain·e·s, l'écrasante majorité des données concerne donc les Etats-Unis, mais ça pose peu de problèmes (la France n'est pas non plus radicalement différente, en tout cas du point de vue des préjugés et discriminations). Une notion à ce sujet est particulièrement intéressante : l'auteur et l'autrice présentent deux objectifs idéaux de la lutte contre les préjugés, le colorblindness (les différences ne seraient pas perçues) et le multiculturalisme (les différences sont très perçues mais très acceptées). La France, qui interdit les statistiques ethniques, se rapproche plutôt du premier objectif... et on peut constater que la pratique rejoint la théorie présentée dans le livre : la xénophobie n'a certainement pas disparu (après, savoir s'il y en aurait plus, ou moins, avec des statistiques ethniques autorisées, c'est une excellente question), et l'effet pervers est qu'elle est plus difficile à identifier, à mesurer. Une chercheuse (Janet Schofield) a fait une étude à ce sujet dans un lycée où il était complètement interdit de parler de couleur de peau : les différences subsistaient dans la pratique (tendance des Blanc·he·s et des Noir·e·s à rester entre eux·elles, majorité écrasante de Blanc·he·s dans les classes de plus haut niveau et majorité écrasante de Noir·e·s dans les classes moins ambitieuses), et comme ne pas parler de couleur de peau implique aussi de ne pas parler de préjugés, impossible de désamorcer des situations ambigües. L'inconvénient majeur du fait que l'auteur et l'autrice soient américain·e·s est en fait que le livre ait du être traduit... les erreurs vont de la créativité lexicale et erreurs sur les faux-amis ("virtuellement" au lieu de "quasiment"... ouch) qui sont anecdotiques mais dont l'accumulation rend la lecture parfois inutilement agaçante aux erreurs sur les concepts techniques ("communial", le contraire d' "agentique", est remplacé par "communautaire", qui ne veut absolument pas dire la même chose), ce qui est pour le moins ennuyeux dans un livre destiné aux étudiant·e·s.

 Une des grandes qualités du livre est qu'il est vraiment adapté à tout type de public. Certes il est très volumineux (souvenir émouvant à l'ouverture du carton -"tiens, pourquoi ils ont rajouté un bottin dans ma commande de livres?"-) et le fait qu'une version numérique soit proposée (moyennant un code fourni sur la première page) est un argument en soi pour acheter une liseuse (à moins d'aimer joindre l'utile à l'utile et de profiter de l'occasion pour faire de la musculation en isométrie tout en se cultivant), mais chaque chapitre est résumé à la fin sur deux pages, les mots importants sont rappelés et il y a, c'est formidable, un glossaire, on peut donc en profiter sans pour autant le lire de A à Z. Les explications sont extrêmement claires, même si, comme l'auteur et l'autrice ne sont pas magicien·ne·s (ils sont chercheur·se·s et on ne peut pas tout faire) les passages complexes restent complexes (ça, c'est encore cette manie de la réalité de ne pas s'adapter au confort de celles et ceux qui cherchent à la comprendre). Les bases sont reprises, l'enjeu citoyen important, donc le livre peut être lu utilement même par quelqu'un qui ne s'y connait pas particulièrement en psychologie sociale. Le contenu est exhaustif, rédigé par des expert·e·s actif·ve·s en tant que chercheur·se·s, donc le·a spécialiste ne perdra pas son temps non plus. De très nombreuses expériences sont évoquées et référencées, ce qui permet d'en parler dans un mémoire sans passer sa vie prendre un temps conséquent à les lire en entier, c'est particulièrement pratique quand on n'est pas anglophone ou quand on vit dans un univers où les journées ne durent que 24 heures. Les chapitres peuvent se lire séparément (un renvoi à un chapitre précédent est fait quand c'est nécessaire) même si ce n'est pas l'idéal.

 L'enjeu citoyen n'est pas caché derrière l'enjeu théorique : l'ouvrage se termine sur 3 pages de conseils pour lutter contre ses propres préjugés (ça consiste principalement à les admettre, y compris quand c'est quelqu'un d'autre qui nous les fait remarquer) et, plus difficile, lutter contre ceux des autres (expliquer avec diplomatie et pédagogie que telle attitude est limite quand ce n'est pas flagrant, protester plus vigoureusement quand pour le coup c'est flagrant, envoyer des courriers aux entreprises qui font des pubs stéréotypées, encourager la mixité dans les groupes qu'on fréquente, multiplier les sources d'information et les échanges pour limiter l'ethnocentrisme, ...) tout en annonçant d'entrée que c'est laborieux. La dernière phrase est d'ailleurs un encouragement, sous la forme d'un proverbe chinois qui lui-même s'inspire (en avance) de la théorie de l'engagement : "Un voyage de mille lieues commence par un premier pas"

 Vous l'aurez compris, je recommande ce livre. Vraiment. Même si il est intimidant.

jeudi 12 décembre 2013

Le jour où je me suis pris pour Stendhal, de Philippe Cado



 Ce livre n'a pas à voir directement avec le projet tutoré que j'aurai à rendre sur les stéréotypes (je l'ai lu en attendant de recevoir les derniers livres de psy sociale commandés), mais il a à voir directement avec la lutte contre les stéréotypes (il s'agit ici d'expliquer que l'écrasante majorité des schizophrènes ne sont pas, contrairement à l'extrême majorité des schizophrènes évoqués à l'occasion de faits-divers, des sortes de tueur·se·s fous·lles-furieux·ses). L'auteur, schizophrène ("schizophrénie dysthymique, tel est le nom de ma maladie. On peut aussi dire de moi que je suis schizo-affectif"), est aussi diplômé en lettres et en philosophie, a une formation en pédagogie (il fait partie de la génération qui a étrenné feu les IUFM), a participé à des ateliers d'écriture en tant qu'intervenant et en tant que... euh... qu'intervenu, et fait partie d'une association visant à mieux faire connaître cette pathologie ( www.schizo-oui.com ). On a donc le grand luxe d'être invité à l'intérieur de l'esprit d'un schizophrène par quelqu'un qui a des compétences sérieuses en écriture, en pédagogie, et qui a des contacts réguliers avec d'autres personnes souffrant de cette pathologie ("en partageant mon expérience avec d'autres personnes concernées par la maladie, j'apprends aussi beaucoup moi-même sur la schizophrénie"). Le livre est divisé assez nettement en deux parties : dans la première, l'auteur raconte de façon détaillée son basculement progressif (entre le 11 et le 20 mai 1992) vers la schizophrénie (il avait eu une bouffée délirante, avec hospitalisation, quelques années plus tôt) alors qu'il était professeur de français en formation, et dans la seconde partie des informations plus générales sont données sur l'évolution et le traitement de la maladie.

Vers la fin de l'année scolaire, avec un mémoire à présenter et devant faire ce qu'il peut entre les instructions de l'IUFM et l'attitude qu'on pourrait qualifier d'anti-pédagogiste de sa tutrice de stage (on a un bel exemple d'injonction contradictoire, même si rien n'indique si ça a joué ou non un rôle pour la suite), l'auteur est pris de délires de grandeur avec lesquels il prend de moins en moins de distance, avec des passages à l'acte de plus en plus spectaculaires, dont une part non négligeable dans la salle de classe de ses élèves de seconde (il se réjouit à  posteriori à ce sujet d'avoir "le délire ludique comme d'autres ont le vin gai"). Il se sent principalement investi de deux missions : révolutionner la pédagogie en exécutant le cours ultime, sous le regard admiratif non seulement de ses élèves mais aussi du monde entier ("je pensais qu'il me faudrait interdire la porte aux journalistes désireux d'assister à ce cours que je prévoyais exceptionnel") et guérir Angélique (une élève qui lui avait confié souffrir de dépression nerveuse au moment même où de son côté la phase maniaque -euphorie et sentiment de toute-puissance- qui précédait tout le reste démarrait, il en a donc conclu que leurs destins étaient liés et qu'il lui revenait de faire comme une moyenne entre leurs humeurs respectives pour rétablir l'ordre) et la conquérir (autant dire que ce dernier aspect l'a fait bien plus culpabiliser après coup que les ambitions qui se limitaient à la didactique du français). La rapidité du basculement a empêché toute intervention de ses proches ou de ses collègues avant son arrestation par les gendarmes après qu'il ait passé une nuit de passages à l'acte délirants dans la ville de Noyon où il résidait : ses délires de grandeur à son club de théâtre se sont surtout manifestés de façon interne, son état de fatigue avancé (après avoir passé une nuit blanche à élaborer les cours les plus révolutionnaires) inquiète plus ses collègues stagiaires que ses propos étranges, ses cours dérangent de plus en plus les collègues des salles voisines mais ni eux ni les élèves (l'un d'eux lui demandera timidement s'il est alcoolisé) ne convainquent la hiérarchie d'agir en urgence, et même son ami psychologue appelé dans un moment de délire, bien que pas rassuré ("Comment te sens-tu toi?","Mais qu'est-ce que tu me demandes?"), ne perçoit rien de suffisamment net pour s'en préoccuper formellement. L'auteur s'invente, en plus de ses missions générales, des rituels à accomplir de plus en plus contraignants, dans des conditions précises ("Il y avait des choses à faire et à ne pas faire, des circuits à emprunter où à ne pas emprunter", "une seule erreur et la Troisième Guerre Mondiale serait déclenchée"), imagine être observé constamment par des alliés ("dans toute la ville, derrière les volets de leur maison, les habitants de Noyon priaient pour que je réussisse") comme par des adversaires, adapte ses délires à la réalité (persuadé que ses amis l'attendent dans une cathédrale, il s'y rend, ne les voit pas donc en déduit qu'ils l'attendent dans un autre lieu sacré, ou encore il interprète le fait qu'Angélique débranche brusquement le magnétophone, pièce centrale d'un cours qui mêlait Stendhal, le surréalisme, Lacan et Bobby Lapointe, comme une victoire) tout en sachant éviter de trop s'y confronter (" J'ai agi comme si j'avais voulu préserver la fiction que je me créais de tout contact avec une réalité qui la détruirait"), et voit des signes d'une importance capitale dans tout ce qu'il perçoit (son, regard, …). Le texte qu'il a rédigé "sur un très vieux cahier de brouillon à peine entamé en établissant de très savants parallèles et analogies entre les situations de la classe et des instants de ma vie" ressemble probablement par certains aspects au livre autobiographique du Président Schreber (objet de l'une des Cinq psychanalyses de Freud), avec lequel il partage aussi, mais sur un mode moins érotique, des délires sur le thème de l'androgynie ("j'étais capable de me déplacer entre le monde des hommes et celui des femmes. J'en avais pour au moins vingt années de travail à explorer cette découverte"). Cette partie autobiographique du livre s'achève lorsque, à l'occasion de la troisième intervention des gendarmes de la soirée, il est cette fois-ci emmené au poste puis, après examen par un psychiatre, transféré à l'hôpital. Si le psychiatre vu à la gendarmerie a un geste peut-être pas éthique mais heureux ("il m'a dit qu'une ambulance allait venir me chercher dans une demi-heure et qu'il fallait que je signe un papier si je voulais éviter beaucoup d'ennuis"... faire signer un papier sous la menace à quelqu'un qui délire est discutable en théorie, mais ce papier faisait la différence, apparemment considérable, entre une hospitalisation d'office ou volontaire!), l'auteur reproche aux intervenants rencontrés ensuite leur attitude ("personne n'a songé à m'expliquer où je me trouvais ni ce qui allait se passer pour moi", "on n'expliquera jamais assez au personnel soignant qu'il ne faut pas considérer le malade, présentât-il tous les aspects du délire, comme un objet"). Non qu'ils lui aient fait subir des mauvais traitements (dont il a pu avoir l'expérience lors de sa première bouffée délirante! -emmené à l'hôpital endormi par les sédatifs, réveillé par un infirmier avec un plateau-repas qui lui ordonne d'avaler le médicament posé sur le plateau en question, retransféré du pavillon à l'encadrement plus léger où on avait fini par l'admettre au service initial pour une crise de larmes, infirmier qui le trouble en imitant le mouvement de ses pieds "de façon que je ne sache pas si c'était lui ou moi qui guidait le geste" pour s'amuser, douche froide, phlébite prise pour une douleur simulée, …-), mais le fait qu'on ne lui explique rien d'une part n'était pas rassurant et d'autre part laissait libre cours à de nouveaux délires interprétatifs, puisqu'il devait lui-même deviner ce qu'on ne lui expliquait pas (le passage d'une ambulance à un taxi-ambulance a par exemple été interprété comme une libération future : on le sortait selon lui de l'ambulance parce qu'une erreur le concernant avait été admise).

La seconde partie concerne sa première expérience de bouffée délirante, dont j'ai parlé plus haut ("Les médecins pariaient sur le fait que cette bouffée délirante serait la première et la dernière de ma vie. Je fis donc comme si rien ne s'était passé") mais surtout la suite, sa vie de malade : les hospitalisations, le traitement médicamenteux, les symptômes au quotidien, les rechutes, ses activités et projets... Une rechute après avoir obtenu le CAPES de documentaliste l'a dissuadé de reprendre une activité professionnelle (même s'il est maintenant bénévole dans une association, et qu'il n'a jamais pris de décision définitive à ce sujet). Bien qu'il ait à priori tous les éléments pour être un bon enseignant (compétences académiques considérables, nombreuses expériences de contact avec des adolescents - "j'avais été animateur auprès d'enfants, puis formateur auprès de futurs animateurs, j'exerçais le métier de surveillant depuis plusieurs années et avais connu différents types d'établissements"-), il a la particularité d'avoir d'énormes difficultés pour passer du projet (confortable) à son aboutissement, entre autres parce que l'aboutissement constitue la fin du projet, provoquant un vide. De cette angoisse constante du vide ("l'unique sentiment d'un grand vide intérieur sur lequel je ne peux avoir aucune prise"), malgré la pratique de la méditation de pleine conscience, découlent d'autres symptômes ("repli sur soi, retrait social, difficulté à agir, tels sont les trois grands maux contre lesquels j'ai à lutter"). Il a du mal à définir sa propre identité, tend à être d'accord par automatisme avec l'interlocuteur, ne parvient parfois à se concentrer que sur une chose à la fois ("lors d'un pot récent entre amis, je ne me suis aperçu que mon chocolat était délicieux qu'à partir du moment où l'une de mes camarades a fait remarquer à tous combien il était onctueux"). L'un des moyens de lutter contre cette angoisse du vide est de s'occuper constamment, et de s'investir et de s'enthousiasmer pour chacune de ses activités, dont une grande partir consiste à lire ("j'ai réussi l'exploit de m'empêcher de penser en lisant des livres de philosophie"), en particulier dans son lit qui fait office de bulle protectrice. Il souffre également de difficultés à mémoriser, si surprenant que ça puisse paraître au vu de son parcours universitaire.

Le traitement médicamenteux, vital, s'est amélioré au fur et à mesure de tâtonnements, avec des psychiatres plus ou moins disposé·e·s à écouter les demandes et ressentis de leur patient. Son traitement actuel, celui qui a le plus d'avantages ou plutôt le moins d'inconvénients, est le résultat d'environ 20 ans de différentes expériences ("c'est moi qui, grâce à la rencontre d'une amie ancienne interne en psychiatrie et schizophrène elle-même, ai proposé à ma nouvelle psychiatre d'essayer une nouvelle molécule : l'aripiprazole"). L'équilibre à trouver entre la limitation des délires, le contrôle des phases maniaques sans pour autant tomber dans la dépression, les effets secondaires à éviter, est délicat. Un·e psychologue n'est certes pas habilité·e à prescrire, mais ce n'est pas plus mal de préciser qu' "un médicament contre la schizophrénie", ou même "un médicament contre la schizophrénie dysthymique", ça n'existe pas.

Le livre, et je pense que c'est le but, est très accessible. Il est court, se lit aussi facilement qu'un roman (et encore, un roman qui se lit facilement), le propos est toujours clair même pendant la partie narrative, … Il est donc à recommander que l'on soit confronté·e professionnellement à des schizophrènes, que l'on fasse des études pour être amené·e à l'être, que l'on ait un·e proche qui souffre de schizophrénie ou, probablement, que l'on soit soi-même schizophrène. C'est un cliché de dire ça, mais ça permet vraiment de voir la maladie, et surtout ceux et celles qui en souffrent, autrement, ce qui n'est pas forcément évident, j'imagine, quand on les rencontre pendant qu'iels sont pris·es dans un délire intense. Quatre références sont proposées à la fin pour approfondir, trois livres (dont un Que sais-je?) et le site Internet de l'association Schizo? Oui!

dimanche 8 décembre 2013

Les nouveaux visages de la discrimination, d'André Ndobo





 Si la xénophobie, le sexisme, l'homophobie sont à l'évidence présents dans la société contemporaine, ses manifestations, comme le film Case Départ, par exemple, le souligne, ont radicalement changé. L'un des changements les plus évidents est législatif : alors que les discriminations étaient dans un passé pas aussi lointain qu'on pourrait le souhaiter inscrites dans la loi (interdiction du droit de vote aux femmes, séparation des Noirs et des Blancs dans l'espace public -transports en commun, restaurants... et même toilettes- aux Etats-Unis, …), la législation d'aujourd'hui sanctionne au contraire les différences de traitement avérées dans l'accès, entre autres, au travail et au logement. L'auteur, chercheur en psychologie sociale, se demande de quelle manière les préjugés persistent dans la société contemporaine (très contemporaine, le livre a été publié en 2010), comment ils sont exprimés et comment lutter contre leurs nouvelles manifestations.

Le livre commence sur des rappels généraux (spécificités des relations intergroupes -instinct de protection de l'endogroupe contre l'exogroupe, par l'agression ou la fuite selon le rapport de force ressenti, apport et limites de la notion de personnalité autoritaire, conditions du sentiment d'endogroupe et d'exogroupe, ...-, concepts de préjugé, de stéréotype et de discrimination) qui seront poussés assez loin, et qui apprendront donc quelque chose même aux lecteur·ice·s qui connaissent déjà ces bases. Il rentrera ensuite dans le vif du sujet, à savoir les différences entre le "racisme classique" (explicite, assumé, qui n'est pas précédé par "je ne suis pas raciste"), qui existe toujours ("malgré les apparences, ce racisme est tenace dans nos sociétés et il semble survivre aux différentes politiques et législations progressistes visant à combattre les préjugés et les discriminations") et ses formes contemporaines, telles qu'elles peuvent couramment s'exprimer.

Pour donner une idée de la différence avant/après, le terme de "racisme" lui-même n'existe que depuis 1932 (ce qui ne veut pas dire que des tensions sur le sujet n'aient pas existé avant, Clémenceau s'était par exemple opposé en 1885 à Jules Ferry qui évoquait, à propos de la colonisation, les droits et les devoirs des races supérieures envers les races inférieures). Les scientifiques reconnus ne cherchent plus dans leurs travaux à justifier une hiérarchie entre les races (André Ndobo balance à ce sujet quelques noms, comme Galton, Spearman ou Le Bon, que tout·e étudiant·e en psycho aura croisé dans ses manuels, probablement en 1ère année, sans que cet aspect douteux de leur œuvre ne soit nécessairement mentionné). Les outils de mesures des stéréotypes utilisés par les chercheur·se·s en psychologie sociale ont eux-mêmes dû évoluer tout au long du XXème siècle : collecter les préjugés ou stéréotypes déclarés n'a plus beaucoup de sens (sauf si on veut démontrer artificiellement la fin du racisme!), il convient de trouver des moyens de pousser le sujet à les exprimer à son insu (comparer une condition A avec un personnage endogroupe à une condition B avec un personnage exogroupe, relever la proportion de vocabulaire mélioratif et péjoratif dans le discours, mesurer des temps de réaction pour voir si le sujet associe telle caractéristique, ou son absence, à telle minorité, proposer des items dont la réponse pourra être interprétée comme motivée par autre chose que du racisme, …). Les chercheur·se·s, surtout des chercheur·se·s américain·e·s donc les recherches concerneront principalement les relations entre Blancs et Noirs, ont identifié plusieurs formes de racisme (ambivalent, symbolique, moderne, subtil, néoracisme, …) qui s'avèrent finalement plutôt voisines (certain·e·s chercheur·se·s ont aussi constaté une corrélation entre le racisme classique et ses autres formes). Le constat général est que la plupart des gens se déclarent prêts à réduire les inégalités, mais s'avèrent soudain réticents quand des mesures concrètes les concernent directement (discrimination positive à l'emploi ou pour l'établissement scolaire, présence des individus des minorités dans le voisinage, …). Les justifications données, toutefois, seront expurgées de l'argument raciste (la corrélation avec les préjugés n'est donc qu'une terrible coïncidence) : tel·le candidat·e n'est pas idéal·e pour le poste, la discrimination positive est incompatible avec la méritocratie, cet exogroupe ne partage pas les valeurs de l'endogroupe donc ça ne va pas le faire, … La clef est que les discours soient compatibles, non pas avec la responsabilité citoyenne, mais avec la désirabilité sociale (la crainte de se ressentir comme raciste est telle que, dans une expérience où le sujet devait insulter quelqu'un pour les besoins de l'expérience -la personne insultée, complice de l'expérimentateur·ice, s'en allait avant qu'on lui explique le vrai motif des insultes-, il en faisait plus, en ayant l'occasion de se rattraper -en recopiant de nombreuses fois une phrase pour les besoins d'une recherche de la personne insultée- si sa "victime" était noire que si elle était blanche). Les responsables politiques, qui ont moins à se soucier de la désirabilité sociale puisqu'ils en sont, dans une certaine mesure, les arbitres (hauts placés, personnages publics, porteurs de responsabilité, leur comportement contribue directement à influer sur ce qui se fait et ce qui ne se fait pas), ont eux-mêmes des reproches à se faire dans le maintien de l'idéologie raciste : Pierre Tevanian et Sylvie Tissot ont par exemple recensé en 2002 (dans Le dictionnaire de la lepénisation des esprits) des citations qui "attestent de la réappropriation du discours de l'extrême-droite par la classe politique française dans son expression publique"... depuis 1982. Dans la mesure où le FN était très loin, en 1982, de faire 20% au premier tour, c'est l'occasion de constater que cette attitude responsable a une grande rentabilité électorale. Une autre façon de tenir un discours raciste sans le dire est d'évoquer la culture plutôt que l'origine, ou de prêter implicitement des comportements incivils au groupe ciblé en laissant à l'interlocuteur·ice le soin de faire le lien ("après le discours sur l'immigration clandestine (lorsqu'elle est invisible), succède celui sur les jeunes de banlieue (ennemis intérieurs), violents et incivils et, plus tard, le discours sur la menace islamiste, qui jette le soupçon sur tout ce qui est islamique").

Une fois les mécanismes insidieux identifiés, l'auteur évoque les moyens connus de lutter contre les discriminations, sans trop croire à leur efficacité définitive ("l'unité de contenu entre les formes classiques et modernes des préjugés incline au pessimisme sur la fin des préjugés") bien qu'il considère ce combat indispensable ("le projet de création et de pérennisation des conditions d'un mieux vivre ensemble est un défi majeur"). Les solutions proposées sont entre autres intégrer la diversité culturelle dans l'éducation (préférer la connaissance au mythe, limiter l'ethnocentrisme, …), communiquer à grande échelle selon certains conditions ("certaines campagnes de masse produisent souvent des effets contraires aux attentes"), par exemple produire un message positif et explicite et insister sur les points communs entre endogroupe et exogroupe (de préférence exogroupeS), créer une situation de coopération (un exemple concret de coopération pour un travail scolaire est proposé), reproduire dans un jeu de rôles la situation Blue eyes/Brown eyes où les sujets se retrouvent tour à tour en situation d'oppresseur et d'opprimé, proposer des façons diverses d'appréhender sa propre identité (si on estime avoir plusieurs identités, plus d'individus vont partager au moins une identité avec nous), … Le livre s'achève sur trois expériences de l'auteur (il nous fournit même les résultats chiffrés), deux où l'on constate peu de différence sur un refus d'embauche mais une différence sur le discours justifiant le refus si le candidat est noir (VS un candidat blanc) ou une femme (VS un candidat homme) et une troisième où le fait d'inviter à la bienveillance pour une candidature au nom de la discrimination positive nuit en fait à la candidature (l'auteur pense que l'effet nuisible de l'injonction est probablement vrai aussi pour les lois mémorielles : le sujet préfère être exemplaire de lui-même, c'est juste dommage qu'il le soit rarement si l'on en croit l'état actuel des choses).

Le livre est très dense et parfois technique et complexe : malgré ses ambitions citoyennes, il s'adresse clairement aux étudiant·e·s (de la 2ème année de licence au Master 1, selon la maison d'édition). Les chapitres sont suivis d'un rappel des mots-clef (sans leur définition, si on oublie on a gagné un tour gratuit dans le chapitre qu'on avait fini à l'instant) et de redoutables "Questions pour mieux retenir" et "Questions pour mieux réfléchir", histoire de constater qu'on a zappé une ou des parties qu'on vient pourtant de lire.

On peut regretter aussi que le chapitre sur le sexisme soit extrêmement court, principalement parce qu'il traite presque uniquement du sexisme dans le travail (le thème est en revanche très bien traité, l'auteur explique par exemple que non seulement les stéréotypes homme/femme tendent -mais c'est probablement une coïncidence- à maintenir les femmes dans les postes moins qualifiés -"les profils professionnels, notamment ceux des dirigeants, tendent plutôt à recouper les stéréotypes masculins (puissance, initiative, ambition, …) que les stéréotypes féminins (sensibilité, chaleur, empathie, ...)"-, mais que le fait même de ne pas coller aux stéréotypes est mal vu -"les profils des candidats qui transgressent les prescriptions stéréotypiques (une femme agentique ou un homme communial, par exemple) seront pénalisés"-, ce qui constitue une inégalité des chances doublement difficile à surmonter et, de plus, insidieuse), alors qu'il se manifeste aussi dans les loisirs (la gameuse Mar_Lard explique, dans ce texte emblématique mais pas que, que le·a consommateur·ice de jeu vidéo, contre toute logique factuelle, est considéré comme presque forcément un homme -par ailleurs obsédé sexuel et pas très malin-, ou que certains voient comme une offense insoutenable à leur virilité qu'une fille ait des connaissances en informatique, mais on pourrait aussi parler des pages bleues et roses des catalogues de jouets) ou des violences trop tolérées que peuvent subir les femmes (manque de liberté dans l'espace public à cause du risque de drague lourde, sifflements etc... -un parallélisme peut être fait avec le contrôle au faciès, sortir en paix est un privilège-, violence conjugale -la violence conjugale c'est un crime mais là c'était une crise de jalousie c'est pas pareil/une gifle de temps en temps ça compte pas/c'est elle qui invente pour lui soutirer plus de sous avec le divorce/si elle reste avec lui et qu'elle laisse faire en même temps elle est un peu responsable-, minimisation ou présomption de consentement en cas de viol -surtout si par malheur elle avait une jupe ou un décolleté quand c'est arrivé, ou qu'elle sortait seule et tard, ou que le coupable est son conjoint ou un ex-, …). Le sexisme est aussi particulièrement cohérent avec le thème des nouveaux visages de la discrimination : les stratégies pour ne pas s'admettre sexiste ou pour ne pas admettre que l'inégalité est un fait sont nombreuses et les arguments sont en général maintenus avec virulence, un contournement sémantique peut être opéré ("complémentarité" homme/femme) ou la violence changée de côté ("théorie du genre", volontairement vague, agitée comme un épouvantail par les plus extrémistes, terme de féminisme considéré comme péjoratif au point que la formulation "je ne suis pas féministe, mais..." est fréquente, …). La question de la désirabilité sociale et les préjugés exprimés de façon indirecte, caractéristiques des nouvelles manifestations des préjugés, s'appliquent donc tout particulièrement au sexisme, ce qui apparaît très peu dans le livre. J'imagine (mais je n'en sais rien, sinon j'aurais écrit le livre au lieu de le résumer!) qu'il aurait pu être pertinent de consacrer une partie spécifique au lien entre humour et préjugés. L'humour est évoqué, le thème de la désirabilité sociale largement traité, mais le thème paraît suffisamment riche pour être plus développé (d'ailleurs, il y a un exemple de développement ici même si c'est un sociologue qui écrit et pas un chercheur en psy sociale). Dernière critique : le livre parle énormément de la discrimination positive, de ses avantages et de ses inconvénients, mais un avantage n'est pas mentionné. Si "les stéréotypes ont deux propriétés : ils sont collectifs et résultent d'un accord interpersonnel", l'aboutissement de la discrimination positive est, on peut rêver, une représentation, et donc une visibilité importante des minorités dans des contextes où elles n'avaient, selon les stéréotypes, rien à faire. Par exemple, dans une société où une femme ou un maghrébin ministre ou PDG est l'exception, les stéréotypes sont renforcés : le fait de ne pas avoir d'exemple visible de ces minorités à ce niveau de responsabilité peut donner l'impression qu'iels n'y seraient pas adaptés, voire que les rares contre-exemples sont des usurpations. Si de tels exemples sont fréquents, les individus concernés auront plus de chances d'être perçus par leur fonction avant de l'être par leur appartenance à une minorité, et ces contre-exemples plus normalisés auront toutes les chances de diminuer la puissance des stéréotypes. Cela reste toutefois une conséquence à long terme de la discrimination positive, donc quelque chose de difficilement mesurable.

Bon, c'est tout pour les critiques, et puis elles sont un peu plus la faute du thème que la faute de l'auteur. Le livre est à recommander, mais surtout si on maîtrise les bases de la psychologie sociale, comme l'indique la couverture.